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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 17:07

Dans le choeur de l’Eglise Saint Eustache à Paris, pour la Nuit Blanche 2009, l’œuvre de Mark Wallinger, « Threshold to the Kingdom » (Le Seuil du Royaume, 2000), éclairait l’obscurité, projetant le Miserere d’Allegri jusqu’aux premières marches du seuil de l’Eglise.

 

Cette vidéo de 11 minutes et 20 secondes est un film au ralenti montrant l’arrivée dans un aéroport de passagers en provenance de l’international. La porte à deux battants s’ouvre vers les spectateurs laissant apparaître et entrer dans leur monde des hommes et des femmes seuls ou en grappes. Le ralenti, procédé bien connu dans le cinéma pour intensifier l’effet dramatique ou sentimental, donne ici un côté atemporel et solennel à la scène, une distance sacrée. La place de l’œuvre, élevée dans le chœur, entre l’autel et le tabernacle, au cœur du sacré, là où dans la célébrations du sacrement eucharistique une porte s’ouvre entre Dieu et le monde, confère au titre de l’œuvre tout son sens – le Seuil du Royaume – tout en retournant la vision commune qui voudrait que le Royaume soit dans l’au-delà puisque les passagers entrent finalement dans notre champ de vision, dans notre monde. Le Royaume est parmi nous.

 

L’ouverture/fermeture au ralenti de cette porte ressemble à un cœur qui bat, à une métaphore aussi de l’être chez Heidegger qui vient au monde en se dévoilant tout en restant caché. Il y a quelque chose de clinique dans cette œuvre, peut-être un rappel de la mort, du passage de la vie à la mort, en tous les cas une altération ou une libération qui, dans le passage de chaque homme et de chaque femme par cette porte qui s’ouvre pour que ce qui était caché ou ailleurs devienne visible ou présent, rappelle le baptême. On se doute que toutes ces personnes sont physiquement les mêmes avant et après la porte et pourtant un changement s’est opéré. La vie bat lentement, peut-être la vie de Dieu, cette qui vie qui nous maintient dans l’être. « Si Dieu cessait de penser à nous, d'opérer en nous et de nous produire, au même moment nous cesserions d'être. » Un dialogue existentiel entre la créature et le créateur s’instaure, renforcé par l’audition du Miserere d’Allegri : « Ne me chasse pas loin de Ta face, ne me reprends pas ton Esprit Saint. » La pureté de la voie d’enfant et le ralenti expriment ce lien si ténu.

 

Mark Wallinger avait proposé pendant plusieurs mois une sculpture placée sur une colonne de Trafalgar Square et baptisée Ecce Homo. Un homme d’un mètre quatre-vingt imberbe les mains liées dans le dos. Un simple moulage, au plus près de la réalité, comme l’œuvre qui l’a rendu célèbre, State Britain (la réplique exacte du campement de Brian Haw, un militant pacifiste qui s’était installé devant le Parlement pour dénoncer les effets des sanctions économiques de l’ONU sur les enfant d’Irak - prix Turner 2007).

Ici comme dans Ecce Homo, l’homme est traité dans sa juste réalité. Seuls la taille monumentale de l’écran, le fait qu’il soit placé dans une architecture exceptionnelle et la projection au ralenti transforment cette réalité pour lui adjoindre du sens et une lecture critique. (Dans Ecce Homo, c’est la colonne qui joue ce rôle.). Aucun travail esthétique (plan fixe sans effets) ne vient faire jouer les personnages.

 

Dans ses œuvres, faisant référence à la religion (Angel, 1997 ; Threshold to the Kingdom, 2000 ; The Underworld, 2004) ou au mythe (Landscape with Fall of Icarus, 2007), Mark Wallinger fait apparaître dans des scènes de la vie quotidienne la réalité d’un monde qui a perdu ses croyances en des idéaux qui le dépassent et lui donnent vie et la place fragile que l’homme essaie d’y trouver.  

Ici, tout ce qui constitue notre être-au-monde est présent : la fatigue du passager qui baille, la joie du groupe de mamies qui se retrouve ou de la femme qui fait un signe d’amitié ou d’amour à la personne venue l’attendre, le travail représenté par l’équipage en uniforme, l’urgence de l’hôtesse qui coure au ralenti, l’attente enfin avec la dernière image de l’homme au chariot qui pivote pour se stabiliser et espérer une arrivée.

Toute la vie des hommes est transfigurée dans les sentiments les plus simples si on accepte d’y percevoir une vie supérieure et porteuse de sens. Elle reste sinon ce qui est présenté une vie au ralenti, au premier degré.


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literature review 14/10/2009


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