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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 23:30

 

Après un rapide tour d’horizon dans les évangiles il est clair que la véritable gloire vient de Dieu et lui appartient en propre. La meilleure preuve est que nous lui rendons gloire ; nous rendons donc à Dieu ce qui est à lui. Les autres « gloires », en particulier, celles des Césars et autre princes de la terre, seraient plutôt des glorioles. On voit d’ailleurs le Christ n’y attacher ni intérêt ni crédit lorsque le diable essaie de lui négocier la gloire des royaumes de la terre contre son allégeance. Et oui, le diable, entre autre chose, est faux monnayeur, du genre qui vous fait prendre des vessies pour des lanternes et des pierres pour du pain.

En matière de gloire donc, un seul fournisseur fiable, Dieu lui-même. Reste à savoir ce qu’est cette gloire qui n’appartient qu’à Dieu. Si mes souvenirs d’hébreu ne me trompent pas (ça pourrait arriver) il me semble que le mot gloire a à voir avec le poids. La gloire de Dieu serait donc son « poids ». Son poids dans la balance, bien sûr. Et quand Dieu met son poids dans la balance, alors, c’est vers lui que tout penche. C’est ainsi que Dieu glorifie son Fils, en mettant tout son poids dans la balance. Et le fils glorifié nous glorifie à notre tour. Ainsi, nous aussi, nous penchons irrésistiblement vers Dieu.

Écoutons Jésus dans la prière qu’il adresse à son Père avant la Passion : « Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu'ils soient parfaits dans l'unité et que le monde reconnaisse que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » (Jean 17, 22)

La gloire de Dieu est donc bien sa puissance, sa puissance d’amour et de Salut, sa puissance de communication, de relation.

Irénée de Lyon l’avait bien compris, et le formule ainsi dans son traité contre les hérésies : « Car la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vue de Dieu ».

 

100 mots pour la foi

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 13:03

 

 

Lectures :

Isaïe 66, 18-21 ; Psaume 116, 1-2 ; Lettre aux Hébreux 12, 5-7.11-13 ; Evangile selon Saint-Luc 13, 22-30

 

 

Quelle tension entre la prophétie d’Isaïe « Parole du Seigneur : Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire : je mettrai un signe au milieu d'eux ! » et l’avertissement du Christ « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. »

 

Cette longue marche que prédit le prophète – « Ils les conduiront jusqu'à ma montagne sainte, à Jérusalem, comme les fils d'Israël apportent l'offrande, dans des vases purs, au temple du Seigneur. » - Jésus est entrain de la préfigurer, lui qui « marche vers Jérusalem ». Il la préfigure et nous en donne une vision plus réelle. Cette marche n’est pas la marche glorieuse et triomphale du Messie conquérant venu récupérer son royaume comme pouvaient l’espérer les juifs de son époque. Et si, le jour des Rameaux, son entrée à Jérusalem se fait sous les acclamations, sa marche vers son Père prendra vite une allure plus tragique qui le mènera aux portes de la mort.

 

La porte étroite que nous propose le Christ, c’est celle de l’amour, un amour qui conduit forcément au service. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13). Voilà l’offrande qui plait à Dieu. Voilà le chemin que le Christ a lui-même tracé pour nous, lui qui s’est fait offrande pour nous. Et la bonne nouvelle c’est que par son offrande parfaite, il nous en donne la force en nous assurant que jusqu’à la fin des temps il sera présent auprès de nous par son Esprit.

 

Cette marche n’est pas une marche personnelle, c’est la marche du peuple Dieu, une marche qui est en même temps une mission. « J'enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n'ont pas entendu parler de moi et qui n'ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou dans des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires. » Le Christ ne s’est pas fait offrande pour un petit nombre de justes, il s’est fait offrande pour toute l’humanité. Il n’est pas venu uniquement pour un peuple de purs mais bien pour appeler les pécheurs à la conversion. Et cette prophétie d’Isaïe, c’est bien la mission de l’Eglise : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ;  et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Finale de Matthieu).

 

L’Eglise ne peut pas se contenter de dire ce qui est bien et ce qui est mal. Elle doit porter cette bonne nouvelle qu’il existe un chemin vers Dieu, un chemin où le Christ lui-même vient au devant de chacun. Un chemin qui est tracé pour tous et peut-être particulièrement pour les pécheurs. L’Eglise doit toujours s’appliquer à elle-même ce souci de conversion permanente, de réforme permanente, afin d’être fidèle à la mission que le Seigneur lui a confiée. Elle doit accepter d’être reprise par le Christ et d’entendre cette mission fondamentale que Saint-Paul nous rappelle : « C'est pourquoi il est écrit : Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent, et : Nivelez la piste pour y marcher. Ainsi, celui qui boite ne se tordra pas le pied ; bien plus, il sera guéri. ». L’Eglise ne peut pas être une forteresse dans laquelle seraient conservés à l’abri les vases purs car l’offrande qu’ils contiennent, comme le prophétise Isaïe, ce sont justement tous nos frères et nos sœurs.

 

Et nous, pauvres pécheurs, nous ne pouvons considérer que nous serons sauvés parce que nous allons à la messe tous les dimanches (ou plus) car l’avertissement de Jésus est très clair : « Alors vous vous mettrez à dire : 'Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.' Il vous répondra : 'Je ne sais pas d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.' ». Car ce n’est pas parce que nous sommes catholiques que nous serons sauvés. L’appartenance à une religion n’est pas la conversion du cœur. Et ce que nous demande Jésus, c’est bien cette conversion, seule offrande qui plait à Dieu. Une conversion qui passe obligatoirement par l’accueil, l’écoute et l’amour de nos frères et de nos sœurs. Pour plagier la première lettre aux Corinthiens, nous pourrions suivre tous les enseignements de l’Eglise, s’il nous manque l’amour, cela ne nous sert à rien.

 

Alors oui nous sommes les héritiers de cette longue histoire d’amour entre Dieu et son peuple, mais ce n’est pas sur l’héritage que nous serons jugés dignes de nous asseoir au banquet de la noce éternelle mais sur ce que nous en aurons fait. « Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. » Ne soyons pas emplis de gloire parce que nous avons "la Vérité" ! Notre vérité c’est le Christ, c’est la Vie de Dieu, et cette Vie n’est pas un bien que nous possédons, prisonnière, pour nous assurer l’entrée dans la Jérusalem céleste. C’est un chemin, un chemin que la Parole de Dieu nous rappelle être un chemin d’humilité et de service, un chemin que le Christ a tracé pour nous en allant jusqu’à donner sa vie. « Son amour envers nous s'est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur ! » C’est sur ce chemin qu’il nous attend, présent dans chacun de nos frères et de nos sœurs.

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 13:22

 

 

La fraternité n’est pas un de ces bons sentiments chrétiens, une vertu que l’on pourrait inscrire au fronton des églises entre la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Ce n’est pas un produit dérivé de l’amour du prochain, ni même de l’amour de Dieu. La fraternité est le cœur même du christianisme, son origine et sa source. En Christ, Dieu s’est fait frère !

Voilà pourquoi le christianisme est si différent des religions plus anciennes, des religions d’observance, des religions légalistes… Disons pour être honnête, qu’il devrait l’être, et que chaque fois qu’il ne l’est pas, il se trahit, il trahit le Christ.

Oui, la tentation est grande sinon de se passer du Christ, du moins de passer par-dessus afin de retrouver la vieille image d’un Dieu que certes, par convention, on appelle « Père », mais qui reprend rapidement la belle tête altière d’un Zeus tout-puissant régnant dans l’éther des hautes sphères azurées.

Mais la réalité de l’Incarnation, c’est qu’en Jésus le Christ, Dieu s’est fait frère. Jésus-Christ fait de tout être humain, son frère (sa sœur) et nous le donne comme frère ou sœur. Dans le Christ s’origine toute fraternité. Et par le Christ, nous sommes faits fils et filles du Père, ce Père qu’il nous donne non comme un maître, mais comme un tendre père : « Dites Abba », ce qui signifie papa, ou petit père.

Fin des images de Dieu vengeur, Dieu des éclairs et du tonnerre et des victoires. Place au fils perdu, humilié, au frère trahi. Place au père inquiet, amoureux qui s’élance à la rencontre du fils perdu.

Il m’est arrivé d’entendre de beaux esprits, épris de figures divines, pleines de pureté philosophiques, bardées de définitions dogmatiques, pointer d’un doigt accusateur une « dérive » du christianisme qu’ils nomment « fraternisme ». Ce serait un christianisme « horizontal », qui ne prendrait pas en compte la grandeur, la gloire de Dieu, sa transcendance.

Mais la transcendance de Dieu, c’est précisément de n’être pas enfermable dans nos définitions. Il échappe à notre mesure de hauteur, de largeur, de profondeur. Il est, ainsi qu’Élie le premier en a la révélation, dans le frémissement du silence.

Quand saurons-nous aimer, cette Terre, ce temps, ce monde, et les hommes et les femmes qui le peuplent comme Dieu les aime ?

Oh, comme nous aimerions y échapper, tourner le dos à toute cette glèbe et élever notre âme vers les divines perfections. Comme nous aimerions trahir la fraternité humaine pour nous rapprocher de Dieu : « Je ne connais pas cet homme ». Fous que nous sommes.

Écoutons le Christ notre frère : « Qui me voit, voit le Père », « Ce que vous aurez fait au plus petit, c’est à moi que vous l’aurez fait ».

Nous ne sommes ni un peuple d’esclaves courbant l’échine devant un Dieu, ni des enfants craintifs devant un père autoritaire détenteur de la « loi ». Nous sommes les frères et sœurs du Fils bien-aimé, et par lui, nous sommes fils et filles aimés et attendus par un Père d’inquiétude et de tendresse. À charge pour nous de vivre véritablement en frères et sœurs dans la tendresse et l’attention les uns aux autres.

 

CEC 469 : L’Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s’est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d’être Dieu, notre Seigneur.

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 12:10

 

 

Baptisés et disciples du Christ, c’est vers lui qui nous devons nous tourner. Vers lui et donc tout naturellement vers les évangiles qui témoignent de sa vie et de son enseignement  à la lumière de la foi des premiers chrétiens.

Dans les évangiles, deux épisodes peuvent être nommés baptême du Christ. Le premier est bien évidemment le baptême de Jésus dans le Jourdain par Jean-Baptiste. Le second est celui que Jésus nomme lui-même son baptême : sa mort et sa résurrection. « Jésus leur dit: "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?" » (Mc 10, 38, voir également Lc 12, 50).

Ces deux baptêmes forment la « délimitation commune » des évangiles et délimitent ce que l’on peut appeler la vie publique de Jésus. Ils sont donc des marqueurs dans l’histoire du salut, le premier venant clôturer le temps de l’attente du Messie, le second venant tout à la fois accomplir la promesse de Salut de Dieu et ouvrir le temps de l’attente du retour du Christ et de la vie dans l’Esprit.

A cette « délimitation commune », les évangélistes ont choisis, différemment et de manière plus ou moins longue, de témoigner du temps qui précède, allant de la naissance à la prédication de Jean-Baptiste, et du temps qui suit, des premières apparitions de Jésus ressuscité à l’Ascension.

 

De la naissance au baptême dans le Jourdain, ce que les évangiles nous présentent c’est la « normalité » de Jésus en tant qu’il s’inscrit dans les traditions culturelles de son temps. C’est un juif qui a une famille, qui grandit dans cette famille, qui s’inscrit dans la culture religieuse des siens et qui, adulte, choisit une option religieuse particulière en se faisant baptiser par Jean-Baptiste. Un homme qui se comporte comme tous les croyants de sa communauté, qui ne se met pas à part. Un enfant puis un homme qui découvre (et continuera de découvrir) sa vocation, et qui il est, au milieu de ses frères et des ses sœurs et non en retrait d’eux.

Si les évangélistes insistent sur cette figure de Jésus pleinement homme, c’est évidemment pour attester que le fils de Dieu s’est vraiment incarné, qu’il a été un homme dans toutes les dimensions humaines (naissance, enfance, vie sociale, vie religieuse…) et que de ce fait par sa mort et sa résurrection il sauvera en la portant avec lui l’ensemble de l’humanité. Mais c’est également pour nous montrer à nous que le chemin de conversion et d’accueil de la promesse de Dieu n’est pas un chemin pour surhomme mais bien une voie que tous ceux qui veulent se mettre à l’écoute de la parole de Dieu, qui acceptent de vivre de l’amour de Dieu, peuvent emprunter. Une voie sur laquelle Dieu nous rejoint en nous donnant l’Esprit Saint lors de notre baptême comme Jésus l’a reçu, lui-même, sous la forme d’une colombe après être sorti du Jourdain. « Ayant été baptisé, Jésus aussitôt remonta de l’eau et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. » (Mt 3, 16). Le récit des tentations de Jésus au désert qui suit le baptême de Jésus par Jean nous montre également cela. Jésus y répond au tentateur avec l’assurance que lui apporte la Parole de Dieu et la foi qu’il a en la promesse.

Cette « normalité » de Jésus va donc évidemment de paire avec la « continuité » du plan de salut de Dieu initié dans l’alliance avec le Peuple élu et annoncé dans les Ecritures. Une continuité qui s’exprime dans la réponse que Jésus fait à Jean-Baptiste quand celui-ci émet une certaine réticence à le baptiser : « Alors Jésus arrive en Galilée au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui. Celui-ci l’en détournait, en disant : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour l’instant car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. » Alors il le laisse faire. » (Mt 3, 13-15). Il nous convient d’accomplir toute justice montre bien comment ce premier baptême vient bien inscrire l’action de Jésus dans le plan divin de Salut, un plan que Jésus prend à son compte mais un plan qu’il partage avec son Père. Ce lien très fort avec l’histoire du Salut, les évangélistes le soulignent en multipliant les références scripturaires. Dans son introduction, Matthieu s’y attache particulièrement en utilisant quatre fois dans ces deux petits chapitres la formule  « pour que s’accomplit l’oracle prophétique du Seigneur » (Mt 1, 22 ; 2, 15.17.23) avant de citer des passages des Ecritures. Une formule que Jésus utilise lui-même dans l’Evangile de Matthieu  et qui redit combien le baptême final du Christ ne vient en rien abolir le baptême de Jean qui est fondé sur toute l’histoire du Salut qui le précède mais bien l’accomplir en lui donnant une forme nouvelle, pleine et définitive. « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir. » (Mt 5, 17).

Ainsi le baptême de Jésus par Jean-Baptiste n’établit pas une rupture entre le temps de la première alliance et l’enseignement et le témoignage qui mèneront au second baptême mais bien le socle de cet enseignement. Jésus est le Messie annoncé mais un Messie bien particulier : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » (Mt 3, 17). Il est d’ailleurs possible que Jésus et ses premiers disciples aient commencé leur enseignement en donnant eux-mêmes le baptême de conversion de Jean-Baptiste. Deux courts extraits de l’Evangile selon Saint-Jean nous y autorisent d’autant que sa légère contradiction interne laisse penser que cet épisode a bien existé et qu’il a été « légèrement gommé » par les premiers chrétiens qui souhaitaient s’écarter des suiveurs de Jean-Baptiste, les trois autres évangiles n’y faisant eux aucune allusion. « Après cela, Jésus vint avec ses disciples au pays de Judée et il y séjourna avec eux, et il baptisait. […] Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu’il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean – bien qu’à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples – il quitta la Judée et s’en retourna en Galilée. » (Jn 3, 22 ; 4, 1-3).

 

Entre le baptême de Jésus et sa Pâques, il n’est pas beaucoup question du baptême dans les évangiles. Deux versets comportent le mot exact, l’un dans Marc (10, 38), l’autre dans Luc 12,50), qui tous deux renvoient à la Passion. Nous y reviendrons car ils ont plus d’importance qu’il n’y parait. Mais arrêtons nous un instant, dans l’Evangile selon Saint Jean, à l’entretien entre Jésus et Nicodème où, si le mot n’est pas utilisé, le thème lui est central.

 

Jean 3, 1-8.

Or, il y avait parmi les pharisiens un homme du nom de Nicodème, un notable des juifs. Il vient de nuit trouver Jésus et lui dit : "Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un maître : personne ne peut faire les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui." Jésus lui répondit: "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu."

Nicodème lui dit: "Comment un homme peut-il naître, étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître?"

Jésus répondit: "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit.

Ne t'étonne pas, si je t'ai dit: Il vous faut naître de nouveau.

Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit."

 

Nous sommes au tout début de l’évangile, juste après le baptême de Jésus par Jean-Baptiste, l’appel des premiers disciples et les noces de Cana. Nous sommes au jour de la Pâque des juifs et Jésus vient d’annoncer sa mort et sa résurrection aux juifs dans le Temple : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai. » (Jn 2, 19). Cette phrase, même ses disciples n’ont pas dû la comprendre au moment où il l’a prononcé. « Aussi quand il fut relevé d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela et ils crurent à l’Ecriture et à la parole qu’il avait dite. » (Jn 2, 21). Nicodème, qui vient voir Jésus en cachette, est étonné par les signes que Jésus et y discerne la puissance de Dieu. Mais Jésus lui répond qu’il ne peut pas vraiment comprendre ce qu’il croit discerner, que quiconque n’a pas été baptisé, est né de nouveau d’eau et d’Esprit, ne peut voir le Royaume de Dieu. Certes l’eau est souvent utilisée par les prophètes comme symbole de l’Esprit mais je ne peux m’empêcher de penser qu’ici, placé au tout début de l’évangile dans ce qui est déjà une annonce de sa fin, Jésus rassemble le baptême de conversion de Jean qui nous tourne vers Dieu et celui dans l’Esprit que sa Passion permettra qui nous donne la vie et la vue de Dieu, qui nous fait entrer dans le Royaume. En tous les cas, Jésus exprime clairement, à Nicodème comme à chacun d’entre nous que c’est à la lumière de sa mort et de sa résurrection, à la lumière de la foi en celui que nous découvrons Fils de Dieu, venant du Père et retournant au Père, que nous pouvons comprendre son enseignement et entrer véritablement dans le mystère du Royaume.

Et c’est bien la force du baptême que de nous faire renaître, plongé avec le Christ dans la mort et avec lui récipiendaire de la vie, pour que par notre témoignage le Royaume advienne. Il est d’ailleurs très étonnant de voir cette expression de Royaume de Dieu dans l’évangile selon Saint Jean. Il utilise plus généralement la vie ou la vie éternelle. Peut-être avait-il peur ici qu’il y ait confusion entre la vie biologique donnée par la naissance de la chair (ce qui est né de la chair est chair) et la vie qui est le Royaume et le don de Dieu, cette vie éternelle qui elle naît de l’Esprit ? Une confusion que nous avons également à éviter, nous qui avons tous tendance à sacraliser de telle manière la vie biologique que nous en oublions presque le don par excellence de Dieu : la vie éternelle, la vie née de l’Esprit.

 

Il s’agit bien également de compréhension, ou plutôt de mauvaise compréhension, quand dans Marc et Luc, Jésus utilise le terme de baptême pour parler de sa Pâques. Dans les deux cas, il l’utilise dans la section narrative où par trois fois il annonce sa Passion avant de débuter son ministère à Jérusalem qui le mènera jusqu’à sa mort.

 

Dans l’évangile selon saint Marc, Jésus utilise ce terme juste après la troisième annonce de sa passion, pour répondre à la demande des fils de Zébédée qui n’ont visiblement toujours pas très bien compris quel type de royauté le Royaume de Dieu annonçait.

 

Mc 10, 35-45

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, avancent vers lui et lui disent : « Maitre, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. » Il leur répondit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » - « Accorde-nous, lui dirent-ils, de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons ». Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et le baptême dont je vais être baptisé, vous en serez baptisés ; quand à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder, mais c’est pour ceux à qui cela est destiné. » Les dix autres qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Les ayant appelés près de lui, Jésus leur dit « Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui devra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous sera l’esclave de tous. Aussi bien le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. »

 

La structure des trois annonces de la Passion est très intéressante car elle permet d’opérer un véritable renversement des valeurs, allant du Messie triomphant au serviteur. La première partie de l’évangile s’est achevée sur la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ » (Mc 8, 29). La transition avec la première annonce de la Passion se fait par une double opposition. Jésus qui vient de demander à ses disciples le silence – « Alors ils les enjoignit de ne parler de lui à personne. » (Mc 8, 30) – annonce sa Passion ouvertement – « et c’est ouvertement qu’il disait ces choses. » (Mc 8, 32). Pierre qui vient de donner « la bonne réponse », se met à morigéné Jésus visiblement sur le thème : tu es le messie, il ne peut pas t’arriver ce que tu dis. Jésus lui répond : « Passe derrière moi, Satan ! Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » (Mc 8, 33). Nous sommes face à l’incompréhension des disciples qui ne peuvent admettre que le Messie, Christ-Roi, puisse mourir et de cette manière. Le Christ a beau annoncer, avec sa mort, sa résurrection, ils ne peuvent voir que la défaite du Messie dans sa mort et non la victoire de Dieu dans la résurrection.

La deuxième annonce de la passion (Mc 9, 30) est suivie d’un questionnement des disciples sur qui est le plus grand. Jésus y répond en deux temps : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35) et « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé. » (Mc 9, 37). Ce glissement est la pédagogie déployée par le Christ dans tout l’évangile. Le Messie n’est pas venu pour lui-même mais pour offrir le salut aux hommes et aux femmes et particulièrement aux plus faibles que l’enfant, incapable de se défendre seul, représente. Non seulement il est venu pour eux mais il s’identifie à eux nous invitant à participer à sa justice en répondant à l’appel de Dieu à travers l’accueil et le service de nos frères et de nos sœurs.

La troisième annonce de la passion (Mc 10, 32), enfin, est suivie par le texte que nous venons de lire, la réponse aux fils de Zébédée, qui met en valeur une royauté du service et non du pouvoir. Du « Passe derrière moi Satan » qui rappelle les tentations au désert au lendemain du baptême dans le Jourdain, au baptême de la Passion annoncée, c’est finalement tout le glissement du sens du Royaume et de la véritable figure du Messie qui se dévoile à travers ces trois annonces de la Passion. Le Royaume qui s’ouvre à nous par le baptême n’est pas une royauté triomphante mais une royauté du service où le Maître se reconnaît dans chacun de nous et dans laquelle nous sommes appelés à partager l’amour et la justice de Dieu en étant, comme le Fils de l’homme, au service de nos frères, témoins que la vie de Dieu a vaincu la mort. Par le baptême, nous quittons une relation à un Dieu absent pour entrer dans une relation où Dieu prend la figure des hommes et des femmes de notre temps. Dieu nous appelle à un amour et à une justice concrète que nous pouvons éprouver chaque jour dans le service du prochain.

 

Dans l’évangile selon saint Luc, l’utilisation du baptême par le Christ se trouve dans cette même section précédant son ministère à Jérusalem pour nommer sa Pâques. Mais il ne s’inscrit pas dans une logique similaire. Il n’est pas relié à une des trois annonces de la Passion mais vient juste après la préconisation de Jésus à ses disciples pour qu’ils se tiennent prêt pour le retour du Maître (Lc 12, 35-48). Il s’agit donc de l’attente du retour du Christ dans la gloire et de son appel pressent à prendre parti pour ou contre lui.

 

Lc 12, 49-59

« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il fut déjà allumé ! Je dois être baptisé d’un baptême et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé ! Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non je vous le dis mais bien la division. Désormais dans une maison de cinq personnes on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois : on sera divisé père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle mère.   

Il disait encore aux foules : « Lorsque vous voyez un nuage se lever au couchant, aussitôt vous dites que la pluie vient, et ainsi arrive-t-il. Et lorsque c’est le vent du midi qui souffle, vous dites qu’il va faire chaud, et c’est ce qui arrive. Hypocrites, vous savez discerner le visage de la terre et du ciel ; et ce temps-ci alors comment ne le discernez vous pas ?

Mais pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? Ainsi quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche, en chemin, d’en finir avec lui de peur qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l’exécuteur et que l’exécuteur ne te jette en prison. Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou. »

 

Ce passage très vindicatif de Luc comporte beaucoup d’enseignements sur le baptême et nous remet face à des réalités que nous avons tendances à oublier tellement l’histoire du Salut est pour nous tout à la fois proche et lointaine. Proche car nous connaissons la fin de l’histoire (Jésus nous a sauvé sur la Croix), lointaine car nous finissons par penser qu’il s’agit réellement de la fin de l’histoire et par considérer donc que nous avons maintenant à vivre les conséquences de cette histoire et non son actualité toujours renouvelée jusqu’au retour du Christ en gloire. Jésus nous questionne, il nous demande de nous engager pleinement et de choisir librement avec les mêmes facultés, la même intelligence, que celles que nous mettons dans nos choix et nos analyses quotidiennes. Et son questionnement nous presse. Il nous presse de choisir la justice, de nous réconcilier avec nos frères, mais il nous presse également de nous convertir. Le feu de l’Esprit que Jésus promet et que nous avons reçu par le baptême n’est pas une grâce molle qui nous permettrait de nous lover dans un amour divin stabilisant, c’est un feu dévorant qui nous pousse à choisir, à avancer, à nous convertir. Et le choix de Dieu ne peut pas être dissocié de notre manière de vivre avec nos frères. « Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière et il n’y a en lui aucune occasion de chute. » (1Jn 2, 9-10).

 

Nous avons déjà vu, comment, durant le temps des apparitions, l’annonce du baptême est liée à l’envoi en mission des onze et de l’Eglise et à l’accueil de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte. Il inscrit le baptisé dans cette mission, n’en faisant pas un récepteur passif du Salut mais, baptisé dans le Christ, un témoin actif de ce salut, aimant Dieu dans l’annonce de la Bonne Nouvelle et le service de ses frères et de ses sœurs.

 

Mais là encore, il nous faut faire un détour par le quatrième évangile, celui de Jean, qui réunit en un seul moment la Pâques du Christ et le don de l’Esprit Saint. « Venus à Jésus, quand ils [les soldats] virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. » (Jn 19, 33-34). Le sacrifice de l’agneau pascal représenté par le sang est ici couplé au don de l’Esprit, fruit de ce sacrifice. Les commentateurs spirituels et particulièrement les Pères de l’Eglise ont vu dans ce double écoulement l’image de l’eucharistie (sang) et du baptême (eau). Notre baptême venant directement du sacrifice du Christ que nous célébrons dans chaque eucharistie. Ce lien entre baptême et eucharistie se retrouve également chez Marc (16, 14) et Luc (24, 40-43) où la dernière apparition du Christ durant laquelle il envoie ses apôtres en mission se déroule durant un repas. Cette lecture met bien en lumière les enseignements de l’Evangile sur l’aspect tout à la fois personnel et communautaire du baptême, mais également sur l’aspect sacrificiel de chaque baptême que Saint Paul traduira dans l’Epître au Romain : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. » (Rm 12, 1) 

 

Pour conclure, nous pouvons suivre la logique de Luc qui nous met en face d’un parallélisme temporel qui nous éclaire sur notre condition propre de baptisés. A la suite de son premier baptême, Jésus est mené par l’Esprit quarante jours au désert pour y être tenté par le Diable (Lc 4, 1-13) avant de commencer pleinement sa mission. A la suite de son second baptême, il s’écoule quarante jours avant son Ascension, période où il apparaît aux siens pour les conforter dans la foi et les envoyer en mission. Pour les baptisés que nous sommes, c’est évidemment une grande nouvelle. Le Christ qui a vaincu la mort a pris la place du diable. Non seulement, comme nous l’avait présenté le baptême de Jésus par Jean et les tentations au désert, l’appel de Dieu n’est pas impossible à accueillir pour l’homme, mais aujourd’hui le Christ ressuscité est avec nous pour toujours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20).

 

Sa présence nous est donné dans l’Esprit Saint reçu au baptême, cet Esprit qui était descendu comme une colombe sur Jésus lors de son baptême dans le Jourdain, cet Esprit qu’il nous avait promis durant sa vie, cet Esprit qui pour Jean a coulé, sang et eau, de son côté lors de son deuxième baptême, cet Esprit qui a été envoyé, langues de feu, au jour de la Pentecôteet qui ne cesse de nous faire vivre.

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 23:56

 

 

Il y aurait bien des manières de commencer une réflexion sur le baptême. Partir des rituels, par exemple, ou des questions que peuvent se poser les futurs baptisés ou les parents demandant le baptême pour leur nouveau-né. Pour ma part, j’ai choisi de partir de la finale des évangiles de Marc et de Matthieu, de ces magnifiques envois en mission du Christ qui replacent le baptême dans un contexte bien plus large que le simple choix d’une personne ou de parents, dans ce mouvement d’amour et de don de Dieu envers les hommes et les femmes.

 

Matthieu 28, 16-20

Les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles :

« Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »

 

Marc 16, 14-20

Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu'ils étaient à table : il leur reprocha leur incrédulité et leur endurcissement parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité. Puis il leur dit :

« Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien. »

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu.Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.

 

On ne peut pas comprendre la force du baptême si on ne le remet pas dans cette perspective de la mission. La mission c’est-à-dire l’envoi par le Christ lui-même des onze auprès des hommes et des femmes du monde entier pour proclamer partout la Bonne Nouvelle. Des onze et de tous ceux qui deviendront disciples et seront baptisés. Etre disciple, être baptisé c’est accueillir le don de Dieu et en témoigner. C’est répondre à l’appel du Christ et se mettre en chemin avec lui, présent avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, pour que la Bonne Nouvelle continue d’illuminer le monde. Dans le baptême, l’acteur principal c’est Dieu. C’est Dieu qui vient à nous, c’est Dieu qui nous appelle, c’est Dieu qui nous met en mouvement. Et, à travers ses disciples envoyés en mission, Dieu s’adresse aux hommes et aux femmes de toutes les nations, à toute la création ! Le baptême est avant toute chose cette proposition de Dieu faite à chaque homme et à chaque femme.

 

Mais quelle est cette proposition, cette Bonne Nouvelle ? C’est évidemment l’assurance que Dieu nous aime, mais c’est également celle que Dieu nous sauve. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Dans le baptême il est question de notre salut, c’est-à-dire de la Vie, de la vie en plénitude, de la vie « éternelle ».  Il ne s’agit pas simplement de la rémission des péchés, même si comme nous le verrons cela est également présent dans le baptême, mais de quelque chose de plus grand, d’une reconfiguration de notre vie qui nous permet, pour reprendre les mots de l’Evangile de Marc, de parler et d’agir au nom du Seigneur, de vivre dans une réelle intimité avec lui, de ne plus craindre la mort et de dispenser sa vie.

 

Quel programme ! Comme vous, quand je lis cette finale de Marc, au regard des signes cités, je me dis que je ne dois pas être un « bon croyant ». Et pourtant, quand j’écoute et regarde mes frères et mes sœurs, j’entends très souvent une parole nouvelle qui me marque, je suis touché et émerveillé par des gestes qui apportent apaisement et joie. Des paroles et des gestes posées au nom du Christ ou dans lesquelles je reconnais son Esprit… des paroles et des gestes qui disent le souci de l’autre et la force de la vie, qui rompent l’enfermement et remettent en mouvement.  

 

Bien sûr, ces témoignages ne viennent pas forcément de chrétiens et il m’est difficile d’entendre que celui qui refusera de croire sera condamné. Mais comme je crois que, dans toute cette affaire, il ne s’agit pas d’un petit arrangement entre humains mais du désir et de la volonté d’un Dieu qui se donne et appelle chacun d’entre nous à recevoir sa vie. Alors je me rassure en constatant que l’Evangile ne dit pas « celui qui ne sera pas baptisé sera condamné » mais « celui qui refusera de croire ». Hors Dieu, point de salut. Hors de l’Eglise, …

 

Mais dans cette introduction, fondée sur ces deux grands envois en mission, il manque un acteur de taille que nous savons tous lié au baptême : l’Esprit Saint. Il nous faut faire un petit détour par le troisième évangile synoptique, celui de Luc. Pas d’envoi en mission à la fin de cet évangile mais l’Ascension, comme dans l’évangile de Marc. Pas d’envoi en mission, car l’évangile de Luc n’est pas la fin de l’histoire. Celle-ci reprend en effet son cours dans le livre des Actes des Apôtres par cette même scène de l’Ascension où Jésus annonce aux onze l’imminence de leur baptême dans l’Esprit Saint.

 

Actes 1, 4-8

Alors, au cours d’un repas qu’il partageait avec eux, il leur enjoignit de ne pas s’éloigner de Jérusalem mais d’y attendre ce que le Père avait promis, « ce que, dit-il, vous avez entendu de ma bouche : Jean, lui, a baptisé avec de l’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés dans peu de jours. »

Etant donc réunis, ils l’interrogeaient ainsi : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ? » Il leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judéeet la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

Une dernière donnée apparaît avec ce texte, la notion du temps. Elle est particulièrement importante pour nous car elle place Dieu dans l’histoire des hommes, dans notre histoire. Dieu n’est pas étranger à notre histoire, il n’est pas indifférent à notre monde. Et au cœur de cette histoire, il y a Jésus Christ qui accomplit la promesse faite par Dieu aux hommes et aux femmes. Jésus Christ, né, mort et ressuscité. Jésus Christ dont nous attendons maintenant le retour dans la gloire. Et cette attente ne doit pas être une attente passive. Et cette attente n’est pas une attente sans Dieu puisque depuis le jour de la Pentecôte nous recevons l’Esprit Saint pour nous accompagner dans ce que nous appelons la mission.

 

Etre baptisé, ce n’est donc pas signer un bulletin d’appartenance à une religion, c’est accepter de se mettre à la suite des apôtres pour faire nôtre la mission que Jésus leur a confiée : être des témoins de la promesse accomplie de Dieu. En étant baptisés, nous ne signons pas un bulletin d’adhésion à une Eglise qui nous apporterait un Salut personnel par ses sacrements, nous répondons à l’appel du Christ qui nous envoie en mission pour être ses témoins, nous nous mettons en marche, dans l’attente de son retour, avec l’ensemble du peuple des baptisés qui constitue l’Eglise dont la seule raison d’être est la mission que le Christ lui a confiée.

 

Ce don que Dieu nous fait est un trésor. Si nous y croyons, si nous le comprenons, nous savons qu’à la suite du Christ nous avons à le partager. Pour nous accompagner dans cette mission, nous recevons par le baptême, comme les douze à la Pentecôte, l’Esprit Saint. C’est lui qui nous donne la force de témoigner, en communion avec l’ensemble des baptisé-e-s et le Christ lui-même.

 

Actes 2, 37-39

D’entendre cela, ils eurent le cœur transpercé et ils dirent à Pierre et aux apôtres : « Frère, que devons nous faire ? » Pierre leur répondit « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés et vous recevrez alors le don du Saint Esprit. Car c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. »

 

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 16:56

 

En matière de foi, préférez toujours l’original à tous les produits frelatés. Il n’y a qu’une seule foi, comme il n’y a qu’un seul baptême. Notre foi, c’est le Christ. Nous croyons dans la foi du Christ, par la foi du Christ, avec la foi du Christ, lui qui le premier s’est confié totalement au Père. C’est lui qui nous tourne vers son Père et avec qui nous osons dire « Notre Père ». C’est lui qui nous sauve parce qu’en lui, toute l’humanité est accomplie, toutes les fautes sont remises. C’est lui qui envoie l’Esprit, notre défenseur !

Alors, nous pouvons continuer à exposer nos petits articles de foi, en bon ordre, sur nos étagères, et à aligner nos catéchismes sur nos bibliothèques. Nous en éprouverons sans doute de grandes satisfactions intellectuelles, ce n’est nullement négligeable. Et c’est même heureux car la foi qui concerne tout notre être concerne aussi notre intellect

Mais à la suite du Christ, la foi se montre avant de se dire, de s’exposer, de s’endoctriner. « Montre-moi ta foi », dit saint Jacques, « ta foi qui agit » ajoute-t-il. Saint Paul renchérit : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ».

La foi n’est ni un voir : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », ni un savoir : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits ». C’est un être et un agir.

Quand à avoir ou ne pas avoir la foi, il ne s’agit pas de croire, de ne pas croire ou de ne plus croire ceci ou cela, comme si l’on devait cocher telle ou telle case d’un questionnaire. La foi n’est ni une liste ni un catalogue, c’est une question de lien avec le Christ, et c’est tout. Croire le Christ, accorder notre volonté à la sienne, telle est la foi du chrétien.

Mais alors, direz-vous, et l’Église dans tout cela ? Sous-entendez-vous comme tant d’autres : « Le Christ, oui, mais pas l’Église ! »

Mais qui porte le Christ jusqu’à moi ? Qui fait circuler la vie du Christ, qui la transmet ? Comment et où trouverai-je le Christ sans l’Église ?

Allez, je vais réutiliser une fois encore l’image du vase d’argile. L’Église est ce vase d’argile qui transporte jusqu’à nous le trésor de la foi. À nous de le briser sur les pieds du Christ… D’habitude, j’ajoute, permettez que je me cite moi-même, « comme la putain échevelée que nous sommes ».

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique :

 

CEC 162 : La foi est un don gratuit que Dieu fait à l’homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre ; S. Paul en avertit Timothée : " Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience ; pour s’en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi " (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre, croître et persévérer jusqu’à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu ; nous devons implorer le Seigneur de l’augmenter (cf. Mc 9, 24 ; Lc 17, 5 ; 22, 32) ; elle doit " agir par la charité " (Ga 5, 6 ; cf. Jc 2, 14-26), être portée par l’espérance (cf. Rm 15, 13) et être enracinée dans la foi de l’Église.

 

100 mots pour la foi


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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 22:03

 

Les textes de ce dimanche nous parlent de la foi. Une foi qui repose sur les promesses et le don de Dieu. En bon pédagogue, Jésus, avant même de nous donner des recommandations sur notre manière de vivre nous rappelle que ce qui nous permettra de le suivre et d’agir selon la volonté de Dieu c’est l’assurance que Dieu nous a donné le Royaume. « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » (Lc 12, 32)

 

La foi, c’est cette formidable assurance que Dieu tient ses promesses et qu’il est présent auprès de nous même si nous avons du mal à voir autour de nous le Royaume que nous sommes sensés déjà posséder. C’est cette même foi en la promesse de Dieu qui a permis au peuple hébreu d’attendre la Pâque avec confiance : « La nuit de la délivrance pascale avait été connue d'avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. » (Sg 18, 6). Ou à Abraham et Sarah d’agir selon la volonté de Dieu jusque dans le sacrifice de leur fils unique (He 11, 8-19).

 

« Frères, la foi est le moyen de posséder déjà ce qu'on espère, et de connaître des réalités qu'on ne voit pas. » nous dit l’auteur de la Lettre aux hébreux (He 11, 1). Et il est bien là notre malheur. C’est que nous ne voyons pas ! Pourtant, parmi les fruits du Royaume que Jésus énonce aux envoyés de Jean-Baptiste est mentionné que les aveugles voient. Alors quels aveugles sommes nous ?

 

La Lettre aux hébreux développe deux grands thèmes : celui du sacerdoce du Christ et celui de la foi. Arrêtons nous un instant sur le second. L’auteur le mentionne dès les premiers versets dans un admirable témoignage de la foi : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par un Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui il a fait aussi les éons. Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, lui qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs. » (He 1, 1-3). La Bible de Jérusalem nous explique ce que sont les éons : « Expression pour désigner le monde, mais aussi les deux époques ou dimensions de l’univers, celle caractérisée par le temps, éon présent, et celle caractérisée par l’éternité, éon futur pour nous, mais déjà existant dans l’ « espace » de Dieu ».

 

Cette introduction nous permet de mieux entrer dans la première recommandation de Jésus : « Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux où ni voleur n’approche, ni mite ne détruit. » (Lc 12, 33) Par le don du Royaume, le chrétien qui continue de vivre dans le temps est néanmoins déjà emporté avec le Christ ressuscité dans l’éternité. Une éternité où la justice de Dieu et la charité gouvernent. Faire l’aumône dans le temps, c’est donc à notre niveau faire advenir dans le temps ce qui est déjà pleinement manifesté dans l’Eternité. Œuvre de justice qui redistribue le superflu des uns pour combler la nécessité des autres selon le plan de Dieu, œuvre de charité qui voit dans chaque nécessiteux un frère ou une sœur, le Christ lui-même.

 

De cette même introduction découle tout naturellement la deuxième recommandation du Christ : « Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez semblables vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. » (Lc 12, 35). Car rester en tenue de service, c’est rester dans la tenue du Christ lui-même, c’est vivre à la manière du Christ, faire régner le Christ dans le temps. Et tenir les lampes allumées, c’est témoigner dans le temps de la Résurrection du Christ (lumière pascale), du triomphe de la vie de Dieu sur les finitudes du temps, et l’éclairer de sa Parole. Et cela dans l’attente du jour où la lumière de l’éternité rendra pleinement manifeste à tous le Royaume et le Christ Jésus, « apôtre et grand prêtre de notre profession de foi » (He 3, 1).

 

Mais comme le rappelle l’auteur de cette lettre, « nous devons nous attacher avec plus d’attention aux enseignements que nous avons entendus, de peur d’être entraînés à la dérive. Si déjà la parole promulguée par les anges s’est trouvée garantie et si toute transgression et désobéissance a reçu une juste rétribution, comment nous-mêmes échapperons-nous, si nous négligeons pareil salut ? Celui-ci inauguré par la prédication du Seigneur, nous a été garanti par ceux qui l’ont entendu, Dieu appuyant leur témoignage par des signes, des prodiges, des miracles de toutes sortes, ainsi que par des communications d’Esprit Saint qu’il distribue à son gré. » (He 2, 1-4).

 

Et c’est bien le sens de la réponse de Jésus à Pierre. La rétribution, négative comme positive, est d’autant plus importante que la promesse a été entendue et que le Seigneur compte sur nous pour garantir à notre tour le témoignage que nous avons reçu de nos pères depuis les apôtres jusqu’à nos jours. Nous n’avons pas à être serviteur de nous-mêmes mais serviteur de nos frères et de nos sœurs afin que tous puissent accueillir le salut, le don de Dieu. Ce que le Christ nous a donné lui-même, ce que nous avons reçu en héritage de nos aînés, nous avons à notre tour à le transmettre, sous peine d’être considéré comme de mauvais intendants des biens de Dieu. Car nos témoignages de foi, à la manière des témoignages des grandes figures de l’Ancien Testament récapitulés dans le chapitre 11 de la Lettre aux hébreux, sont nécessaires à l’action de Dieu. Et plus nous sommes conscients d’avoir reçu, plus nous sommes riches de ce don, plus nous sommes invités à le transmettre, à l’offrir à ceux qui sont pauvres de la connaissance du don de Dieu. Voilà la véritable aumône à laquelle le Christ nous appelle, celle pour laquelle il nous déclare : « Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ». Chez nos prochains, c’est-à-dire en Christ.

 

Alors évidemment, nous pouvons nous récrier que ce n’est pas parce que nous annonçons le salut qu’il sera entendu. Mais le Christ nous en demande-t-il plus ? Ayons la foi et croyons dans la force de cette Parole. « Vivante, en effet, est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur. Aussi n’y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte. » (He 4, 12-13).

 

Car, le véritable souci du Christ est bien que personne ne puisse le prendre pour un voleur, venant sans prévenir et donc sans être attendu. Ne nous replions donc pas dans des logiques religieuses de pureté, ce n’est pas ce qui nous est demandé. Allons annoncer Jésus-Christ à tous les hommes et toutes les femmes, portons les lumières de la Parole et de la Résurrection en témoignant, comme des serviteurs et non comme des maîtres. Nous sommes des aveugles qui voient. Comme Paul Klee qui disait « l’art ne reproduit pas le réel, il le rend visible », ne cherchons pas à reproduire les réalités d’un Royaume fantasmé dans nos liturgies et nos théories, mais tentons à tâtons, par toute notre vie communautaire et personnelle, de le rendre visible.

 

Lectures : Sg 18, 6-9 ; Ps 32 ; He 11, 1-2.8-19 ; Lc 12, 32-48
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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:27

 

« Ce que tu auras mis de côté qui l’aura ? »

 

Dans les textes de ce dimanche, c’est toute la tradition des Vanités qui est mise en lumière à travers ses deux expressions latines : Vanitas de vanitas omnia est vanitas et Memento mori.

On imaginerait assez bien, sortant des bas côtés obscurs de l’église, un franciscain à la bure sombre monter en chaire et, un crâne à la main, se lancer dans un long sermon sur l’inintérêt des possessions et des choses de la vie.

 

La tradition, depuis les Pères de l’Eglise, s’appuyant sur nombreux textes des livres de la Sagesse, des Proverbes, de Job ou de certains psaumes, n’a cessé d’exhorter les hommes à se détacher des biens de ce monde pou se préparer à la richesse des dons célestes. La formule la plus ramassée en est sans aucun doute celle de cette première lecture de L’Ecclésiaste : « Vanités des vanités, tout est vanité. » à entendre dans l’esprit de sa finale « avant que la poussière ne retourne à la terre comme elle en vint et que le souffle de la vie ne retourne à Dieu qui l’a donné. »

 

Mais n’irait-on pas trop vite en condamnant les biens de ce monde et en en faisant une des causes de notre possible perdition ? Dans les vanités des écoles du Nord, inspirées par la Réforme ou la Devotio Modernales artistes peignent des natures mortes où les détails, les modelés des matières, la brillance des orfèvreries rendent hommage aux possessions terrestres, parmi lesquelles viennent souvent se mêler la connaissance (livre) ou les arts (instruments de musique ou pinceaux). Il n’est pas pour eux question de les condamner mais d’amener le spectateur à faire de sa conscience le principal sujet du tableau, à écrire lui-même le chemin qu’il peut prendre à travers ces possessions pour que de vaines elles deviennent sens. Les artistes de la contre réforme, eux, croyant plus à l’exemplarité des saintes figures qu’à l’intelligence éclairée du disciple, ont exploités en particulier Marie-Madeleine et Jérôme comme figures de renoncement et véritables modèles de passage du monde terrestre au monde céleste. Mais si l’on y regarde de plus prêt, même eux, dans leurs représentations, sans parler de la présence du crâne, ne sont pas dénués d’attributs relevant de la possession. Jérôme possédait la connaissance des Ecritures, symbolisée par une Bible, et le cardinalat, symbolisé par le chapeau rouge. Marie-Madeleine possédait le vase de parfum de la pénitente du repas chez Simon et les longs cheveux ayant essuyés les pieds du Christ des saintes pénitentes de l’Evangile avec lesquelles elle était confondue. Des possessions que ces deux saints ont offertes à Dieu et à leurs prochains.

 

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Pieter Claesz, Vanité, 1630                                                                 Georges de La Tour, Saint Jérôme pénitent

 

Dans les deux cas finalement, à des degrés divers, ce ne sont pas les possessions qui sont en jeu mais bien la manière de les vivre et de les mettre au service de celui sans qui rien ne serait et qui donne tout, Dieu. Car la question de l’héritage, du partage, des fruits du labeur, est avant tout la question de l’héritage des dons et promesses de Dieu, de leur partage entre tous les hommes, du fruit inépuisable de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ qui fait de toute chose selon la réponse que l’homme donne à Dieu un objet de mort ou un objet de vie, comme le rappellent les memento mori sculptés représentant une tête janiforme composée pour chacune des faces d’un crâne et de la tête du Christ.

 

En d’autres termes, il ne s’agit pas de condamner l’avoir mais de répondre à la question de la parabole de l’Evangile de ce jour : « Ce que tu auras mis de côté qui l’aura ? ». Cet avoir est-il au service du dessein de Dieu, c’est-à-dire offert pour le bien de tous les hommes, ou reste-t-il un engrangement personnel et stérile : un avoir vain. Ce choix entre la vie et la mort est une question ou plutôt une décision de chaque instant qui n’est pas conditionné par notre future mort (qui peut arriver à chaque instant) mais qui, au contraire, suivant notre réponse, peut transformer cette mort à venir en vie éternelle. Mais le savoir n’est pas suffisant car pour reprendre les mots du mystique Thomas A Kempis : « Au dernier jour, on ne vous demandera pas ce que vous aurez su, mais ce que vous aurez fait. ». Les connaissances de Dieu et du Salut peuvent être elles aussi vanités.

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 23:14


Parler de « La Femme », je ne m’y exposerai pas. Je sais que le concept de chien n’aboie pas mais celui de femme mord peut-être. En tout cas, sa manipulation expose tout à la fois à la bêtise et au ridicule. Quant à parler des femmes, ce n’est guère plus facile. Pour me tirer d’affaire, j’ai eu la curiosité de chercher dans les évangiles les occurrences de l’expression « les femmes ». Et l’idée était bonne, voilà la citation de Luc, très connue : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! ». Voilà de quoi être satisfait, on y trouve les femmes en général, et une femme en particulier. Sauf que le même Luc, nous raconte un peu plus loin la scène suivante. Sur le chemin de Jésus, une femme crie la chose suivante : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » et Jésus de répondre : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ! »

Du coup, je suis retourné à la première citation, et la suite de la bénédiction d’Élisabeth est la suivante : « Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »

J’en déduis que le bonheur d’être femme, c’est d’abord celui d’écouter la parole de Dieu. Ce qui ne doit guère être différent du bonheur d’être homme. Quant au fait que les femmes aient cette particularité d’avoir des « entrailles » et des « seins », ça ne semble pas faire pour le Christ la moindre différence. Les « hommes d’Église » seraient bien inspirés de s’en souvenir.

 

 

Cette semaine, je laisse parler la sensibilité du prophète Osée :

Mon cœur en moi est bouleversé,

toutes mes entrailles frémissent.

Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère,

je ne détruirai pas à nouveau Éphraïm

car je suis Dieu et non pas homme,

au milieu de toi je suis le Saint,

et je ne viendrai pas avec fureur.

Osée 11, 8-9


100 mots pour la foi

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 23:04


Ce texte de Marthe et Marie m’a toujours intrigué et la lecture qui en est faite trop souvent sur la vie contemplative et la vie active ne me parle absolument pas. Je ne vois pas le rapport avec le texte.

 

Ce qui me frappe, en premier lieu, c’est l’étonnante proximité entre Marthe et Jésus. Comme si Jésus était un familier de la maison. C’est à lui que Marthe s’adresse et non à sa sœur et elle lui parle avec une franchise et une sincérité déconcertante. Elle n’interpelle pas Marie pour qu’elle vienne lui donner un coup de main, elle interpelle le Seigneur pour savoir si cela ne le dérange qu’elle fasse tout et que sa sœur reste à ses pieds à l’écouter. Cette proximité est également palpable dans la réponse de Jésus.

 

Ce qui paraît évident, c’est le sens de la deuxième partie de la réponse de Jésus « Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. ». La meilleure part c’est Jésus lui-même. Marie comme une femme amoureuse s’est assise à ses pieds et écoute sa parole. Le texte ne dit pas si elle le questionne, ni même de quoi il l’entretient. Simplement qu’elle est en sa présence, en présence de la parole de Dieu et que rien ne peut lui sembler plus important. Et c’est cet attachement, ce lien que Jésus refuse de briser même s’il a tout à fait conscience du travail d’organisation que Marthe porte toute seule.

 

La première partie de sa réponse est plus complexe : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. » Je ne crois pas qu’il donne tort à Marthe de faire en sorte que tout se passe pour le mieux dans la maison. Une Marthe qui visiblement s’agite comme Abraham s’était agité aux chênes de Mambré, afin que l’accueil soit à la hauteur de l’invité. Il ne lui dit pas « Marthe, Marthe, où es-tu ?» comme le Seigneur l’avait demandé à Abraham à propos de sa femme Sarah qui avait participé à l’accueil en pétrissant les galettes mais qui n’était pas venue à la rencontre du Seigneur. L’inquiétude de Marthe qu’il mentionne et même son agitation montrent, comme les courses et la hâte d’Abraham, que Marthe a parfaitement saisie l’importance de l’invité qu’elle reçoit et qu’elle appelle Seigneur. Elle en a saisie l’importance, elle est pleinement en figure d’accueil et comme Abraham elle les traduits avec les codes humains et culturels de son temps : en organisant une réception digne de son hôte, souhaitant, comme toute bonne maîtresse de maison que tout soit parfait et désirant comme toute maîtresse de maison que la maison entière participe à l’organisation.

 

Et c’est là que la réponse du Christ est étonnante. Lui qui vient de nous expliquer dans la parabole du bon samaritain que l’amour que nous portions à Dieu passait par des gestes humains d’attention à nos frères semble dire ici que ces mêmes gestes sont finalement non nécessaires quand il est présent. La seule nécessité étant de l’accueillir en vérité en s’asseyant à ses pieds.

 

Cette parole du Christ prend alors toute sa richesse quand nous l’entendons à la messe où nous célébrons sa présence réelle. Elle s’adresse à tous les liturges et apprentis liturges qui comme Marthe sont proches du Seigneur. Elle s’adresse à leurs inquiétudes et leurs agitations et leur dit qu’il n’y a qu’une chose qui importe à Dieu dans la célébration de ses sacrements : que les fidèles puissent, comme Marie, s’asseoir à ses pieds et entendre sa parole. Elle ne dit pas que le déploiement des actions liturgiques est mauvais, elle dit qu’il n’a un sens que si ce qui est recherché est bien la possibilité pour ceux qui y participent d’accueillir le Seigneur et sa parole, d’avoir un accès direct au Seigneur. Et pour ma part je crois que la messe telle que nous la célébrons, avec des paroles et des gestes que nos contemporains ne comprennent plus, est loin de répondre à cette parole de Jésus.

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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