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Chroniques

Mercredi 7 avril 3 07 /04 /Avr 08:26


Quand les emballements et les passions surgissent, il est bon de se retourner vers la Croix et de contempler.

 

Sur la Croix, je vois les enfants victimes de ces crimes. Dans le Christ souffrant, ce sont eux qui apparaissent. Comment ne pas entendre cette parole de Jésus : « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait ».

Certains semblent y voir l’Eglise martyrisée par les médias. Je vois l’Eglise, certes, mais l’Eglise corps du Christ, une Eglise souffrant du mal qui a été fait à des enfants, à des enfants de Dieu, une Eglise défigurée par les crimes qui ont été commis par certains de ses membres.

C’est cela que je vois sur la Croix. Le reste, pardonnez-moi, n’a que peu d’importance.

 

Avec le Pape, avec toute l’Eglise, devant la Croix, je demande pardon pour ce mal et je demande pardon pour le silence qui trop longtemps, au sein de l’Eglise, a prévalu. Un silence qui a maintenu les victimes dans un enfermement mortifère. Je demande pardon comme membre de cette Eglise qui souffre. Je demande pardon aux victimes et à Dieu. Et je demande pardon à tous les hommes et toutes les femmes car, par ce témoignage affreux, je sais que l’Eglise les a éloigné de Dieu et a brouillé le message d’amour et de vie qu’Il leur adresse.

 

Je demande pardon. Je prie pour que les victimes, Dieu et l’ensemble des hommes et des femmes veuillent bien nous pardonner. Je prie surtout pour que les victimes et l’ensemble des hommes et des femmes acceptent que Dieu ne soit pour rien dans cette histoire car je crois que seul l’amour de Dieu leur permettra de pardonner et de vivre pleinement.

 

Evidemment, comme beaucoup, je suis blessé par certains propos, lus ou entendus, dans les médias ou dans des conversations. Mais je sais que ce n’est pas parce qu’on a demandé pardon que la colère s’estompe et que les souffrances disparaissent. Il faut du temps et l’emballement des médias et de l’opinion publique est le signe de cette colère et de cette souffrance. Une colère et une souffrance d’autant plus grande et justifiée que les actes visés ont été commis par les membres d’une communauté qui est sensée annoncer l’amour et la miséricorde de Dieu.

 

Face à ce drame, l’Eglise ne peut pas se draper dans une dignité offensée. Car si ils sont heureux ceux qui sont persécutés à cause du Seigneur, là le Seigneur n’a nullement sa place.

 

Alors, je ne suis pas plus naïf que d’autres, et je vois bien que certains, je n’ai pas l’impression qu’ils soient légions dans les média, en profitent pour accuser l’Eglise de tous les maux. Mais je refuse de me laisser entraîner dans des polémiques qui finalement n’ont comme seul effet d’oublier les vraies victimes de ce drame. Face à la calomnie, le Christ n’a toujours répondu que par l’amour et le dialogue et quand celui-ci était impossible, passant au milieu des hommes, il allait son chemin.

Restons plutôt en silence à contempler la Croix et témoignons de l’amour de Dieu. C’est de cela que le monde à besoin : de compassion et de vie.


Par Berulle - Publié dans : Chroniques - Communauté : Praedicatho.com
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Mercredi 3 février 3 03 /02 /Fév 23:20

Une bonne âme a attiré mon attention sur cet événement qui se déroulera les 12, 13 et 14 février à Saint Etienne, c’est-à-dire à la veille de l’entrée en Carême.

 

Le jeûne, comme les privations en général, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Je suis donc allé sur le site de cette manifestation en m’attendant au pire : pieuses pensées sur la privation et bonne spiritualité de l’expiation par la souffrance qui je l’avoue ne m’est pas très familière. Finalement j’ai été presque déçu ! Loin de ces considérations, les assises chrétiennes du jeûne présentent cette pratique, multiséculaire, sous un angle très « mode », les bienfaits d’une cure detox sans thé vert mais avec des bouillons de légumes, du miel et des jus de fruits. Le jeûne rajeunit, fait du bien à l’organisme et au psychisme ainsi quand même qu’à notre élévation spirituelle. 

 

Trèves de plaisanteries, après lecture des différentes pages, la spiritualité qui s’en dégage est plutôt celle d’une libération que d’une expiation, celle du bien être que de la souffrance, celle d’une régénération plus que d’une privation. Et le sens du jeûne, comme de la pauvreté chrétienne, est bien là. Ce n’est pas l’absence de biens qui est recherché, tout au contraire, c’est l’acquisition du Bien, de cette manne abondante qui seule nous nourrit en suffisance, de Dieu lui-même. L’idée n’est pas de nous priver de nourriture, de télévision, de cigarettes ou de je ne sais quelles autres possessions, mais bien de nous mettre en condition d’accueillir avec joie le don infini de Dieu. Et parfois, il faut bien l’admettre, nos goûts terrestres pour un certain nombre de babioles de pacotilles ou plus encore pour nous-mêmes, nous empêchent non seulement d’être accueillant à ce don mais d’être accueillant à nous-même et à nos frères et sœurs.

 

Finalement, le jeûne est comme cette « nudité intérieur » dont parle si bien Pierre de Bérulle. Une nudité qui nous permet d’accueillir Celui qui nous fait pleinement homme et femme, à l’image du Christ.

 

« Comme par abaissement nous adorons la grandeur de Dieu, par dénuement et dépouillement ou appauvrissement de notre être, nous adorons les richesses infinies en l’infinie plénitude et abondance de son être qui seul suffit et à soi et à toutes choses, et ce très abondamment.

Il faut aussi adorer la nudité de Jésus dénué de toutes choses divines pour adorer le Père éternel par une sorte de nudité qui n’est propre qu’à lui et à son état déifié.

L’esprit de cette nudité tend à nous dénuer si profondément de nous-mêmes et si intimement que notre être ne soit plus qu’une pure capacité de l’être divin. »

Par Berulle - Publié dans : Chroniques - Communauté : Praedicatho.com
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Mardi 17 novembre 2 17 /11 /Nov 18:11

Laisser libre la Parole sans avoir à se poser la question de qui parle est visiblement un choix en vogue sur Facebook et sur le web en général. Desiderius est né le 12 novembre sur le réseau social et sa parole y est quotidienne. Ce matin il poursuivait mon interrogation par ce commentaire qu'il m'a permis de reproduire sur ce blog pour ceux qui ne seraient pas sur FB. Je l'en remercie et souhaite vivement que le dialogue entammé perdure.


Dans La Croix, Mgr Gianfranco Ravasi commente la prochaine rencontre du pape avec près de trois cents artistes contemporains à la Chapelle sixtine (http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2401361&rubId=4079). L'entretien qu'il a accordé à Frédéric Mounier commence par un propos inquiétant, même si par la suite, le prélat se montre plus ouvert.
Il dit ceci: "On peut vraiment parler de divorce avec l'Eglise. Car l'art contemporain semble pour une grande part avoir exploré toutes les voies de la déconstruction, du nihilisme, pour nous amener à l'inconsistance de l'être, démontrant que plus rien ne vaut rien, jouant de la provocation sur l'absence de sens de notre réalité. Mais affronté à cet itinéraire, ce même art se trouve automatiquement en passe de se détruire, car l'objectif ultime ne peut-être que le silence de la mort du suicide."
Une telle déclaration appelle plusieurs remarques. Je commencerai par renvoyer à ce que viens d'écrire Pierre de Berulle sur son blog (http://berulle.over-blog.com/article-l-eglise-et-l-art-contemporain-un-pavillon-a-la-biennale-de-venise-2011--39505417.html).
J'ajouterais qu'il est sans doute dommage que Mgr Ravasi n'ait pas lu le philosophe français Jean-Luc Nancy et notamment son remarquable livre intitulé La Déclosion, dans lequel celui ci montre que, si déconstruction il y a, c'est sans doute d'abord dans le christianisme qu'il faut la chercher, puisque la foi chrétienne fait éclater les systèmes de sens dans lequel l'homme tend à s'enfermer. Il s'agit précisément d'ouvrir sur un espace non clos, un espace de l'absence au sens du retrait de ce qui clos le sens, de l'absence comme Dieu se fait absent pour laisser place à l'homme, il s'agit de se tenir au bord de l'indicible, de l'imprononçable, de l'indéterminé... Ce qui rappelle ou renvoie à l'expérience de Moïse au désert, d'Elie à l'Horeb...

Ce qu'explorent les artistes contemporains, c'est sans doute ce point singulier de la foi, laissé comme en déshérance par le discours "officiel" de l'Eglise - pas par les mystiques, évidemment, ni par les chrétiens qui s'efforcent d'être dans le monde sans être du monde, sans sécuriser leur rapport au monde par des jugements préalables...
Je renverrais également au petit livre publié par Pierre et Arnaud Cornette de Saint Cyr "Profitez-en l'Art est encore en vente libre", où il est expliqué simplement ce qui est en jeu dans l'art contemporain. On y verra à quel point les questions metaphysiques, et en arrière fond la Bible, consciemment ou non, sont présente dans des oeuvres souvent dénoncées comme provocatrices et débouchant sur le néant.
Si décrié, l'art contemporain se fraie cependant un chemin étonnant. Les manifestations qui l'accueillent se multiplient, la fréquentation des expositions ou de foire comme la Fiac montre que le public est beaucoup moins réticent qu'on ne le dit et qu'il accepte d'être surpris. Ne disons pas tout de suite que c'est une mode. Cela me semble bien plus que cela: puisque les religions "classiques" ne se risquent plus à faire face à l'indicible, puisqu'elles se replient sur le rite, et d'une manière passéiste, nos contemporains cherchent des lieux qui leur permettent de se tenir au point qui est celui de l'ouverture, de l'interrogation, de la mise en route d'un sens qui n'est pas déterminé d'avance. C'est en fait un formidable désir de vivre qui se manifeste, comme si le monde avait plus que jamais envie d'entendre l'appel qui retenti en Abraham : "lève toi et pars vers..." On peut le constater en visitant l'admirable et bouleversante exposition Deadline au Musée d'art moderne de la ville de Paris, où sont montrées les dernières oeuvres d'artistes qui faisaient face à leur mort prochaine (Hartung, Chen Zhen, De Kooning, Mapplethorpe, Joan Mitchell...)
Sera-t-il question de ceci lors de la rencontre du pape avec les artistes. Commencera-t-il pas les écouter?

Par Desiderius Erasme - Publié dans : Chroniques - Communauté : Art et Spiritualité
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Mardi 17 novembre 2 17 /11 /Nov 00:10


En choisissant de s’offrir un pavillon à la Biennale de Venise, le Vatican fait un geste explicite pour renouer un dialogue avec « l’art contemporain » dans l’une de ses structures les plus emblématiques.

 

Bien évidemment, les liens n’ont jamais totalement été rompus entre l’Eglise et la création contemporaine mais on sent bien que la première continue de regarder la seconde avec le même oeil suspicieux que celui qu’elle jette sur le monde contemporain en général. Le successeur du cardinal Poupard à la présidence du Conseil Pontifical pour la Culture ne s’en cache pas. Dans un entretien accordé au journal La Croix, Mgr Gianfranco Ravasi déclare « L’art contemporain semble pour une grande part avoir exploré toutes les voies de la déconstruction, du nihilisme, pour nous amener à constater l’inconsistance de l’être, démontrant que plus rien ne vaut rien, jouant de la provocation sur l’absence de sens de notre réalité. Mais, affronté à cet itinéraire, ce même art se trouve automatiquement en passe de se détruire, car l’objectif ultime ne peut être que le silence de la mort, du suicide. »

 

Cette courte analyse de l’art contemporain joue sur une tendance réelle de certains critiques à transformer l’art en discours mais occulte le fait que toute œuvre est avant tout le dialogue d’un artiste avec une culture et donc un lieu de questionnement. Il n’y a jamais eu d’autre finalité dans l’art que celle de dépasser l’œuvre et par là d’obliger celui qui la regarde à dépasser ou déplacer ses propres limites et questions. De plus, la complexité du sens travaillée tout autant par les artistes que par les chercheurs en sciences sociales n’a rien à voir avec une « absence de sens de notre réalité ». Bien au contraire. L’Eglise dans son raidissement actuel semble avoir de plus en plus de mal à percevoir dans les questionnements, les critiques, les errements ou les malaises, ces étincelles de révélation qui ont fait autrefois les joies de nombre de penseurs, philosophes, théologiens et spirituels catholiques.

 

Dans le même interview, Mgr Ravasi explique qu’il croit « à la possibilité d’une rencontre entre la foi et l’art, pourvu que l’art sorte de son impuissance provocatrice ». Mais l’impuissance provocatrice de l’homme est au cœur de sa relation avec Dieu. Entendons le cri de Job, les hurlements des justes d’Israël, et même le cri d’impuissance de Jésus face à la coupe qui lui est tendue. Qui, si ce n’est l’artiste, est le plus à même aujourd’hui de faire retentir ce cri. Il faudrait que l’injustice et la souffrance aient disparu de la surface de la terre pour que l’art ne hurle pas.

 

Les artistes pressentis pour la Biennale de Venise par le Vatican ne sont pas des chuchoteurs de mièvreries, qu’il s’agisse d’Anish Kapoor, Jannis Kounellis, Bill Viola, Mark Wallinger ou le français Yannig Guillevic. Espérons que, dans le dialogue qu’ils ouvriront le 21 novembre prochain avec Benoît XVI, ces artistes sauront crier assez fort le désarroi de l’homme afin que, comme dans les plus belles pages de la Bible, l’Eglise puisse annoncer avec plus de force encore le don et l’amour de Dieu.

Par Berulle - Publié dans : Chroniques - Communauté : Art et Spiritualité
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Vendredi 23 octobre 5 23 /10 /Oct 22:01
Jeudi soir, vernissage de Slick au 104 rue d'aubervilliers. La formule consacrée veut que "ce qui est bien avec le XIXe arrondissement c'est  que c'est près de Paris". Et bien non ! C'est très loin. A 21 heures, ce quartier respire la joie de vivre, c'est un bonheur.

Comme toutes les foires dites "off", le meilleur comme le pire se côtoient. De belles choses chez Polaris comme les dessins de John Casey (1), découverts l'an dernier sur le Salon International du Dessin au Carreau du Temple, le travail au néon de Nicolas Saint Grégoire (2) chez Cynthia Corbett, les très jolis tirages sur verre d'Atlan à la galerie Sit Down, les oeuvres subtiles en tickets de métro et papiers découpés de Marion Orel à l'Eponyme galerie ou les petites icônes à fond d'or de pieta inversées (un homme portant une femme morte) de Jean-Christophe Robert à la Trafic Galerie. Mais finalement peu d'émotions fortes et un sentiment de fatigue au bout d'une heure.



1                   2


Mais en partant, en bon professionnel qui veut avoir tout vu, je passe par la gauche pour découvrir les travaux exposés dans les huit dernières galeries non encore explorées. Et là, après m'être intéressé à quelques encres de Thomas Morin à la galerie Barnoud, se jette à ma face violemment l'oeuvre coup de foudre que je n'espérais plus après avoir arpenté la FIAC (Grand Palais), Art Elysées, Cutlog et les neuf dixièmes de Slick.



Cette huile sur toile de Craig Wylie de 2 mètres 30 sur 1 mètre 80, présentée par la galerie Dukan & Hourdequin, est exceptionnelle de présence et d'intensité. Un autre portrait du même peintre et du même modèle, beaucoup plus monastique était tout aussi fascinant. Craig Wylie a reçu le prix du portrait 2008 de la National Portrait Gallery de Londres et, dixit les galeristes, descendrait de Turner.



Par Berulle - Publié dans : Chroniques - Communauté : video arts visuels Visual arts
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