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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 01:29

Au risque de surprendre, voire de choquer, il faut bien constater, que la famille est, pour le catholicisme, une idée récente. Récente ? Oui, deux siècles, deux siècles et demi, tout au plus. On notera avec un certain amusement que l’Église qui se défend de se soumettre aux modes du temps a, en la matière, emboîté le pas à un nouveau goût bourgeois celui de la famille. Le grand historien Philippe Ariés explique bien qu’il faut attendre le XVIII° siècle pour que l’intérêt pour l’enfant et la famille se développent, en même temps que s’inventent les canons de la vie bourgeoise. Jusque-là, l’aristocratie se souciait de la vie de famille comme d’une guigne, les mariages étaient des alliances de clan, et la famille un moyen de transmission des héritages. Élever ses enfants ou mener une vie de famille ne serait venu à l’idée de personne. Chez les paysans, les mariages étaient des mariages de biens et de terre, et les familles des unités de production. Quand aux hommes d’Église, aux religieux et religieuses, ils mettaient bien sûr leur point d’honneur à quitter leur famille et à mépriser les liens familiaux afin de prouver leur attachement exclusif au Seigneur.

Il faut dire que le Christ et l’Évangile leur donnent drôlement raison.

Jésus n’a vraiment rien d’un « bon fils », lui qui a douze ans rabroue son père et sa mère : « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père », et à trente, déclare alors qu’on l’informe que sa mère, ses frères et sœurs sont là qui le demandent : « Qui est ma mère ? Et mes frères ? » Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère. »

Pour ce qui est de la défense de la famille, il confirme bien la légitimité de suivre le commandement « Honore ton père et ta mère », mais on trouve aussi des paroles dures et étranges, comme : « Je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille » et « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. »

Et si on lit attentivement les Pères de l’Église, on verra que leur sens de la famille laissait pour le moins à désirer. Il n’est qu’à voir l’insistance que met Monique, la mère d’Augustin à obtenir de lui qu’il quitte femme et enfant pour s’adonner pleinement à sa vie religieuse. L’Église a fait de l’un et de l’autre des saints…

Voilà qui donne à réfléchir sur le soudain intérêt de l’Église en faveur de la famille.

Loin de moi l’idée de négliger le rôle éminent de la famille pour le bon développement des enfants et leur éducation dans la foi, mais je serais volontiers de l’avis de Jésus, une famille est faite pour être quittée.

Je crains que la surévaluation de la famille à laquelle nous assistons dans le discours de l’Église soit une sorte de compensation. L’Église perdant le pouvoir sur les organisations publiques et politiques le transfère dans la sphère intime et familiale.

Il semble qu’elle ne soit guère plus écoutée… Peut-être parce que sa vocation n’est pas de conserver le pouvoir mais de le perdre ?

 

Afin d’atténuer mon propos, je vous suggère de relire ce bel hymne à la famille qu’est le psaume 127.

 

Heureux tous ceux qui craignent Yahvé
et marchent dans ses voies !

2Du labeur de tes mains tu te nourriras,
heur et bonheur pour toi !
3Ton épouse : une vigne fructueuse
au cœur de ta maison.
Tes fils : des plants d’olivier
à l’entour de la table.

4Voilà de quels biens sera béni
l’homme qui craint Yahvé.
5Que Yahvé te bénisse de Sion !
Puisses-tu voir Jérusalem dans le bonheur
tous les jours de ta vie,
6et voir les fils de tes fils !

Paix sur Israël !

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commentaires

Patrick Royannais 15/07/2010 13:33



Merci pour ce texte. La mise en perspective est toujours maîtresse de sagesse.


Je ne sais si vous atténuez votre propos en citant le psaume qui finalement est plus à la gloire du chef de famille ; sa descendance vaut autant que le fruit de son travail et encore, arrive
après lui. Par ses rejetons, son nom ne sera pas effacé de la terre des vivants; même après sa mort il continuera à vivre, en ses fils, reçus de celle dont le texte ne dit qu'une chose, son rôle
de génitrice.


Peut-être les pleurs de David sur Absalon aurait été une meilleure illustration de la force de la famille. En outre, le texte met en évidence que nos familles sont aussi des lieux de souffrance.
Et le discours sur la famille serait plus crédible à reconnaître les difficultés des familles, l'enfer qu'elles peuvent être, plutôt qu'à en dresser un portrait idéal, évidemment parfait.


Dans les sociétés dites premières, la famille est une valeur plus développée encore, me semble-t-il, que dans la société bourgeoise occidentale. Ni l'historien, ni le discours commun que vous
épinglez ne me semblent dire pourquoi. C'est pourtant une de nos questions. Pourquoi sommes-nous si attachés à nos familles alors qu'elles sont, plus souvent qu'à leur tour, des lieux de
souffrance.


Mgr Simon aime à dire que le célibat pour le Royaume est un signe de contestation de l'ordre naturelle, notamment pour la femme. Non, sa place n'est pas déterminée par son sexe, par son fonction
reproductrice. Elle trouve dans l'engagement religieux une liberté. Un peu comme une variation sur le thème nature vs culture.


Vous le voyez, vos propos continuent à susciter l'échange. Merci


PS : en revanche, dois-je vous dire que je suis bien navré de votre dernier papier dans la Croix. Avez-vous visionner le clip publicitaire ? J'ai bien peur que pour parler au monde et choisir ses
modes de communications, on ne se prostitue. (Ainsi les prophètes parlaient de l'adoption par Israël des dieux étrangers.) Après la charge de l'Eglise contre le Da Vinci code, voilà son
adoption !


Evangélisation n'est pas communication. On n'a jamais autant communiqué qu'aujourd'hui, et l'on s'est peut-être jamais aussi peu rencontré. L'évangélisation, même nouvelle, n'est pas histoire de
marketing. Nous sommes les disciples d'un perdant. Cela n'est pas vendeur. Cela n'est audible que de deux façons: soit par trahison du message et le looser devient force, par exemple
théologico-politique. In hoc signum vices. Le pouvoir dont vous parlez et que l'on ne veut pas perdre. Soit parce que l'on est du côté des perdants. Alors si nous découvrons à nos côtés
un tel perdant, tout n'est peut-être pas foutu. Cela pourrait être le sens des Béatitudes.


Bien à vous.



Bruno 12/07/2010 18:52



Texte très intéressant. J'ai justement souvent trouvé étonnant l-a contradiction entre l'appel de Jésus à quitter ses attaches (dépendances ?) familiales pour se laisser guider pour se mettre à
sa suite, celle de l'Esprit, celle de Liberté selon moi, et le discours de l'Église.


La famille est source de solidarité entre les êtres. Elle ne doit toutefois pas être lieu d'enfermement. Soucieuse du bien-être de l'individu elle doit surtout aider à son épanouissement et son
autonomie. En cela, oui, la famille peut-être un exemple pour toute la société.



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