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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 02:22

Il en va de la chair comme de la langue d’Ésope, c’est la meilleure et la pire des choses, le lieu du Salut et de la perdition.

Mais c’est quoi exactement, « la chair ». Dans son étymologie, c’est « la viande », la part de la biologie, le misérable petit tas de cellule, soumis au cycle naturel de la vie et de la mort, au vieillissement et à la corruption.

Cette chair, il nous est facile de la haïr. N’est-elle pas le rappel à l’ordre permanent de notre situation mortelle et contingente. À cause de ma chair, je suis assis ici et non pas là, je sens la faim me tenailler, le froid m’envahir, le sommeil me prendre. Ma chair réclame son dû, soin, repos, reproduction. Car la chair ne veut pas mourir, elle veut se reproduire. Elle me tourne vers la femelle ou le mâle qui permettront à la vie biologique, aux gènes de se prolonger. La chair veut fabriquer de la chair.

Ici commence le conflit. Je ne peux accepter d’être ce morceau de viande indocile et promis à la corruption. Je rêve de dompter la chair, de la soumettre. Ici, c’est moi qui commande, moi, pas mon sexe ou mon estomac !

Voilà la chair, la pire des chose. Et le pessimisme mâtiné de stoïcisme qui est l’une des voies les mieux représentées dans le christianisme ne chipote pas et assimile, pour l’essentiel,  la chair au péché, dans la mesure où la chair, faible, conduit au péché.

Dans ce contexte, le péché de la chair devient le péché par excellence, le péché des péchés. On réussit même à en accuser Adam et Ève et à nous faire croire que le désir de connaissance du bien et du mal désigne symboliquement une séance de « jambe en l’air ».

Avouons que dans cette perspective, il serait bienvenu que Dieu, dans sa bonté nous en libère et fasse de nous de purs et beaux esprits !

Et bien non, ce n’est pas du tout au programme, au contraire ! Au point que Dieu prend chair, oui, notre chair, corruptible. Cette chair qui s’impose à Marie et Joseph et qui les conduit à l’étable parce que le temps est venu, le temps de la chair ! Cette chair qui fait gémir le nouveau-né affamé. Cette chair qui fait chanter les invités de la noce à Cana. Cette chair qui fait pleurer Jésus devant le tombeau de Lazare. Cette chair qui s’épouvante en sueur de sang au jardin de Gethsémani. Cette chair qui succombe dans l’horreur du supplice de la croix. Cette chair qui est portée au tombeau.

C’est cette chair, la chair du Fils de Dieu, qui est relevée, re-suscitée au matin de Pâques. C’est la chair transpercée et tranfigurée du Fils de l’homme que les apôtres reconnaissent et adorent. Thomas tombe à genou : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Eh, oui, c’est bien la chair qui est promise à la résurrection, et nous le proclamons dans le Credo, « je crois à la résurrection de la chair ». La chair transfigurée certes, mais la chair !

Alors, il va falloir « faire avec » notre chair. Il va falloir aller jusqu’à aimer sa faiblesse, parce qu’elle nous rend attentif et compatissant à l’autre qui est de la même chair que nous.

Méditons un instant, saurions-nous aimer si nous n’éprouvions ce tressaillement intime, si nous n’entendions cette voix des entrailles, si nous ne pouvions nous réjouir d’être ensemble, corps à corps, dans les rires des ripailles ou dans l’exultation de l’étreinte amoureuse.

Dieu nous donne chair, et dit que cela est bon. C’est dans la chair que vient le Fils de l’homme, et c’est le Salut de la chair qui nous est promis. Quand même, drôle de religion !

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique.

1015 " La chair est le pivot du salut " (Tertullien, res. 8, 2). Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la chair ; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair ; nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et de la rédemption de la chair.

 

100 mots pour la foi

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commentaires

Incarnare 21/01/2010 00:21


En réalité, les péchés "de la chair" (on devrait plutôt dire "contre la chair", si l'on croit vraiment que celle-ci est sainte au commencement, à la création du monde) sont des péchés mineurs.

Le péché majeur, le plus grave, est celui de l'esprit, contre l'Esprit : l'orgueil. Il peut se cultiver très aisément sous des dehors "bien comme il faut"

On utilise bien trop souvent les premiers comme "cache-sexe" (pardonnez-moi l'expression) du second.


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