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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 00:47


« Cependant tout le peuple faisait leur éloge, et des hommes et des femmes de plus en plus nombreux adhéraient au Seigneur par la foi. » (Ac 5, 14)

Comme nous aimerions voir cette phrase s’étaler à la une de nos journaux. Malheureusement tel n’est pas le cas et certains d’entre nous s’en plaignent avec véhémence, allant jusqu’à crier au complot médiatique. Ne serait-il pas plus sage de nous poser humblement la question des signes et des prodiges que nous donnons à voir aujourd’hui ? Ces signes et ces prodiges que Dieu réalise dans le peuple par les mains de ses apôtres. Ne serait-il pas plus sage de nous questionner humblement sur le témoignage que nous rendons à Dieu avant de nous questionner sur celui que le monde rend à l’Eglise ? Car, si je suis catholique et crois profondément que l’Eglise annonce et instaure le Royaume de Dieu, manifesté dans le Christ (cf. Vatican II, Lumen Gentium, 5), ce qui m’intéresse en premier lieu c’est que mes frères et mes sœurs adhèrent au Seigneur.

 

Et la première chose que nous devons nous rappeler, c’est qu’en tout temps, et particulièrement dans les temps difficiles, comme pour Jean à Patmos, ce n’est pas notre parole qui importe mais celui qui est le Verbe de Dieu et qui nous répète sans cesse : « Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant : j'étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. » (Ap 1, 17-19). C’est lui, le Christ, Jésus ressuscité qui attire les hommes et les femmes pour leur donner la vie éternelle. Ce que nous célébrons dans ce temps pascal c’est ce signe et ce prodige qui permet d’adhérer au Seigneur dans la foi. C’est de cela que nous avons à être les témoins.

 

Et Thomas, dont l’exclamation de foi retentit dans l’Evangile de Jean « Mon Seigneur et mon Dieu », nous rappelle dans son questionnement que le signe et le prodige réside dans le fait que le Ressuscité est bien le Jésus qu’il a côtoyé, cet homme avec lequel il a vécu et qui a témoigné de l’amour de Dieu jusque sur la Croix. Les plaies qu’il souhaite toucher, c’est la chair du Ressuscité. Car quel serait le sens de la vie éternelle si celle-ci n’avait aucun lien avec la vie humaine ? Et peut-être est-ce là que notre témoignage pèche ? Nous proclamons à la face du monde un Christ ressuscité mais ce même monde semble entendre dans nos propos un mépris de la vie humaine et de ses errements. Nous apparaissons dans notre discours « officiel » comme les apôtres d’une vérité désincarnée, contredisant ainsi les actes évangéliques que tant de chrétiens posent au jour le jour dans leur engagement envers les plus défavorisés. Contrairement à Jésus qui accueillait, mangeait avec les pécheurs, remettait en route les égarés, nous semblons incapables d’avoir une parole publique qui soit en adéquation avec nos actes. Or, notre responsabilité devant Dieu ne peut pas simplement consister à être certains que ce que nous proclamons est la Vérité mais également, et peut-être surtout, que cette Vérité soit entendue par nos contemporains pour ce qu’elle est : l’amour de Dieu qui appelle chacun d’entre eux, dans sa vie, dans sa chair, à la vie éternelle.

 

En ce deuxième dimanche de Pâques, nous pouvons prier pour que notre parole publique, tout comme nos actes, témoignent de la charité du Christ, de cet amour bienveillant qui jamais n'exclut.

 

Alors peut-être aurons-nous la joie de pouvoir lire un jour dans les pages de nos journaux « On allait jusqu'à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des lits et des brancards » ou « Et même, une foule venue des villages voisins de Jérusalem amenait des gens malades ou tourmentés par des esprits mauvais ». Car pour les signes et les prodiges, nul doute que Dieu sera lui-même au rendez-vous.

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 08:26


Quand les emballements et les passions surgissent, il est bon de se retourner vers la Croix et de contempler.

 

Sur la Croix, je vois les enfants victimes de ces crimes. Dans le Christ souffrant, ce sont eux qui apparaissent. Comment ne pas entendre cette parole de Jésus : « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait ».

Certains semblent y voir l’Eglise martyrisée par les médias. Je vois l’Eglise, certes, mais l’Eglise corps du Christ, une Eglise souffrant du mal qui a été fait à des enfants, à des enfants de Dieu, une Eglise défigurée par les crimes qui ont été commis par certains de ses membres.

C’est cela que je vois sur la Croix. Le reste, pardonnez-moi, n’a que peu d’importance.

 

Avec le Pape, avec toute l’Eglise, devant la Croix, je demande pardon pour ce mal et je demande pardon pour le silence qui trop longtemps, au sein de l’Eglise, a prévalu. Un silence qui a maintenu les victimes dans un enfermement mortifère. Je demande pardon comme membre de cette Eglise qui souffre. Je demande pardon aux victimes et à Dieu. Et je demande pardon à tous les hommes et toutes les femmes car, par ce témoignage affreux, je sais que l’Eglise les a éloigné de Dieu et a brouillé le message d’amour et de vie qu’Il leur adresse.

 

Je demande pardon. Je prie pour que les victimes, Dieu et l’ensemble des hommes et des femmes veuillent bien nous pardonner. Je prie surtout pour que les victimes et l’ensemble des hommes et des femmes acceptent que Dieu ne soit pour rien dans cette histoire car je crois que seul l’amour de Dieu leur permettra de pardonner et de vivre pleinement.

 

Evidemment, comme beaucoup, je suis blessé par certains propos, lus ou entendus, dans les médias ou dans des conversations. Mais je sais que ce n’est pas parce qu’on a demandé pardon que la colère s’estompe et que les souffrances disparaissent. Il faut du temps et l’emballement des médias et de l’opinion publique est le signe de cette colère et de cette souffrance. Une colère et une souffrance d’autant plus grande et justifiée que les actes visés ont été commis par les membres d’une communauté qui est sensée annoncer l’amour et la miséricorde de Dieu.

 

Face à ce drame, l’Eglise ne peut pas se draper dans une dignité offensée. Car si ils sont heureux ceux qui sont persécutés à cause du Seigneur, là le Seigneur n’a nullement sa place.

 

Alors, je ne suis pas plus naïf que d’autres, et je vois bien que certains, je n’ai pas l’impression qu’ils soient légions dans les média, en profitent pour accuser l’Eglise de tous les maux. Mais je refuse de me laisser entraîner dans des polémiques qui finalement n’ont comme seul effet d’oublier les vraies victimes de ce drame. Face à la calomnie, le Christ n’a toujours répondu que par l’amour et le dialogue et quand celui-ci était impossible, passant au milieu des hommes, il allait son chemin.

Restons plutôt en silence à contempler la Croix et témoignons de l’amour de Dieu. C’est de cela que le monde à besoin : de compassion et de vie.


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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 10:03

Aujourd'hui, pas de mot pour la foi, mais un mot de Pâques.

 

Au pied de la croix, il n’y avait que quelques femmes en pleurs… Comme toujours, comme partout. Les femmes, si souvent victimes de la puissance des « systèmes » peuvent être là, les mains vides, debout, impuissantes. Gageons d’ailleurs que les femmes « modernes » qui, et c’est heureux, ont commencé à devenir responsables, d’elles-mêmes et du fonctionnement du monde, auraient sans doute réagit comme les apôtres et les disciples. Elles auraient commencé à faire le bilan pour trouver où ça n’avait pas marché, afin d’avoir une meilleure chance que ça marche « la prochaine fois ».

Mais il n’y a pas, il n’y aura pas, de prochaine fois. Dans le Christ, Dieu s’est dévoilé, il a révélé tout son programme. Les apôtres ne se sont pas trompés, c’était le « bon Messie », c’était vraiment le Fils de Dieu. Au jour de Pâques, ils en reçoivent la fulgurante et inimaginable annonce : celui qui était mort, Dieu l’a ressuscité, il est vivant.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Qui est cet homme, qui est Dieu ?

Pour comprendre, retournons dans le jardin de Gethsémani, revenons dans la salle haute. Jésus, « sachant que son heure était venue » laisse un ultime message, d’ultimes gestes.

Jésus, à genoux, dernier des serviteurs, Jésus rompant le pain, offrant son corps, son sang, sa vie. Jésus prostré dans le jardin, renonçant à toute puissance, offrant même son abandon et sa peur. Jésus refusant qu’une arme soit sortie, qu’un homme soit blessé.

Comprenez-vous ce que je viens de faire ?

Comprendrons-nous jamais ?

Comprendre, c’est abandonner toute illusion de puissance, c’est admettre que l’échec est l’échéance ultime en ce monde.

Ce que nous voyons en contemplant la croix, c’est qu’aucun pouvoir, surtout pas un pouvoir religieux, ne peut se réclamer de Dieu parce que Dieu a abdiqué toute puissance.

Oui, notre Dieu s’est fait impuissant, telle est la terrible révélation de la croix.

Inutile de rêver de conquêtes, de légions chrétiennes, de bataillons disciplinés qui assureraient dès ici, dès maintenant l’ordre divin, la loi divine, en un mot, le « triomphe de Dieu ».

Nul ne réussira là où le Christ a « échoué ». Ne nourrissons aucune illusion, le nombre, les fastes, les ors, l’influence, les réseaux, tout cela ne signifie rien devant le Dieu de la croix. Tout cela ne vient pas de Dieu, tout cela ne va pas à Dieu.

 

Au matin de Pâques, devant le tombeau vide, retournons-nous vers la croix. Elle est maintenant éclairée par la lumière de la résurrection. Celui qui s’est abaissé a été élevé. Contemplons l’œuvre de Dieu ; crions de joie : « Mort, où est ta victoire ? »

Mais prenons bien garde, la résurrection n’efface pas la croix. La résurrection n’est pas la victoire in extremis du Dieu tout-puissant, mais la victoire de l’impuissance.

Que la croix nous guérisse de nos désirs de puissance, que la résurrection nous fasse désirer la victoire de l’amour désarmé.

Et ensuite, il nous restera à œuvrer chaque jour, sans rien imposer, sans rien exiger, sans juger, au nom de l’amour désarmé. « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait ».

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 23:46


Nous avons suivi le Christ et nous l’avons écouté. Nous avons été au dernier repas, au jardin et au pied de la Croix. Nous avons vécu une journée d’attente. Nous avons contemplé le tombeau vide. Nous avons fêté, dans nos églises et entre nous, la victoire de la Vie sur Mort.

 

Et maintenant…

 

Demain, dans les rues et dans le monde, rien n’aura changé. L’injustice et la mort seront toujours présentes. La joie formidable que nous avons célébrée ne sera pas plus visible qu’hier. Nous chercherons en vain le Christ ressuscité. Rien n’aura changé, car finalement rien n’a changé au lendemain de la Croix, rien n’a changé au lendemain de la Résurrection. Aucun bouleversement n’est advenu.

 

Du tombeau vide, aucune légion d’anges n’est sortie. Du tombeau vide, aucune source d’eau vive n’a jaillie. Et pourtant, ce tombeau vide a changé la vie d’un grand nombre d’hommes et de femmes. Car le vide de ce tombeau illumine tout l’enseignement de celui qui a été crucifié.  

 

Demain, dans les rues et dans le monde, rien n’aura changé si nous n’avons pas changé nous. Radicalement. Rien n’aura changé si nous ne décidons pas de croire vraiment à la Résurrection, si nous ne décidons pas de croire que l’échec de la Croix est un bouleversement du monde.

 

Car oui, au sens où nous l’entendons habituellement, Jésus a échoué. Il n’a pas convaincu le monde et le monde l’a renvoyé au silence de la mort. Mais voilà, une lumière s’est allumée dans le cœur des hommes et des femmes qui avaient cru en lui et qui ont cru en sa Résurrection. Ils ont découverts que le bouleversement auquel ils aspiraient ne se ferait pas dans une gloire tapageuse mais dans l’humilité de l’amour. Ils ont cru que l’amour de Dieu avait vaincu la mort et que cet amour était la vie.

 

Demain, dans les rues et dans le monde tout aura changé si nous avons changé notre regard, si nous avons changé notre cœur. L’injustice et la mort seront toujours présentes mais elles seront présentes en évidence, élevées sur la Croix du Christ ressuscité. Elles ne seront plus le signe de notre échec mais le réceptacle de l’amour de Dieu qui nous animera.

 

Demain, si nous croyons à la Résurrection, nous donnerons la vie au monde en aimant nos frères et nos sœurs. Demain, nous ressusciterons le monde en étant  au service de nos frères : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds, les uns aux autres. »  


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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 00:05

L’un des paradoxes de la notion de conscience, c’est qu’au moment où le mot prend une importance jamais atteinte et que résonnent quotidiennement les appels à la conscience de chacun, s’insinue un doute radical sur sa réalité. Les nouvelles questions morales soulevées dans nos sociétés par les progrès techniques et biologiques ou la globalisation des échanges, obligent chacun d’entre nous à arbitrer « en conscience ». Dans le même temps, la philosophie et les sciences humaines ont des arguments sérieux pour nous faire douter de la possibilité d’exercer librement et en conscience notre jugement, prisonnier que nous sommes d’un réseau de présupposés et de préjugés qui nous précèdent.

Disons-le simplement, pour juger en conscience, il faut pouvoir dire « je », et toute la question est bien de savoir s’il y a un espace libre pour ce « je ». La réflexion religieuse  classique le pointe bien quand elle souligne le poids de ce qu’elle appelle le péché. Selon elle, je peux juger en conscience, mais ma conscience étant altérée par le péché et je dois l’éclairer afin de discerner le bien.

Aujourd’hui, les sciences humaines soulignent à quel point notre jugement est lié à notre histoire sociale, familiale et personnelle, sans compter les structures qui nous façonnent, modes de gouvernement, de production des biens, de circulation du savoir et de la culture.

La conclusion semble claire, contrairement à ce que dit mon poète préféré, Arthur Rimbaud, « Je » n’est pas un autre, « Je » est personne.

Et pourtant, aucun d’entre nous ne se résigne à la dissolution du « Je ». Notre « conscience » se rebiffe, et nous sommes capables de citer cent, mille exemples où des hommes, des femmes, se sont dressés « en conscience », alors, que toute leur éducation aurait dû les conformer à l’obéissance et à la conformité au modèle dominant.

La conscience fait lever des résistants, qui parfois, prennent les armes et impriment des tracts ou qui simplement tiennent d’incroyables et lumineux cahiers au fond d’un Carmel gris.

Cette simple observation nous garantit et nous oblige. À cause de cela, nous sommes rendus à notre conscience, ce lieu intime, à la fois fort et fragile de notre être.

On notera d’ailleurs que le siège de la conscience n’est sans doute pas très éloigné de l’âme, puisqu’il est ordinaire de dire que nous jugeons ou décidons « en notre âme et conscience ».

Les anthropologues traquent l’apparition de la conscience dans les traces humaines préhistoriques, tant il est vrai que conscience est synonyme d’humanité. Et nous, chrétien, affirmons, comme en écho, que la conscience est par excellence la marque de Dieu sur chaque humain, croyant ou pas, trace du « doigt » de Dieu sur nous, lieu de l’appel et lieu de la réponse au destin que Dieu nous offre.

D’évidence, nous ne pouvons céder à quiconque le droit d’en disposer. Prenons-y garde, il ne manque pas de gourous de tout poil, spécialiste du viol de conscience, prêts à nous soulager du poids de ladite conscience, et pour faire bonne mesure, de quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Mais le viol de conscience n’est pas toujours motivé par l’intérêt financier, il  peut aussi viser à assouvir le désir de puissance.

La conscience est le lieu où s’exerce notre liberté, elle est aussi le lieu ou s’insinue notre opposition au dessein de Dieu, notre péché. Pour mieux combattre, donnons-nous de la lumière. Il est toujours à l’ordre du jour d’éclairer notre conscience, sans pour autant en confier la gestion à autrui.



100 mots pour la foi
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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 22:34

« C'était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s'en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.»

 

Ainsi s’achève la lecture de la Passion de l’Evangile selon saint Luc que nous avons entendu à la messe aujourd’hui. Le sabbat c’est le jour sanctifié par Dieu lui-même. « Au septième jour Dieu avait terminé tout l’ouvrage qu’il avait fait et le septième jour, il chôma, après tout l’ouvrage qu’il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait chômé après tout son ouvrage de création. » (Gn 2, 2-3)

 

Dans notre marche vers Pâques, il y a évidemment ce passage obligé qu’est la croix, mais il y a également cette longue journée du samedi qui nous mènera à cette nuit festive d’où jaillira la lumière de la Résurrection. Une longue journée où les prêtres sont au chômage et où les tabernacles sont vides. Une longue journée où le temps s’allonge entre le désespoir de la mort et la joie du triomphe de la vie. Une longue journée où Dieu semble absent et où nous observons, comme les femmes de l’Evangile, mais bien malgré nous, le repos prescrit.

 

Le samedi saint, résonne encore à nos oreilles la dernière parole de Jésus sur la Croix dans l’Evangile de Jean : « Tout est achevé. ». Une parole de désespoir pour les spectateurs de la scène qui ne peuvent lire encore dans le sang et l’eau coulant du côté du Christ la promesse de la lumière. Mais une parole d’émerveillement pour celui qui entend dans cette phrase « Dieu avait terminé tout l’ouvrage. »

 

Car c’est bien la création toute entière qui est récapitulée et achevée par le Christ, sur la Croix. Une création rendue imparfaite par le péché des hommes, une création restaurée par le don parfait qu’il fait de lui-même. Nul doute qu’en contemplant son fils, Dieu se soit dit, comme au jour de la Création de l’homme et de la femme, que cela était très bon.

 

Cette marche vers Pâques que nous entamons aujourd’hui est certes une marche vers la victoire de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres. Mais c’est surtout pour nous une marche vers l’assurance que, dans la mort et la résurrection du Christ, une vie nouvelle nous est donnée, une vie dans une création achevée où le Salut de Dieu s’est pleinement manifesté.

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 00:05

Je suis bien ennuyé, car une bonne théologie de la Confirmation suppose de savoir couper les cheveux en quatre et la Grâce en deux, ce pour quoi, je crains de n’avoir guère de talent. Je l’avoue, il y a des subtilités qui m’échappent un peu. En effet, dire que la Confirmation est le don de l’Esprit ne suffit pas, car quel Esprit Saint reçoit-on lors de la Confirmation qu’on n’ait pas déjà reçu lors de notre Baptême ? L’Esprit ménagerait-il ces effets la première fois pour mieux s’exprimer la seconde ?

Bon, cessons de faire de l’esprit (avec un petit « e »), et regardons les choses de près.

La Confirmation, achèverait, « confirmerait » ce qui a été reçu au baptême !

Nos frères orthodoxes ont une pratique de la Confirmation, mais elle se distingue à peine du baptême, puisque les deux sacrements sont toujours liés. C’est le cas, la plupart du temps, chez nous, catholiques, lorsqu’il est procédé au baptême d’un adulte. On fait « tout d’un coup », Baptême, Confirmation, et Eucharistie, tous les sacrements de l’initiation chrétienne, et hop, voilà un nouveau chrétien, entièrement équipé, debout, adulte et responsable.

Et oui, adulte, car il y a cette dimension dans la Confirmation, le côté « adulte, responsable ». Je deviens responsable de ce qui j’ai reçu, à charge pour moi de le transmettre. Si l’on suit le tripode classique de la catéchèse, il y a le trésor de la foi, (je préfère trésor à « dépôt », qui fait un peu « je vous le laisse en dépôt »), en latin traditio, que je reçois, toujours en latin receptio, et que je deviens capable de rendre, de redire, redditio.

C’est en fait cette pédagogie qui est à l’œuvre quand on sépare dans le temps la Baptême et la Confirmation. On baptise les enfants petits, ils apprennent à connaître la foi, ils s’initient à la vie chrétienne, et quand ils approchent de l’âge de la responsabilité, au choix, suivant les sensibilités, sept ans, treize ans, seize ou dix-huit ans, ils sont confirmés et deviennent des chrétiens adultes et responsables de la foi et de la mission de l’Église.

Et, s’il est difficile de justifier théologiquement la distinction des deux, on en voit bien le bénéfice pastoral. Qui a préparé des adolescents à la Confirmation voit bien de quoi je parle. C’est toujours émouvant de voir des jeunes gens, garçons et filles recevoir en pleine conscience la Grâce et la responsabilité de la foi.

Les évêques, qui ont conservé pour eux la célébration de ce sacrement le savent mieux encore. C’est pour la plupart un des bonheurs de leur charge épiscopale que de rencontrer les confirmands.

Un évêque de ma connaissance avait coutume après la célébration du sacrement de réunir les jeunes gens devant l’autel, puis de les faire se retourner vers l’assemblée pour leur indiquer que désormais, leur responsabilité de baptisés/confirmés, n’était plus seulement de recevoir mais de transmettre. Je plaide pour que ce geste entre, sinon dans le rituel (avant d’espérer obtenir une recognitio, à Rome, il faudra au moins un demi-siècle), du moins dans l’usage. Je plaide aussi pour que nous nous souvenions que les chrétiens, d’autant plus qu’ils sont baptisés et confirmés ne sont ni des brebis bêlantes ni des petits-enfants privés de raison ou de parole, mais qu’ils sont parfaitement équipés pour participer pleinement à la mission de l’Église.

 

Permettez qu’au lieu de vous renvoyer à un texte d’autorité, je vous fasse découvrir ou redécouvrir un merveilleux  chanteur poète, Julos Beaucarne. Si vous ne le connaissez pas, découvrez-le et surtout, pour le plaisir de sourire, écoutez le morceau « Communiqués colombophiles », qui donne le titre à l’album. C’est le deuxième morceau dans la liste, en écoute gratuite, et ça ne dure que 1mn04.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 11:37

 

L’épisode de la femme adultère est peut-être l’un des passages les plus connus de l’Evangile de Jean. Aussi connu que sa blague dérivée où Marie, qui n’a jamais péché,  jette une pierre sur la pauvre femme au grand dam de son fils. Si les exégètes se questionnent sur l’inclusion de cette péricope dans l’Evangile de Jean, une chose est certaine c’est qu’elle est placée au cœur du passage de cet évangile où entre Jésus et les défenseurs de la Loi et de la religion rien ne va plus ; au cœur du passage de cet évangile où la mort de Jésus se programme, où la tension est telle qu’à chaque instant c’est lui qui risque la lapidation.

 

Ils sont tous partis les vociférants, les tenants d’une application stricte de la Loi (qui, soit dit en passant, n’ont pas amené à Jésus l’homme adultère qu’ils ont dû surprendre avec la femme), ces récriminants qui se considéraient comme des justes et qui ont reconnu qu’eux aussi étaient des hommes et des femmes pécheurs. Ils sont tous partis et ont laissé cette femme, soumise à l’opprobre public, seule avec Jésus. Entre la reconnaissance de sa faute et la compassion il y a visiblement une marche difficile à monter.

 

Pourtant, cette Loi, ils le savent, le peuple de Dieu n’a cessé de la transgresser. Et toujours Dieu est revenu à eux par amour, pour les remettre sur le chemin de l’Alliance. Dieu qui non seulement pardonne mais dit à son peuple : « Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez vous pas ? » (Is 43, 18-19). Pas de condamnation définitive dans le plan de Dieu, mais une restauration de  l’Alliance, une remise en marche de son peuple afin que se réalise son souhait « Ce peuple que j’ai formé pour moi dira ma louange » (Is 43, 21).

 

Comme il est triste de constater aujourd’hui encore que nous sommes tentés d’être comme ces faiseurs de l’Evangile, qu’au nom de la sainteté de l’Eglise nous soyons prêts, comme Marie dans la blague, à jeter la première pierre. Comme il est triste de constater, quand nous acceptons de ne pas jeter la pierre, de nous voir laisser les personnes dont nous condamnons la conduite seule avec Jésus, alors que nous devrions avoir les mêmes paroles que lui « Moi non plus je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus ». Comme il est triste d’en arriver à se demander par moment si nous ne serions pas tentés finalement de lapider Jésus lui-même, cet homme qui se permet de mettre l’amour de Dieu et l’amour de l’homme au dessus de la Loi, ce Dieu qui se permet de transgresser la Loi.

 

Quand arriverons-nous à briser les liens qui nous empêchent d’être pleinement en communion avec Dieu, de vivre de cet amour surabondant que l’accueil du pécheur ne peut que renforcer ? Quand cesserons nous de condamner pour bénir ? Quand cesserons nous d’exclure nos contemporains pour les accueillir et les remettre en marche vers un Dieu qui appelle toutes les femmes et tous les hommes ? Quand entendrons nous cette affirmation de la première lettre de Saint Jean  (4,20) « Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? »

 

Quelques versets plus tard, dans l’Evangile de Jean, Jésus déclare : « Oui, moi, je me rends témoignage à moi-même, et pourtant c'est un vrai témoignage, car je sais d'où je suis venu, et où je m'en vais ; mais vous, vous ne savez ni d'où je viens, ni où je m'en vais. Vous, vous jugez de façon purement humaine. Moi, je ne juge personne. Et, s'il m'arrive de juger, mon jugement est vrai parce que je ne suis pas seul : j'ai avec moi le Père, qui m'a envoyé. » (8, 14-16)

Ne soyons pas plus présomptueux que saint Paul ! Nous n’avons pas encore atteint cette pleine communion avec Dieu qui nous permettra de juger dans la Vérité. Alors reprenons, comme lui, notre course en essayant d’être le plus nombreux possible à arriver à son terme : « Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j'ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, je ne pense pas l'avoir déjà saisi. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l'avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus. Nous tous qui sommes adultes dans la foi, nous devons tendre dans cette direction ; et, si vous tendez dans une autre direction, Dieu vous révélera le vrai but. » (Ph 3, 12-15)

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 09:14

Pietro de Paoli, qui chaque lundi nous livre un de ses 100 mots pou la foi, sort, jeudi 18 mars, son nouveau livre Lettres à un jeune prêtre, préfacé par Jean-Michel di Falco, évêque de Gap et d’Embrun. L’auteur continue d’y explorer l’Eglise contemporaine à travers la figure de Marc Belhomme, le curé de 38 ans, célibataire et curé de campagne (2006) devenu évêque dans Dans la peau d’un évêque (2009).

De cette discussion entre l’évêque (progressiste modéré) et le jeune prêtre (conservateur ouvert au dialogue), Pietro de Paoli ne nous livre que les lettres de l’évêque même si celles-ci citent celles de son interlocuteur. Une discussion qui finalement s’organise autour du constat commun des deux « Cela ne marche pas ! ». Si les points de différence entre ces deux représentants de courants ecclésiaux sont réels, ce qui frappe c’est la qualité du débat et l’amour de l’Eglise qui transparaît chez les deux protagonistes, donnant à leurs arguments le poids d’une foi et d’un engagement donné au Christ qui rendent vain tout recours à des réponses toutes faites, à des vérités idéologiques.   

Ces lettres sont au nombre de 12.

12, comme les apôtres. Car il s’agit bien ici de se poser la  question de l’Eglise, de ce qu’elle est et de son rôle. De ce qu’elle doit annoncer et de comment elle peut l’annoncer pour être entendue.

12, comme les mois de l’année. Car il n’est pas question d’une Eglise conceptuelle mais d’une Eglise incarnée, comme le Christ, dans le temps des hommes. Une Eglise marquée par son histoire et qui dialogue avec l’histoire des hommes et de chaque homme et chaque femme.

12, comme les tribus d’Israël. Car ce qui est au centre du débat c’est l’Alliance de Dieu avec son peuple. Ce peuple qui, avec l’avènement de Jésus-Christ s’étend à tout le genre humain. Et toutes les questions qui se posent dans l’Eglise ne peuvent se discuter qu’à la lumière de cette unique volonté du Dieu d’amour : rassembler son peuple dans une communion parfaite en Jésus-Christ.

A la fin de ce livre, on se prend à rêver que le dialogue dans l’Eglise réelle ressemble à ce roman où transparaissent l’amour d’un Dieu de communion, la bienveillante attention du Christ et l’éclairante lumière de L’Esprit.



LettreAUnJeunePretre
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 01:16

C’est incroyable à quel point les mots de la foi sont déformés ou trahis. C’est comme si, incapables de croire Dieu, nous laissions notre mauvais fond, menteur tricheur et querelleur, tourmenter les mots afin de travestir la parole de vie en discours mortifère.

C’est le cas avec ce pauvre mot de confession, et c’est d’ailleurs pourquoi on lui a substitué le terme de réconciliation : sacrement de la Réconciliation. Reste qu’il y a bien dans ce sacrement une confession.

Serait-ce cet acte couvert par l’anonymat qui consiste à vider notre sac de péchés dans la pénombre d’un confessionnal, comme on jetterait honteusement ses vieilles ordures la nuit sur le trottoir ou à la croisée d’un chemin ?

Et bien non, car si en effet le mot s’est déformé pour devenir pronominal ; « se confesser », il est originellement transitif, on « confesse quelque chose ».

Par exemple, à Césarée, Pierre interrogé par Jésus confesse : « Tu es le Fils du Dieu vivant ». C’est la confession de Pierre… et ce n’est pas un péché ! Thomas, après la résurrection confesse « Mon Seigneur et mon Dieu ». Point de péché, là non plus.

Oui, étymologiquement, confesser c’est bien avouer, reconnaître. Mais il s’agit d’abord de l’aveu de la foi.

Malheureusement, de l’aveu de la foi, on est passé à l’aveu des péchés, liste à l’appui.

Bon, soyons un peu sérieux, peut-on avoir la fatuité de croire que Dieu s’intéresse à notre misérable petit tas de péché ?

Pas plus que le père prodigue de l’Évangile ne questionne son fils sur sa folle cavale, notre Père ne se préoccupe du décompte de nos fautes. Ce qui le passionne, c’est notre retour. Ce qu’il attend, c’est le murmure de notre cœur qui gémit vers lui. Au premier « Père… » il s’élance à notre rencontre.

Oui, ce que nous confessons d’abord, c’est l’amour insensé, la tendresse infinie dont nous sommes comblés. Et dans la lumière de cet amour, nous voyons notre misère et nous pleurons sur notre petitesse, notre mesquinerie, et notre étroitesse de cœur, nous regrettons amèrement l’orgueil imbécile qui nous a séparés de la source de la vie et du bonheur.

Et heureusement, géniale miséricorde de la Tradition catholique, il y a un frère pour entendre notre détresse, un frère qui nous accueille, compatit, et nous offre les mots de la consolation. Par la bouche de ce frère, nous recevons les mots efficaces qui effacent nos péchés, et nous remettent dans la paix et la joie des enfants de Dieu : « Et moi, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je vous pardonne tous vos péchés ». Telles sont les paroles finales de l’absolution que le prêtre prononce en étendant les mains sur la tête du pénitent.

 

Un petit mot, pour finir, sur l’usage de ce meuble étrange qu’on nomme confessionnal. J’ai bien du mal à comprendre qu’un sacrement dont le signe est le dialogue (le péché a coupé – abîmé — ma relation avec Dieu, la confession restaure la capacité de parole, le cœur à cœur avec Dieu), puisse être célébré dans un chuchotement obscur, sans l’échange d’un regard fraternel et aimant.

Alors, le conseil que je nous adresse, c’est qu’en la matière, il faut choisir la qualité, prendre notre temps. On peut éviter de se confesser « à la chaîne », comme si on faisait la queue à la Poste ou chez le médecin. On peut même prendre rendez-vous, et contrairement à la consultation médicale, ça ne coûte pas plus cher !

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholqiue :

CEC 1424 Il est appelé sacrement de la confession puisque l’aveu, la confession des péchés devant le prêtre est un élément essentiel de ce sacrement. Dans un sens profond ce sacrement est aussi une " confession ", reconnaissance et louange de la sainteté de Dieu et de sa miséricorde envers l’homme pécheur.

Il est appelé sacrement du pardon puisque par l’absolution sacramentelle du prêtre, Dieu accorde au pénitent " le pardon et la paix " (OP formule de l’absolution).

Il est appelé sacrement de Réconciliation car il donne au pécheur l’amour de Dieu qui réconcilie : " Laissez-vous réconcilier avec Dieu " (2 Co 5, 20). Celui qui vit de l’amour miséricordieux de Dieu est prêt à répondre à l’appel du Seigneur : " Va d’abord te réconcilier avec ton frère " (Mt 5, 24).


100 mots pour la foi
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