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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 19:00

Il n’y aura pas de temple dans la Jérusalem céleste. Pas de temple, pas de religion. Simplement l’amour, selon la parole de Jésus : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » (Jn 14). Le peule rassemblé et son Dieu demeurant auprès de lui.

Pourquoi respecter des règles alors ? Dans la petite crise racontée par Luc dans les Actes, la question est de savoir s’il faut ou non être circoncis pour entrer dans le nouveau Peuple de Dieu qu’est l’Eglise, être circoncis comme le veut la tradition du Peuple de Dieu selon la loi de Moïse. La réponse donnée par ce que nous appelons couramment le Concile de Jérusalem est double : la circoncision n’est pas nécessaire pour les païens, mais afin de permettre aux chrétiens issus du judaïsme et respectant la loi de Moïse et aux nouveaux convertis de s’asseoir à la même table on leur imposera quelques règles alimentaires issues de la loi de Moïse.

Si on relit l’ensemble du chapitre 15 des Actes on s’aperçoit que, dans cette décision, deux axes prédominent : ne pas faire porter un fardeau trop lourd aux nouveaux convertis, un fardeau trop lourd pour les juifs eux-mêmes, et préserver la communion. On s’aperçoit également que ce ne sont pas les règles et la tradition qui sont mis au cœur du questionnement mais le témoignage des œuvres de Dieu dans la communauté d’Antioche : « Alors toute l’assemblée fit silence. On écoutait Barnabé et Paul exposer tout ce que Dieu avait accompli par eux de signes et prodiges parmi les païens. »  (Ac 15, 12).

Car si l’Eglise a été instituée, c’est bien pour témoigner que Dieu reste présent auprès de son Peuple. « Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14). Un Dieu libre qui a choisi de proposer son alliance à tous les hommes et toutes les femmes en leur communiquant son Esprit. « Et Dieu, qui connait les cœurs, a témoigné en leur faveur, en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous. » (Ac 15, 8). L’Esprit saint qui, comme le rappellent les apôtres, décide de ce qui est bon.

Ce premier concile est donc un concile pastoral et sa décision a changé l’avenir de l’Eglise. Les principes qui ont éclairé cette décision sont toujours valables : la sollicitude et la communion enseignée par le Christ, seule lumière. « La cité n'a pas besoin de la lumière du soleil ni de la lune, car la gloire de Dieu l'illumine, et sa source de lumière, c'est l'Agneau. » (Ap 21,23). Pastoral… il serait temps de redonner à ce mot sa juste valeur car que pourrait-il y avoir de plus grand que ce qui est issu de l’Agneau pasteur. Qu’est-ce qu’un dogme ou une tradition face à l’amour de Dieu ?

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 01:15

 

Ah j’aurais bien voulu nous rassurer, et dire, ne craignez rien il n’y a pas de diable, ce sont des histoires pour les petits enfants, comme le loup et le croquemitaine. Mais hélas, bien qu’il n’ait ni sabot fourchu, ni pique à barbecue pour mieux faire rôtir les damnés, il faut bien constater qu’à chaque instant, le « dia-bolos » (diviseur) travaille, nous travaille. Il est le soupçon qui s’insinue, la jalousie qui nous dévore, l’amertume qui nous ronge. C’est le désaccord alors que nous rêvons d’harmonie, c’est l’esprit de domination qui subvertit le sens du service, le venin de l’envie qui empoisonne la fraternité, le soupçon qui altère la confiance.

En un mot, c’est le grand diviseur commun, à cause de quoi nous ne sommes pas un seul cœur et une seule âme, ni en nous-même ni entre nous.

Ne me demandez pas qui il est, d’où il vient. Je n’en sais rien, je sais qu’il est querelle, ressentiment, insinuation, calomnie. Et il est malin ! Il dissimule l’orgueil sous l’honneur, la vengeance sous la justice, l’avarice sous la simplicité, la haine sous la pureté.

Vous direz, mais tout cela, c’est le péché, tout simplement, pourquoi faudrait-il qu’il y ait un diable en plus ? Je ne sais pas. Mais je constate que dans l’histoire humaine, à l’échelle des familles comme des sociétés, il y a parfois une conjonction de haine, de violence, un déferlement, qui semble avoir un mouvement propre, une autonomie. Il y a comme une amplification des effets et des conséquences du péché qui laisse penser que le résultat global est bien supérieur à la somme des péchés individuels. C’est un peu comme dans les incendies, pour que le feu soit dangereux, dévastateur, il faut qu’il rencontre un accélérant. Ce n’est peut-être pas un hasard si la représentation populaire montre le diable en maître d’un feu qu’il alimente et attise et qui ne s’éteint pas.

Soit, mais qu’y a-t-il entre Dieu et le diable ? Là encore, je n’en sais rien. Je ne suis pas doué en théologie fiction, et la révélation que Dieu fait de lui-même n’inclut pas un long exposé sur le diable. Dans les évangiles, le diable est le tentateur du Christ au désert, on voit bien comment il tente d’installer la division entre Jésus et Dieu. Sous la croix, l’assaut final a pris les traits des moqueurs : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même ». C’est la dernière tentation du Christ. La réponse de Jésus est la confiance en Dieu. La réponse, il l’a donnée par avance dans la nuit de Gethsémani : « Père, non pas ma volonté, mais ta volonté ». Il la confirme sur la croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ».

Alors, ce que je sais, c’est que face au diable, il n’y a que Jésus, le Christ de Dieu, le Verbe de Dieu, qui tienne. Ma force, notre force, c’est la sienne. Et quoique le diable essaie de nous murmurer encore, sa victoire sur le mal et le péché est acquise et définitive, le reste est illusion.

 

Pour lire ce que dit l’Église, je vous laisse aller lire les paragraphes 391 à 395 du catéchisme de l’Église catholique…

 

Quant à moi, je préfère vous suggérer de lire la tirade de Méphitophélès dans le Faust de Gounod (Acte II scène 3)

Vous pouvez aussi l’écouter en suivant le lien suivant http://www.youtube.com/watch?v=Lm3yUB4NR9o&feature=related

J’ai choisi la très belle version de René Pape.

Le veau d’or est toujours debout ;

on encense sa puissance

d’un bout du monde à l’autre bout !

Pour fêter l’infâme idole,

rois et peuples confondus,

au bruit sombre des écus,

dansent une ronde folle

autour de son piédestal !

Et Satan conduit le bal 

 

100 mots pour la foi

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 23:50

 

« Voici la demeure de Dieu avec les hommes, il demeurera avec eux et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux. » (Ap 21, 3)

Voilà le but ultime de l’Alliance nouvelle entre Dieu et les hommes. L’Alliance que Dieu avait passée avec le peuple élu, cette alliance mainte fois reproposée malgré les errements de ce peuple, notre Dieu qui fait toutes choses nouvelles la propose aujourd’hui à tous les hommes et à toutes les femmes en Jésus-Christ.

En glorifiant Dieu, il a été glorifié. Cette pleine communion vécue avec le Père, il offre à tous de la partager en devenant membre de son corps par le baptême, un baptême à vivre chaque jour de notre vie jusqu’au jour où nous serons tous rassemblés dans la Jérusalem céleste, là où Dieu vivra au milieu de son peuple.

Déjà aujourd’hui nous sommes appelés à former ce peuple de Dieu en agissant avec Dieu et en lui rendant gloire, comme Paul et Barnabé. « A leur arrivée, ayant réuni les membres de l’Eglise, ils leur racontaient tout ce que Dieu avait fait avec eux et comment il avait ouvert aux nations païennes la porte de la foi. » (Ac 14, 27)

Pour réaliser cette tâche, Jésus, au moment où il allait les quitter, a donné à  ses disciples un seul commandement : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 34-35)

Ce commandement, le Concile Vatican II (Lumen Gentium 31) le traduit autrement en rappelant que toute personne incorporée au Christ par le baptême est intégrée au Peuple de Dieu, et participe à sa manière de la fonction sacerdotale (célébration), prophétique (annonce) et royale (vivre l’Evangile au quotidien) du Christ, qu’elle exerce pour sa part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien : faire advenir le Royaume de Dieu.

Nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, c’est redire avec Dieu lui-même, à chacun de nos frères et à chacune de nos sœurs que l’Alliance nouvelle qu’il nous propose est bien réelle et en témoigner chaque jour par notre vie, avec la sollicitude et la patience qui le caractérisent.

Témoins de Dieu, baptisés membres du corps du Christ, nous pouvons dès aujourd’hui faire advenir le Royaume de Dieu en nous aimant les uns les autres comme Jésus a aimé, comme Dieu ne cesse de nous aimer. Nous serons alors son peuple et il vivra au milieu de nous.

Avec Dieu, en Jésus-Christ, essuyons toutes larmes de leurs yeux et la mort n’existera plus.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 00:33

C’est quand même une drôle d’idée de choisir un instrument de supplice comme « logo ». Il y a de quoi prêter le flanc à toutes les accusations de dolorisme et de masochisme, et de fait, elles n’ont pas manqué. Alors, faut-il revoir notre « com » pour être un peu plus aimable ? Après tout, n’avons-nous pas en stock des symboles beaucoup plus sympas ; le poisson, l’agneau, la colombe…

Et bien non ! Rien ne peut remplacer la croix. Et ce n’est tant le bois de la croix que nous regardons, que celui qui y est cloué.

Alors, que contemplons-nous ? La souffrance, la violence, l’injustice ? Oui, le supplicié de la croix porte et traverse tout cela, mais plus radicalement, la croix expose sans voile, sans fard la tragédie de l’humanité, la tragédie de l’amour.

Hélas, il n’y a aucun doute, aucune exception, à vue humaine, toutes les histoires d’amour finissent mal. La mort transpercera nos cœurs, à coup sûr, nous pleurerons ceux que nous aimons, ou nous serons pleurés. Tout amour se heurte à la finitude, à l’abandon, à la trahison, à la mort.

Devant cette atroce réalité, certaines sagesses concluent qu’il faut éteindre en nos cœurs les attachements et les passions.

Le christianisme fait l’inverse. Il propose l’amour comme ultime horizon, l’amour absolu, c’est-à-dire l’amour crucifié.

Oh, le chemin n’est pas aisé, il n’est pas interdit de supplier à genoux : « Éloigne de moi cette coupe ». Mais suivre le Christ c’est accepter de faire le même chemin que lui, accepter d’aimer sans rien épargner, à pleins bras, à pleines mains, à cœur offert.

Le pouvons-nous ? Oui parce que la voie est ouverte. Le Christ est passé avant nous, devant nous, et nous voyons la croix déjà éclairée par la lumière de Pâques. À vue humaine, il n’y avait que la nuit, et la tragédie du destin humain. À vue chrétienne, il y a l’amour donné et rendu au centuple, une coupe débordante. La croix n’est pas le trou noir de l’amour mais le passage par lequel s’engouffre la vie.

Voilà pourquoi nous suspendons une croix à notre cou, pourquoi nous osons la tracer sur notre front, notre cœur et nos épaules. Voilà ce que nous ne cessons de célébrer. Voilà ce que réalise notre baptême. Voilà à quoi chaque eucharistie nous fait communier.

Sans doute faut-il être un peu fous pour croire qu’il est bon d’aimer à en mourir. Fous, mais pas masochistes.

Heureux celui qui meurt d’aimer.

 Ce que dit le magistère de l'Eglise catholique :

CEC 618: La Croix est l’unique sacrifice du Christ " seul médiateur entre Dieu et les hommes " (1 Tm 2, 5). Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, " il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme " (GS 22, § 2), il " offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal " (GS 22, § 5). Il appelle ses disciples à " prendre leur croix et à le suivre " (Mt 16, 24) car " il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas " (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39 ; Jn 21, 18-19 ; Col 1, 24). Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35)


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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 11:59

 

Voilà un drôle de découpage de l’Evangile. En introduction au passage de Jean annoncé (Jn 10, 27-30), on a rajouté une phrase reprenant l’affirmation de Jésus « Moi, je suis le bon pasteur. » (Jn 10,11) encadré d’explications narratives « Jésus avait dit au juif » et « il leur dit encore ». Pour ma part j’aurais préféré, comme c’est un texte particulièrement court, qu’on nous cite la question des juifs à laquelle Jésus répond : « Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis le nous ouvertement. » (Jn 10, 24) et la réaction de ses interlocuteurs « Les juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. » (Jn 10, 31).

 

Parce que la question du « bon pasteur », en effet, c’est la question du « Christ » et de l’accomplissement de la promesse faite par Yahvé à son peuple, à son troupeau. Dans les liturgies des dimanches de Pâques on ne lit pas de textes de l’Ancien Testament. Il faut pourtant pour bien comprendre la question des juifs et l’annonce de Jésus avoir en tête, au minimum, les prophéties d’Isaïe (49, 9-10) et d’Ezechiel (34, 11-31).

« Ils paîtront le long des chemins sur tous les monts chauves ils auront un pâturage. Ils n’auront plus faim ni soif, ils ne souffriront plus du vent brûlant ni du soleil, car celui qui les prend en pitié les conduira, il les mènera vers les eaux jaillissantes. » (Is 49, 9-10).

« Car ainsi parle le Seigneur Yahvé : Voici que j’aurai soin moi-même de mon troupeau et je m’en occuperai. […]Je susciterai pour le mettre à leur tête un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David : c’est lui qui les fera paître et sera pour eux un pasteur. [...] Et vous mes brebis, vous êtes le troupeau humain que je fais paître, et moi je suis votre Dieu, oracle du Seigneur Yahvé. » (Ez 34, 11.23.31)

 

La réponse de Jésus est très claire. Il est le bon pasteur. Il est le Christ. Il est Dieu qui vient prendre soin de son troupeau. « Le Père et moi nous sommes UN. » (Jn 10, 30). On comprend alors pourquoi les juifs qui refusent de reconnaître en Jésus le Fils de Dieu voient dans cette réponse un blasphème et cherchent à le lapider.

 

Car le problème est bien celui de la reconnaissance. Cette reconnaissance à laquelle Jésus nous appelle à travers l’Evangile en nous posant la question « Et pour vous qui suis-je ? ». Nous reconnaissons dans les paroles de Jésus celui qui nous connaît. Et c’est parce que nous acceptons de rentrer par le Christ dans ce lien d’amour qui unit le Père et le Fils que nous obtenons la vie éternelle qui nous est offerte. « Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. » (Jn 10, 27-30).

 

Jésus est le bon pasteur et l’agneau qui s’offre par amour pour que plongés par le baptême dans sa mort et sa résurrection nous soyons avec lui toujours vivant. « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau. » (Ap 7, 17). Peut-être est-il fait ici plus particulièrement référence aux martyrs de la foi ? Mais finalement il s’agit bien toujours d’une reconnaissance active, du témoignage que Jésus est bien le Christ qui dans sa mort et sa résurrection nous a ouvert largement les portes de la vie éternelle.


Et cette vie éternelle est offerte à tous les hommes et à toutes les femmes comme le souligne le passage des actes que nous entendons. « C'est à vous d'abord qu'il fallait adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! Nous nous tournons vers les païens. C'est le commandement que le Seigneur nous a donné : J'ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre. »  (Ac 13, 46-47)

 

Un passage qui engage toute l’Eglise et chacun d’entre nous, comme récepteur de la parole de Dieu et comme témoin.

Un passage qui une nouvelle fois nous pose à nous comme aux juifs de Paul et Barnabé la question de la reconnaissance. Sommes nous toujours à l’écoute de la Parole de Dieu, cette parole qui nous lie au Christ, nous fait rentrer dans la communion avec le Père, nous rend digne de la vie éternelle ?

Un passage qui nous questionne sur notre rôle de témoin de cette parole. Sommes nous toujours sur les chemins du monde pour faire entendre cette parole et permettre à tous les hommes et toutes les femmes de reconnaître Celui qui les connaît ?

Les interlocuteurs juifs, peut-être trop certains de détenir Dieu, n’ont pas su entendre la Parole. L’Eglise, comme chacun d’entre nous, a toujours à se méfier d’être atteinte de cette même surdité du coeur.

Car nous ne sommes propriétaires de rien d’autre que de la reconnaissance que nous pouvons avoir en Celui qui est pour nous le bon pasteur.

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 00:17

 

Il y a une façon un peu béate, sinon niaise, de parler de la création ; la beauté des cimes, les cieux étoilés, les horizons marins, la verdure et les bestiaux et bestioles. J’accorde que cela fait de la jolie poésie, et même de très beaux psaumes. L’ennui, c’est que lorsque les montagnes crachent le feu, que la mer soulève des vagues meurtrières, et que les bestiaux et bestioles s’entredévorent joyeusement, il devient plus délicat de louer le « créateur ». Quant à la créature par excellence, c’est-à-dire nous, pauvres humains, il n’est que trop évident qu’elle ne flatte guère son créateur, tant elle montre de capacités au vice, à la cruauté et à la violence sans même avoir l’excuse des bestiaux, qui est la survie.

Si l’on élimine l’hypothèse gnostique selon laquelle, nous serions ici-bas aux mains d’un démiurge fou et pervers, ce tableau devrait suffire à tout personne raisonnable pour réfuter la possibilité d’un créateur et donc d’une création.

Alors, pourquoi persistons-nous à croire en un créateur, et de surcroît en un créateur bon ?

On peut certes prétendre qu’à l’origine, tout a été fait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et que les choses se sont gâchées du fait… de l’homme. Ainsi, ce serait notre faute si les volcans débordent et si les agneaux se font croquer quand ils se désaltèrent au bord des golfes clairs.

J’objecte, votre honneur, que s’il s’est trouvé un Dieu pour laisser à des hominidés au QI de palourdes la responsabilité et à la « liberté » de gâcher la perfection de son œuvre avec toutes les tragiques et effroyables conséquences que nous connaissons, cela ressort tout simplement du crime contre l’humanité.

Alors ? Alors, mon ami Paul, celui qui vivait il y a une petite vingtaine de siècles, et qui n’était pas idiot a proposé une solution qui a le mérite de l’élégance et de la fonctionnalité. « La création gémit encore dans la gésine de l’enfantement ». Comprenez, en anglais dans le texte : « World in progress ».

Certains protesteront qu’on ne les avait pas avertis et qu’il manque quelques panneaux « Attention travaux ».

C’est qu’il se trouve que nous ne sommes pas les invités d’une croisière de luxe, nous sommes les ouvriers, les collaborateurs, de ce « machin » en marche que nous appelons le monde.

Oui, Dieu est créateur, il est créateur d’avenir. La création n’est pas achevée, elle est en cours. L’acte créateur est continu, il est un appel à être, un appel à devenir. Dieu et la création ne sont pas un passé, un âge d’or idéal. C’est notre avenir, le but vers lequel nous marchons, cahin-caha, les yeux fixés sur… le Christ, celui en qui s’accomplit par avance notre destin, en qui est récapitulée l’œuvre divine.

 

Et pourtant, que la campagne est jolie au printemps. Un jeune chevreuil vient de sauter la haie du jardin, et voilà que se lève en moi la louange pour le Créateur…

Ne nous en voulons pas de notre « niaiserie ». Ce qui compte, c’est que nos pauvres esprits un peu limités découvrent un horizon, une espérance à laquelle ils sont appelés. Merci mon Dieu.

 

Et comme j’ai l’âme aussi vagabonde que le chevreuil du jardin, plutôt que de vous infliger une pesante citation, je vous propose ce petit texte d’un de mes auteurs préférés, histoire de « boucler la boucle ».

 

Comment ça va ?

©Jean Tardieu, Monsieur, Monsieur.

Comment ça va sur la terre ?

— Ça va, ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères ?

— Mon Dieu oui, merci bien.

Et les nuages ?

— Ça flotte.

Et les volcans ?

— Ça mijote.

Et les fleuves

— Ça s’écoule.

Et le temps ?

— Ça se déroule

Et votre âme ?

— Elle est malade. Le printemps était trop vert, elle a mangé trop de salade.

 

100 mots pour la foi

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 23:55


Elle est étrange cette dernière scène de l’Evangile de Jean, cette troisième apparition du Seigneur aux apôtres. Etrange et inattendue.

A la fin du chapitre précédent, l’évangile de Jean était achevé. Déjà la nouvelle apparition de Jésus pour conforter Thomas dans sa foi ressemblait à une leçon de révision, à un briefing ultime avant que ne débute ce temps de la mission des apôtres, ce temps de l’Eglise. La parole de Jésus - « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » - signifiait tout à la fois qu’il était bien le Jésus qu’ils avaient connu, leur maître mort sur la Croix, et que, dorénavant, seul le témoignage des apôtres et des disciples permettraient à la foi de se propager. Jésus, lui, retournait auprès de son père et de notre père, de son Dieu et de notre Dieu.

Tout en effet avait déjà été dit lors de la première apparition, le premier dimanche, quand, après avoir entendu le témoignage de Marie de Magdala, les disciples avaient reçu la visite du Seigneur qui les avait envoyé en mission en leur communiquant son souffle de vie : « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (Jn 20, 21-23).

 

Pourquoi cette troisième apparition alors et que font donc les disciples à pêcher au bord du lac de Tibériade au lieu de prêcher la Bonne Nouvelle ?

Cette scène étrange nous rappelle évidemment l’appel des quatre premiers disciples autour d’une pêche miraculeuse dans l’Evangile de Luc (Lc 5, 1ss). Nous sommes à un point de départ mais le récit va nous montrer que nous ne sommes pas revenus en arrière. Et ce point de départ, c’est celui de la mission qui leur a été confiée.

Entraînés par Pierre, les disciples se jettent à l’eau mais visiblement les résultats sont inexistants. Il leur faudra attendre les indications de Jésus pour que les filets se remplissent d’une multitude de poissons. Une manière de nous dire que nous ne pouvons proclamer la Bonne Nouvelle si nous ne sommes pas d’abord nous-mêmes à l’écoute du Christ.

C’est au fruit de leur pêche que les disciples reconnaissent le Seigneur et qu’ils vont à lui. Une manière de nous dire que c’est dans l’activité missionnaire que nous découvrons et rejoignons le Christ.

Arrivée auprès de Jésus, les disciples découvrent un feu de braise avec du poisson et du pain. Une manière de nous dire que le repas auquel nous sommes conviés est déjà commencé, que le Christ ressuscité nous attend à sa table déjà dressée. En ce sens, nous ne sommes pas revenus en arrière. La résurrection du Christ a ouvert un temps nouveau. Les noces ont débutées.

Jésus appelle les disciples à apporter le fruit de leur pêche. Une manière de nous dire que ce don que Dieu nous fait nous avons à le présenter nous même, à l’offrir nous même dans la communion qui nous lie au Christ.

153 poissons, un nombre qui signifie la plénitude et la totalité. Une manière de nous dire que toute l’humanité est appelée au repas du Seigneur.

 

Car cette troisième et dernière apparition du Christ nous conforte comme la précédente avait confortée Thomas. Le temps de la mission sera peut-être long et difficile jusqu’au retour du Seigneur mais la communion avec le Ressuscité est déjà là et nous pouvons la vivre dans l’Eucharistie, le partage du pain auquel Jésus nous appelle « Venez déjeuner. »

 

Il est apparu trois fois comme il pose trois fois la question à Pierre pour sceller cette nouvelle alliance, ce nouveau contrat fondé sur l’amour de Dieu et le souci de nos frères. Car qu’il s’agisse de la mission qu’il nous confie à nous, ses disciples, ou de la mission particulière qu’il confie à Pierre, la répétition de son questionnement n’est pas fondée sur une méfiance ou une défiance qu’il serait en droit d’avoir mais sur l’amour qu’il nous porte. Un amour qu’il ne cesse de nous donner. Un amour qu’il nous appelle à partager avec lui et avec nos frères.  

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 09:02

 

J’ai connu Vincent Flamand au séminaire des Carmes. Philosophe de formation (il avait travaillé sur Jean-Luc Marion), ce n’est pas l’esprit de sérieux qui caractérisait ce liégeois pétri de rock et de littérature mais bien un humour fondé le plus souvent sur le tendre émerveillement de ce que la chose humaine pouvait avoir de plus simple et parfois de plus kitch. Se mêlent en moi des souvenirs de discussions passionnées sur Heidegger, Nabert, Rahner ou Balthasar, des fous rires sur des phrases absurdes et cette improbable et unique expérience d’un match de football au Parc des princes. Un regard exigeant et tendre, rieur et profond.

 

Dans ce premier roman, Vincent Flamand nous livre un portrait de son père et son propre portrait avec les mêmes qualités. L’analyse humaine s’y fait au scalpel avec une précision des mots et une clarté des idées déconcertante. Toute la complexité des constructions humaines semble venir se dévoiler dans la simplicité de tournures associant sans voyeurisme et psychologisme le tragique et l’humour, la vie qui lute et s’échappe et celle qui naît et se construit.

 

D’aussi loin que je me souvienne, il s’est toujours levé tôt est un roman subtil et tendre, où l’hommage particulier que l’auteur rend à son père ouvre aux questionnements les plus universels : la vie, l’amour, la mort, la filiation, la transmission, les idéaux, les blessures subtilement mais mal dissimulées, le poids de la culture, le désir de s’arracher à un quotidien imposé... 80 pages de bonheur, de tristesse, d’humour et de réflexion ;80 pages d’humanité, 80 pages de vie que je vous conseille de dévorer puis de relire.

 

 

Vincent_Flamand.png

 

 

Vincent Flamand

D’aussi loin que je me souvienne, il s’est toujours levé tôt.

Editions de l’aube. 2010. 10 euros

 

 

 

 

 


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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 00:01

 

A propos de l’article de La Croix intitulé : « Au nom de l’Église » mais hors hiérarchie, des laïcs prennent la parole


Le titre de cet article m’interpelle. Pourquoi les journalistes de la Croix veulent-ils absolument voir la parole publique des laïcs sous l’angle d’un possible conflit entre parole officielle de l’Eglise et parole libre de ses membres ? Il y a dans ce prisme quelque chose de curieux.

D’abord parce que les exemples cités sont moins des prises de positions « au nom de l’Eglise » que des prises de positions « au nom d’un attachement à l’Eglise » ou « au nom d’un attachement à la Vérité » et surtout me semble-t-il « au nom d’un attachement au Christ ». Ensuite parce que je me permets de souligner que, dans ces exemples, les signataires ne sont pas que des laïcs.

 

Cet attachement au Christ, au sens strict, est ce qui fonde la parole des laïcs comme le souligne le décret « Apostolicam actuositatem » de la 4e session de Vatican II. « Le devoir et le droit des laïcs à l’apostolat leur vient de leur union avec le Christ-Chef » (§3). Qu’il me soit permis ici de trouver d’ailleurs tout à fait inopérante la comparaison de Mgr Hyppolite Simon entre l’Eglise et un parti politique (« Qui a la légitimité pour utiliser le sigle catholique, pour engager le corps ? Est-ce que n’importe quel militant de l’UMP ou du PS peut utiliser le sigle de son parti ? »). Nous ne sommes pas autorisés à faire résonner la Parole parce que nous sommes les militants d’un programme écrit par les cadres d’un parti dont le sigle serait déposé à l’INPI mais nous sommes « députés à l’apostolat par le Seigneur lui-même » parce que nous sommes « insérés par le baptême dans le corps mystique du Christ, fortifiés grâce à la confirmation par la puissance de l’Esprit Saint » (§3).

 

Le deuxième paragraphe de ce décret répond à la question posée par Mgr Simon: « Il y a dans l’Eglise diversité de ministères, mais unité de mission. Les apôtres et leurs successeurs ont reçu du Christ la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son autorité. Mais les laïcs, rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ ont leur rôle dans la mission que tout le peuple de Dieu accomplit dans l’Eglise et dans le monde. […] Comme c’est l’état propre aux laïcs de vivre au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer, comme un ferment, avec l’ardeur de l’esprit chrétien, leur apostolat dans le monde. »

 

Qu’une opinion publique, issue de l’Evangile, soit proclamée par les laïcs dans la presse et sur les réseaux sociaux, principaux lieux de communication dans le monde, me semble donc tout à fait en adéquation avec la mission des baptisés-confirmés. Cela ne veut certainement pas dire que toute parole de baptisé est parole d’Evangile ou, pour reprendre les termes de Mgr Hyppolite Simon, qu’elle engage le corps. Mais elle est, en soi, si elle est dite dans le souci de la mission apostolique, légitime. Aux successeurs des apôtres, ensuite, dans leurs charges d’enseignement et de gouvernement, de faire le tri dans ces paroles et si nécessaire de les corriger si elles n’étaient pas fidèles à l’Evangile.

 

« D’avoir reçu ces charismes, même les plus simples, découlent le droit et le devoir, pour chaque croyant de les mettre en œuvre dans l’Eglise et le monde, pour le bien des hommes et pour construire l’Eglise dans la liberté de l’Esprit Saint qui « souffle où il veut » (Jn 3,8), non moins qu’en communion avec ses frères dans le Christ, spécialement avec ses pasteurs. Ceux-ci jugeront de leur authenticité et de leur bon usage, non certes pour éteindre l’Esprit, mais pour éprouver tout et retenir ce qui est bon (cf. 1th 5, 12.19.21). » (§3)

 

Alors oui, réjouissons nous que des laïcs prennent la parole, non « au nom de l’Eglise » mais hors hiérarchie, mais pour le monde et pour l’Eglise en communion dans le Christ avec leurs pasteurs.

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Published by Berulle - dans Religion
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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 00:15


Au centre du christianisme, il y a le corps. C’est sans doute la caractéristique la plus étrange de la religion chrétienne, et ce qui la singularise parmi les religions (à supposer que le christianisme soit en rigueur de terme une religion, ce qu’il conviendrait d’examiner avec soin et méthode, mais ce petit articulet n’en est pas le lieu).

Le corps ! C’est là que bat le cœur, que jaillit la source, que se donne le sens. Se pencher sérieusement sur cette particularité, pourrait nous conduire à reparcourir en totalité la foi chrétienne, nous nous contenterons d’un survol.

Que contemplons-nous sur la croix sinon le corps du crucifié ? À quoi avons-nous part dans l’eucharistie sinon au corps du Ressuscité? Que devenons-nous sinon le corps du Christ.

Jusque-là, la règle était claire, l’esprit pour Dieu et le corps pour les humains. Et le corps encombrait l’esprit, faisait obstacle entre Dieu et l’humain. Négliger, le corps, le mépriser, s’en débarrasser, était le prix à payer pour accéder à Dieu.

Et voilà que tout change !

Mystère du corps de Dieu, scandale pour le sens religieux ordinaire, folie, absurdité pour les philosophes. Oui, Dieu prend corps, dans la parole (le Verbe) qui s’incarne.

Écoutons, contemplons, adorons ! Nous ne nous rendons pas compte ! Ah, si nous croyions, si nous savions la folie de Dieu !

Et c’est ce que nous en voulons pas croire, pas voir, pas entendre. Nous pensons, pauvres bêtes que nous sommes, que si nous étions de purs esprits, nous serions plus près de Dieu, des esprits, presque comme lui. Misérables rêves, lamentables évasions.

Mais notre Dieu s’est incarné. Il n’est pas un pur esprit, n’en déplaise aux antiques catéchismes.

Regardons-le, notre Dieu, tout nous parle du corps ! Et surtout la résurrection qui est bien celle de Jésus, de Dieu fait homme. Dans la Résurrection, et plus encore dans l’Ascension, il ne s’agit pas du « retour » de la deuxième personne de la Trinité dans la communion des personnes divines. Non, il s’agit de l’accueil de l’homme, du corps de l’homme Jésus dans la communion divine.

Et pour nous, ça change tout. À la suite de Jésus, nous sommes tous et chacun appelés à partager cette vie, à faire corps avec Dieu.

 

Ce que dit le magistere de l'Eglise catholique :

CEC 999 Comment le Christ est-il ressuscité ? Le Christ est ressuscité avec son propre corps : " Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi " ; mais Il n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en Lui, " tous ressusciteront avec leur propre corps, qu’ils ont maintenant " (Cc. Latran IV : DS 801), mais ce corps sera " transfiguré en corps de gloire ", en " corps spirituel " (1 Co 15, 44).

 

100 mots pour la foi

 

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