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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 13:03

 

 

Lectures :

Isaïe 66, 18-21 ; Psaume 116, 1-2 ; Lettre aux Hébreux 12, 5-7.11-13 ; Evangile selon Saint-Luc 13, 22-30

 

 

Quelle tension entre la prophétie d’Isaïe « Parole du Seigneur : Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire : je mettrai un signe au milieu d'eux ! » et l’avertissement du Christ « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. »

 

Cette longue marche que prédit le prophète – « Ils les conduiront jusqu'à ma montagne sainte, à Jérusalem, comme les fils d'Israël apportent l'offrande, dans des vases purs, au temple du Seigneur. » - Jésus est entrain de la préfigurer, lui qui « marche vers Jérusalem ». Il la préfigure et nous en donne une vision plus réelle. Cette marche n’est pas la marche glorieuse et triomphale du Messie conquérant venu récupérer son royaume comme pouvaient l’espérer les juifs de son époque. Et si, le jour des Rameaux, son entrée à Jérusalem se fait sous les acclamations, sa marche vers son Père prendra vite une allure plus tragique qui le mènera aux portes de la mort.

 

La porte étroite que nous propose le Christ, c’est celle de l’amour, un amour qui conduit forcément au service. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13). Voilà l’offrande qui plait à Dieu. Voilà le chemin que le Christ a lui-même tracé pour nous, lui qui s’est fait offrande pour nous. Et la bonne nouvelle c’est que par son offrande parfaite, il nous en donne la force en nous assurant que jusqu’à la fin des temps il sera présent auprès de nous par son Esprit.

 

Cette marche n’est pas une marche personnelle, c’est la marche du peuple Dieu, une marche qui est en même temps une mission. « J'enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n'ont pas entendu parler de moi et qui n'ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou dans des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires. » Le Christ ne s’est pas fait offrande pour un petit nombre de justes, il s’est fait offrande pour toute l’humanité. Il n’est pas venu uniquement pour un peuple de purs mais bien pour appeler les pécheurs à la conversion. Et cette prophétie d’Isaïe, c’est bien la mission de l’Eglise : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ;  et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Finale de Matthieu).

 

L’Eglise ne peut pas se contenter de dire ce qui est bien et ce qui est mal. Elle doit porter cette bonne nouvelle qu’il existe un chemin vers Dieu, un chemin où le Christ lui-même vient au devant de chacun. Un chemin qui est tracé pour tous et peut-être particulièrement pour les pécheurs. L’Eglise doit toujours s’appliquer à elle-même ce souci de conversion permanente, de réforme permanente, afin d’être fidèle à la mission que le Seigneur lui a confiée. Elle doit accepter d’être reprise par le Christ et d’entendre cette mission fondamentale que Saint-Paul nous rappelle : « C'est pourquoi il est écrit : Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent, et : Nivelez la piste pour y marcher. Ainsi, celui qui boite ne se tordra pas le pied ; bien plus, il sera guéri. ». L’Eglise ne peut pas être une forteresse dans laquelle seraient conservés à l’abri les vases purs car l’offrande qu’ils contiennent, comme le prophétise Isaïe, ce sont justement tous nos frères et nos sœurs.

 

Et nous, pauvres pécheurs, nous ne pouvons considérer que nous serons sauvés parce que nous allons à la messe tous les dimanches (ou plus) car l’avertissement de Jésus est très clair : « Alors vous vous mettrez à dire : 'Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.' Il vous répondra : 'Je ne sais pas d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.' ». Car ce n’est pas parce que nous sommes catholiques que nous serons sauvés. L’appartenance à une religion n’est pas la conversion du cœur. Et ce que nous demande Jésus, c’est bien cette conversion, seule offrande qui plait à Dieu. Une conversion qui passe obligatoirement par l’accueil, l’écoute et l’amour de nos frères et de nos sœurs. Pour plagier la première lettre aux Corinthiens, nous pourrions suivre tous les enseignements de l’Eglise, s’il nous manque l’amour, cela ne nous sert à rien.

 

Alors oui nous sommes les héritiers de cette longue histoire d’amour entre Dieu et son peuple, mais ce n’est pas sur l’héritage que nous serons jugés dignes de nous asseoir au banquet de la noce éternelle mais sur ce que nous en aurons fait. « Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. » Ne soyons pas emplis de gloire parce que nous avons "la Vérité" ! Notre vérité c’est le Christ, c’est la Vie de Dieu, et cette Vie n’est pas un bien que nous possédons, prisonnière, pour nous assurer l’entrée dans la Jérusalem céleste. C’est un chemin, un chemin que la Parole de Dieu nous rappelle être un chemin d’humilité et de service, un chemin que le Christ a tracé pour nous en allant jusqu’à donner sa vie. « Son amour envers nous s'est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur ! » C’est sur ce chemin qu’il nous attend, présent dans chacun de nos frères et de nos sœurs.

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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commentaires

Xénia 23/08/2010 09:37



Cher Bérulle


Merci pour ce commentaire qui nous libère du "nous les bons chrétiens qui savont ce qu'il faut faire, qui avons le privilège d'ouvrir et de fermer la porte à ceux qui frappent, d'après nos lois
et nos dogmes". Ouf ! ça fait du bien d'entendre que nous sommes tous en chemin et que cette porte étroite n'est pas à imaginer comme celle d'une religion qui sauve, mais bien comme l'ouverture
du coeur, l'accueil et, ô notion qui m'est chère, l'hospitalité !



Catherine 22/08/2010 14:27



Bravo Cher Bérulle, très inspiré et très juste.


Plus j'y songe, plus je qualifierais le catholicisme romain, occidental, dans son expression ordinaire de "matérialiste", quasi "positiviste", avoir, tenir, détenir, légiférer, écarter, prouver,
dogmatiser comme si l'on voulait obtenir des assurances et mettre la main sur Dieu et le Salut. L'option spiritualiste, n'est d'ailleurs pas plus juste, tant elle conduit à l'évanescence, et
souvent à l'obscurantisme. Reste une seule option, et elle est relationnelle, c'est ce que vous développez bien dans votre commentaire des textes d'aujourd'hui.


Merci et bon courage pour la suite que nous attendons toujours avec impatience. C.



Tellou 22/08/2010 14:26



Un jour j'ai compris que j'étais sauvée. Non pas parce que j'avais LA bonne religion (parce que bon, hein, on sait bien que les autres ne sauvent pas, c'est bien pour ça qu'on se tape dessus), ni
LA bonne pratique. Un jour j'ai compris que ça servait plus à rien de patauger dans ma boue d'humain à essayer d'en sortir pour rejoindre un Dieu lointain, juge, vengeur. Un jour j'ai compris que
ça, on l'avait fait à ma place (Jésus). Ouah!! Ca soulage non? Et qu'il le fait encore avec moi tous les jours parce que Dieu n'est pas au bout de la mare de boue, mais avec moi dans la mare.
Bon, contrepartie quand même envers Dieu vu que lui il s'est ce que c'est la boue humaine, c'est de prendre la main des autres qui pataugent avec nous et de ramener sur des berges plus clémentes,
ceux qui en ont jusqu'au cou. C'est ça faire Eglise non?



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