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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 11:50

 

Dieu-Père, l’image est jolie et de surcroît au-dessus de tout soupçon, puisque Jésus lui-même donne ce sésame à ses disciples qui lui demandent comment prier : «  quand vous prier, dites “Notre Père…” »

Pourtant, force est de constater que dire Dieu « Père », est lui donner une figure puissamment anthropomorphique, c’est à dire, lui attribuer des caractéristiques humaines.

On peut tenter de contourner le problème en prétendant que toute paternité vient de Dieu et est image de la paternité divine. Pour autant, la question est très loin d’être réglée : il est possible que les siècles qui nous ont précédés aient eu l’illusion que la paternité était une donnée intangible et universelle. Les sciences humaines, l’anthropologie, la sociologie, psychologie, l’histoire, tout simplement, nous montrent à loisir que la figure de paternité varie si puissamment suivant les époques, les sociétés et les cultures qu’il est rigoureusement impossible d’en tirer quelques constantes.

Dieu est-il le père noble à la romaine qui avait droit de vie et de mort sur toute sa domesticité, femmes, enfants et esclaves ? ou bien est-il ce jeune papa croisé récemment dans un jardin parisien, qui avait posé un lange sur son épaule et tapotait le dos de son nourrisson dans l’attente du rot libérateur ?

On voit cependant que la vision du père noble a profondément contaminé la vison chrétienne, surtout du côté latin et romain, au point qu’il a fallu la compenser avec une figure miséricordieuse et féminine, celle de la mère qui supplie afin d’arrêter le courroux et le bras du tout puissant pater familias. Elle est celle dont on implore la protection : « Souvenez-vous ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à vous, imploré votre protection ou réclamé votre secours, aient été abandonné. » Cette prière montre par contraste la sainte terreur qu’inspire le Père, et même le Fils car, « tel Père, tel Fils ».

À quoi s’ajoute, que cette mâle et virile figure de Dieu n’a pas peu contribué à donner à la masculinité la meilleure part. Car  au fond, ne faudrait-il pas avoir l’esprit tourneboulé (par d’agressives hormones féminines) pour ne pas voir comme une évidence que « Dieu est un homme ».

Quelques courageuses féministes, qui pour l’essentiel vivent outre-Atlantique ont tenté de questionner cette « paternité divine » et ont suggéré que Dieu était peut-être « père et mère », voire « parent ». Elles ont récolté sarcasmes, huées. On les a traité de ridicules même pas précieuses puisqu’on a tout fait pour s’en débarrasser.

Bon alors, que fait-on ? Doit-on réécrire le Notre Père ? Non, bien sûr, il appartient à notre Tradition au sens le plus fort du terme, à notre héritage. Mais cet héritage est vivant, il ne peut pas être mis au coffre ou exposé derrière des vitres pare-balle.

Devant cette image de paternité divine, nous ne sommes tenus à aucun fondamentalisme. C’est une image choisie par Jésus lui-même. Il est donc utile de savoir ce que cette image signifiait dans sa culture et dans son expérience humaines. Les savants chercheurs nous apprennent que le mot que Jésus choisit, Abba, ne désigne pas une figure paternelle autoritaire, mais bien un lien  de complicité et de tendresse : petit père, tendre père, papa… Dès certaines pages de l’ancien Testament, nous découvrons que Dieu est « bouleversé au fond de ses entrailles », ce qui en fait plus un Père-Mère qu’un Père-noble.

En tout cas, n’oublions pas que les images peuvent nous laisser entrevoir le Mystère de Dieu mais ne l’enferment ni ne le contiennent jamais.

 

CEC § 239 : En désignant Dieu du nom de " Père ", le langage de la foi indique principalement deux aspects : que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66, 13 ; Ps 131, 2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ; Is 49, 15) : Personne n’est père comme l’est Dieu. 

 

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