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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 20:38

Cher Père, Cher Frère, Cher Laurent,


Permets-moi de m'étonner en lisant tes propos dans le La Croix du 13/10/2009. Comme toi et pour les mêmes raisons, je me pose des questions sur la pertinence du nom de "Conférences des baptisés de France". J'ai peur qu'il ne soit perçu comme une attaque de la Conférence des Evêques de France et comme une volonté de rassembler "fictivement" toutes les tendances du catholicisme contemporain.


Comme toi, et peut-être pour la simple raison que nous sommes des hommes et j'ose le croire peu "machos", je ne suis pas passionné par le débat sur la stricte parité. Je crois à l'égalité et la stricte parité n'aurait pas de sens si chacun était convaincu que tous les baptisés et toutes les baptisées sont égaux dans l'Eglise. Malheureusement, tu seras d'accord avec moi pour constater que le fait même que le ministère ordonné presbytéral (et épiscopal) soit réservé à un seul des deux sexes semble impliquer pour certains et pour certaines (aux deux opposés) qu'il y aurait un sexe investi de l'autorité  - le sexe fort, celui du Christ - et un sexe destiné à l'obéissance, à la maternité et au service - le sexe faible, celui de Marie, paradigme chrétien, que les mouvements conservateurs agitent comme un étendard immaculé non en signe de trêve mais de restauration, Marie modèle de la femme, que les Evangiles et les Actes des apôtres ne présentent pas vraiment comme l'image de la femme au foyer (peut-être Jésus l'eut-il préféré dans certaines péricopes ?). Aussi me paraît-il normal que dans l'Eglise, comme dans la société, le combat des femmes pour la reconnaissance de leur stricte égalité avec les hommes passe malheureusement (et on peut leur faire crédit qu'elles sont dans ce combat les plus malheureuses) par la revendication de la stricte parité.


Mais ce n'est pas cela qui me choque. C’est ta phrase « De même, la participation des baptisés dans l’Église suppose une formation théologique, une pratique habituelle des sacrements et de la Parole de Dieu, ainsi qu’un engagement ecclésial. » Le fait qu’elle soit structurellement incompréhensible (la participation des baptisés dans l’Eglise suppose un engagement ecclésial ?!) me laisse espérer que tu n’as pas relu des propos qui ne reflètent ni la rigueur habituelle de ton écriture, ni je crois le fond de ta pensée. Quel degré ou grade de formation théologique est-il nécessaire d’avoir pour pouvoir s’engager dans l’Eglise ? Pour ma part je croyais que c’était le baptême et la confirmation qui nous obligeaient à nous engager dans une vie ecclésiale nourrie par « la pratique habituelle des sacrements et de la Parole de Dieu » et non des études de théologie qui nous le permettaient.


Laurent, j'ai participé à la marche qui, dimanche dernier, à l'initiative du Comité de la Jupe, a rassemblé quatre cents catholiques pour un temps de partage. Parmi eux, tous étaient engagés dans l’Eglise, tous se nourrissaient des sacrements et de la Parole de Dieu, beaucoup étaient formés aussi bien que la majorité des prêtres. Je n'y étais pas en tant que militant mais en tant qu'ami. Et ce que j'y ai vu et entendu n'a rien à voir avec les craintes que tu as. Je n'ai pas entendu que ces chrétiens (hommes et femmes) revendiquaient le pouvoir, j'ai entendu qu'ils et elles souhaitaient prendre leur responsabilités. Je n'ai pas entendu qu'ils fustigeaient les évêques, j'ai entendu qu'ils souhaitaient participer au nom de leur baptême à la vie de l'Eglise avec eux et dans la communion. Je n'ai surtout pas entendu un petit groupe d'agitateurs mais un groupe épris de compassion pour ceux et celles qui ont quitté l'Eglise parce qu'ils ne s'y retrouvent plus.


Tu sais comme moi que seules des tendances aveugles, qui revendiquent un pouvoir dans (ou plutôt sur) l'Eglise qu'elles ont vécu comme confisqué depuis Vatican II, qui souhaitent non la grandeur de l'Eglise mais la restauration d'une société archaïque, peuvent prétendre que la génération montante remplit les Eglises et célébrer les fruits d'une nouvelle "civilisation de l'amour" fondée sur des principes moraux inappliqués par eux-mêmes et des crispations théologiques et liturgiques qui ne sont que les images (les idoles) d'un modèle de société patriarcal et monarchique rêvé.


Je suis d'accord avec toi : dans l'Eglise tout repose sur l'Esprit Saint et il n'est pas question de rêver une église catholique fondée sur les principes démocratiques strictes de ce Monde. Mais je refuse de croire pour autant que le dialogue et une certaine démocratisation de nos institutions ecclésiales ne sont pas oeuvres de l'Esprit. Il y a une différence entre avoir des comportements démocratiques et être une démocratie. Il est quand même réel que l'Eglise primitive était sur plusieurs points plus démocratique dans ses choix que l'Eglise contemporaine. Etre démocratique pour l'Eglise c'est se rappeler que l'Esprit Saint n'est pas qu'un concept trinitaire. L'Esprit saint est envoyé à tous le baptisés. Nous le célébrons et le proclamons... peut-être faudrait-il le vivre. Comme toi je suis tenté souvent de penser que sans formation, il est difficile de pouvoir faire des choix justes. Mais je me force à croire toujours que Dieu a choisi l'Incarnation et l'envoi de l'Esprit Saint à tous les baptisés pour qu'ils s'engagent à faire vivre l'Eglise. On peut choisir de préférer laisser Dieu parler par les jeux de hasard mais si on choisit de le laisser s'exprimer par les hommes et les femmes qui ont reçu l'Esprit Saint, il n'y a aucune raison que seule une petite partie des catholiques puisse parler au nom de tous. On peut avoir peur, être frileux (c'est sûrement mon cas), mais si on croit que Dieu aime et anime son Eglise, il faut avoir l'audace de l'écouter quelles que soient les voix qui nous interpellent, fussent-elles féminines !


Je ne sais pas si "Conférence des baptisés de France" est le nom le plus approprié, discutes-en avec elles et eux, mais je crois que les intentions qui les animent sont celles qui devraient animer toute l'Eglise : le souci que tous puissent rencontrer Dieu, se sentir chez soi dans l'Eglise, et accueillir le Salut. Ce n'est pas par souci de pouvoir qu'ils restent dans l'Eglise quand des âmes bien pensantes les invitent à la quitter si Elle ne leur plait pas, c'est parce que, fidèles à leur baptême, ils savent qu’en démissionnant ils contribueront, malgré eux, à abandonner des frères et des sœurs.

Amitiés,



"interview" de Laurent Villemin dans La Croix
Pourquoi je crois que la Conférence des Baptisés de France est une bonne idée ?
Lettre ouverte à Christine Pedotti, Anne Soupa et à toutes celles et à tous ceux qui avec elles promeuvent la Conférence des baptisés de France.

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commentaires

Tellou 15/10/2009 18:04


Juste: "merci".


berulle 16/10/2009 07:25

Ne me remerciez pas, je n'ai fait que témoigner de ce que j'ai vu dimanche.

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