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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 00:17

 

Il y a une façon un peu béate, sinon niaise, de parler de la création ; la beauté des cimes, les cieux étoilés, les horizons marins, la verdure et les bestiaux et bestioles. J’accorde que cela fait de la jolie poésie, et même de très beaux psaumes. L’ennui, c’est que lorsque les montagnes crachent le feu, que la mer soulève des vagues meurtrières, et que les bestiaux et bestioles s’entredévorent joyeusement, il devient plus délicat de louer le « créateur ». Quant à la créature par excellence, c’est-à-dire nous, pauvres humains, il n’est que trop évident qu’elle ne flatte guère son créateur, tant elle montre de capacités au vice, à la cruauté et à la violence sans même avoir l’excuse des bestiaux, qui est la survie.

Si l’on élimine l’hypothèse gnostique selon laquelle, nous serions ici-bas aux mains d’un démiurge fou et pervers, ce tableau devrait suffire à tout personne raisonnable pour réfuter la possibilité d’un créateur et donc d’une création.

Alors, pourquoi persistons-nous à croire en un créateur, et de surcroît en un créateur bon ?

On peut certes prétendre qu’à l’origine, tout a été fait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et que les choses se sont gâchées du fait… de l’homme. Ainsi, ce serait notre faute si les volcans débordent et si les agneaux se font croquer quand ils se désaltèrent au bord des golfes clairs.

J’objecte, votre honneur, que s’il s’est trouvé un Dieu pour laisser à des hominidés au QI de palourdes la responsabilité et à la « liberté » de gâcher la perfection de son œuvre avec toutes les tragiques et effroyables conséquences que nous connaissons, cela ressort tout simplement du crime contre l’humanité.

Alors ? Alors, mon ami Paul, celui qui vivait il y a une petite vingtaine de siècles, et qui n’était pas idiot a proposé une solution qui a le mérite de l’élégance et de la fonctionnalité. « La création gémit encore dans la gésine de l’enfantement ». Comprenez, en anglais dans le texte : « World in progress ».

Certains protesteront qu’on ne les avait pas avertis et qu’il manque quelques panneaux « Attention travaux ».

C’est qu’il se trouve que nous ne sommes pas les invités d’une croisière de luxe, nous sommes les ouvriers, les collaborateurs, de ce « machin » en marche que nous appelons le monde.

Oui, Dieu est créateur, il est créateur d’avenir. La création n’est pas achevée, elle est en cours. L’acte créateur est continu, il est un appel à être, un appel à devenir. Dieu et la création ne sont pas un passé, un âge d’or idéal. C’est notre avenir, le but vers lequel nous marchons, cahin-caha, les yeux fixés sur… le Christ, celui en qui s’accomplit par avance notre destin, en qui est récapitulée l’œuvre divine.

 

Et pourtant, que la campagne est jolie au printemps. Un jeune chevreuil vient de sauter la haie du jardin, et voilà que se lève en moi la louange pour le Créateur…

Ne nous en voulons pas de notre « niaiserie ». Ce qui compte, c’est que nos pauvres esprits un peu limités découvrent un horizon, une espérance à laquelle ils sont appelés. Merci mon Dieu.

 

Et comme j’ai l’âme aussi vagabonde que le chevreuil du jardin, plutôt que de vous infliger une pesante citation, je vous propose ce petit texte d’un de mes auteurs préférés, histoire de « boucler la boucle ».

 

Comment ça va ?

©Jean Tardieu, Monsieur, Monsieur.

Comment ça va sur la terre ?

— Ça va, ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères ?

— Mon Dieu oui, merci bien.

Et les nuages ?

— Ça flotte.

Et les volcans ?

— Ça mijote.

Et les fleuves

— Ça s’écoule.

Et le temps ?

— Ça se déroule

Et votre âme ?

— Elle est malade. Le printemps était trop vert, elle a mangé trop de salade.

 

100 mots pour la foi

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commentaires

el habib marie 06/12/2010 16:32



Dieu est créateur,Dieunous aime(Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils afin que quiconque croit en lui ne perisse pas mais qu'il ait la vie eternelle) ;Dieu veut nous donner la vie
eternelle .hors ,  TOUS nous avons refusé de croire et d'aimer Dieu .Nous heritons et nous transmettons le mal et ça depuis qu'Eve a préféré satan !! le mal est partout d'accord ! (mais à
TOUS ceux qui croient il a donné le pouvoir d'etre enfants de
Dieu)                                                         


nous n'avons pas été créé pour souffrir.par contre on a été mis à la porte du paradis parce que on n'a pas voulu aimer Dieu, on l'a trompé, on l'a trahit ,et on a cru l'ennemi de dieu !!! Dieu
nous à mis à la porte ,parcequ'il n'y a pas de place pour le mal chez lui .ceux qui font le mal il les met à la porte de son royaume.c'est clair non? 


et maintenant on est sur la terre ,et on continue à hériter le mal ,on continue à faire le mal .on souffre bien sur .tous nous souffrons et faisons souffrir, nous abimons tout  nous
engendrons le mal.et plus ça va plus il y aura de mal parce que nous sommes de plus en plus nombreux sur cette terre.De plus en plus nombreux adire que Dieu n'existe pas.


Dieu nous a mit a la porte du paradis ;mais depuis Dieu nous envoie des prophètes pour nous dire revenir, repentez vous!!! il nous à meme envové un sauveur pour nous sauver du mal,afinde
reintegrer le paradis et que veux tu de plus?il y a quelqu'un qui t'aime qui t'appelle réponds lui et tu verras.....



YM 23/11/2010 12:51



Cher Pietro,


J’admets tout à fait que la foi ne peut être fondée sur la seule raison, mais il me semble tout de même qu'il y a des limites à la
contradiction entre ces deux pôles. Si la foi est un phénomène psychique ou spirituel qui amène à connaître Dieu comme bon alors que nous observons chaque jour à quel point les conséquences de
son acte créateur sont désastreuses en ce qu’elles créent d’innombrables souffrances sans la moindre justification, je pense en effet ne pas être pas capable d’un tel écartèlement. Même en
me méfiant de mes sens car il faut être prudent, je ne parviens pas à croire que ce qui m'apparaît blanc est noir.
Bien à vous


Yann



Pietro 23/11/2010 09:56



Cher Yann,


Voyez comme il suffirait de faire un pas de plus, et nous nous retrouverions en pleine querelle du pur amour.


Sinon, certes, vous pouvez voir un côté utilitariste au pari pascalien. Vu sur un autre plan, il est une bonne façon de rendre compte du risque qu'est la foi. Si mes souvenirs sont exacts,
Pascal, mathématicien or du commun utilisait certainement le concept de pari pour tenter de mettre en lumière cette notion de risque. Il reste que la foi de Pascal n'est pas statistique mais
charnelle (cf la nuit de conversion).


Pour revenir à la question du mal et la façon dont vous la posez. Je constate que l'enjeu est l'innocence ou la culpabilité de Dieu.


La caractéristique de la foi, c'est qu'elle n'est pas la conclusion rationnelle d'un procès que l'on intenterait au Créateur et dont on prononcerait le non-lieu.


Par un processus psychique ou spirituel, Dieu se révèle au croyant comme bon, c'est à ce Dieu qu'il donne sa foi. Le croyant n'innocente pas Dieu, il le "connaît" comme bon. Ensuite, il peut
tenter d'en rendre compte mais il n'a pas d'autre preuve que la foi. Voilà pourquoi, il est très probable qu'il y a entre nous et irrévocablement (sauf si l'un d'entre nous change) la différence
de la foi.


Bien fraternellement


Pietro



YM 22/11/2010 18:51



Voilà donc notre point de désaccord. J'ai toujours trouvé le pari de Pascal foncièrement utilitariste. Croire parce que cela peut
éventuellement me servir à quelque chose ne me paraît pas une bonne raison de le faire. La comparaison amoureuse a ses limites bien sûr en matière de foi, mais si j’aime l’autre parce qu’après
tout, il m’est peut-être utile, n’est-ce pas là un bien piètre amour ? Par ailleurs, avoir vécu en ayant placé sa confiance dans quelqu’un qui n’existait pas, ou pire encore s’il existait,
qui ne la méritait pas, je ne crois pas vraiment que l’on puisse dire que c’est avoir mieux vécu. Enfin, la question du mal demeure pour les non-croyants certes, mais celle de son origine ne se
pose pas du tout dans les mêmes termes. Un non-croyant peut constater la fréquente absurdité cruelle du monde, au moins il n’a pas à essayer durant toute son existence de réconcilier l’image d’un
Créateur bienveillant, même s’il n’est pas tout puissant, avec celle de la souffrance quotidienne qu’il constate autour de lui. Je ne crois pas que la fin dernière de Dieu puisse jamais justifier
le moyen qu’est cette souffrance. Je pense au contraire, comme le disait poétiquement Gandhi, que la fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence. Surtout, ajouterai-je, quand la
semence est divine.


Avec mes meilleurs sentiments


Yann



Pietro 13/11/2010 22:03



@YM


Je comprends bien votre propos, et très bien votre question. Je n'invoquerai aucun mystère. D'abord, il me semble que la question du mal est souvent limitée à la question de la culpabilité. Dieu
en est-il coupable, ou bien l'homme. La théologie classique (que je récuse) est prête à tout pour dédouaner Dieu. En conséquence elle fait porter le poids de la responsabilité à l'homme (et mieux
encore, à la femme). C'est pourquoi je propose de regarder les chose différemment, non en terme d'origine mais en terme de "fin", fin dernière.


Et pour tout ce que vous dites sur l'interrogation sur Dieu, ma réponse, est "je ne sais pas", et surtout, je ne crois pas que ce soit une façon très utile de poser les questions. Si je ne suis
pas croyant, la question du mal demeure. Elle n'est pas la question de Dieu mais bien notre question à nous, les humains, victimes et coupables du mal. Le Dieu auquel je donne ma foi me permet
non de distribuer les responsabilités mais de donner un sens à ma vie et à l'existence humaine. Permettez que je soit un peu pascalien: s'il n'y pas de Dieu, je n'aurai pas perdu grand-chose,
j'aurais seulement un peu mieux vécu.


Bien fraternellement


Pietro



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