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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:27

 

« Ce que tu auras mis de côté qui l’aura ? »

 

Dans les textes de ce dimanche, c’est toute la tradition des Vanités qui est mise en lumière à travers ses deux expressions latines : Vanitas de vanitas omnia est vanitas et Memento mori.

On imaginerait assez bien, sortant des bas côtés obscurs de l’église, un franciscain à la bure sombre monter en chaire et, un crâne à la main, se lancer dans un long sermon sur l’inintérêt des possessions et des choses de la vie.

 

La tradition, depuis les Pères de l’Eglise, s’appuyant sur nombreux textes des livres de la Sagesse, des Proverbes, de Job ou de certains psaumes, n’a cessé d’exhorter les hommes à se détacher des biens de ce monde pou se préparer à la richesse des dons célestes. La formule la plus ramassée en est sans aucun doute celle de cette première lecture de L’Ecclésiaste : « Vanités des vanités, tout est vanité. » à entendre dans l’esprit de sa finale « avant que la poussière ne retourne à la terre comme elle en vint et que le souffle de la vie ne retourne à Dieu qui l’a donné. »

 

Mais n’irait-on pas trop vite en condamnant les biens de ce monde et en en faisant une des causes de notre possible perdition ? Dans les vanités des écoles du Nord, inspirées par la Réforme ou la Devotio Modernales artistes peignent des natures mortes où les détails, les modelés des matières, la brillance des orfèvreries rendent hommage aux possessions terrestres, parmi lesquelles viennent souvent se mêler la connaissance (livre) ou les arts (instruments de musique ou pinceaux). Il n’est pas pour eux question de les condamner mais d’amener le spectateur à faire de sa conscience le principal sujet du tableau, à écrire lui-même le chemin qu’il peut prendre à travers ces possessions pour que de vaines elles deviennent sens. Les artistes de la contre réforme, eux, croyant plus à l’exemplarité des saintes figures qu’à l’intelligence éclairée du disciple, ont exploités en particulier Marie-Madeleine et Jérôme comme figures de renoncement et véritables modèles de passage du monde terrestre au monde céleste. Mais si l’on y regarde de plus prêt, même eux, dans leurs représentations, sans parler de la présence du crâne, ne sont pas dénués d’attributs relevant de la possession. Jérôme possédait la connaissance des Ecritures, symbolisée par une Bible, et le cardinalat, symbolisé par le chapeau rouge. Marie-Madeleine possédait le vase de parfum de la pénitente du repas chez Simon et les longs cheveux ayant essuyés les pieds du Christ des saintes pénitentes de l’Evangile avec lesquelles elle était confondue. Des possessions que ces deux saints ont offertes à Dieu et à leurs prochains.

 

vanite_Claesz.jpg      st-jerome-georges-de-la-tour.jpg

Pieter Claesz, Vanité, 1630                                                                 Georges de La Tour, Saint Jérôme pénitent

 

Dans les deux cas finalement, à des degrés divers, ce ne sont pas les possessions qui sont en jeu mais bien la manière de les vivre et de les mettre au service de celui sans qui rien ne serait et qui donne tout, Dieu. Car la question de l’héritage, du partage, des fruits du labeur, est avant tout la question de l’héritage des dons et promesses de Dieu, de leur partage entre tous les hommes, du fruit inépuisable de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ qui fait de toute chose selon la réponse que l’homme donne à Dieu un objet de mort ou un objet de vie, comme le rappellent les memento mori sculptés représentant une tête janiforme composée pour chacune des faces d’un crâne et de la tête du Christ.

 

En d’autres termes, il ne s’agit pas de condamner l’avoir mais de répondre à la question de la parabole de l’Evangile de ce jour : « Ce que tu auras mis de côté qui l’aura ? ». Cet avoir est-il au service du dessein de Dieu, c’est-à-dire offert pour le bien de tous les hommes, ou reste-t-il un engrangement personnel et stérile : un avoir vain. Ce choix entre la vie et la mort est une question ou plutôt une décision de chaque instant qui n’est pas conditionné par notre future mort (qui peut arriver à chaque instant) mais qui, au contraire, suivant notre réponse, peut transformer cette mort à venir en vie éternelle. Mais le savoir n’est pas suffisant car pour reprendre les mots du mystique Thomas A Kempis : « Au dernier jour, on ne vous demandera pas ce que vous aurez su, mais ce que vous aurez fait. ». Les connaissances de Dieu et du Salut peuvent être elles aussi vanités.

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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