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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 23:19


51 minutes de danse et l’amour est dit.

En sortant de l’Opéra de Lyon après avoir applaudi debout avec toute la salle la performance de Mikhaïl Baryshnikov et Ana Laguna, je pense à l’Eglise. En moins d’une heure, le temps d’une messe, nous avons touché le cœur du mystère de l’amour. En moins d’une heure, un homme et une femme nous ont retournés et émus. En moins d’une heure et sans moyens extraordinaires, sans effets spéciaux, sans autres mots qu’une brève introduction.

Ils ne nous ont pas retournés et émus uniquement parce qu’ils sont des danseurs exceptionnels, mais parce que ce qu’ils  souhaitaient nous raconter de l’amour, de la vie amoureuse avec ses joies et ses peines, nous a touché au plus profond de nous-mêmes. A propos d’une des pièces dansées, Mikhaïl Baryshnikov dit « … ce n’est pas seulement des pas, c’est une histoire que l’on partage. J’aime l’idée que Place, ce duo autour du couple et ses aléas, rappelle au spectateur quelque chose d’intime, l’impression d’avoir vécu cela de l’intérieur. » (Entretien avec  Philippe Noisette dans la revue Danser, octobre 2008).

La magie s’est opérée, le message est passé, une porte s’est ouverte chez les spectateurs pour qui l’histoire racontée s’est directement connectée  à leur vie propre. N’est-ce pas ce dont nous rêvons le dimanche à la messe ? Pouvoir ressentir que la Bonne nouvelle qui nous est annoncée résonne au plus profond de nos cœurs, physiquement. Qu’elle réveille des choses que nous avons vécues, pour être trivial qu’elle nous parle.

Mikhaïl Baryshnikov a 61 ans, Ana Laguna 54 ans, ils ne sont plus jeunes mais les dizaines d’années de travail et de spectacles qui nourrissent chacun de leurs gestes, chacun de leurs regards, sont une expérience qui leur permet d’aller à l’essentiel et de faire entrer les spectateurs dans l’histoire qu’ils dansent. Ah bien sûr, finies les prouesses techniques qui ont fait la réputation de celui qui fuyant l’URSS est devenu la star de l’American Ballet Theatre de New-York. Dans Years Later où il dialogue avec des images d’archives du jeune Baryshnikov, il nous livre une méditation pleine d’humour qui loin de nous faire regretter l’agile danseur d’autrefois, nous fait apprécier l’inouïe profondeur de la pureté de la danse qu’il nous propose aujourd’hui.

On entend trop souvent les arguments sur la « pauvreté » des liturgies post conciliaire pour expliquer le vide des célébrations. C’est peut-être vrai (même si le désengouement pour la messe n’est pas post-conciliaire). Mais nous raconter que les chrétiens ont besoin de rites, d’encens, de lustre,  pour entendre le « message de la messe » est une ânerie.  Mikhaïl Baryshnikov et Ana Laguna nous montrent le contraire. Ce n’est pas ce qui est exposé qui touche (qu’ils s’agissent de la technique remarquable du jeune Baryshnikov ou de l’abondance des signes, ornements et richesses liturgiques), c’est ce qui est exprimé, vécu. Et pour atteindre ce vécu, la simplicité et l’expérience sont visiblement les meilleurs media.

Le véritable problème finalement est de savoir si l’on préfère faire passer la grandeur de l’Eglise ou l’amour de Dieu qui appelle chaque homme et chaque femme  à l’accueillir dans son cœur.  La simplicité et la pureté de la danse de ces deux interprètes de génie (la qualité des chorégraphies également bien évidemment) n’est pas une liturgie à la gloire des danseurs, juste un art de faire naître une communion des spectateurs  autour d’un amour ressenti par chacun selon son histoire, donné à voir par eux  selon leur sensibilité. Peut-être que le fait que le message nous soit délivré par un homme et par une femme, avec les différences et les complémentarités d’expression que cela représente également, n’est d’ailleurs pas pour rien dans cette sublime réussite de transmission.

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