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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 16:10

 

 

Dans le mot liturgie, du point de vue des racines grecques, il y a le peuple et l’action. À partir de là, les avis sont partagés pour savoir s’il s’agit d’une action du peuple ou d’une action pour le peuple.

J’ai bien envie d’être un peu provoquant en disant que c’est par lui, avec lui, en lui, et pour lui. Lui, le Christ, me direz-vous ? Et non, lui, le peuple… Quoique… Le peuple rassemblé, convoqué, ne serait-il pas Corps du Christ ?

En tout cas, pour le peuple et pas pour Dieu. S’il est juste et bon de lui rendre grâce, c’est juste et bon pour nous ! Je l’ai déjà dit à de multiples reprises, Dieu ne recherche pas nos hymnes, louanges, sacrifices et encens. La Bible sur ce point est très claire : il arrive même qu’il se bouche le nez !

On peut discuter quant à la liturgie céleste que les anges déploieraient pour le Très Haut. Nous avons sur ce point peu d’information, si ce n’est au moment du Sanctus où nous sommes réputés joindre nos voix à celles des anges.

La liturgie n’étant pas pour Dieu, qui n’en a nul besoin, elle est bien pour nous. D’ailleurs, la liturgie ne fait que célébrer ce qui déjà nous est donné.

L’amour de Dieu ne dépend bien sûr pas de notre petit manège de mots et de gestes. Mais nous, nous avons besoin que cet amour nous soit manifesté.

Et c’est là que se déploie la liturgie, c’est-à-dire une ensemble de paroles et de gestes qui produisent un sens plus grand qu’eux.

Pour produire ce sens, la liturgie a le devoir d’être aussi transparente que possible afin que les moyens mis en œuvre s’effacent au profit du sens qui est produit.

Ainsi, dans la liturgie eucharistique, nous mangeons : un tout petit morceau de pain, et buvons, à peine une gorgée de vin. Le premier sens qui se dévoile, c’est que nous sommes nourris, désaltéré. Et puisque nous buvons du vin et pas de l’eau, c’est aussi notre soif de fête qui est comblée. De plus, en mangeant, nous faisons corps avec cette nourriture. Voici donc le premier sens, apparent.

Or cette nourriture n’est pas seulement ce dont elle a l’air, du pain et du vin. Elle est le corps livré de Jésus, son sang versé, et elle est aussi le corps relevé, exalté, ressuscité du Christ. Saint Paul peut donc s’écrier : « Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (1 Cor 11, 26)

En mangeant le pain et buvant à cette coupe, nous sommes donc incorporés au Christ, et rendus participants à sa mort et à sa résurrection. Voilà le sens réel.

Mais prenons garde, la liturgie n’est pas de la magie, c’est de la pédagogie, et de la meilleure, puisqu’elle vient de Dieu. Ce n’est pas de la magie au sens où la réussite de l’opération serait tributaire du bon geste, du bon mot, dit et fait au bon moment. Nous sommes sauvés dans la mort et la résurrection du Christ, non parce que le prêtre est un saint ou rigoureux célébrant, ni même parce que nous communions, mais parce que le Christ est mort et ressuscité. C’est de la pédagogie parce que nous l’entendons, nous le comprenons, nous l’éprouvons et nous l’annonçons. La liturgie nous est sensible (elle a à voir avec les sens). Elle œuvre à la fois en notre chair et en notre intelligence. Elle est pour nous l’occasion d’un dévoilement.

Évidemment, pour que tout notre être soit happé par la liturgie, il est nécessaire que la liturgie s’insère dans des signes culturellement compréhensibles.

Et pour prendre un exemple qui ne nous touche que de loin, je m’interroge sur le sens qu’il y a à célébrer des eucharisties en des lieux qui n’ont jamais vu pousser un épi de blé ni vu une grappe de raisin.

Reste, plus près de nous, que les surcharges redondantes, bavardages inutiles ou amoncellement de rites opaques, nuisent au dévoilement du sens. Il me semble que nous devrions nous référer à une unique règle simple : « que la liturgie dise ce qu’elle fait et fasse ce qu’elle dit » tout le reste est en trop.

 

CEC 1069 : Le mot " Liturgie " signifie originellement " œuvre publique ", " service de la part de/et en faveur du peuple ". Dans la tradition chrétienne il veut signifier que le Peuple de Dieu prend part à " l’œuvre de Dieu " (cf. Jn 17, 4). Par la Liturgie le Christ, notre Rédempteur et Grand Prêtre, continue dans son Église, avec elle et par elle, l’œuvre de notre rédemption.

 

 

100 mots pour la foi


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commentaires

Pietro 08/12/2010 14:32



Chère Maïten,


Vous ne pouvez pas grand-chose contre la mauvais volonté de votre curé. Voici ce que disent les normes de la Présentation du Missel Romain (PGMR) au § 283 (extrait): "L’Évêque diocésain peut déterminer pour son diocèse des normes concernant la Communion sous les deux espèces, qui
seront observées même dans les églises des religieux et dans les petits groupes. Le même Évêque a faculté de permettre que la Communion soit donnée sous les deux espèces à chaque occasion jugée
opportune par le prêtre à qui est confiée la communauté, comme son pasteur propre, pourvu que les fidèles soient bien instruits et qu’il n’y ait aucun danger de profaner le Sacrement ni que le
rite soit rendu difficile en raison de l’affluence de participants ou pour une autre cause."


Vous pouvez toujours écrire à votre évêque afin de lui demander de confirmer la décision que votre
curé lui impute, et lui en demander les raisons. Mais même si votre évêque ne fait pas obstacle, le prêtre peut juger la pratique inopportune. Il vous restera à lui en demander les
raisons.


Sinon, à propos de la liturgie, vous n'avez pas tort de penser que vous célébrez la gloire de Dieu, sa
louange, etc…  Cette manifestation de notre amour est certainement reçue par Dieu avec bienveillance. J'avais écrit dans La Croix, sur un sujet assez proche, que Dieu, "comme les parents bienveillants qui collectionnent les dessins malhabiles et les colliers de nouilles de leurs enfants, accueille avec tendresse
nos pauvres mots et nos gesticulations maladroites."


Quant à votre troisième point, je suis certain que Bérulle aura la générosité de vous accorder l'hospitalité pour nous en faire
part.


Bien amicalement


Pietro



Maïten Court 08/12/2010 11:51



Bonjour Pietro, merci pour ce texte avec lequel j'ai bien du mal. Responsable de l'équipe liturgique ds mon ancienne paroisse, j'avais toujours pensé que nous célébrions  les merveilles de
Dieu et l'amour de Jésus-Christ pour les hommes. Cela nous poussait à faire de belles célébrations pour Dieu où le maximum des chrétiens pouvaient participer vraiment, et ne pas seulement
attendre que que quelques uns aient joué leur rôle.


Et d'un. Il me faudra repenser cela car si vraiment la liturgie dominicale est une action pour le peuple,il faudrait alors l'adapter un peu à ce peuple...


Par ailleurs vos propos qui évoquent à maintes reprise le rôle du vin dans la célébration réveillent en moi une véritable souffrance celle de voir notre paroisse et bien d'autres privées de la
communion sous les 2 espèces par un prêtre africain étudiant nommé dans notre secteur où il était chargé de nos célébrations dominicales (interdiction de la part de notre Evêque parait-il) Nous
pratiquions  cette communion depuis une dizaine d'année.


Alors quand vous évoquez la communion au corps et au sang comme un rite normal d'une célébration faite pour le peuple, je vous sens tout à coup très loin de nous. Vous qui selon Vatican 2 faites
aussi parti du Peuple de Dieu. Pourquoi priver de boisson  ceux qui ne sont pas prêtre et dire que la liturgie est pour eux. J'aimais beaucoup proposer le sang à mes frères et je mettais
toujours le calice à leur hauteur pour signifier la démarche de Jésus. (Phil 2)


Et de deux.


Il y a un "et de trois" mais je ne veux pas prendre toute la place. Merci encore et bonne journée.


Maïten


 (Je suis une simple laique qui ne cherche qu'à vous rendre service en vous livrant ses réactions et surtout pas à vous être désagréable.)



Philippe de BERNARD 08/12/2010 00:05



Bonsoir Monseigneur,


Je me réjouis de lire vos articles. Je vous remercie pour ce blog très bien présenté.


Je suis pasteur et aumônier militaire . L'Ecole française et le Cardinal de Berulle me sont familliés. Je vous adresses mes salutations respectueuses et fraternelles.


Pasteur Philippe de Bernard.



jean jacques Ganghofer 07/12/2010 22:54



A propos de lieux  où l'on a jamais vu de raisins ni d'épi de blé, que penser alorsde ceux ( bien plus nombreux) qui n'ont jamais connu de brebis et de berger !!!!!


Donc, pour reprendre l'introduction de votre article, si je ne vais plus à la Messe, c'est parce que l'Eglise propose une liturgie " pour " le peuple et non " du peuple ".


De là à parler de mobylettes, de voitures et d'ordinateurs, je reconnais que les assemblées ne sont pas prêtes à entendre ces mot plus " modernes ".....


 



Séraphine 07/12/2010 22:51



Pourquoi, pendant la messe, au cours de l'élévation, le prêtre chante d'une voix grave et profonde "corsp du Christ livré pour nous" ? Cette expression "livré pour
nous" me dérange beaucoup, me renvoie à un sentiment de culpabilité qu'en mon fort intérieur je refuse, sachant que comme créature terrestre, je ne suis pas parfaite, pas pire, pas
meilleure... Il me semble que Jésus a donné sa vie, il se savait condamné par les grands prêtres puisqu'il avait osé touché au Temple, etc...


Une autre chose me dérange dans la liturgie, dans le mémorial de la Cène : Jésus a mis sa main dans le plat en même temps que Judas : ils ont partagé et mangé ce pain ensemble. Quand il
prend la coupe de vin Jésus dit "prenez et buvez en TOUS". Judas est toujours là. Jésus aurait pu l'exclure.


Ce TOUS m'interpelle toujours pendant la messe. Il ne reflète pas la réalié. Dans l'assemblée l'église exclut certains des fidèles, comme des divorcés remariés, par ex. Jésus est
allé vers les pécheurs, les repentis, à la dernière minute il est parti entraînant avec lui un larron... Alors pourquoi, qu'est-ce qui justifie que la justice des hommes soit plus dure que le
main tendue de Jésus. Pouvez-vous me répondre ?


Est-ce que le sacrement est fait pour l'homme ou l'homme pour le sacrement ?


 



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