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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 00:10


En choisissant de s’offrir un pavillon à la Biennale de Venise, le Vatican fait un geste explicite pour renouer un dialogue avec « l’art contemporain » dans l’une de ses structures les plus emblématiques.

 

Bien évidemment, les liens n’ont jamais totalement été rompus entre l’Eglise et la création contemporaine mais on sent bien que la première continue de regarder la seconde avec le même oeil suspicieux que celui qu’elle jette sur le monde contemporain en général. Le successeur du cardinal Poupard à la présidence du Conseil Pontifical pour la Culture ne s’en cache pas. Dans un entretien accordé au journal La Croix, Mgr Gianfranco Ravasi déclare « L’art contemporain semble pour une grande part avoir exploré toutes les voies de la déconstruction, du nihilisme, pour nous amener à constater l’inconsistance de l’être, démontrant que plus rien ne vaut rien, jouant de la provocation sur l’absence de sens de notre réalité. Mais, affronté à cet itinéraire, ce même art se trouve automatiquement en passe de se détruire, car l’objectif ultime ne peut être que le silence de la mort, du suicide. »

 

Cette courte analyse de l’art contemporain joue sur une tendance réelle de certains critiques à transformer l’art en discours mais occulte le fait que toute œuvre est avant tout le dialogue d’un artiste avec une culture et donc un lieu de questionnement. Il n’y a jamais eu d’autre finalité dans l’art que celle de dépasser l’œuvre et par là d’obliger celui qui la regarde à dépasser ou déplacer ses propres limites et questions. De plus, la complexité du sens travaillée tout autant par les artistes que par les chercheurs en sciences sociales n’a rien à voir avec une « absence de sens de notre réalité ». Bien au contraire. L’Eglise dans son raidissement actuel semble avoir de plus en plus de mal à percevoir dans les questionnements, les critiques, les errements ou les malaises, ces étincelles de révélation qui ont fait autrefois les joies de nombre de penseurs, philosophes, théologiens et spirituels catholiques.

 

Dans le même interview, Mgr Ravasi explique qu’il croit « à la possibilité d’une rencontre entre la foi et l’art, pourvu que l’art sorte de son impuissance provocatrice ». Mais l’impuissance provocatrice de l’homme est au cœur de sa relation avec Dieu. Entendons le cri de Job, les hurlements des justes d’Israël, et même le cri d’impuissance de Jésus face à la coupe qui lui est tendue. Qui, si ce n’est l’artiste, est le plus à même aujourd’hui de faire retentir ce cri. Il faudrait que l’injustice et la souffrance aient disparu de la surface de la terre pour que l’art ne hurle pas.

 

Les artistes pressentis pour la Biennale de Venise par le Vatican ne sont pas des chuchoteurs de mièvreries, qu’il s’agisse d’Anish Kapoor, Jannis Kounellis, Bill Viola, Mark Wallinger ou le français Yannig Guillevic. Espérons que, dans le dialogue qu’ils ouvriront le 21 novembre prochain avec Benoît XVI, ces artistes sauront crier assez fort le désarroi de l’homme afin que, comme dans les plus belles pages de la Bible, l’Eglise puisse annoncer avec plus de force encore le don et l’amour de Dieu.

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Published by Berulle - dans Chroniques
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Joseph 08/12/2009 21:10


Dieu merci, l'Eglise ne se résume pas au Vatican. L'Eglise, c'est moi, disait sainte Catherine de Sienne. Elle a raison. Peu nous importe le manque d'audace d'un clergé assiégé, tout cela passera,
la Parole seule restera. A nous de l'annoncer.
Et je suis tout à fait d'accord avec Mgr Rouet, l'état de minorité rend plus humble et, si j'ose dire, plus humain. C'est une chance !


Berulle 20/12/2009 18:00


En effet, l'humilité nous permettra de tenir et de proposer une parole sereine et amicale à nos contemporains. C'est aussi le message de Noël, une venue dans l'humilité.


Tellou 19/11/2009 13:54


A eux de voir s'il vaut mieux la qualité ou la quantité. J'aurais envie ici de les renvoyer au très bon livre de Rouet "La chance d'un christianisme fragile"


Tellou 17/11/2009 09:35


Si Vatican est choqué par le nihilisme ambiant porté par l'art (entre autres), il peut aussi rester enfermé dans son monde de Mickey, où tout le monde est beau, tout le monde s'entend bien et tout
le monde vit dans des palais cardinaux aux milieux de dentelles en parlant une langue unique: le latin. C'est beau.
Blague à part, ce qui est dur de constater c'est que Vatican a peur de se frotter au monde. Pourquoi? A-t-il peur d'être "contaminé" par le remativisme, le nihilisme etc? Mais si la Parole de Dieu
et ce que nous vivons en tant que chrétiens est vrai, et si le message que nous portons a vraiment de la valeur, alors pourquoi avoir peur? De quoi avoir peur? ;)


Berulle 19/11/2009 10:20


Mais tout simplement parce que ce qui intéresse aujourd'hui le vatican n'est pas l'annonce de la parole mais la préservation de l'espèce. Ce qu'ils ne cessent de dénoncer dans leurs discours quand
il s'agit des pauvres, des indiens, des minorités... ils se l'appliquent à eux-mêmes : une getthoisation ne permettant pas de contaminations pour préserver de la pureté de la race.


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