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100 mots pour la foi - Pietro de Paoli

Lundi 14 mars 1 14 /03 /Mars 07:56

 

On a le grand tort de confondre l’obéissance et la soumission. Or la différence est grande puisque l’obéissance se choisit tandis que la soumission s’impose. Elle s’impose dans un cadre hiérarchique. Dans les sociétés anciennes, patriarcales et inégalitaires, les esclaves sont soumis aux maîtres, les femmes aux hommes, le peuple aux seigneurs. Dans la « société chrétienne », qui est une communion, il n’est plus question de soumission mais d’obéissance, une obéissance qui n’est plus imposée par l’ordre hiérarchique mais choisie librement et par amour.

L’obéissant par excellence est Jésus qui choisit la voie de l’amour au prix de sa vie, obéissance qui culmine dans la Passion et que la scène du jardin de Gethsémani éclaire d’une lumière poignante, ; ultime prière de la libre obéissance : « non pas ma volonté, mais ta volonté ». Saint Paul le comprendra d’une manière fulgurante dans le célèbre hymne aux Philippiens : « il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort ». C’est dans l’union de sa volonté à celle de son Père que Jésus accomplit la perfection de l’obéissance. Et il le fait librement.

À l’image de Jésus-Christ, nous sommes aussi appelés à l’obéissance, c’est-à-dire à l’union de plus en plus étroite de notre volonté à la volonté du Père. Nous sommes appelés à l’obéissance des fils et des filles, non à celles des serviteurs et des esclaves.

Comprenons vraiment ce que cela veut dire ! Aucune contrainte ne pèse sur nous et nul ne prendra la responsabilité de notre vie à notre place. Nous ne nous débarrasserons pas de notre encombrante liberté au nom de l’obéissance ; nous ne nous en débarrasserons entre les mains de personne, ni pape ni maître spirituel d’aucune sorte.

Nous ne deviendrons pas obéissants en annihilant notre volonté, ni en en cédant la conduite à autrui mais en l’ajustant à celle de Dieu.

Osons le dire, le christianisme est une bien étrange religion, qui ne prescrit rien, n’ordonne rien, ni rite, ni œuvres, seulement l’offrande du cœur dont Dieu seul est juge. Oui, étrange religion que celles de ces hommes et de ces femmes debout devant leur Dieu, avançant d’un pas disant « me voici ». Hommes et femmes relevés, s’offrant librement eux-mêmes à la tendresse de Dieu dans la confiance des enfants aimés.

Et en merveilleux poète inspiré, Péguy ose mettre en scène l’émerveillement de Dieu lui-même :

 

Le Mystères des Saints Innocents (extrait).

Tel est le secret, tel est le mystère de la liberté de l’homme.

Tel est le prix que nous mettons à la liberté de l’homme.

Parce que moi-même je suis libre, dit Dieu, et que j’ai créé l’homme à mon image et à ma ressemblance.

[...]

Quand une fois on a connu d’être aimé par des hommes librement,

les soumissions n’ont plus aucun goût.

Quand on a connu d’être aimé par des hommes libres,

les prosternements d’esclaves ne vous disent plus rien.

[...]

Être aimé librement.

Rien ne pèse ce poids, rien ne pèse ce prix.

C’est certainement ma plus grande invention.

Quand on a une fois goûté

D’être aimé librement

Tout le reste n’est plus que soumissions.

 

100 mots pour la foi

Par Pietro de Paoli - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli
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Lundi 7 mars 1 07 /03 /Mars 08:02

 

Sauvés par quoi ? La foi ou les œuvres ? On peut le jouer à pile ou face ou se lancer dans de subtils débats théologiques. Une certitude demeure : nous sommes d’abord sauvés par les œuvres… Les œuvres de Dieu, bien sûr !

Qui oserait imaginer que nous puissions être sauvés à la seule force de nos petits bras, de notre petite âme ? Nos œuvres aussi vastes, belles, généreuses, ambitieuses soient-elles, sont des œuvres humaines et à ce titre, marquée par nos limites, notre finitude. Or nous aspirons à plus grand que ce que nous sommes, à imaginer plus vaste, à espérer plus loin que ce que notre regard englobe et atteint. Ce désir plus grand que nous peut nous conduire au péché, c’est-à-dire à la frustration, au désespoir, à l’illusion de toute puissance, à l’égoïsme… La liste est longue des ersatz avec lesquels nous trompons notre désir. Oui, en trompant notre désir, nous nous trompons. Nous trompons Dieu et nous nous trompons de Dieu en sacrifiant à d’illusoires idoles. Or l’œuvre de Dieu vient au secours de notre désir, non pour le ratatiner mais pour l’exalter. Le salut qui nous est donné ne nous sauve pas du désir mais du désespoir. Il n’est pas question d’humiliation mais de l’humilité qui nous fait reconnaître Dieu comme source, moyen et but ultime de notre désir.

Nous recevons tout de l’œuvre de Dieu, par pure grâce, sans mérite de notre part. Dieu seul sauve nos œuvres du néant, de l’effacement, de l’insignifiance. Nous avons raison de voir grand dès lors que nos œuvres sont liées et ordonnées à l’œuvre de Dieu. C’est ce que Jésus dit lui-même dans l’évangile de Jean, au verset 12 et 13 du chapitre 14 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. »

Les œuvres, nos œuvres sont bien le fruit et le témoignage de notre foi.

C’est ce que dit l’apôtre Jacques lorsqu’il demande : « Montre-moi ta foi » 

Pendant des siècles, cette question de la foi et des œuvres a déchiré les chrétiens, en particulier, les catholiques et les protestants. L’accord luthéro-catholique de 1999 a conclu à une totale convergence de la doctrine exprimée en des termes différents.

Par-delà ou bien en deçà des savants édifices des théologiens, le bon sens nous fait dire que l’œuvre de Dieu se manifeste dans le don de la foi que nous manifestons par les œuvres.

 

Lettre de saint Jacques, chapitre 2, verset 14 à 18.

« À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : «J'ai la foi», s'il n'a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise : «Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous», sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les œuvres, elle est tout à fait morte.

Au contraire, on dira : “Toi, tu as la foi, et moi, j'ai les œuvres ? Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi, c'est par les œuvres que je te montrerai ma foi.” »

 

100 mots pour la foi

Par Pietro de Paoli - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli
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Lundi 21 février 1 21 /02 /Fév 19:39

 

Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? Comment ne pas entendre dans l’exclamation de saint Paul, non seulement la jubilation de la victoire, mais même, l’arrogance du vainqueur qui nargue son ennemi à terre. Faut-il qu’il soit bien sûr de lui ! Qu’est-ce qui lui donne cette assurance ? La cinquantaine de versets du chapitre qu’il consacre à la question de la résurrection dans sa lettre aux Corinthiens et qu’il résume dans la finale : grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ !

Sommes-nous dans la même assurance ? En y regardant d’un peu près, il est apparaît qu’au moment où il écrit ces lignes, saint Paul est encore convaincu que la fin des temps est pour demain, après-demain au plus tard. Nous sommes presque 2000 années plus tard, les morts se sont comptés par milliard, vieux, jeunes, innocents et coupables, repus d’âge ou fauchés en plein élan. La mort n’épargne rien ni personne, ni pauvres, ni puissants. Nous le savons, même si une grande part de nos activités tente de nous en distraire. Nous le savons, et pourtant, nous éprouvons comme une atroce injustice, une effroyable violence la mort de nos proches et comme tout bonnement impensable notre propre trépas.

Voilà qui est un grand mystère. Pourquoi considérons-nous la mort, si naturelle, comme inacceptable ?

Oui, inacceptable, et pourtant, bien des philosophie veulent nous apprendre à apprivoiser la mort, à nous y habituer, à nous y résigner. Est-ce que ça marche ? Pas si sûr. On a vu des ascètes confirmés trembler à l’annonce de leur propre mort, de celle d’un ami.

Si nous revenons à l’assurance de Paul, nous n’y trouvons aucune acceptation aucune résignation, ce n’est pas son propos. Pour lui, la mort demeure ce qu’elle est pour nous, un scandale. S’il est si sûr de lui, c’est parce qu’il regarde « à travers » la mort. Il le peut puisqu’il sait que quelqu’un est passé et que désormais le passage est ouvert, à jamais et pour toujours. Comme le peuple hébreux qui traversa la mer à pied sec, nous aussi, à la suite du Christ, nous traversons la mort. Cette traversée nous l’avons déjà faite de façon symbolique au jour de notre baptême, nous la refaisons lors des fêtes de Pâques, et à chaque messe qui redéploie le mystère de Pâques.

Nous ne habituons pas à la mort, nous apprenons à regarder le Christ, à le suivre, à lui donner et redonner notre confiance pour qu’au jour de notre mort il soit notre passage et notre passeur. Ça ne nous protège ni contre le chagrin de la perte de ceux qu’on aime ni contre l’angoisse de notre propre passage. Nul n’a prétendu que le voyage serait de tout repos. Ce qui est garantit c’est la destination… Nous n’allons pas nulle part, ni à « rien », nous allons à Dieu et lui seul sait où c’est.

 

CEC 628 : Le Baptême, dont le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle : " Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle " (Rm 6, 4 ; cf. Col 2, 12 ; Ep 5, 26).

 

100 mots pour la foi


Par Pietro de Paoli - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli
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Lundi 7 février 1 07 /02 /Fév 09:52

 

Dans ce malheureux mot, ce qui fait toute la différence, finalement, c’est le « e » qui transforme le qualificatif en substantif. On veut bien avoir un comportement moral, mais, surtout, qu’on ne vienne pas nous faire la morale. Parce que la morale… Rien que d’entendre le mot, les plus paisibles s’endorment d’ennui, les autres tirent à vue. Moralo, moraline, tout cela sent la petitesse hypocrite et la naphtaline.

Il est vrai que le mot hérite de son origine latine un pesant soupçon de juridisme romain et une subtilité de légionnaire, alors, que sa jumelle grecque, l’élégante éthique aurait des légèretés de nymphe.

Mais la pauvre morale, peut encore aggraver son cas et devenir « de la morale de curé », laquelle prend des couleurs de tartufferie quand la morale des instituteurs fleure bon l’honneur, les vertus viriles et républicaines.

Alors, comment sauver la morale ? Certainement pas par son étymologie qui la rapporte aux mœurs, aux bonnes mœurs, c’est-à-dire, finalement aux usages du temps.

Ainsi, voilà un siècle, il était impératif que les filles se marient vierges et était admis que les maris trompent leurs femmes. Aujourd’hui, le cours de la virginité est en chute libre et l’adultère une cause quasi obligée de rupture. Autres temps, autres mœurs. Quel rapport avec la morale ? Aucun.

J’en reviens à mon premier propos, j’oublie le substantif et revient au qualificatif dans l’espoir de redonner au mot quelque qualité. Qu’est-ce qu’une action morale, qu’une vie morale ? Enfin, vient le mot utile : le bien. Est moral ce « qui cherche ce qui est bien », « qui est en vue du bien ». Le qualificatif a l’avantage de donner du dynamisme et de l’élan à l’affaire.

Alors est-ce que l’Évangile est moral ? Oui, au sens ou Jésus entraîne ceux qui le suivent et qui l’écoutent à chercher ce qui est bien. Le récit le plus exemplaire est sans doute celui du bon Samaritain que Jésus raconte en réponse à la question « qui est mon prochain ». Pour répondre, nulle règle écrite, mais une situation, devant laquelle il faut prendre une décision.

Telle est la rigueur terrible de l’enseignement évangélique. Chaque homme, chaque femme est mis devant ses responsabilités. Point de réponse préfabriquée, pas de fiche pré-écrite. Le bien se cherche et appelle à d’autres biens. Il n’est qu’à lire le Discours sur la montagne. Quand j’aurai tendu l’autre joue et donné mon manteau il ne me « restera plus » qu’à « être parfait comme votre Père des cieux est parfait ».

La morale évangélique n’est ni celle de la norme ni celle de la règle. Elle est celle du toujours plus. Saint Paul l’a bien compris :

 

Hymne à la charité, Première lettre aux Corinthiens, 13, 1-7

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis plus qu'airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n'est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

Hymne à la charité, Première lettre aux Corinthiens, 13, 1-7

 

100 mots pour la foi

Par Pietro de Paoli - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli
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Jeudi 3 février 4 03 /02 /Fév 10:19

Avant toute chose, soyons bien clairs, je crois aux miracles. Comment ne pourrais-je ne pas y croire ? J’ai vécu assez d’années pour en voir, et beaucoup, se réaliser sous mes propres yeux. Certes, je n’ai vu personne quitter son fauteuil roulant et se mettre à courir, mais j’ai vu des paralysés du cœur se mettre à aimer et des âmes dévorées par la haine pardonner. Mais ça, me direz-vous, ce ne sont pas de « vrais » miracles. Pas des miracles démontrés, des miracles « contre » la science !

Faut-il que notre foi et notre intelligence soient dévoyées pour que nous souscrivions, sans même nous en rendre compte aux arguments du plus primaire du positivisme.

Et c’est bien en cela que la question du ou des miracles est complètement dévoyée. Oui, dévoyée, car les miracles qui, si j’en crois Jésus lui-même, sont des signes donnés pour notre foi – des signes c’est-à-dire quelque chose à comprendre et à interpréter – sont devenus des preuves. Des preuves ! Et pour être des preuves, il faut qu’ils soient « inexplicables ». Ils seraient des preuves qu’il y a un Dieu ! Un Dieu cantonné dans l’inexplicable !

La belle affaire, s’est-on avisé qu’il y a des miracles dans toutes les religions, et ceci depuis des temps immémoriaux ! Il y en avait en Épidaure au temple d’Esculape, il y en a dans les grands sanctuaires de toutes les religions. Des « vrais » miracles direz-vous ? Oui, au sens où les gens sont guéris, ils marchent ils recouvrent la vue ou l’ouïe, leurs plaies s’assèchent et leurs tumeurs disparaissent. Il y a pourtant une différence, comme ça ne se produit pas dans l’Occident positiviste, on n’en demande pas de « preuve » à la médecine. Les gens ne sont pas allés chez le médecin avant, et après, ils se contentent de louer leurs dieux de les avoir secourus, et ils rentrent chez eux, réjouis et sauvés. Pas d’analyses, pas de scanner, pas de preuve, juste la foi et la joie. Comme c’était le cas en Occident avant que le terrorisme de la pensée positiviste nous contamine si bien qu’on a ouvert à Lourdes un « bureau des miracles » – rien que l’expression en est risible, la grâce rentrant dans les cases des formulaires ! La gratuité de Dieu doit se plier à nos logiques fonctionnaires. Désormais donc, les miracles sont soupesés non au poids de la foi, mais à celui de l’échec de la science. Récemment, on a ergoté sur le miracle qui « prouve » la sainteté de Jean-Paul II. Outre le grand doute que j’ai sur l’urgence qu’il y a d’entreprendre une telle procédure, il me semble qu’en matière de miracles, il y avait mieux à trouver… de murs qui tombent, des ennemis qui se tendent la main… on avait l’embarras du choix !

Notre vision étroitement prosaïque est l’un des symptômes des plus grave de la maladie du catholicisme : il est matérialiste, gravement, tragiquement matérialiste. Grave contresens, contre sa source même et contre l’esprit. Je n’ose pas l’écrire avec un « E » capital, mais c’est quand même ce péché-là qui nous guette.

 

Il n’y a pas grand-chose sur les miracles dans le Catéchisme de l’Église catholique alors j’ai été en chercher un sur dailymotion :


Par Berulle - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli
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