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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 11:33

 

 

La parabole des dix vierges me laisse perplexe et je n’arrive pas à trouver que, sur les dix, cinq sont bonnes et cinq sont mauvaises. Pour être exact je trouve plutôt que les dix ne sont pas la hauteur du don qui leur est fait et que la parabole est l’annonce terrible du manque de foi de toute l’humanité.

Cette parabole de l’Evangile selon Saint Matthieu (25, 1-13) se trouve dans une section consacrée à la venue définitive du Royaume en Jésus (chapitres 24 et 25) dont le cœur du message est qu’il nous faut veiller dans l’attente de son retour. Veiller, c’est-à-dire rester éveillé pour l’accueillir : « Celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (24, 13), « Veillez car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur va venir… tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ignorez que le Fils de l’homme va venir. » (24, 42-44), « Heureux ce serviteur que son maître en arrivant trouvera en train de faire ce travail. » (24, 46), jusqu’à la conclusion de notre parabole « Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » (25, 13)

 

Les dix vierges veillent-elles ? Non, elles se sont endormies et sont réveillées par l’appel : « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre. ». Cinq ont pris des réserves d’huile et cinq, moins prévoyantes, ne l’ont pas fait. La lampe allumée est l’image de la foi et de la fidélité à la Loi et à l’enseignement de Jésus qui vient l’accomplir et non l’abolir. Or la foi, la Loi et l’enseignement de Jésus ne sont pas des biens qui proviennent de l’homme mais bien des dons de Dieu. Et cette foi ne se traduit pas par un bien que l’on garde jalousement mais par une manière de vivre fondée sur ce que nous recevons de Dieu : le don et le partage du don, signes tangibles de notre action de grâce au Seigneur. C’est ce que Jésus rappelle dans cette même section de l’évangile de Matthieu : « En vérité, je vous le déclare chaque fois que vous l’avez fait à un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (25, 40).

 

Or, quelle est la réaction des deux groupes de cinq vierges ? Celles qui ont des réserves refusent de les partager avec les autres de peur que ce qui leur reste du don de Dieu ne soit pas suffisant pour aller jusqu’à l’époux. Quant aux autres, de la même manière, plutôt que de faire confiance à celui qui donne, elles préfèrent retourner en arrière pour aller chercher des réserves. Les deux groupes sont donc dans une incompréhension totale de ce qu’elles possèdent, comptant le don de Dieu qui est surabondance.

 

Vous me direz alors que la conclusion de la parabole me donne tort puisque les cinq vierges prévoyantes finissent dans la demeure de l’époux et que les cinq autres restent à la porte. En effet, dans notre logique, il y a un hic. Surtout que cette section de l’évangile de Matthieu qui porte sur le jugement ne cesse de partager l’humanité en deux, une moitié étant « prise », l’autre « laissée ».

 

Oui mais, si cette parabole renvoyait à autre chose. Et plus particulièrement aux chapitres de l’évangile de Matthieu qui suivent, c’est-à-dire au mystère de Pâques qui inaugure l’entrée dans le Royaume. De quoi s’agit-il ici ? De vierges à qui il est demandé de veiller en attendant l’époux et qui s’endorment. Cette demande Jésus va la faire explicitement à ses disciples à Gethsémani (26, 36-46). Et ses disciples n’auront pas cette force et s’endormiront. « Ainsi vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ! Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation. L’esprit est plein d’ardeur mais la chair est faible. » (26, 41)

 

Ces disciples vivent avec Jésus, leurs lampes sont pleines, et pourtant… l’un reniera, un autre partira en courant, les autres rentreront chez eux désespérés. Mais Jésus leur fermera-t-il la porte du Royaume ? Non, il reviendra les chercher un à un, sur la montagne de Galilée, au bord de la mer de Tibériade ou à Emmaüs, pour qu’ils se mettent en route pour la mission.

 

Je crois que cette parabole est en deux temps et que ces deux temps sont des temps d’espérance et non des temps de jugements négatifs sur notre humanité qui est indéniablement pécheresse et faible. Le premier temps d’espérance est, comme pour les disciples de Gethsémani, que le Christ ne condamne pas ceux qui s’endorment mais vient les réveiller, les chercher, pour qu’ils se remettent en route. Le deuxième temps d’espérance, c’est le cas des cinq vierges dites prévoyantes mais qui montrent à l’évidence qu’elles ne sont pas encore totalement imprégnées du message du Christ. Même si elles n’ont pas compris que le don de Dieu ne se comptait pas, même si leur réaction vis-à-vis de leurs sœurs n’est pas à la hauteur du don qu’elles ont reçu, elles sont acceptées dans les noces éternelles. Mais l’histoire ne précise pas si Jésus les a accueillies à bras ouvert en les félicitant ou leur a adressé un petit mot choisi à leur arrivée !

 

Reste les cinq moins avisées. Elles ne s’étaient pas suffisamment préparées, elles n’ont pas veillées et elles ont préféré, par peur de tomber dans la nuit, ne pas s’élancer, confiantes, vers Celui qui est la Lumière. C’est bien la peur qui nous empêche d’aller de l’avant. C’est bien cette peur qu’il nous faut vaincre. Le Salut que Dieu nous donne c’est sa Parole. A nous de la porter haut et fort pour que les hommes et les femmes de notre temps puissent y fonder leur vie afin de ne pas avoir peur de répondre à l’appel de Dieu le jour où ils l’entendront. A nous de partager l’huile qui nous fait vivre, ces quelques millilitres d’huile qui nous ont marqué définitivement au jour de notre baptême pour nous faire entrer dans la vie de Dieu.

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Published by Berulle
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commentaires

nanou912 11/11/2011 10:55



merci pour ce commentaire vraiment éclairant... je n'avais jamais lu cette parabole sous cet angle !



André CAMPOS RODRIGUEZ 07/11/2011 10:44



Merci pour cette approche innovante de la parabole des dix vierges !


Elle apporte un éclairage libérateur...



Brun 06/11/2011 23:05



J'ai du mal à adhérer à votre commentaire car il me semble qu'il s'agit plutôt de la grace dont nous avons à faire la provision en laissant vivre Dieu en nous dans la lecture et l'écoute de la
Parole de Dieu. Dieu en moi, lumière qu'il désire voir émaner de moi, pour qu'il soit au monde, veilleur avec lui, pour le monde. Pour ceux qui n'en ont pas fait la provision, quand l'époux
vient, il est trop tard et injuste qu'ils demandent aux autres de s'en défaire. Au moment où cette lumière va exploser dans la splandeur divine,à l'arrivée de l'époux, il n'est plus temps de la
donner à ceux qui n'en ont pas fait la provision. Ce n'est pas un manque de charité, c'est une question de trésor vital dont on ne peut se démettre. Donner une lumière à celui qui ne sera pas en
état de la recevoir pour ce qu'elle est  et la ternir voir la laisser s'éteindre.



Berulle 06/11/2011 23:17



Mais s'il s'agit de la grâce (et je suis d'accord avec vous car la foi, la Parole de Jésus, la Loi sont la grâce de Dieu) et donc du don de Dieu, pensez-vous que le fait de la partager restreint
ce que nous possedons déjà ? La grâce est partage et le partage ne peut en rien affecter le don que nous avons reçu mais au contraire le faire grandir. Ce mouvement de Dieu, c'est l'être même du
Dieu trinitaire qui se donne. Et Jésus et à sa suite Jean n'ont de cesse de dire que si nous ne partageons pas ce don avec les plus petits, nous ne le partageons pas non plus avec Celui qui nous
l'a donné. La Vie de Dieu est eau vive et non eau stagnante. Si nous gardons l'eau vive prisonière en nous-mêmes pour être certains de l'avoir, nous tuons l'eau vie et nous aurons à nouveau soif.
Si au contraire nous la laissons s'écouler, nous serons irrigués et vivants. Je ne crois pas que ce soit à nous de dicter le chemin que doit prendre l'eau vive, ni les bassins qu'elle doit
remplir. Dieu est maître de la vie, l'Esprit va où il veut et nous sommes parfois surpris des miracles qu'il produit chez des personnes dont on pourrait croire qu'elles ne sont pas en état de le
recevoir.


Je vous remercie en tous les cas de votre commentaire et espère que nous aurons la chance de pouvoir continuer cette conversation.



Berulle 06/11/2011 22:56



En effet, je crois que si nous transformons cette parabole en petite histoire moralisatrice, nous ne pourrons pas aller très loin et certainement pas là où le Christ veut nous emmener.



Berthelier 06/11/2011 22:49



j'ai toujours du mal à comprendre (ou accepter ou les deux) cette parabole, voici un comentaire qui me plait car il ne justifie pas à tout prix une interprétation moralisant que l'on entend trop
souvent mais incite à ceruser davantage. Si les 5 vierges "avisées" étaient refusées pour leur manque de confiance, de générosité, d'esprit de partage, ce serait plus facile.


faut-il penser que la générosité n'a rien à voir la dedans et qu'il y a des choses qui ne peuvent être partagées, pour lesquelles nous ne pouvons pas compter sur les autres et pas davantage
secourir les autres ? de quoi pourrait-il s'agir ? d'une disposition ou décision personnelle de fond qui même si elle faiblit ou s'endort, demeure ?


L'interprétation est rendue plus difficile si on rapporte systématiquement tous ces textes exclusivement au retour du Christ à la fin des temps (ou de notre vie) cela durcit l'aspect définitif,
mais on peut aussi l'appliquer à chacune des visites que nous accorde le Seigneur et que nous manquons si souvent sans qu'il nous abandonne, de même qu'il n'a jamais abandonné son peuple qui
rompait régulièrement les alliances, même si toujurs il le menaçait de catastrophes conséquences de ses infidélités et parfois le laissait un temps dans les ténèbres extérieures ou aux mains des
ennemis.


La pédagogie de Dieu dans le premier testament, celle de Jésus avec ses disciples, celle qu'il emploie maintenant avec nous qui avons tout autant de mal à comprendre, emploie des images et des
exemples d'évènements qui paraissent obscurs et le sont vraiment, sans doute parce qu'il nous est indispensable de chercher et creuser pour ne pas rester en surface des choses, pour ne pas nous
arrêter à des explications simplistes qui ne nous apporteraient rien.



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