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Mardi 7 février 2 07 /02 /Fév 10:41

« La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres », telle est la réponse que Jésus donne aux disciples de Jean le Baptiste qui au nom de leur maître veulent savoir si Jésus est bien le « bon », le « vrai » Messie. Voilà le sceau qui atteste ce qu’il est. Mais ces pauvres, qui sont-ils ? Eh bien, c’est nous, tout simplement, sauf que nous ne le savons pas, pas vraiment. Nous pensons toujours que les pauvres, ce sont les autres, mais sérieusement, qui pourrait oser croire qu’il est riche devant Dieu ? Il faudrait qu’il soit fou. Jésus l’affirme clairement : « Malheur aux riches » - à ceux qui devant Dieu se croient riches - ceux-là seront renvoyés les mains vides parce qu’en fait, ils n’avaient rien (rien qui compte vraiment) et ce qu’ils n’avaient pas, leur illusion de richesse, leur sera retirée. « Car à tout homme qui a, l'on donnera et il aura du surplus ; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera ce qu'il a » dit l’évangile selon saint Matthieu au chapitre 25.

Oh, me direz-vous, ça ce sont des jeux de mots. Il y a les vrais pauvres, ceux qui manquent de pain, de toit, de chauffage, d’éducation, de santé, d’avenir pour eux et leurs enfants. Bien sûr ! Il n’y a pas de doute : ces pauvres-là sont le signe terrible de notre iniquité, de notre complicité avec des systèmes qui spolient certains êtres humains du nécessaire pour le superflu de quelques-uns. « Des pauvres, vous en aurez toujours » dit Jésus. Voilà qui est hélas ! vrai. Alors que les biens de ce monde appartiennent légitimement à tous, certains – beaucoup - les détournent et les accumulent à leur profit. Si l’on doit identifier l’un des péchés de ce monde, sans doute celui-là est-il très gros, et aussi très répandu. Voilà sans doute pourquoi la pauvreté volontaire est l’une des voies de la sainteté.

Il reste que le rapport à la pauvreté est l’une des singularités du christianisme : tandis que dans bien des religions, la prospérité est considérée comme une bénédiction de Dieu et la pauvreté comme une malédiction, le christianisme considère que la misère est un fléau que nul ne mérite et qu’il faut le combattre à toute force ; il n’est pas anodin que les systèmes d’assistance, et même l’État provident et redistributif soient nés dans des pays de culture chrétienne.

La proposition chrétienne tient-là, une fois encore, une étrange ligne de crête. Elle nous conduit à combattre la misère sans relâche parce qu’elle est l’une des plus grandes injustices de ce monde, une injustice dont la société humaine se rend collectivement coupable, et elle nous rend la pauvreté choisie désirable car ce sont les pauvres que Dieu comble.

 

CEC : §2444 " L’amour de l’Église pour les pauvres fait partie de sa tradition constante " (CA 57). Il s’inspire de l’Evangile des béatitudes (cf. Lc 6, 20-22), de la pauvreté de Jésus (cf. Mt 8, 20) et de son attention aux pauvres (cf. Mc 12, 41-44). L’amour des pauvres est même un des motifs du devoir de travailler, afin de " pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux " (Ep 4, 28). Il ne s’étend pas seulement à la pauvreté matérielle, mais aussi aux nombreuses formes de pauvreté culturelle et religieuse (cf. CA 57)

 

Par Berulle - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli - Communauté : Christianisme
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Lundi 30 janvier 1 30 /01 /Jan 13:52

 

Dans le langage commun, une passion est un déploiement de sentiments intenses et violents, et tout bien considéré, le mot convient sans doute mieux qu’il n’y paraît au premier abord pour désigner les heures qui précèdent la mort de Jésus.

Ce qu’on nomme « cycle de la Passion » commence lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem, sous les ovations, les cris de joie et l’émotion populaire.

Les évangiles rapportent ensuite diverses prédications de Jésus et des polémiques avec les juifs religieux autour du Temple. Combien de temps cela a-t-il duré ? Quelques jours, quelques semaines, difficile de le dire, mais on voit bien l’atmosphère se tendre et le péril approcher.

La Passion proprement dite, c’est-à-dire les dernières heures de la vie de Jésus ont donné lieu à des récits assez précis dont les quatre évangiles présentent des variantes mais qui proposent cependant une vision très concordante de la poignée d’heures (dix-huit tout au plus) qui sépare le dernier repas du dernier soupir. Voilà des heures qui depuis deux mille ans ont irrésistiblement attiré ceux et celles qui ont voulu connaître Jésus. Pour cet homme, plus que pour tout autre, ces derniers instants sont la clé de compréhension de sa vie tout entière et de sa postérité.

Osons en quelques lignes en tracer les contours. Le dernier soir, Jésus partage un repas avec ses amis. Il sait que ses ennemis sont déterminés, que les heures maintenant lui sont comptées. De chaque attitude, de chaque parole, il fait un testament. Les gestes les plus ordinaires prennent un sens nouveau. Le lavement de pied, simple rite d’accueil devient un manifeste : le service de l’autre est mis au dessus de tout. L’imitation du maître, ce ne sera pas de savoir parler comme lui, mais de savoir se pencher comme lui. Avec le pain et le vin, il arrête le temps pour le rendre éternel. Ce pain dans ses mains, c’est son corps, sa vie donnée. Dans quelques heures, les soldats vont se saisir de lui, mais par avance, il proclame qu’il n’est pas la victime, il est le don et le donateur. On croira venir le prendre, mais lui affirme puissamment par avance qu’il se donne : « ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». Radicale proclamation de la liberté. Et pourtant, plus tard, dans la nuit, il faudra que la volonté s’offre à la liberté et que la liberté s’offre à la volonté. Mystérieuse nuit qui captiva tant de mystiques. Nuit où Dieu se donne à l’Homme et où l’Homme se donne à Dieu. Don unique, parfait, définitif et éternel. Nul ne se donne dorénavant sans passer par ce don, par Lui, avec Lui et en Lui.

Et quand les torches approchent dans la nuit, commence l’atroce comédie. Les masques abominables et grimaçants de la trahison, de la peur, de la lâcheté et du reniement ricanent autour de l’innocence exposée. Mensonges, faux-témoignages, insultes, injures, appât du gain, veulerie des puissants, vulgarité des foules abjectes et manipulée. Il y a dans cette matinée à Jérusalem une sorte d’effroyable montée en puissance du mal et de l’injustice.

Et puis la croix se dresse, supplice effroyable qui devrait laisser sans voix mais non, les sarcasmes continuent. Il est presque trois heures : « Père pardonne-leur… ». Comment le condamné trouve-t-il ce dernier souffle ? C’est fini, il ne reste plus que cette onde de pardon qui déjà se répand par tout la Terre.

La passion de Jésus-Christ : les quelques heures tragiquement ordinaires d’un supplice comme hélas il s’en déroule quotidiennement, ou victoire définitive de l’amour et de la liberté ? La question est ouverte, la réponse est dans la foi.

Par Pietro de Paoli - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli
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Lundi 23 janvier 1 23 /01 /Jan 13:08

 

Voilà un mot dont il faut se méfier car il est à double sens. Aussi, si vous l’affichez sur le GPS de votre vie, afin d’être certain de ne pas vous perdre en chemin, prenez garde de donner la bonne adresse. En effet, il suffit d’ouvrir une Bible, qui en la matière devrait faire foi, pour se rendre compte qu’il y a bien un paradis originel, terrestre, et un paradis ultime, céleste. Le premier est un jardin, qui d’ailleurs sous ses dehors paisibles, ne s’est pas révélé sans danger - il s’y traînait des bestioles malfaisantes - , tandis que le second est une ville, la Jérusem céleste.

C’est en deux images indiquer à chaque être humain comme à l’humanité le sens de son itinérance : de la nature à la culture.

On devra en conclure sans hésiter que la nature est certes notre origine mais certainement pas notre destin.

Cette observation est tout sauf anecdotique. La « nature » de l’homme n’est pas d’être le plus naturel possible. Son idéal n’est pas de redevenir un « bon sauvage » mais de devenir un citoyen, un habitant de la cité céleste. Si notre pérégrination sur la terre est une sorte d’apprentissage de la vie céleste, ce n’est pas en nous gardant de la vie ordinaire des hommes et des femmes de notre temps, en pratiquant une sorte de réserve teintée de  misanthropie à l’égard de nos contemporains que nous nous préparons à la vie paradisiaque.

En effet, je ne sais si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle, mais il semblerait que le paradis ne soit pas une sorte de tête-à-tête (enfin) entre moi et mon Dieu, mais une grande célébration fraternelle, un banquet jubilatoire. Il se pourrait même que la chose ait davantage les accents du banquet de fin des aventures d’Astérix que les belles harmonie d’un concert des Chœurs de la Sixtine. Tant mieux, pour ma part, je ne chante pas très juste, et j’aurais craint de me retrouver baillonné comme Assurancetourix.

La conclusion à tirer de cette observation, c’est que le paradis (le bon) ne se trouve pas derrière nous, dans notre passé, mais devant. La Bible n’omet d’ailleurs, pas de préciser que par précaution, Dieu a posté des « Cherubim » armés de lances de feu afin d’interdire l’accès du jardin initial. En conséquence nos rêves de paradis perdu et d’âge d’or sont des espérance mal orientées, « nul ne retourne dans le ventre de sa mère ». Le paradis est une promesse qui nous appelle depuis l’avenir et c’est dans le vivre ensemble que nous l’expérimentons. C’est pourquoi le chistianisme ne peut pas être seulement une ascèse, un entraînement stoïque où nous apprendrions à nous passer de tout et de tous, où nous renoncerions à tout, à tous, et à nous-même pour n’être qu’à Dieu, n’en déplaise à certaines dérives sprituelles.

Rien de ce qui nous rapproche de Dieu ne peut nous séparer de nos frères et sœurs humains. Il n’est certes pas inutile de nous libérer des esclavages que génère le désir de possession. Mais si nous nous détachon des choses, c’est pour mieux nous attacher à ceux et celles qui nous entourent et avec qui nous avons promesse de vie commune.

 

CEC, §1027 : Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : " Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment " (1 Co 2, 9). 

 

Et pour les fans de saint Thomas d’Aquin, une citation d’Aristote, véritable confession de fois pré-chrétienne 

 L’homme est un animal politique.

« Aussi l'homme est-il un animal politique, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble. Et la nature, qui ne fait rien en vain, n'a départi qu'à lui seul le don de la parole, qu'il ne faut pas confondre avec les sons de la voix. Ceux-ci ne sont que l'expression de sensations agréables ou désagréables dont les autres animaux sont, comme nous, susceptibles. La nature leur a donné un organe borné à ce seul effet ; mais nous avons de plus, sinon la connaissance développée, au moins tout le sentiment obscur du bien et du mal, de l'utile et du nuisible, du juste et de l'injuste, objets pour la manifestation desquels nous a été principalement accordé l'organe de la parole. C'est ce commerce de la parole qui est le lien de toute société domestique et civile.

 

100 mots pour la foi

Par Berulle - Publié dans : 100 mots pour la foi - Pietro de Paoli
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Dimanche 22 janvier 7 22 /01 /Jan 12:55

 

Jésus appelle et les deux couples de frères aussitôt le suivent. Sans dialogue, sans demande d’explication, sans même poser la question de qui est cet homme. Pourtant nous sommes au tout début de l’Evangile et il est loin d’être certain que Simon, André, Jacques et  Jean aient déjà entendu parler de Jésus. Encore moins qu’ils soient persuadés que cet homme est un lien quelconque avec leur Dieu. Il n’est même pas certain que sur les quatre, l’un d’entre eux soit un homme particulièrement pieux. Jésus ne va pas pêcher au Temple, mais au bord d’un lac. Il ne choisit pas des érudits de Dieu mais des pêcheurs.

 

Aussitôt, ils le suivirent, laissant là leurs filets, symboles de leur métier, de ce qui les fait vivre. Aussitôt, comme les gens de Ninive qui croient en entendant la parole de Dieu transmise par Jonas. Jonas parcourt Ninive, Jésus passe près du lac. La parole de Dieu circule, elle n’est pas statique, elle vient à l’homme. La parole de Dieu replace l’homme face au temps, sa principale limite. « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! », « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » La réponse des hommes se fait en acte et non en parole, elle s’accomplit dans un présent immédiat. La Parole de Dieu transforme directement l’homme qui l’entend. La Parole de Dieu arrache l’homme à la contingence du temps, à la contingence du raisonnement, de la discussion, de l’avoir, de tout ce qui nous permet d’avoir un semblant d’emprise sur nos vies d’êtres finis. Elle nous place directement dans la Vie de Dieu, dans la communion à la Vie éternelle de Dieu.

 

Se convertir n’est pas un long chemin de privations et d’efforts, se convertir c’est accepter de se dessaisir de nos peurs et de tout le vain travail de nos vies qui nous sert à les surmonter ou à les oublier pour accueillir la Bonne Nouvelle qui nous est annoncée. La conversion se vit non dans le présent que nous nous construisons pour conjurer le passé et l’avenir de nos vies mais dans l’immédiateté de Dieu qui fait de nous des êtres vivants. « Le monde tel que nous le voyons passe », le présent tel que nous nous le construisons passe. Mais la vie que Dieu nous donne, elle, est sans limite, le présent que Dieu nous offre est sans finitude, sans peur.

 

La Parole de Dieu nous libère en nous donnant la vie, elle nous installe dans une relation vivifiante avec Dieu, dans une communion que la mort même ne peut vaincre. Se convertir c’est nous abandonner à la vie qui vient à nous, aussitôt nous serons libérés du fardeau que nous nous construisions. Tout coule, tout passe, l’amour de Dieu et sa promesse demeurent.  

Par Berulle - Publié dans : Spiritualité - Communauté : Praedicatho.com
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Vendredi 20 janvier 5 20 /01 /Jan 16:36

 

Robert Scholtus, après dix années passées à Paris, rentre dans la ville de Metz qui l’a façonné. Des dîners de la capitale, il semble avoir gardé cette maladie à la mode au nom anglo-saxon, le name-dropping, qui consiste à placer un maximum de noms connus dans une conversation. Est-ce comme la pratique des citations, qu’il affectionne, un palliatif à la timidité ? Bien évidemment, l’exercice littéraire et la finesse de l’auteur transforment la litanie des people à la mode en celles d’écrivains, peintres, et personnages historiques, pour certains méconnus, au commerce plus agréable. Les souvenirs et la vie intérieure de celui qui est tout à la fois le héros et l’auteur de Promesse d’une ville sont façonnés par les références culturelles. Véritable musée vivant, elles l’aident à marcher sur la passerelle, ce présent narré, qui, dans les premières pages de l’ouvrage, le mène de la gare au nouveau Centre Pompidou-Metz.

L’auteur tutoie le héros dans une intime distanciation. Il entraine le lecteur dans sa vision intérieure, le rendant présent dans ses analyses, le faisant marcher comme un ami entendant remonter dans le silence de celui qu’il accompagne les souvenirs qui l’ont nourri dont certains semblent parvenir aujourd’hui seulement au stade du conscient. Promesse d’une ville, finesse d’une vie.

La passerelle que nous empruntons au travers de ces pages a des airs de passage inter-sidéral permettant des ouvertures éclaires entre des espaces mémoriaux bien différents où s’entremêlent architectures, histoire, écrivains et peintres, souvenirs d’enfance et, de temps en temps, mais finalement souvent, tels les blancs de Rubens qui venaient parachever et révéler ses œuvres, une pensée de l’auteur où une confession intime.

L’histoire, l’architecture, l’urbanisme et les personnages célèbres de Metz s’égrènent au fil des pages tandis que prend chair l’auteur-héros. Paris et les dix années de concubinages qu’il a vécu avec la capitale viennent s’immiscer dans la relation qu’il renoue avec la Pucelle abandonnée. Il l’appréhende avec le double regard de l’enfant  et de l’homme expérimenté. Un double regard qui peut peut-être expliquer la finale paradoxale de l’ouvrage où un événement aux résonnances intimes vient finalement anéantir la précieuse construction de l’ouvrage, replongeant la promesse d’une ville dans une froide distance.    

 

 

 

Promesse0.gif

 

Promesse d’une ville

Robert Scholtus

Arléa. 2011. 15 euros.

Date de parution : 2 février 2012

Par Berulle - Publié dans : Livres - Communauté : partage
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