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Spiritualité

Lundi 28 mai 1 28 /05 /Mai 14:06

 

De retour sur le blog, en ce lendemain de Pentecôte, après un temps de silence débuté au lendemain de Pâques. Une parole du Christ, entendue hier, me trotte encore dans la tête comme une clé pour vivre en réalité notre relation à celui qui est venu nous appeler à le suivre.

« Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité toute entière. » Il n’est pas question de nous donner la Vérité mais de nous y conduire. La vérité nous ne la possédons pas, nous sommes appelés à cheminer pour la rencontrer, peut-être pour la contempler. Nous qui combattons chaque jour contre les certitudes de ce monde qui nous paraissent contraire à l’Evangile, nous avons tendance à vouloir imposer nos propres certitudes, fruits de 2000 ans de réflexions. Substituer la Tradition aux certitudes du monde est-ce évangélique ? N’est-ce pas tout simplement corrompre la vérité que d’ériger comme un « tout » ce que nous n’entrevoyons que partiellement. Enfermer Dieu, Jésus, l’Esprit, l’amour, la vie dans une architecture aussi belle et subtile soit-elle, n’est-ce pas la priver de l’essentiel ? N’est-ce pas les transformer en une flamboyante cathédrale gothique privée de son élément primordial, la lumière qui donne vie à l’édifice ?

L’Eglise a combattu l’esprit positiviste d’une science qui pensait pouvoir tout dire sur tout et exclure la foi dont la rationalité ne pouvait être prouvée. Alors que les sciences d’aujourd’hui nous apprennent plutôt la relativité de nos connaissances, quelque soit le domaine de nos recherches, l’Eglise semble se conduire avec la même morgue que les positivistes, professant la vérité et excluant tout ce qui pourrait gripper ce qu’elle présente comme une  mécanique parfaite. Ne faudrait-il pas être fou pour croire, sous prétexte que l’Esprit nous accompagne, que notre intelligence humaine puisse cerner un domaine qui en grande partie échappe même à ce que nous pouvons imaginer ?

La vérité de l’Evangile c’est que nous sommes tous appelés à cheminer vers la pleine vérité. La Tradition, nos réflexions, nos constructions, nos institutions sont importantes car elles nous permettent de vivre ensemble notre foi. Elles doivent nous éclairer mais non murer les vitraux de notre cathédrale de crainte que la vie nous questionne ou nous blesse. La vie avec Dieu est un chemin. Si nous croyons en lui, il n’y a aucun risque à s’y engager. Faire du sur-place ne nous conduira nulle part.

A la Pentecôte, tous étaient stupéfaits d’entendre la proclamation des apôtres dans sa langue. Le monde et les chrétiens ont de plus en plus de mal à entendre dans leur langue les paroles de l’Eglise. Il serait temps que nous tirions les lourdes draperies qui obscurcissent notre intelligence afin que la vie et l’amour de Dieu viennent raviver nos paroles et toucher nos contemporains au plus profond d’eux-mêmes. Sur le chemin de la vérité toute entière, pour nous-mêmes comme pour l’Eglise, l’humilité dans le dialogue et la conversation fraternelle me semble un meilleur « bâton de pèlerin » que les certitudes.

Par Berulle - Publié dans : Spiritualité - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 8 avril 7 08 /04 /Avr 18:45

Pâques.

 

« Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. »

En ce matin de Pâques, les chrétiens s’interpellent joyeusement avec cette formule et témoignent au monde que les ténèbres n’ont pas eu raison de la lumière. L’événement de la Résurrection vient bouleverser le sens de l’histoire. Mais dans la nuit de la Vigile Pascale, l’Eglise rappelle également que cet événement est dans la parfaite continuité de l’histoire du Salut que Dieu propose à l’homme depuis les origines. L’événement de la Résurrection est la conclusion logique de l’histoire que Dieu écrit. Pourtant, depuis près de 2000 ans, cet événement que nous fêtons chaque année ne semble rien changer au monde dans lequel nous vivons. L’histoire écrite par Dieu n’aliène en rien la liberté des hommes et des femmes de choisir entre les ténèbres et la lumière. Tout est dit, tout est joué et finalement, au jour le jour, tout reste à faire.

 

Le don de Dieu, dans la Bible, nous est souvent communiqué sous le vocable de la nourriture. C’est le cas dans les trois jours qui précèdent la Résurrection.

- Jeudi : un repas et le lavement des pieds. Comme au premier jour de la Genèse la nourriture est donnée à l’homme. Mais au jour de la Cêne, toute la nourriture lui est donnée, sans exception, puisque c’est Celui en qui tout est récapitulé qui s’offre. Toute la nourriture lui est donnée, mais accompagnée de ce signe du lavement des pieds, de ce signe éthique qui finalement, comme l’interdiction de l’arbre de la Genèse, rappelle à l’homme que la nourriture et la vie qu’elle procure ne s’accueillent pas sans discernement. Que, pour lui, la vie et la mort s’affrontent dans un choix de vie.

- Vendredi : la décision d’aller jusqu’au bout, de ne pas repousser la coupe tendue pour des mets plus alléchants. Jésus ne choisit pas la mort, il choisit la constance d’une vie. D’une vie confiante en la nourriture qui lui est donnée, d’une vie confiante en la vie qui lui est promise.  « J’ai soif » dira Jésus sur la Croix. Ultime désir des biens nourriciers possibles ou attente impatiente de la vie promise qu’il qualifiait d’eau vive qui étanche à jamais la soif ?

- Samedi : l’attente et la mort. Pas de nourriture ? Mais si, car tout a été préparé la veille pour la fête du Sabbat. La mort de Jésus ne remet pas en cause le don de la nourriture, elle l’ouvre bien au contraire à une dimension plus grande, la dimension qui nous permet de dépasser l’opposition entre la vie et la mort biologiques. Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu . Et finalement la Bonne Nouvelle est nichée là, événement radical et tout à la fois presque invisible. En Jésus-Christ s’accomplit l’ultime parole de Dieu.

 

Si nous accueillons ce don avec confiance et certitude, comme Jésus lui-même l’a fait, la mort ne sera pas au bout du chemin de notre vie. La Résurrection nous apporte la certitude que la promesse que Dieu nous fait n’est pas vaine. Cette certitude peut changer notre histoire et l’histoire. A nous d’y croire, à nous de la vivre.

« Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ».

 

Par Berulle - Publié dans : Spiritualité - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 1 avril 7 01 /04 /Avr 14:00

 

« Dieu mon Seigneur m'a donné le langage d'un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n'en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j'écoute comme celui qui se laisse instruire. Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. »

 

La lecture d’Isaïe est peut-être la clé de lecture de la Passion que nous entendons ce dimanche et que nous allons vivre cette semaine. Nous connaissons ce texte mais l’écoutons nous encore ? Nous connaissons ce texte mais nous réveille-t-il encore ? Nous connaissons-ce texte mais nous envoie-t-il encore en mission, nous nourrit-il pour qu’à notre tour nous allions réconforter ceux qui n’en peuvent plus ?

 

Le dimanche des Rameaux nous entendons cette longue lecture de la Passion. Nous l’entendons comme on regarde pour la première fois un tableau, dans son ensemble, avant d’en contempler chaque partie. Les parties – la Cène, le jugement et la mort du Christ, l’attente – nous les contemplerons jeudi, vendredi et samedi. Mais nous les contemplerons dans la logique de ce tableau que l’évangéliste nous peint, avec sa construction, ses renvois de gestes et de couleurs, sa lumière.  Nous les écouterons avec en mémoire les annonces de l’avenir (la Résurrection et la mission) qui sont présents, tels des petits détails, tout au long du texte. Nous les écouterons avec en mémoire l’impossibilité de ses propres disciples de rester fidèles, éveillés et proches du Seigneur qui scande ce texte. Nous les écouterons avec cette succession de témoignages et de contre-témoignages de la femme au parfum jusqu’au Centurion et à Joseph, en passant par les disciples, Pierre, les chefs des juifs et Pilate, qui dialoguent pour exprimer la difficulté de diviser l’humanité entre ceux qui croient et qui seraient les bons et ceux qui ne croient pas et qui seraient les mauvais. Nous les écouterons enfin avec cette lumière qui poursuit Jésus de scène en scène faisant ressortir ses dernières paroles, ses silences et ses émotions qui résonnent comme autant de testaments spirituels.

 

Tous ces détails qui construisent ce texte, le colorent, l’éclairent, il nous faudra les écouter, ne pas rester à la surface d’une œuvre qui nous est si familière qu’elle ne nous réveille plus. Tous ces détails, il nous faudra les vivre, nous en nourrir afin que la finalité du geste que Jésus pose ne meure pas avec lui mais vive en nous dans la mission qu’il nous confie aujourd’hui. Car si nous ne nous laissons pas réveiller par sa Passion, nous entrerons nous aussi dans une attente de Dieu nourrie par nos espoirs et nos désespoirs, nos phantasmes et nos idoles. Nous jetterons nos manteaux sur le passage d’un Dieu à califourchon sur un ânon en croyant voir passer un chevalier blanc perché sur son fier destrier. Et nous condamnerons l’homme que nous croirons vénérer au lieu de lui apporter le réconfort dont il a besoin, car nous l’aurons confondu avec un autre.

 

« J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe. Je n'ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c'est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. »

Lectures : Mc 11, 1-10 ; Is 50, 4-7 ; Ps 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1-72; 15, 1-47

Par Berulle - Publié dans : Spiritualité - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 25 mars 7 25 /03 /Mars 14:28

 

Les lectures de ce dimanche sont-elles une protestation véhémente de Dieu face à la liberté de l’homme ? Et même de l’homme Jésus ? Les lectures de ce dimanche sont-elles l’exaltation de la souffrance comme chemin le plus certain pour répondre à la volonté divine ? « Mon Alliance, c'est eux qui l'ont rompue, alors que moi, j'avais des droits sur eux. », « Parce qu'il s'est soumis en tout, il a été exaucé. », « Bien qu'il soit le Fils, il a pourtant appris l'obéissance par les souffrances de sa Passion ; et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.», « Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. »…

Je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase qui m’a toujours fait bondir : « c’est par l’humiliation qu’on apprend l’humilité. » Ne trouvez-vous pas qu’il y a dans cette logique une opposition irréductible avec ce que nous révèle Dieu lui-même de son alliance ?

Si Dieu a mis la Loi au plus profond de notre cœur, ce n’est certainement pas pour nous soumettre à des ordres extérieurs que notre cœur ne pourrait cautionner. Et si Dieu fait alliance avec nous pour avoir un peuple à sa botte, ce n’est certainement par amour.

Certes l’obéissance de Jésus passe par la Passion. Et certes, paradoxalement, le triomphe de la vie de Dieu passe par sa mise à mort. Mais le cri du cœur de Jésus montre à l’évidence que ce n’est pas normal, que ce n’est pas dans la logique de Dieu. C’est bien parce que Jésus ne se cantonne pas à une relation fermée avec Dieu mais entre dans la logique de Dieu, dans sa volonté de voir tous les hommes et toutes les femmes, des plus petits jusqu'aux plus grands, reconnaître l’amour qu’il leur porte, qu’il peut surmonter sa Passion et aller jusqu’au bout en accomplissant « l’offrande parfaite ».

Si Jésus est soumis à quelque chose c’est à son choix de vie, qui est le choix de la vie éternelle, c’est-à dire le choix de la pleine communion dans l’amour de Dieu. Ce n’est pas ses pulsions psychologiques qui éclairent son choix face à la situation dramatique qui se profile, mais ses convictions et sa pensée.

Ce n’est ni par l’humiliation qu’on apprend l’humilité, ni par l’acceptation des souffrances que l’on gagne la vie de Dieu… c’est par l’accueil et le partage de l’amour qui nous est offert, par l’entrée dans le dessein de Dieu. Cet accueil, ce partage, ce cheminement sont des actes de liberté qui ne reposent pas sur des obligations morales et juridiques mais sur la liberté que nous avons de nous tenir à nos propres choix, de ne pas être versatiles, de construire notre vie sur le roc de l’alliance parce que nous savons que notre bonheur s’y trouve.

Si nous devons être soumis, c’est  à notre liberté d’être des hommes et des femmes pour qui la foi n’est pas de l’ordre des errements psychologiques mais bien de la construction rationnelle. La foi ne peut se nourrir d’imitation, de culpabilisation, d’autopersuasion et d’ordres impératifs. Elle ne peut se nourrir que du triomphe de notre pensée sur les aléas de la vie, une pensée libre nourrie d’un dialogue salutaire avec Celui avec lequel nous avons fait alliance pour notre bonheur.


Lectures : Jr 31, 31-34 ; Ps 50, 3-4, 12-13, 14-15 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33

Par Berulle - Publié dans : Spiritualité - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 18 mars 7 18 /03 /Mars 09:34

 

 

« Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »

« Par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus, il voulait montrer, au long des âges futurs, la richesse infinie de sa grâce. »

 

Si se convertir c’est épouser le regard et la volonté de Dieu, les textes que nous entendons en ce dimanche sonnent comme un programme qu’il serait urgent de mettre en œuvre. Pour nous-mêmes mais également pour l’Eglise.

 

La question est simple : sommes-nous témoins de la richesse infinie de la grâce de Dieu ?

 

La prédication de l’Evangile à laquelle nous sommes tous appelés, par nos paroles et par nos actes, permet-elle aujourd’hui « que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. » L’image que nous donnons de nous-mêmes mais également de notre religion est-elle celle du Christ Jésus par qui Dieu a souhaité manifester qu’il ne venait pas juger mais sauver ? Mais, avant tout, sommes nous convaincus que celui qui agit c’est Dieu et que Dieu est libre ?

 

Evidemment, on m’objectera, à raison, que d’autres passages du Nouveau Testament font référence explicitement au jugement de Dieu. Mais ce jugement, même s’il se fonde sur nos actes, n’en demeure pas moins un jugement appuyé, en définitive, sur la seule liberté de Dieu.

On me dira aussi que, quand même, Jésus a confié à ses disciples (Mt 18,18) et de  manière éminente à Pierre (Mt 19,16) le pouvoir de lier et de délier. Mais peut-on raisonnablement penser que ce pouvoir contraigne Dieu s’il n’est pas utilisé dans la droite ligne de sa volonté de Salut ?

 

Alors reste la question de nos actes. Nos actes sont extrêmement importants car ils traduisent notre volonté et, dans notre relation à Dieu, manifestent notre attachement au don qu’il nous fait et témoignent de notre souhait de cheminer avec lui. Mais, si nous parlons de conversion, nos actes passés qui forment notre histoire, ne peuvent nous empêcher de poser des actes nouveaux plus conformes au don de Dieu. Nos actes passés ne peuvent nous contraindre à rester loin de Dieu, exclus de la communion au Christ Jésus. Car Dieu a la liberté de venir dans notre histoire bouleverser le cours de notre vie. Et nous avons la liberté d’accueillir Dieu dans notre histoire et de changer le cap de notre vie. Et si le don de Dieu est constant, nous savons bien que notre choix de l’accueillir, lui, est chaotique. Le chrétien comme l’Eglise est perpétuellement appelé à la conversion. 

Cette irruption de Dieu n’efface pas nos histoires,  elle n’efface pas davantage celle de l’Eglise.

L’enjeu du témoignage de la grâce infini de Dieu se situe, je crois, à ce point précis :

Dans le Christ ressuscité, l’homme converti ressuscite avec les plaies de son passé, avec son histoire et sa profondeur faite d’erreurs et de grandeurs. Convertir son regard pour qu’il soit acte de salut et non de jugement, c’est accepter l’autre tel qu’il est tout en croyant qu’à tout moment il peut se laisser saisir par Dieu. C’est attester qu’en aucun cas son passé n’épuise l’amour de Dieu.

 

Cette conversion radicale de notre regard sur le monde est essentielle pour entrer dans le chemin de Dieu, dans la vérité de Dieu, dans la vie de Dieu. Et cette conversion, l’Eglise entière y est appelée, car tant qu’elle ne saura pas accueillir vraiment le pécheur pour l’intégrer à la vie de Dieu sans lui demander de renier son histoire, elle se verra répondre que son témoignage n’a pas de valeur, elle dont l’histoire est marquée d’errements bien plus graves que ceux de la plupart de nos contemporains.

Par Berulle - Publié dans : Spiritualité - Communauté : Praedicatho.com
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