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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 22:59
 

 

Compte-rendu de la table ronde de l’IESA sur fidèles et touristes dans les édifices religieux.

 

Ouvrant la table ronde, Mgr Joseph Doré nous invite d’emblée à manier la distinction fidèles/touristes avec prudence. Les fidèles sont invités à découvrir les aspects patrimoniaux et artistiques de leur cathédrale et les touristes qui choisissent de visiter des édifices religieux ne sont pas forcément indifférents à leur spécificité spirituelle. Certes… mais dans ses conclusions, il soulignera que le vrai problème est celui du flux, ce flux qui sépare bien en deux catégories les fidèles et les touristes.

Mgr Joseph Doré aime sa cathédrale et lui a consacré un très bel ouvrage La grâce d’une cathédrale aux éditions La Nuée Bleue (2008). La cathédrale de Strasbourg est la deuxième cathédrale la plus visitée (3 millions de visiteurs par an) après Paris (10 millions). Dans son intervention, il apparaît clairement que le lien fondamental entre l’évêque et sa cathédrale (le nom vient de cathèdre, la chaise de l’évêque) n’est pas qu’une image. S’appuyant sur les catégories «intérieur » et « extérieur », l’ancien archevêque de Strasbourg développe son approche pastorale de la médiation de la cathédrale sous deux angles. L’extérieur, le corps architectural au sens large (bâtiment, objets et œuvres d’art, traces du passé…), appartient à tous sans distinction de croyance. Il est donc le lieu de l’interface entre Eglise et Société. L’intérieur, c’est ce qui rend ce bâtiment particulier, le lien qu’il a à travers l’évêque avec l’Eglise. L’intérieur, ce sont l’évêque, la communauté des fidèles, les grandes célébrations liturgiques (l’ordination épiscopale, les grandes fêtes…), mais également toute la vie de l’Eglise (son attention aux plus pauvres, l’annonce de l’Evangile…) et cet intérieur est proposé à tous. La médiation de cette cathédrale intérieure passe alors par la nécessité de « soigner avant tout et sans cesse la dimension cultuelle de l’édifice ».

Le premier point devient alors essentiel, par la cathédrale l’Eglise s’adresse à tous, fidèles et touristes, et toute l’activité développée dans ce sens (accueil, conférences, concerts, monstration des vitraux, des tapisseries, du trésor…) vise les deux catégories. Parmi ces actes de mise en valeur du patrimoine, le travail effectué par Mgr Joseph Doré de réaménager le chœur, de remplacer l’autel en contreplaqué par un vrai autel, de séparer l’ambon de la parole du pupitre de l’animation liturgique sont tout autant une volonté de redonner une lisibilité de la cathédrale extérieure que le souci de donner à la cathédrale intérieure de meilleurs moyens de s’exprimer.

 

Ces catégories intérieur/extérieur, Alain Erlande Brandenburg, spécialiste de l’art gothique et historien de l’architecture peut les réutiliser pour montrer que si la cathédrale extérieure est l’interface entre Eglise et Société, la cathédrale extérieure est également un intérieur qui structure l’extérieur qu’est la ville ou la cité. Pour mieux appréhender la médiation d’un lieu, la première chose à faire est de comprendre ce lieu. Qu’est-ce que l’église est le titre de son ouvrage qui paraîtra aux Editions Gallimard en 2010. Il y fait une synthèse sur 2000 ans d’histoire des grands moments qui ont structuré un édifice qui est toujours issu d’un double dialogue, celui de l’Eglise et de la Société et celui intérieur de l’Eglise, souvent source de conflits.

Sur la place de l’Eglise dans la cité, deux grandes dates sont à retenir : celle de l’Edit de Tolérance de Constantin (313) et celle de l’essor des cathédrales gothiques au XIIe siècle. Avec Constantin, l’Eglise s’insère visuellement dans la cité à travers trois grands types de bâtiments : les basiliques, les mausolées et les baptistères. En reconnaissant la religion chrétienne, Constantin lui donne également une visibilité au sein de la société. Au XIIe siècle, lors de l'essor des villes, plusieurs évêques vont choisir pour conquérir ou reconquérir les fidèles de reconstruire leur cathédrale. Dans beaucoup de cas cette reconstruction va redessiner une partie de la ville car les évêques vont obtenir l’autorisation de franchir ou de détruire les enceintes antiques, modifiant le tracé des voies liées notamment à l’orientation des édifices induisant la construction d’une façade occidentale destinée aux fidèles amplifiée parfois d’un parvis.

Cette deuxième période est également une véritable révolution pour l’aménagement intérieur des églises. A Paris, les deux tiers de la cathédrale sont destinés aux fidèles ! Les deux autres moments importants à retenir sont évidemment les conciles de Trente et de Vatican II. Mais l’histoire nous montre que l’assimilation par l’architecture des réformes liturgiques est longue et peut s’étendre sur deux siècles. Il est donc très difficile aujourd’hui de pouvoir analyser les conséquences de Vatican II sur l’architecture des églises et des cathédrales, même si l’ecclésiologie mise en valeur à ce concile a eu immédiatement des implications sur la redisposition de l’autel et du sanctuaire.

Devant cette évolution permanente et à cause aussi de la vague de « restauration » due à Viollet le Duc, il est parfois très difficile de comprendre les édifices. De même le déplacement de nombres d’œuvres d’art et de décors intérieurs des églises et cathédrales ont brouillé dans la plupart des cas la cohérence des discours iconographiques. Reprenant l’action de Mgr Joseph Doré, Alain Erlande Brandenburg propose de partir du chœur de l’édifice pour en restituer une meilleure compréhension et particulièrement à l’autel qui est au centre de la lisibilité de l’édifice. Il ne s’agit pas seulement d’ailleurs de soigner la médiation de ces lieux mais souvent de repenser et de restituer la place de l’autel pour que le sens du lieu soit compréhensible.

 

Conservateur général du patrimoine chargé des grands travaux à la Direction de l’architecture et du patrimoine du Ministère de la culture et de la communication et historien de l’art, Denis Lavalle rappelle les trois points essentiels de la politique de l’Etat dans ce domaine : l’apport muséographique pour les trésors, la restauration de ces bâtiments qui représente une part très importante du budget du Ministère et le soutien à l’accueil de créations contemporaines dans ces lieux. A ces trois points essentiels dont il souligne qu’ils se font en étroite collaboration avec les responsables ecclésiastiques, il souhaite en développer un quatrième en mentionnant qu’il devra également être un travail commun : la médiation.

Cette médiation s’appuie sur deux éléments : un système de publications courtes permettant de comprendre la spécificité de ces lieux et le choix pour chaque édifices d’un certain nombre d’éléments à mettre en avant. Prenant l’exemple de Notre-Dame de Paris et de ses 10 millions de visiteurs, il souhaite que la médiation du lieu ne soit pas qu’une affaire de logistique consistant à définir le meilleur circuit pour permettre au flux des touristes de circuler sans risque et sans causer un trop grand trouble pour les fidèles qui souhaitent se recueillir. Dans un lieu comme Notre Dame de Paris, on ne peut évidemment pas penser la médiation en dehors de ce contexte. C’est pourquoi il faut tout à la fois proposer une brochure permettant aux touristes de comprendre le lieu rapidement et choisir quelques éléments clés dans l’ensemble des œuvres qu’elle contient pour lesquels une explication plus longue pourra être donnée. Parmi ces éléments, il regrette notamment que le magnifique tableau des frères Le Nain représentant La naissance de la Vierge ne soit pas accessible. Il s’agit d’une représentation tout à fait originale où le personnage central est la servante qui tient Marie nouveau-né. Qui sait que les frères Le Nain, connus pour leurs scènes décrivant la vie paysanne, ont reçu pas moins de cinq commandes importantes pour des retables à Notre-Dame ?
      
 

Concluant cette rencontre, Monseigneur Joseph Doré, reprenant le titre de son ouvrage, nous rappelle que sa préoccupation première est que la grâce soit accessible au plus grand nombre. Pour cela, trois voies sont à la disposition de l’homme, la voie du bon, la voie du bien et celle qui nous a intéressée particulièrement durant cette heure : la voie du beau.
 

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