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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 18:10

Dans ma réponse à Laurent Villemin, je m’interrogeais sur la pertinence du nom de Conférence des baptisés de France. J’étais sensible à ses arguments sur l’opposition induite avec la Conférence des Evêques de France et sur le fait qu’il s’agirait de fait du regroupement de toutes les sensibilités donc de l’Eglise de France.

 

Oui, mais… Lisant ici et là les différents commentaires qui ont pu être écrits à ce sujet, notamment sur Internet, j’en viens à me dire que finalement c’est une bonne chose pour plusieurs raisons :

1/C’est une initiative et comme toute initiative, elle ne peut que mettre en mouvement (peut-être avec quelques heurts et un peu de fracas) le peuple de Dieu qui est en France. Le mouvement c’est la vie et en cette période de dépression latente que vit l’Eglise, un peu d’action ne fera pas de mal.

2/Dans ces dernières années, on a eu l’impression (je crois malheureusement juste) que dans l’Eglise ce sont souvent ceux qui crient le plus fort (avec la voix, les pressions diverses et notamment celle de l’argent) qui obtiennent gain de cause même s’ils ne représentent qu’une minorité de catholiques.

3/Et pour continuer sur ce point, il serait peut-être temps de vraiment connaître l’avis de ceux qui font tourner l’Eglise. Les cris des uns, les sondages peu crédibles, les discours lénifiants qui visent à couvrir la crise, masquent la réalité et ce que souhaitent vraiment les chrétiens, les chrétiens qui sont engagés dans les paroisses, dans les mouvements, dans les hôpitaux, dans les prisons, dans la lutte contre l’exclusion, les chrétiens qui vivent l’Evangile et qui vivent de l’Evangile. Ces chrétiens ne sont ni des progressistes acharnés, ni des traditionalistes sûrs de leur bon droit. Ces chrétiens, ils sont du « centre » si vous me permettez cette analogie avec la vie politique. Ils ne se sentent pas concernés par les débats idéologiques mais ils souhaitent pouvoir vivre leur foi dans un monde qu’il considère avec justesse et amour.

 

Alors on me rétorquera que :

1/Depuis Vatican II, la place des laïcs est bien définie et il n’y a qu’à vivre ce que Vatican II propose. Certes, mais l’Eglise est constituée d’hommes et pour les hommes l’incarnation des idées passe par des structures. En France, il n’y en a pas…

2/Si ! Les synodes, les marches de l’Evangile et autres assemblées du même type. Oui, mais elles sont verrouillées, les schémas sont proposés à l’avance, les questions dites délicates (généralement ce sont souvent les bonnes questions) habilement écartées pour tels ou tels motifs. Et les laïcs conviés n’ont pas la volonté, la force, la détermination des pères conciliaires qui eux ont envoyé valser les schémas qui leur étaient imposés et ont tout remis à plat pour se poser les vraies questions qu’ils rencontraient au jour le jour dans leur engagement ecclésial.

3/Les évêques et les prêtres savent ce dont ont besoin les laïcs et l’Eglise. Ils les rencontrent, les confessent, les nourrissent… pas besoin de surajouter des structures à la Conférence des Evêques de France, à ses secrétariats, aux conseils diocésains et paroissiaux où — si on vous l’assure — il y a des laïcs dont la voix est entendue (non ils ne sont pas cooptés, non le fait qu’ils soient souvent salariés ne les empêche pas de parler…). Soyons sérieux, le clergé (et quand on interroge les prêtres on se rend compte qu’ils en soufrent) administre et prêche. Il n’a plus le temps d’écouter. Il s’éreinte à faire vivre la structure et a de moins en moins le temps de sortir du périmètre qu’il gouverne. Ses propos sur le monde, sa manière de les énoncer, montre qu’il n’entend ni les besoins réels, ni les problèmes qui aujourd’hui freinent la propagation de l’Evangile. Ils n’ont pas le temps d’écouter (d’écouter vraiment) les fidèles, comment auraient-ils, en plus, le temps d’écouter le monde ?

Evidemment, je grossis le trait et je généralise mais suis-je si loin de la vérité ?

 

En conclusion,

Oui, je reste toujours dubitatif sur la manière dont cette entreprise peut prendre forme.

Oui, je pense que le Comité de la jupe doit être un moteur mais doit être rejoint par d’autres mouvements d’Eglise et les évêques eux-mêmes pour que cela porte des fruits.

Mais oui, je crois que c’est une idée qui peut faire bouger les choses et laisser un peu de place à l’Esprit-Saint pour qu’il souffle en France.

Mais oui, je crois que l’Eglise en a plus que jamais besoin et que si personne ne force le destin aujourd’hui, demain il sera trop tard.

Et finalement, oui, il s’agit bien de l’Eglise qui est en France ! Alors pourquoi ne pas l’appeler Conférence des Baptisés de France ?

 

Je connais un certain nombre de personnes qui s’engagent aujourd’hui dans cette aventure, laïcs et ministres ordonnés, hommes et femmes. Ils connaissent l’Eglise, ils sont formés, ils sont engagés depuis de nombreuses années, mais surtout ils y sont attachés et n’ont d’yeux que pour le Christ.

Ils sont vieux (has been) me dit-on et alors ? Qui fait tourner la boutique aujourd’hui ? Je ne parle pas des quelques paroisses de centre-ville qui concentrent 80 % des jeunes chrétiens pratiquants, je parle de l’Eglise qui est en France, toute l’Eglise qui est en France.

Ne nous laissons pas intoxiquer par quelques voix, l’Eglise n’est réellement pas au mieux de sa forme et cette initiative ne peut que lui redonner du souffle, le souffle de l’Esprit.

 

A ceux qui sont sceptiques je leur propose de rester dans la sage posture de Gamaliel, « docteur de la loi, estimé de tout le peuple » : « Et maintenant, je vous le dis ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller. Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu. » (Ac 5, 38-39).

 

 

Lettre ouverte à Christine Pedotti, Anne Soupa et à toutes celles et à tous ceux qui avec elles promeuvent la Conférence des baptisés de France.

 

 

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commentaires

Jean-Pierre 24/10/2009 09:22


Pierre, suis venu à votre site via comité jupe. Votre conception généreuse de l'Eglise est marquée par le système clérical incluant ceux qui se disent chrétiens, et que j'appelle église. A
mon sens l'Eglise, c'est la communion des saints de toutes religions y compris ceux qui disent ne pas croire en un au delà, bref ceux qui de tous temps
et pour tous temps mettent leur espérance en l'Amour. Si je me sens étranger à l'église, je sais ce que j'en ai reçu et ce que j'y ai mis, j'ai peine d'avoir du en conscience la quitter il y a une
quinzaine d'année, et suis persuadé qu'une église laissant un grand courant d'air s'emparer d'elle après le petit aire frais de Vatican II. PB, je ne crois pas que l'attachement au pouvoir et à
l'argent qui y prévalent le rende possible avant une éternité.
Avec ma sympathie 


Berulle 24/10/2009 11:19



Merci pour votre message. C'est parce que je connais plusieurs personnes dans votre cas que je soutiens l'initiative du comité. Il faut que mon attachement à l'Eglise soit immense pour que je ne
sois pas moi-même aujourd'hui tout à fait dehors. Vous me dites que ma conception de l'Eglise est marquée par le système clérical, c'est sûrement vrai. Mais je suis également persuadé comme vous
qu'aucun changement ne viendra par cette institution cléricale qui ressemble de plus en plus à ce que Jésus a dénoncé. Je crois aux sacrements, je crois en l'importance des prêtres et des évêques
dans la succession apostolique mais je crois plus encore à l'engagement de chaque homme et de chaque femme dans la venue du Royaume. Bien évidement et heureusement l'Eglise du Christ dépasse
largement les frontières de l'Eglise catholique et des Eglises... C'est de tous ceux qui vivent l'Evangile que viendra le souffle salutaire pour l'Eglise. Je n'y croyais plus alors que je n'ai
pas 40 ans, cette initiative a peut-être rallumé une étincelle d'espérance en moi. Nous n'avons, ni vous ni moi, rien à perdre dans ce petit bout d'histoire, alors essayons de lui donner une
chance de vivre et de changer la face d'une Eglise que finalement, tous les deux, nous reconnaissons comme faisant partie de notre vie.








Tellou 22/10/2009 15:01


Merci encore une fois de nous avoir si bien compris. Quant à l'argument des "vieux" qui font partie de cette CBF, du haut de mes trente et quelques années, j'essaye de faire baisser la moyenne et
de montrer que l'on peut être de la "génération JPII" et avoir quan dmême envie que les choses avancent dans l'Eglise.


Berulle 22/10/2009 15:44


Merci de votre message. Nous avons visiblement le même âge !


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