Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 23:38

 

Dans le cadre du "Mois du dessin" à Paris, la galerie Tarantino présente "Peindre à Rome : tableaux et dessins des XVIIe et XVIIIe siècles". Parmi les oeuvres exposée, un rare dessin de Giovanni Battista Pace sert d'introduction au parcours chronologique. L'oeil de notre journaliste analyse cette feuille publiée pour la première fois dans le cadre de cette exposition, ouverte jusqu'au 21 avril 2011.

    

Pace.jpg  La mort de saint Joseph 

Giovanni Battista PACE (Rome, 1640  –  ?, après 1665)

Sanguine 221 x 157 mm

Provenance : Double Numbering Collector

Annoté à l’encre brune : « 35 » en haut et « trenta cinque » en bas à gauche.

 

En 1966, le professeur Italo Faldi ressuscitait le nom des Pace en publiant, pour la première fois, plusieurs tableaux de Michele (Rome ?, 1610 - ?, 1670), le père, et de Giovanni Battista, le fils. À ce dernier, le cardinal Flavio Chigi commanda, en 1665, deux scènes d’histoire religieuse : Le Songe de saint Joseph et La fuite en Egypte, qui serviront de point de départ à la reconstitution de son œuvre peinte et dessinée[1]. Celle-ci est encore parfois confondue avec celle de son maître Pier Francesco Mola (Coldrerio, dans le canton du Tessin, 1612 – Rome, 1666) dont il chercha à imiter les sujets et la manière. Leur étroite parenté de style (À la mort de Mola, Giovanni Battista termina certains tableaux de son maître laissés inachevés dans l'atelier) rend parfois difficile la distinction entre les deux. Nous tenons à exprimer notre gratitude à Nicholas Turner à qui nous devons l’attribution de notre dessin à Giovanni Battista Pace.

L’écriture nerveuse est, en effet, celle que l’on retrouve dans ses dessins à la sanguine. De Giovanni Battista Pace, le musée du Louvre possède un Enlèvement des sabines[2] qui présente le même traitement sommaire des visages, des mains et des drapés. Les objets, l’éponge et l’aiguière posées sur la table calée sur le bord droit de la composition, sont esquissés avec la même rapidité que les figures principales.

 

Le style, en apparence désordonnée, s’accorde avec l’intensité dramatique de la scène. Le dessin est fidèle au récit donné par Jésus de la mort de Joseph : «Du regard, il me priait de ne pas l’abandonner […]. Je posai la main sur son cœur […]. Ses yeux s’emplirent de larmes et il exhala un gémissement profond.»  L’expression de Joseph est sans équivoque : il a peur de la mort et il souffre. Son humanité est aussitôt récompensée. Le plafond de la chambre s’ouvre pour laisser place à une nuée d’anges venus accueillir au Paradis le «père nourricier» de Jésus.

 

La mort de Joseph porte le double numéro d’inventaire du «Double numbering collector», collectionneur anonyme italien de la seconde moitié du XVIIe sicèle, sans doute romain3, qui posséda plusieurs dessins de Giovanni Battista Pace dont celui du Louvre, cité plus haut. Le musée a établi, à partir du fonds des dessins du Comte d’Orsay lui appartenant, que ceux qu’il acheta en Italie et portant la dite numérotation, appartenait à un ensemble de dessins de Pietro da Cortona et d’artistes de son entourage ayant travaillé à Rome et à Florence, tel Ciro Ferri (Rome, 1634 – id., 1689), dont le style graphique est comparable à celui de Mola et de Pace. 

 

Bertrand Dumas



 [1] Sur ce point voir I. Faldi, «I dipinti chiagiani di Michele e Giovan Battista Pace», in Arte Antica e Moderna, 34-36, 1966, pp. 144-150 et Richard Cocke, «The drawings of Michele and Giovanni Battista Pace», in Master Drawing, vol. 29, n°4, 1991, p. 347.

 

[2] G.B.Pace, L'enlèvement des Sabines (?), H. 144; L. 166 mm, musée Louvre, Paris, Inv. 18014. Dessin classé parmi les «Anonymes italiens de la fin du XVIIe siècle» dans l'inventaire du musée du Louvre mais attribué à G.B. Pace par Simoneta Prosperi Valenti Rodinò, cité dans Mario Epifano, «Giovan Battista Pace e il disegno: Un petit maître tra pier Francesco Mola, Salvator Rosa e Pietro da Cortona», in Propozioni V / 2004, Annali della Fondazione Roberto Longhi, p. 138, note 80. Repr. fig. 143.
Pace_RattodelleSabine_Louvre.JPG
[3Renseignements sur le Double numbering collector communiqués par Rhea Blok, conservatrice à la Fondation Custodia (Paris), qui précise que les dessins de cette collection romaine ont probablement été dispersés dans la première moitié du XVIIIe siècle.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Hugues 23/03/2011 10:33



Mais d'où vient le texte mentionné dans l'article rapportant les paroles de Jésus sur la mort de Joseph ? Hugues



Berulle 23/03/2011 14:36



Bonjour et merci de cette demande de précision. Il s'agit de l'Histoire de Joseph le Charpentier, un apocryphe, qui relate dans un récit fait par Jésus lui-même la vie de Joseph et
particulièrement sa mort à partir du chapitre XV.


Ce texte d'origine copte date du IVe ou Ve siècle. En 1522, il est mentionné dans la Somme des dons de saint Joseph du dominicain Isidore de Isolanis par une note dans laquelle
il indique que les catholiques d'Orient ont coutume de célébrer la fête de saint Joseph en lisant dans leurs églises un récit de sa vie qui semble être l'abrégé de l'Histoire de Joseph le
Charpentier.



Présentation

  • : Le blog de Berulle
  • Le blog de Berulle
  • : Art, culture, religion, société. Le blog d'un catho libre de ses propos.
  • Contact

Pietro de Paoli chaque lundi

L'auteur de Vatican 2035 et de Dans la peau d'un évêque participe au blog en livrant chaque lundi un de ses "100 mots pour la foi".

Recherche

Pierre de Berulle sur Facebook

Retrouver Pierre de Berulle sur Facebook ainsi que le groupe Fraternité Pierre de Berulle

Commentaires

N'oubliez pas de laisser vos commentaires pour faire vivre ce blog et de le recommander à vos amis !
Inscrivez-vous à la newsletter pour être informé des nouveaux articles.