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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 23:50

 

Isaïe 58, 1 (extrait de la première lecture du vendredi après les cendres) 

« Parole du Seigneur : Crie à pleine gorge ! Ne te retiens pas ! Que ta voix résonne comme le cor ! Dénonce à mon peuple ses fautes, à la maison de Jacob ses péchés. »

 

Le cri de l’homme traverse la bible comme un véritable acte prophétique. Le cri de l’homme traverse le Nouveau Testament comme un véritable mouvement vers Dieu, ordonné au cri de l’homme Jésus rendant l’esprit sur la Croix (Mt 27,50) mais également à son cri de la neuvième heure : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? », formidable cri de détresse et d’espérance dans le triomphe final (Ps 22).

 

munch_TheScream.jpg

 

Le cri d’Edvard Munch, ce cri de détresse, de folie, de désespoir, est certainement aujourd’hui le cri le plus célèbre. Quel rapport avec Isaïe, avec Jésus ? Peut-être aucun. Mais son rapport avec l’homme est irréfutable. Jamais peintre n’a su saisir avec autant de force la remontée à la surface de ces tréfonds de notre âme qui nous sont inconnus. Sur sa passerelle, le peintre nous fait face, crie vers nous. Ses amis telles deux silhouettes continuent leur marche vers l’horizon, point de fuite à la gauche du tableau, le laissant seul.

 

Le reste de l’œuvre dépeint la vision qui a fait monter en lui ce cri, vision qu’il raconte : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait. Tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtais, fatigué, et m'appuyais sur une clôture. Il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville. Mes amis continuèrent, et j'y restais, tremblant d'anxiété. Je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers et déchirait la Nature. » A la passerelle rectiligne, s’opposent les courbes de l’eau qui rencontrent celles du ciel, dans un choc de couleur, laissant s’ouvrir, béant, sur la droite, un précipice.

 

Un cri sur un fond d’eau et de sang, pour le fils d’un médecin profondément croyant et pour le peintre en réaction face à la société luthérienne dans laquelle il a grandi, l’image est au minimum psychanalytiquement parlante. Je ne peux, pour ma part, m’empêcher d’y voir l’eau et le sang coulant de la plaie du Christ et d’entendre dans le cri qui nous est adressé, le cri du Christ : « Eli, Eli, lema sabachtani ? ».

 

L’eau bleue noir et le ciel rouge sang peuvent être signes de mort. Le cri est alors un cri d’angoisse, celui de l’homme abandonné à lui-même. Mais le cri de Munch est un cri infini qui se passait à travers l’univers et déchirait la Nature, cri qu’il relaie à son tour. Dans le cri de Munch, il y a le cri entendu et le cri poussé. Toute la question est de savoir comment interpréter le cri entendu, ce cri qui nous fait crier. Pour Munch l’eau semble rester noire comme le désespoir et la mort, le sang et les langues de feu une vision terrifiante.

 

Mais ne pouvons-nous pas dans la foi convertir notre anxiété en espérance ? Entendre dans ce cri infini la voix de Dieu et ses promesses ? Ce cri infini qui nous met face à nos fautes et à notre péché, ce cri n’est-il pas le cri de celui qui nous assure toujours de son amour et de sa miséricorde ? Ne pouvons nous alors choisir de nourrir notre propre cri de l’espérance qui nous est donnée plutôt que du désespoir qui tente de nous assaillir ?  

 

« Une voix dit : « Crie », et je dis : « Que crierai-je ? » » (Is 40, 6)

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commentaires

Janic Vuillemin 12/03/2011 23:36



D'abord merci pour tout ce que vous nous envoyez fort intéressant et très riche qui nous permet de méditer tout en continuant nos occupations quotidiennes.


Quant à l'article d'aujourd'hui je pense toujours à la petite espérance de Péguy, celle qui surpend Dieu et qui nous prend par la main sans faire de bruit mais nous entraîne sur les chemins
difficiles


Bon dimanche



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