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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 12:24

 

Il faut se garder d’aller trop vite en besogne et d’accuser la pauvre Eve de tous les maux. Le passage de la Genèse que nous entendons aujourd’hui est découpé (2, 7-9 et 3, 1-7a) et ne permet pas de saisir la subtilité du récit biblique. Il nous faut donc reprendre l’histoire telle qu’elle se développe car elle met en lumière des perspectives bien plus intéressantes que l’histoire d’une simple faute.

 

D’abord, il y a la création du ciel et de la terre (2, 4b), à cette époque, « il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’hommes pour cultiver le sol. (2, 5)». Puis vient la création de l’homme (2,7) et donc du jardin d’Eden (2, 8) dans lequel « l’homme est établit pour le cultiver et le garder » (2, 15) L’espèce humaine est première et la nature seconde. Dans ce jardin, Dieu dispose « toutes espèce d’arbres séduisant à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » Vient alors le commandement de Dieu auquel fait référence la faute : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin, mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas car le jour où tu en mangeras tu mourras. » (2, 17). Petite remarque, la femme n’est toujours pas créée ! Les versets 18 à 24 qui racontent la création de la femme auraient dû naturellement prendre place après le verset 7 qui raconte la création de l’homme. On ne peut pas simplement dire que c’est une erreur ou que le passage est placé ici pour faire transition avec le chapitre 3 qui raconte la faute.

 

Vient alors notre passage. La femme connaît l’interdit. Il faut donc supposer que l’homme ou Dieu le lui a répété. Si c’est l’homme nous sommes dans le cadre d’une transmission humaine de la parole de Dieu, si c’est Dieu lui-même, dans le cadre d’une répétition de la parole de Dieu. Dans les deux cas nous sommes en présence de la première manifestation d’une histoire du salut, c’est-à-dire d’un rapport entre Dieu et l’homme inscrit dans le temps. Et il me semble que c’est extrêmement important car le récit qui est fait là nous fait sortir d’une faute originelle au sens où elle serait le temps 0 de l’histoire pour nous placer devant une faute déjà inscrite dans une histoire des hommes, même s’ils ne sont que deux, même si celle-ci est mythique. Car finalement qu’est-ce que l’histoire du salut que nous raconte l’ensemble de la Bible, l’histoire du salut que nous continuons de vivre aujourd’hui, c’est l’histoire de la Parole de Dieu adressée et réadressée à l’homme, c’est l’histoire de la Parole de Dieu transmise par les hommes à leurs contemporains et aux générations futures. Le récit que nous lisons finalement ici n’a rien d’original pour nous, il est l’archétype de ce que nous vivons au quotidien et de ce que nos prédécesseurs ont vécu, notre difficulté à nous conformer à la parole de Dieu.

 

Mais l’interdit me direz-vous ? Cet interdit posé par Dieu dont la transgression va bouleverser notre nature, l’interdit de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. D’abord quel est-il ou plutôt qu’est-ce qu’il n’est pas ? Regardons nous et regardons le récit. Il n’est pas la possibilité de transgresser ou la liberté puisque la femme et l’homme du récit ont eu tout loisir de choisir de manger de ce fruit. Il n’est pas la connaissance absolue. Si l’homme et la femme du récit l’avaient eu, ils s’y seraient peut-être pris à deux fois avant de manger de ce fruit, quant à nous, je crains malheureusement que nous ne l’ayons toujours pas. Alors quel est-il ? Il est celui de renier notre nature d’être créé, de mettre ailleurs qu’en Dieu ce qui nous fait vivre. L’interdit n’est ni sur la liberté, ni sur la connaissance, ni même sur le bien et le mal, l’interdit est d’aller contre la Parole de Dieu, c’est-à-dire contre la vie que Dieu nous donne. L’interdit est de sortir de la reconnaissance du don gratuit de Dieu que le jardin d’Eden symbolise. En allant contre la Parole de Dieu, nous nous fermons les portes de la vie donnée gratuitement et en abondance.

Et c’est bien ce que vient nous rappeler Jésus dans ses trois tentations. Jésus qui au trois demandes de Satan qui l’invitent à aller contre la volonté de Dieu, répond par trois paroles de l’Ecriture, trois paroles de Dieu qui le replacent dans la position de l’homme recevant tout de Dieu, dans un amour parfait avec son Père. Plus que de répondre par le bien face au mal, Jésus se resitue dans l’intimité de Dieu. Les quarante jours et quarante nuits nous rappellent que si nous nous barrons les portes du paradis, l’alliance que Dieu nous propose est toujours d’actualité. Le péché n’est ni une origine ni une fin, seul Dieu est l’origine et la fin de notre existence. Et la main de Dieu nous est toujours tendue. Nous sommes tous l’homme et la femme de la Genèse, mais Jésus vient nous montrer qu’il ne tient qu’à nous de choisir de revenir dans l’intimité de Dieu, que sa parole nous est toujours adressée et que nous n’avons qu’à nous l’approprier. Sa parole, Dieu ne cesse de nous l’adresser, les hommes qui y croient ne cessent de nous la transmettre. A nous de l’entendre et d’en vivre.   

 

« En effet, si, à cause d'un seul homme, par la faute d'un seul homme, la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes. » (Rm, 5-18)

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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isabelle Berthelier 12/04/2011 14:58



Merci de cette explication, j'aimerais ajouter : Refus de confiance et refus de la Loi qui structure toute existence humaine (ce ne sont ni les psychologues ni les anthropologues qui diront le
contraire) Mais il m'est venu à l'esprit que rien n'était encore perdu après la Faute puisque le Seigneur venait encore à la brise du jour parler avec les coupables mais là, tout se gâte : 
d'abord ils se cachent, et c'est infiniment triste pour leur créateur qui les a justement faits pour dialoguer et se communiquer à eux, puis chacun ne pense qu'à accuser l'autre au lieu de
reconnaître sa propre responsabilité. Plus tard, au Sinaï, Dieu redonnera une Loi et on en fera une fête 'Shimrat Torah" : la joie de la Torah !


Petites questions annexes : "Eve en mangea et en donna à son mari qui était avec elle"  dit le texte hébreu, "qui était auprès d'elle" dit le texte grec de
la LXX, (pourquoi n'a-t-il rien dit lui qui avait appris de Dieu même l'interdit ?) et pourquoi le texte de la liturgie catholique a-t-il supprimé ce petit bout de phrase ?



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