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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 18:09

 

Le dimanche des Rameaux et de la Passion, c’est le dimanche de la foule. Une foule qui acclame, une foule qui conspue. La foule en générale, mais aussi la petite foule des disciples qui abandonne Jésus et s’enfuit après l’avoir assuré, avec Pierre, que même s’il elle devait mourir avec lui, elle ne le renierait pas.

Le dimanche des Rameaux et de la Passion, c’est le dimanche où nous est reposé une dernière fois cette question qui traverse l’Evangile et à laquelle nous avons tant de mal à nous arrêter pour y répondre : « Qui est cet homme ? » Comme la foule, sans réfléchir, nous lançons « c’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée », « c’est le fils de David qui vient au nom du Seigneur », « c’est le Messie »… « c’est le fils de Dieu »… Mais si toutes ces réponses sont sûrement parfaitement justes répondent-elles à la question que Jésus lui-même n’a cessé de poser : « Et pour vous qui suis-je ? »

Finalement, pour les chefs des juifs qui le condamnent, la réponse est simple : « un perturbateur » qui les empêche de faire tourner correctement leur boutique religieuse. Pour Pilate, « un problème politique » qui lui impose d’être injuste pour éviter une crise dans le pays dont il est responsable. La foule, elle, n’a pas répondu à cette question en vérité et peut donc, sans problème, varier de l’ovation du Messie à la haine du blasphémateur.

Et pour les disciples de l’Evangile qui est-il ? Leur réaction nous montre à l’évidence que la réponse est moins simple qu’il n’y paraît et qu’elle ne peut en aucun cas se résumer à une réponse théorique. Pour les disciples de l’évangile, Jésus est certainement tout autant un ami qu’un rabbi. Des liens de proximité et des liens de déférence se mêlent à la compréhension de ce qu’il a essayé de leur enseigner sur qui il était. Comme pour la foule des rameaux, le souhait ardent de voir en Jésus un messie venu sauver le peuple d’Israël de ses oppresseurs devait rester ancré au fond d’eux. Et pourtant la passion va nous montrer la collusion des oppressés et des oppresseurs contre celui qui semblait incarner cette figure messianique. La figure de Jésus guérisseur, du Jésus des miracles, devait également être très importante pour eux et nourrir leur compréhension d’un lien direct entre Jésus et Dieu. Mais, comme nous l’avons entendu dimanche dernier dans la résurrection de Lazare, cette figure occulte finalement la compréhension de Jésus comme source de la vie. Or c’est bien là que se joue la compréhension de qui est Jésus.

Car évidemment, si nous ne croyons pas que Jésus est la vie, toutes les autres figures que nous lui attribuons sont mises à mal par son arrestation, son procès par les chefs des juifs et par Pilate et bien évidemment par sa mise à mort. Le messie humilié est un imposteur, le guérisseur mort ne sert plus à rien. Seule la tristesse d’avoir perdu un ami reste. Il est donc presque logique que les disciples de l’Evangile, en dehors du fait que leur faiblesse a laissé Jésus seul à Gethsémani et que leur « instinct de survie » ou leur peur les ont empêché de le défendre, se soient dispersés près son arrestation. C’est à la lumière de la Résurrection, une lumière qui sera loin d’être évidente, que les disciples pourront répondre réellement à la question en se remémorant les enseignements de leur maître.

Mais pour nous qui est-il ?

Contrairement aux disciples de l’Evangile nous ne vivons pas la passion de Jésus en direct. Nous la vivons à travers leurs témoignages illuminés de l’événement de la Résurrection, les évangiles, la tradition vivante d’une Eglise multiséculaire. Pourtant dans le flot de sens qui est mis à notre disposition, si nous ne voulons pas rester anonyme dans une foule versatile, nous devons à notre tour écouter Jésus nous poser sa question et y répondre. Et, pour moi, qui est cet homme ? Est-il la vie ? Est-ce que comme les disciples, je chemine avec lui ? Avec lui et non seulement avec la foule des chrétiens ? Est-ce que, comme baptisé, je me sens responsable de lui, responsable de sa Parole, responsable du Salut qu’il offre, responsable de sa vie ? De sa vie et non seulement des « valeurs » que défend mon Eglise ?

L’Eglise ne peut pas être une foule d’anonymes car Dieu appelle chaque homme et chaque femme par son nom. Elle doit être une somme d’individualités, appelées par Jésus et ayant répondu à Jésus. Une somme d’individualités responsables en leur propre nom, au nom de leur baptême, capables de témoigner devant les tribunaux, religieux comme civils, devant l’injustice et la mort, que Jésus est la vie donnée en abondance. En ce dimanche des rameaux et de la passion, la question « Qui est cet homme ? » est primordiale, elle est posée personnellement à chacun d’entre nous afin que nous constituions un peuple de témoins responsables et non une foule dont les membres se reposeraient sur la responsabilité du groupe. 

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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commentaires

Courtemanche 17/04/2011 23:52



Je me dis aussi que ces apôtres un peu "fragiles,  faibles", il en a fait des semeurs d'Espérance et 2000 ans après = çà tient encore debout , même si c'est parfois bancal pour d'autre
raisons ... C'est impressionnant quand même ?!


Amitiés fraternelles . Geo



alainx 17/04/2011 18:25



A la question : et pour vous qui suis-je ?, Faut-il vouloir définir une réponse précise, universelle et dogmatique ?


Le mérite n'est-il pas surtout dans l'existence de la question ?


Combien de kilomètres d'écriture, de tonnes de livres la chrétienté a-t-elle élaboré au fil des siècles pour tenter de nous convaincre d'une identité supposée « la vraie »…


 


Je ne crois pas qu'un homme comme Jésus puisse être assigné à résidence dans une religion, quelle qu'elle soit. Lui qui, finalement, ne décolère pas devant les pratiques religieuses… Voilà qu'à
partir de sa vie et de son oeuvre on va créer une nouvelle religion…


 


Au fond, s'il n'était pas ressuscité… Il se retournerait dans sa tombe !


Pauvre Jésus !


Ne méritait pas ça…



Berulle 17/04/2011 18:29



Pour ma part, je crois que plus que dans l'existence de la question elle réside dans l'existence d'une relation. Il n'y a pas de réponses théoriques qui permettent d'accueillir véritablement la
vie. Et je suis bien d'accord avec vous, toute réponse théorique ne fait qu'enfermer Jésus et l'empêche de se laisser découvrir. 



Louis JACOB 17/04/2011 14:38



Selon le Larousse, le terme "versatilité" serait à retenir s'il s'agissait bien de la même foule.


En ce qui concerne l'exemple choisi, il ne me paraît pas "parlant", il s'agit de temps espacés et de foules très différentes (en août 44,j'étais sous l'uniforme de l'armée US).


L.J.



Berulle 17/04/2011 18:36



Témoignage d'un
résistant


Marqué lui aussi par
le comportement de l'époque, Alexis Le Gall constate: «Pour sa venue à Paris en mai1944, Pétain a été acclamé par une foule énorme. Deux mois plus tard, lors de la libération de Paris, les mêmes
acclamaient De Gaulle. Le Français est versatile, je dirais même hypocrite...».



Louis JACOB 16/04/2011 21:28



Peut-être pourrions-nous penser qu'il y a eu "foule" et "foule" :


- la foule qui accueillait Jésus en triomphe pouvait être composée des braves petites gens des faubourgs de Jérusalem déjà informés de sa personnalité (Messie, guérisseur, ) par l'avant-garde de
ses "supporters", et donc acquis à sa cause, espérant des changements avantageux…


- par contre la foule hétéroclite qui hurlait et réclamait la condamnation de Jésus avait été rassemblée à la hâte, partiellement de nuit, à partir des serviteurs et gardes du Temple acquis
logiquement aux idées de leurs patrons, chauffés en conséquence et orientés spectacle et violence..


De nos jours aussi, il suffit de quelques meneurs adroits pour manipuler des foules…



Berulle 16/04/2011 23:23



Nous ne savons pas grand chose sur la composition des deux foules et il serait assez vain de chercher à les reconstituer pour comprendre comment la versatilité de cette foule est
explicable. 


Pour ce qui est de nos jours, ou d'hier, un exemple est parlant : en mai 44 la foule acclame Pétain à Paris... en août, la même foule (ou presque) acclamait de Gaulle. 



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