Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 23:04


Ce texte de Marthe et Marie m’a toujours intrigué et la lecture qui en est faite trop souvent sur la vie contemplative et la vie active ne me parle absolument pas. Je ne vois pas le rapport avec le texte.

 

Ce qui me frappe, en premier lieu, c’est l’étonnante proximité entre Marthe et Jésus. Comme si Jésus était un familier de la maison. C’est à lui que Marthe s’adresse et non à sa sœur et elle lui parle avec une franchise et une sincérité déconcertante. Elle n’interpelle pas Marie pour qu’elle vienne lui donner un coup de main, elle interpelle le Seigneur pour savoir si cela ne le dérange qu’elle fasse tout et que sa sœur reste à ses pieds à l’écouter. Cette proximité est également palpable dans la réponse de Jésus.

 

Ce qui paraît évident, c’est le sens de la deuxième partie de la réponse de Jésus « Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. ». La meilleure part c’est Jésus lui-même. Marie comme une femme amoureuse s’est assise à ses pieds et écoute sa parole. Le texte ne dit pas si elle le questionne, ni même de quoi il l’entretient. Simplement qu’elle est en sa présence, en présence de la parole de Dieu et que rien ne peut lui sembler plus important. Et c’est cet attachement, ce lien que Jésus refuse de briser même s’il a tout à fait conscience du travail d’organisation que Marthe porte toute seule.

 

La première partie de sa réponse est plus complexe : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. » Je ne crois pas qu’il donne tort à Marthe de faire en sorte que tout se passe pour le mieux dans la maison. Une Marthe qui visiblement s’agite comme Abraham s’était agité aux chênes de Mambré, afin que l’accueil soit à la hauteur de l’invité. Il ne lui dit pas « Marthe, Marthe, où es-tu ?» comme le Seigneur l’avait demandé à Abraham à propos de sa femme Sarah qui avait participé à l’accueil en pétrissant les galettes mais qui n’était pas venue à la rencontre du Seigneur. L’inquiétude de Marthe qu’il mentionne et même son agitation montrent, comme les courses et la hâte d’Abraham, que Marthe a parfaitement saisie l’importance de l’invité qu’elle reçoit et qu’elle appelle Seigneur. Elle en a saisie l’importance, elle est pleinement en figure d’accueil et comme Abraham elle les traduits avec les codes humains et culturels de son temps : en organisant une réception digne de son hôte, souhaitant, comme toute bonne maîtresse de maison que tout soit parfait et désirant comme toute maîtresse de maison que la maison entière participe à l’organisation.

 

Et c’est là que la réponse du Christ est étonnante. Lui qui vient de nous expliquer dans la parabole du bon samaritain que l’amour que nous portions à Dieu passait par des gestes humains d’attention à nos frères semble dire ici que ces mêmes gestes sont finalement non nécessaires quand il est présent. La seule nécessité étant de l’accueillir en vérité en s’asseyant à ses pieds.

 

Cette parole du Christ prend alors toute sa richesse quand nous l’entendons à la messe où nous célébrons sa présence réelle. Elle s’adresse à tous les liturges et apprentis liturges qui comme Marthe sont proches du Seigneur. Elle s’adresse à leurs inquiétudes et leurs agitations et leur dit qu’il n’y a qu’une chose qui importe à Dieu dans la célébration de ses sacrements : que les fidèles puissent, comme Marie, s’asseoir à ses pieds et entendre sa parole. Elle ne dit pas que le déploiement des actions liturgiques est mauvais, elle dit qu’il n’a un sens que si ce qui est recherché est bien la possibilité pour ceux qui y participent d’accueillir le Seigneur et sa parole, d’avoir un accès direct au Seigneur. Et pour ma part je crois que la messe telle que nous la célébrons, avec des paroles et des gestes que nos contemporains ne comprennent plus, est loin de répondre à cette parole de Jésus.

Partager cet article

Repost 0
Published by Berulle - dans Spiritualité
commenter cet article

commentaires

Marthe 19/07/2010 11:19



Cher Bérulle,


Moi qui porte le beau prénom de Marthe, je suis aussi très touchée par l'intimité de la scène. Plus tard, la même Marthe n'hésitera pas à interpeller Jésus et à lui faire reproche de n'être pas
arrivé avant la mort de Lazare.


Mais je suis bien d'accord aussi avec votre fine lecture. À quoi sert toute cette agitation? Est-elle nécessaire au service du Seigneur si le résultat c'est qu'il se retrouve seul sans qu'il n'y
ait plus personne amoureusement assis à ses pieds?


C'est en effet une bonne question pour nos liturges scrupuleux. Qui mettent-ils en avant, le Seigneur ou leur science?


Merci Bérulle, c'est toujours un plaisir de vous lire.


 Marthe



Présentation

  • : Le blog de Berulle
  • Le blog de Berulle
  • : Art, culture, religion, société. Le blog d'un catho libre de ses propos.
  • Contact

Pietro de Paoli chaque lundi

L'auteur de Vatican 2035 et de Dans la peau d'un évêque participe au blog en livrant chaque lundi un de ses "100 mots pour la foi".

Recherche

Pierre de Berulle sur Facebook

Retrouver Pierre de Berulle sur Facebook ainsi que le groupe Fraternité Pierre de Berulle

Commentaires

N'oubliez pas de laisser vos commentaires pour faire vivre ce blog et de le recommander à vos amis !
Inscrivez-vous à la newsletter pour être informé des nouveaux articles.