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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 23:50

Ah ! Le fils perdu est de retour. Le père ouvre ses bras. Le frère ferme son cœur. Quelle trilogie ! Trois figures à méditer en ce temps de carême, trois figures dans lesquelles nous pouvons nous reconnaître, car, oui, je l’espère, nous pouvons aussi nous reconnaître dans le père de la parabole.

 

Mais finalement de quoi est-il question ? De nourriture. Le fils parti a tellement faim qu’il se met au service d’un habitant de la région qui ne lui donne rien à manger et finit par décider de rentrer chez son père qui donne du pain en surabondance à ses mercenaires. Le père fait préparé le veau gras pour le retour du fils parti et le fils resté, qui visiblement n’a pas faim, accuse son père de ne jamais lui avoir donné un chevreau à partager avec ses amis. Cette parabole donne faim !

 

Et cela tombe bien car don de Dieu et nourriture font visiblement bon ménage comme nous le rappelle le livre de Josué. Le peuple quittant le désert où sa nourriture, la manne, venait directement de Dieu entre dans la terre promise, un pays d’abondance et de gratuité où la nourriture ne manque pas mais un pays qui est don de Dieu comme le rappelle le Deutéronome (8, 7-10) : « Mais Yahvé ton Dieu te conduit vers un heureux pays, pays de cours d’eau, de sources qui sourdent de l’abîme dans les vallées comme dans les montagnes, pays de froment et d’orge, de vigne de figuiers et de grenadiers, pays d’oliviers, d’huile et de miel, pays où le pain ne te sera pas mesuré et où tu ne manqueras de rien, pays où il y a des pierres de fer et d’où tu extrairas, dans la montagne, le bronze. Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras Yahvé ton Dieu en cet heureux pays qu’il t’a donné. »

 

Au-delà de la simple et grandiose miséricorde du père, c’est bien la relation de confiance et d’alliance entre Dieu et l’homme qui nous est présentée dans cette parabole de la nourriture.

 

Finalement, le fait que le Fils dilapide l’héritage ne prend qu’une ligne de l’évangile. Ce qui est mis en valeur c’est que pour obtenir de la nourriture, il se donne à l’homme plutôt qu’à Dieu. « Malheur à l’homme qui se confie en l’homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s’écarte de Yahvé. » (Jr 17, 5)  Son retour vers le père est donc une véritable conversion puisqu’elle marque le changement du repère qu’il se donne.

 

Le fils aîné montre lui son incompréhension de ce qu’il vit au jour le jour en posant comme argument l’opposition entre faire la volonté du père et obtenir une nourriture particulière. La meilleure nourriture de l’homme est la volonté du père comme nous l’a rappelé Jésus lui-même aux premiers jours du Carême dans sa réponse au tentateur : « Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Mt 4,4 citant Dt 8,3)

 

Enfin le père auquel nous devons nous identifier également offre le festin pour signifier qu’en revenant, le fils perdu rentre en pleine communion avec le père et que cette communion passe par le Christ, nourriture nouvelle, « le pain de Dieu, celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jn 6, 32). C’est, identifié au père, que nous pouvons accueillir et offrir le banquet éternel à tous ceux qui ont faim en disant avec Saint-Paul : « Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez vous réconcilier avec Dieu ! » (2 Co 5,20)


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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 01:17

Au fond, l’idée de concile est la plus naturelle du monde, elle ressort du simple bon sens : on a un problème, on se réunit, on réfléchit, on discute et on décide. On en trouve des traces dans toutes les civilisations humaines, du pow-wow à l’assemblée générale, en passant par les conseils d’anciens et les états généraux.

On notera avec intérêt que ces sortes de réunions dans l’Église se nomment concile ou synode, et qu’il s’agit en fait du même mot, l’un, synode (synodos) étant grec, l’autre concile (concilium) étant latin.

L’Église a une pratique constante et antique des conciles. On nomme parfois « concile de Jérusalem », la réunion des touts premiers « chrétiens » qui traitèrent la question de savoir si les païens qui se convertissaient devaient observer la loi juive ou s’ils entraient de plain-pied par le baptême dans la nouvelle alliance scellée par le Christ dans sa mort et sa résurrection. Sous l’influence de Pierre, le premier des apôtres, entre Jacques, le « frère du Seigneur », qui tenait à la loi juive et Paul qui plaidait pour que le baptême suffît, l’arbitrage fut rendu en faveur de Paul.

Par la suite, il y eut de nouvelles assemblées, plus ou moins locales ou régionales qui prirent le nom de concile, mais le premier « vrai » concile, fut celui de Nicée.

Il fut réuni à l’initiative de l’empereur romain Constantin, qui n’était pas encore chrétien, mais qui avait autorisé le culte et la religion chrétienne et considérait de son devoir de résoudre le grave différend qui opposait les croyants sur la véritable nature du Christ. Le concile rassembla plus de trois cents évêques et déclara que Jésus-Christ était vraiment homme et vraiment Dieu contre le prêtre Arius d’Alexandrie qui le prétendait adopté par le Père et inférieur à lui.

Depuis lors, tous les chrétiens proclament qu’ils croient en Jésus-Christ, « vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père ». Ce concile est dit œcuménique et général, puisqu’il rassemble tous les évêques chrétiens qui ont pu se déplacer.

7 conciles de cette sorte, précèdent la séparation, en 1054, des chrétiens occidentaux (catholiques romains) et orientaux (orthodoxes).

La pratique des conciles fut poursuivie dans les deux Églises. Chez les catholiques romains, après 1054, on en compte 14, le dernier en date, celui de Vatican II, étant le 21ème (7+14). On les dit encore œcuméniques, non parce que des représentants des autres confessions chrétiennes sont présents (ils furent cependant invités comme observateurs au 2ème concile du Vatican), mais parce que les évêques catholiques de toute la terre connue (œkoumène) sont invités.

Pour continuer dans les chiffres, le concile de Latran IV, en 1215, qui fut l’un des plus célèbres du Moyen-Âge, dura quelques jours, et réunit plus de quatre cents évêques. Celui de Trente, qui dura de 1545 à 1563, et dont l’objectif était de lutter contre la réforme protestante fut l’un des plus difficile à réunir et ne rassembla jamais plus de 70 évêques. Pourtant, il marqua si profondément la pratique religieuse pendant quatre cents ans, qu’elle en fut quasiment « figée ».

En 1870, le concile de Vatican I essaie de sauver in extremis les états pontificaux et vote, un peu à la va-vite, l’infaillibilité pontificale, comme s’il fallait rendre en pouvoir spirituel ce que le pape perdait en pouvoir temporel. Au moment du vote, il n’y avait plus que 500 évêques sur les 800 initialement.

Il faut dire que le caractère « politique » des conciles n’était pas une exception, loin de là. Et les autorités politiques, empereurs et rois, quand ils ne convoquaient pas directement les conciles, comme à Constance, y étaient très influents. D’où la question récurrente de l’autorité respective du pape et des conciles.

Cette question n’a plus grand sens, quand en 1959, le pape Jean XXIII convoque un concile de sa propre autorité, que 2500 évêques du monde entier se rencontrent en quatre sessions de 1962 à 1965, et que les textes, votés à des majorités écrasantes (DEI VERBUM, 2344 pour, 6 contre) sont immédiatement promulgués par son successeur le pape Paul VI.

Il est à noter d’ailleurs que le dernier concile n’énonça aucune condamnation ni aucun anathème, ce qui lui vaut d’être appelé concile pastoral. Certains, y voient une faiblesse, quant à moi, j’y vois, pour l’Église, un signe de maturité, et je voudrais « que ça dure ».

 

 

Le 25 janvier 1959, à Saint-Paul-hors-les-murs, en présence de 17 cardinaux, le pape Jean XXIII annonce son intention de convoquer un concile qui sera « une lumière pour l’édification et le joie de tout le peuple chrétien » et « une invitation aimable et renouvelée aux fidèles des Églises séparées à participer avec nous à ce banquet de grâce et de fraternité auquel tant d’âmes aspirent de tous les points de la terre ».

100 mots pour la foi

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 23:10

Est-ce à dessein ? Les textes de ce dimanche nous font réfléchir à notre conception de Dieu et à notre conception de l’homme. Plus exactement à comment nous pouvons penser l’homme par rapport à Dieu.

L’épisode du buisson ardent comporte un élément qui a marqué la métaphysique, le nom que Dieu se donne : « je suis celui qui suis ». Dieu comme l’être. Un être sans adjectif, un être sans limite et particulièrement, comme l’a souligné Anselme, sans la limite du temps qui fait de l’homme un être fini, entre naissance et mort, un être dans le temps : « Le présent de Dieu est un présent sans passé ni futur, c’est un pur et vrai présent. » (Proslogion, 22). Dieu est et l’homme fini cherche dans son lien à Dieu à acquérir cette plénitude de l’être.

Cet être dans le temps, le passage de l’Evangile de Luc le met également en lumière avec la mort brutale, imprévisible, qui est au cœur des deux événements auxquels il fait référence, le massacre de Pilate et la tour de Siloé. La mort peut arriver à tout moment et elle n’est absolument pas liée à la qualité de la vie humaine.

L’incompréhension est terrible pour les contemporains de Jésus auxquels il s’adresse. Elle est terrible pour nous aussi qui sommes confrontés aux drames d’Haïti, du Mexique ou de la tempête Xynthia. Pourquoi bien faire puisque de toutes les manières la vie, cet être, même fini, auquel nous tenons un peu quand même, et dont nous pensions que Dieu était propriétaire, peut nous être retirée sans raison. A quoi bon cette promesse de bonheur qui traverse les Ecritures ? Quel est donc ce salut, cette bonne nouvelle, qui nous est annoncé ?

Avec Isaïe, nous avons envie de dire : « Vraiment tu es un Dieu caché, Dieu d’Israël, sauveur !» (Is 45,15). Un Dieu caché, un dieu qui n’est plus l’être manifesté dans sa plénitude, l’être absolu qui crée et maintient la vie selon sa promesse et l’alliance passée avec les hommes. L’image que nous aurions pu avoir d’un Dieu tout puissant, omniprésent et omnipotent disparaît pour laisser place à une absence. Dieu « n’est pas » et, du même fait, notre être fini ne tient plus à grand-chose.

Mais l’Evangile de Luc ne s’arrête pas sur ces deux événements, il y accole une parabole sur un figuier stérile. A son explication sur les deux événements réels, Jésus oppose une parabole où, là, il y a une logique. C’est parce que l’arbre ne donne pas de fruits que le maître veut le couper, c’est-à-dire, c’est parce que la qualité de la vie humaine en lien avec Dieu n’est pas bonne que la mort arrive. Mais ici, par opposition à la mort qui arrivait sans avertir dans les deux premiers événements, la parabole précise que le maître vient depuis trois ans, soit le temps de la mission de Jésus. Trois années qui, nous le savons, vont se terminer par la mort de Jésus sur la Croix !  Quelle plus belle preuve de l’échec de la Parole ? A ce stade de l’histoire nous sommes comme les contemporains de Jésus dans l’incompréhension ou pire dans le désespoir. C’est pourquoi l’ouvrier, Jésus, demande une année supplémentaire, une année où il va nourrir le figuier. Une année qui va permettre de dépasser l’échec de la mort en voyant se manifester la Résurrection et en recevant l’aide de l’Esprit Saint.

Car il est là le Salut, elle est là la promesse de bonheur qui traverse les Ecritures, elle est là la victoire de la Parole, dans le Verbe éternel de Dieu qui vient nous montrer que la finitude et l’incertitude de nos êtres n’est pas le tout de la vie. Et la conversion à laquelle Jésus nous appelle n’est pas tant une somme de changements de nos habitudes et de nos manières de faire, mais un retournement radical vers le Verbe du prologue de Jean : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. »

La conversion qui nous est demandée est la conversion de nos cœurs dans lequel s’établie véritablement la relation avec Dieu. Cette conversion qui nous fait entrer par le Verbe dans la vie de Dieu. Une vie qui ne se manifeste pas forcément à la lumière des ténèbres de notre existence humaine mais qui éclaire pour l’éternité les profondeurs parfois ténébreuses de nos cœurs convertis.

« La fin suprême de l’être est la ténèbre ou inconnaissance de la Déité cachée qui rayonne la lumière, ‘mais les ténèbres ne l’ont pas compris’. C’est pourquoi Moïse dit : ‘Celui qui est m’a envoyé’ qui est sans nom et une négation de tous les noms et qui n’a jamais eu de nom. Et c’est pourquoi le prophète dit : ‘En vérité tu es le Dieu caché’ au fond de l’âme, où le fond de Dieu et le fond de l’âme sont un seul fond ». (15e sermon de Maître Eckhart)

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 00:10

Voilà un des mots-clés du christianisme, quasiment un passe-partout. Évidemment, dans son sens le plus étroit, on pense à la communion eucharistique. Cela dit, c’est précisément, dans la communion eucharistique que s’exprime le double mouvement de communion qui est le propre du christianisme, communion verticale de chacun avec Dieu et de Dieu avec chacun, et communion des croyants entre eux.

La communion définit un mode particulier de rapport à l’autre, que cet autre soit un frère ou une sœur en humanité, ou l’Autre (en majuscule), c’est-à-dire Dieu. C’est une union sans fusion ni confusion, une unité sans uniformité. Dans la communion, chacun donne tout et reçoit tout sans être dépossédé de lui-même.

Le plus bel exemple de communion est celle des trois personnes de la Trinité. En Dieu le Père, le Fils et L’Esprit donnent et reçoivent tout l’un de l’autre dans une éternelle circulation de l’amour. Les beaux esprits qui parlent latin nomment cela la circumincession, ceux qui pratiquent le grec la périchorèse.

La contemplation de la Trinité, pour peu que nous comprenions un peu ce grand mystère d’amour nous apprend qu’entre les divines personnes, rien ne se perd, mais tout se crée, et en particulièrement nous, pauvres vermisseaux humains, appelés à l’être par la prodigalité de l’amour divin. Pourquoi, comment ? Je ne saurais le dire, car, à la suite de Job, je confesse : « Qui est celui-là qui voile tes plans par des propos dénués de sens ? Oui, j’ai raconté des œuvres grandioses que je ne comprends pas, des merveilles qui me dépassent et que j’ignore. »

Ce que je sais en revanche, et je ne puis que m’en émerveiller, c’est que nous ne sommes pas condamnés à ramper sans espérance loin de la face de Dieu. Et nous ne sommes pas non plus des vers luisants qui contempleraient les étoiles. Nous sommes appelés à entrer dans la communion divine.

Et attention, il ne s’agit pas de nous fondre dans un grand Tout où l’unité de la personne serait dissoute. De la même façon que l’humanité du Christ n’est pas absorbée par sa divinité — les apôtres reconnaissent bien dans le Ressuscité, celui dont ils ont partagé la vie sur les routes de Galilée et de Judée – nous serons nous aussi, au dernier jour, respectés dans notre personne.

Et là, rendus participants de la sainteté de Dieu par pure Grâce, nous serons parfaitement unis à nos frères et sœurs sauvés eux aussi, dans la communion des saints. De nouveau, la communion opère dans les deux sens, avec Dieu et avec nos frères et sœurs.

La communion eucharistique est un avant-goût de ce qui nous est promis, elle n’est pas seulement une « petite » affaire spirituelle entre Dieu est moi. Elle réalise déjà le plan grandiose de Dieu d’unir l’humanité entière et de la combler de sa sainteté et de son amour.

Aussi, lors d’une prochaine messe, nous suggéré-je de lever un peu le nez de notre petit soliloque spirituel et de louer Dieu de nous unir du même geste à lui et entre nous.

 

Je ne voudrais ne pas achever ce petit mot sans rappeler l’immense scandale dans lequel nous osons demeurer, je veux parler de la communion rompue entre frères chrétiens. « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande ». Voilà le conseil que le Christ nous donne dans l’évangile de Matthieu, au chapitre 5, verset 23 et 24. Puissions-nous l’entendre en vérité.

 

Le Catéchisme de l’Église catholique comptabilisant 313 occurrences du mot communion, il est bien difficile d’en choisir une. Je préfère nous proposer de contempler une image. Il s’agit d’une icône de « Tous les Saints ».

 

saints tous-1

100 mots pour la foi

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 19:55

Lectures :

Genèse 15, 5-12. 17-18

Psaume 26 (27), 1, 7-8, 9a-d, 13-14

Philippiens 3, 17 - 4, 1

Evangile selon saint Luc 9, 28-36

 

 

« Mais pour vous qui suis-je ? » (Lc 9,20) Cette question doit encore résonner aux oreilles de Pierre, Jean et Jacques quand ils gravissent la montagne avec Jésus.

 

A cette question, Pierre a répondu « Le Christ de Dieu ». Mais Jésus leur a enjoint de n’en rien dire et leur a annoncé sa passion à venir « Le Fils de l’Homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et le troisième jour, ressusciter. » ajoutant « Si quelqu’un veut venir à ma suite, q’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour et qu’il me suive. » (Lc 9, 22-23). L’ambiance n’est pas à la fête et elle donne au repas miraculeux auquel ils viennent de participer un air de dernière Cène : « Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule. » (Lc 9, 16).

 

Les douze sont revenus de leur premier voyage missionnaire. Ils ont prêché la bonne parole et ont guéri les malades. Les révélations de Jésus doivent les avoir jeté dans la perplexité. A quoi bon continuer si la route mène à l’échec !

 

A cette question, Dieu répond lui-même en deux temps. La première réponse c’est Jésus lui-même qui la donne manifestant sa gloire. Une gloire qu’il partage avec Moïse et Elie. Une gloire sous-titrée par la conversation qu’ils ont, par leur discussion sur « son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem ». Moïse et Elie, deux personnages qui selon la tradition juive ont été enlevés auprès de Dieu, deux personnages à qui Dieu s’est manifesté sur une montagne.

La seconde réponse vient du Père, apparaissant dans une théophanie classique, et venant confirmer la réponse de Pierre : « Celui-ci est mon Fils, l’Elu, écoutez-le ».

 

La première lecture de ce dimanche vient en écho à cette transfiguration et cette annonce de Dieu. La théophanie de la première lecture conforte Abraham qui, humainement, demandait « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que j'en ai la possession ? ». Ce passage de l’évangile vient conforter Pierre, Jean et Jacques et répondre aux questions légitimes qu’ils pouvaient se poser. Ne soyons pas trop durs avec Pierre qui propose de dresser trois tentes ! Dans nos moments difficiles, quand un répit ou une lumière apparaît nous avons tous tendances à vouloir qu’il se prolonge.

 

Paul, quant à lui, de sa prison exhorte ses frères à tenir dans la foi. « Car je vous l'ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens vivent en ennemis de la croix du Christ. […] Ainsi, mes frères bien-aimés que je désire tant revoir, vous, ma joie et ma récompense, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés. » Se souvenir de la Résurrection, de la Croix du Christ, pour se tenir dans la promesse que Dieu nous a faite, comme Pierre, Jean et Jacques ont pu tenir sur le chemin de Jérusalem grâce à la transfiguration et à l’annonce du Père.

 

Au jour de Pâques, comme à la transfiguration Dieu confirme la réponse de Pierre. Mais cette réponse nous avons à la faire nôtre. Alors aujourd’hui, en ce temps particulier du Carême, c’est à nous de répondre, non seulement par des mots mais par notre vie toute entière. Une vie tournée vers la Croix, une vie tournée vers nos frères et nos sœurs afin que chacun puisse accueillir la promesse de Dieu et s’y tenir dans la foi.

 

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 08:27

Le Blog de Berulle est heureux d'accueillir une première contribution de Bertrand Dumas dans sa nouvelle rubrique Etudes d'oeuvres.
Bertrand Dumas est journaliste, expert en dessins et enseignant à l'Institut d'Etudes Supérieures des Arts.
Parmi ses nombreux sujets d'études, il s'intéresse aux oeuvres à sujets religieux et est l'auteur de l'ouvrage Trésors des églises parisiennes, chez Parigramme (2005), qui présente 82 chefs-d'oeuvre visibles dans 50 églises de la capitale. Dans ce livre, préfacé par l'académicien Marc Fumaroli, il montre que les églises parisiennes sont un véritable musée (gratuit) d'art ancien, moderne et contemporain et, à travers l'étude de ces oeuvres, (peintures, sculptures, vitraux, mobilier...) nous offre tout à la fois un condensé de l'histoire de la création artistique et un rappel des principaux thèmes de l'iconographie religieuse. Cet ouvrage est une véritable invitation à (re)découvrir les trésors que contiennent les églises de Paris !

Dumas_Tresors.jpg
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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 22:39

Claude-Guy HALLE

(1652-1736)

Tobie rendant la vue à son père, 1710-1720.

Huile sur toile H. 75 x L. 94. cm

Bibliographie : Nicole Willk-Brocard, La Dynastie des Hallé, Paris, 1995. C65, tableau répertorié dans les œuvres non datées, p. 296.

 

 

CLAUDE Halle

                   Courtesy Galerie MENDES.

 


C’est à peine si l’on connaît quatre ou cinq  tableaux de chevalet de Claude-Guy Hallé. L’exposition du Tobie rendant la vue à son père lors de l’édition 2009 du Salon du collectionneur (1) fut un événement en raison de la faible quantité d’œuvres identifiées de la main du peintre : une trentaine, seulement, sur les 87 tableaux répertoriés au moment de la parution du catalogue raisonné de l’artiste, publié en 1995 par Nicole Willk-Brocard.

.

Cette spécialiste reconnaît dans le tableau d’histoire biblique probablement celui qui fut inventorié dans la vente après décès de Noël Hallé le 2 juillet 1781 (2) . La description du catalogue de vente nous renseigne sur les dimensions originales de l’œuvre, légèrement inférieures aux dimensions actuelles (3).

 

Claude-Guy Hallé traita par trois fois l’histoire de Tobie (4). L’épisode de Tobie rendant la vue à son père est relaté dans le « Livre de Tobie » ou Tobit (5). De retour à Ninive, le jeune Tobie accompagné de l’archange Raphaël se presse au chevet de son père frappé de cécité après avoir reçu de la fiente d’oiseau dans les yeux. Les deux voyageurs ont ramené de leur expédition vers Ecbatane un filtre composé du fiel, du foie et du cœur d’un poisson géant qui les avait attaqués sur les bords du Tibre. Appliqué sur ses yeux, Tobie recouvre aussitôt la vue. Hallé a représenté le vieillard sur le point de se relever, la canne et le bandeau abandonnés sur le sol ne lui étant plus d’aucune utilité.

 

Sa mission accomplie, l’Ange, qui jusqu’alors s’était fait passer pour un homme, révèle sa vraie nature puis s’envole. A peine entrée dans la pièce, des ailes lui ont poussé. Ni la servante, ni Tobie et son père ne sont encore aperçus de la métamorphose. Même le petit chien, fidèle compagnon de route de nos deux voyageurs, reste captivé par la guérison du maître de maison (6).

 

Le rétablissement du père de Tobie a été interprété dans un sens symbolique, explique Louis Réau : «  Le jeune Tobie, préfigure du Christ, rend la vue à son père comme le Christ apporte la lumière au peuple de Dieu devenu aveugle » (7). Suivant cette interprétation, la lumière rosée, dans le fond, qui rase le mur de pierre avant de tomber sur les visages des protagonistes, serait une allusion discrète à l’action divine dans cette guérison (8).

 

Ce tableau d’histoire qui s’ajoute au corpus des peintures de chevalet de Claude-Guy Hallé fait honneur aux propos de Charles Lebrun au sujet de son protégé à l’Académie avec qui « il étoit en forte liason […et] qui faisoit beaucoup de cas de son habilitéé ». On y retrouve, en effet, les « dispositions heureuses », et « les têtes gracieuses » qui caractérisent ses œuvres religieuses, dès 1690 (9). Dépourvu du caractère italianisant de L’Adoration des mages de 1701 (10) (FIG.1), Tobie rendant la vue à son père brille par son élégante sobriété, marque des œuvres de la maturité, vers 1710-1720 (11). Arrivé au stade le plus personnel de sa peinture, Claude-Guy Hallé apporte le plus grand soin à l’équilibre des parties, à l’harmonie des couleurs et à la clarté de la composition.

 

Optant pour un point de vue da sotto in su qu’il utilisait fréquemment, Hallé a réuni les figures centrales à l’intérieur d’une pyramide, selon un schéma déjà utilisé dans La Présentation au Temple peinte, avant 1710, pour le collège des jésuites à Paris (12). On retrouve aussi cette « forte diagonale coupée d’un puissant axe vertical » (13) matérialisé dans « Le Tobie » par la ligne d’angle de la pièce parallèle à l’embrasure de la porte.

 

Dans les œuvres de la maturité, l’architecture revêt une grande importance. Malgré l’omniprésence de la pierre, l’horizon n’est jamais totalement fermé. Une porte, une arche, une fenêtre ou un oculus porte le regard vers l’extérieur où se découpe, dans le ciel, les silhouettes de monuments antiques. Cette disposition se retrouve à l’identique dans le Saint Paul à Lystres du musée Carnavalet (14) (FIG.2).

 

Le goût du détail incite Hallé à décrire les blocs de pierre un à un et à soigner leurs jointures, toujours apparentes. Le peintre les utilise pour composer le dallage au sol dont les lignes convergent toutes symboliquement vers le visage du père de Tobie, sur le point de recouvrer la vue. Bel exemple où la forme et le fond se rejoignent harmonieusement, comme l’avait remarqué Dézallier d’Argenville qui considérait Claude-Guy Hallé « comme un des meilleurs compositeurs de son temps » (15).

 

Dans sa monographie sur le peintre, Nicole Willk-Brocard regrette que trop peu d’œuvres connues permettent de juger du coloris de ses tableaux. La redécouverte de Tobie rendant la vue à son père rend compte du chemin parcouru depuis la peinture de l’abbatiale de Saint Riquier (16) (1690), « le premier ouvrage qui permette de connaître (le) coloris un peu sombre et froid, mais harmonieux » (17) de Claude-Guy Hallé. Ici, pas de couleur forte comme le bleu lapis du manteau du Christ de Saint Riquier, mais des nuances subtiles de rose-orangé, de brun-roux, de parme, de vert tilleul et de gris saumoné qui témoignent d’une évolution sensible de la couleur vers une plus grande clarté, en dehors de ses scènes nocturnes.

 

Le jeu des rehauts de blanc sur les visages ou les drapés peints en camaïeu est mis en valeur par une distribution harmonieuse de la lumière qui unifie toutes les parties du tableau et communique à l’ensemble de douces vibrations. Celles-ci se propagent dans les plis amples et creusés des tentures et des vêtements qui jouent ainsi leur rôle ornemental avec de beaux effets de manches, par exemple.

 

Claude-Guy Hallé rejoint en cela les préoccupations décoratives des ses contemporains, les frères Bon et Louis II de Boullogne (18) (FIG.3 & 4) ou encore Charles de la Fosse qui sont, comme lui, les héritiers du « grand style », dicté par Le Brun après 1660.

 

Un demi siècle plus tard, affranchi de la leçon de son protecteur, Claude-Guy Hallé parvient entre 1710 et 1720 à une maîtrise complète de son art. Tobie rendant la vue à son père. illustre brillamment cette conquête d’un style personnel qui « allie avec aisance la force et l’élégance » (19).

 

Bertrand Dumas




Halle mage  Halle SaintPaul 
Figure 1                                                          Figure 2
BON Bollogne  COYPEL
Figure 3                                                                                         Figure 4

(1) Tableau présenté sur le stand de la galerie Mendes (Paris), du 11 au 20 septembre 2009, Grand-Palais, Paris.

(2) Nicole Willk-Brocard, La Dynastie des Hallé, Paris, 1995. C65, tableau répertorié dans les œuvres non datées, p. 296.

(3) Vente Noël Hallé, Paris, 2 juillet 1781, n° 17 : « H. 27 pouces ; L. 33 pouces » ( H. 0,73 ; L. 0,90). Le tableau a été agrandi d’une bande de 2cm environ de chaque côté lors d’un rentoilage ancien.

(4) Pour les œuvres sur le même thème se reporter à Willk-Brocard, C66, p. 296 et C138, cité p. 296 et répertorié dans les « Dessins non datés », pp. 319-320.

(5) Livre de Tobie, chap. XI, 7-17. Le livre fait partie des deutérocanoniques de l’Ancien Testament.

(6) Remarquez les repentirs très apparents de la queue et de la patte avant droite.

(7) Louis Réau, Iconographie de l’art Chrétien, Paris, 1956, éd. 1979, t. II (Ancien Testament), vol. I, p. 320.

(8) Les Haruspices étrusques et les Romains pratiquaient une médecine ancestrale nommée hépatothérapie. Ils inspectaient le foie des animaux et des poissons pour en tirer des remèdes. Louis Réau souligne que la guérison de Tobie est l’un des cas les plus anciens d’hépatothérapie (op. cit., p. 320).

(9) Abrégé de la vie des plus fameux peintres […], Paris, éd. 1762, t. IV, p. 255.

(10) L’Adoration des mages, H. 1,68 ; L. 1,16, signée et datée sur le socle, Hallé I.F. 1701, Orléans, musée des Beaux-Arts, inv. 492. Willk-Brocard, C18, p. 273, repr. couleur p. 93

(11) La datation du tableau a été confirmée par Nicole Willk-Brocard qui le considère « typique des œuvres de la maturité », vers 1710-1720.

(12) Tableau disparu mais connu par la gravure de Claude Duflos (1665-1727) et par l’esquisse peinte réalisée vers 1700-1710. Willk-Brocard, C31 et C31a, pp. 278, 280.

(13) Willk-Brocard, p. 89.

(14) Saint Paul à Lystres, H. 0,90 ; L. 0,72, Paris, musée Carnavalet, inv. P.2201. Willk-Brocard, C57b,         p. 293, repr. p. 83.

(15) Ibid., p. 253.

(16) Jésus remet les clefs du Paradis à saint Pierre, H. 1,540 ; L. 1,070, signé en bas à droite : hallé IF 1690. Willk-Brocard C10, p. 270, repr. en couleur p. 95.

(18) Nous rapprochons le tableau de Hallé d’une composition antérieure et de même sujet peinte par Bon Boullogne vers 1705 et conservée au Musée des Beaux-Arts de Lille, inv. P.1876 (H. 0,610 ; L. 0,775). Les attitudes et les gestes de Tobie et de son père apparaissent suffisamment proches pour évoquer une influence. Les deux artistes ont travaillé pour les mêmes décorations à plusieurs reprises dans leur carrière. Sous la direction de Le Brun, ils ont collaboré aux bordures des tapisseries tissées aux Gobelins vers 1680. Ils ont exposé au Salon de 1699. Ils ont fait partie des artistes qui décorèrent les appartements de la Ménagerie de Versailles offerte à la toute jeune duchesse de Bourgogne sur le thème de l’enfance. Parmi eux, Claude-Guy Hallé exécuta deux tableaux en 1702 (C19 et C20).

(19) Willk-Brocard, p. 90.

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Published by Bertrand Dumas - dans Etudes d'oeuvres
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 00:10

Décidément, voilà encore un de ces malheureux mots qui s’avance en titubant, tant il est chargé, surchargé de sens, de faux-sens et de contre sens.

Au premier abord, il faut bien dire que ça vous a une fière allure militaire ! « À mon commandement, en avant, marche ! »

Certes, on remarquera que lorsque les Hébreux reçoivent les commandements que Dieu a confiés à Moïse, ils sont justement en train de marcher dans le désert. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cette marche n’avait rien de militaire. Les « troupes » étaient un troupeau querelleur qui ne cessait de râler contre ce fou de Moïse qui les avait entraînés dans l’aventure, et contre le rata (la manne), qui n’était pas assez varié à leur goût. Chaque jour, on frôlait la mutinerie.

Cependant, quand Dieu confie à Moïse ce que nous nommons les « Commandements », il ne s’agit pas vraiment de remise en ordre ou de reprise en main, sur le thème : « Vous allez voir qui est le patron ! »

En termes contemporains, il s’agirait plutôt d’une « charte », un texte fondateur qui fait date et sert de socle aux relations futures. Et si Dieu n’était pas parti prenant, j’oserais dire qu’il s’agit d’un « gentleman agreement ». De quoi s’agit-il en fait ? Tout simplement d’un accord entre deux parties qui reconnaissent leurs « obligations réciproques ».

D’un côté, Dieu, qui a fait sortir les Hébreux et les a libérés de l’esclavage de sa main puissante, de l’autre, le peuple sauvé qui « en échange » accepte de se soumettre à un certain nombre de règles. La finesse de l’affaire, c’est que ces « commandements » ne sont pas seulement des obligations envers Dieu mais aussi des règles de vie de la communauté. Certes, il est bon d’adorer le Dieu unique et de lui consacrer pleinement une journée tous les sept jours (samedi, jour du Sabbat pour les juifs, qui deviendra dimanche, jour du Seigneur pour les chrétiens), mais il faut aussi respecter ses parents, être fidèle, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir…

Au temps du Christ, de savants rabbins avaient tenté de « résumer » les commandements, et Jésus le fait sans hésiter de la façon suivante ; il y a deux commandements, l’un ne prévalant pas sur l’autre, puisqu’ils sont semblables, « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même ».

La chose étonnante, c’est que le christianisme, héritier du judaïsme, ne multiplie pas les commandements, au contraire. La loi juive en avait au final identifié 613, en codifiant les plus petites choses. Le christianisme, à l’initiative de Jésus nous laisse un grand commandement à deux faces ; aimer Dieu et notre prochain, ce prochain englobant jusqu’aux ennemis, ce qui certes simplifie les choses mais ne les rend pas plus aisées.

Et voilà où nous en sommes aujourd’hui. Rien n’a changé. Le christianisme n’est pas une religion de prescription. Il n’y a rien d’autre à faire qu’aimer, à tort et à travers, à temps et à contretemps et la longue cohorte des saints et des martyrs est là pour attester que ce n’est pas le choix de la facilité. Parce qu’à la question jusqu’où faut-il aimer, le Christ n’a qu’une seule réponse, jusqu’au bout.

 

La tradition chrétienne considère que les Béatitudes sont, dans l’Évangile, le « pendant » aux 10 commandements.

Je choisis de vous les proposer dans la traduction d’André Chouraqui.

« En marche, les humiliés du souffle ! Oui, le royaume de cieux est à eux !

En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés !

En marche, les humbles ! Oui, ils hériteront la terre !

En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés !

(…)

En marche, les cœurs purs ! Ils verront Elohîm !

En marche, les faiseurs de paix ! Oui, ils seront criés fils d’Elohîm !

En marche, les persécutés à cause de la justice ! Oui, le royaume des cieux est à eux ! »

Mat 5, 2-10



100 mots pour la foi
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 14:15

Lectures :
Deutéronome 26, 4-10
Psaume 90 (91)
Lettre aux romains 10, 8-13
Evangile selon Saint-Luc 4, 1-13



Serti entre deux citations de l’Ecriture, Paul nous offre dans une magnifique construction littéraire la voie du Salut qui nous permet de mieux comprendre les réponses que Jésus fait au tentateur.

 

 « Donc,

si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur,

si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts,

alors tu seras sauvé.

Celui qui croit du fond de son coeur devient juste ;

celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. »

 

Deux éléments, disposés en croix, enchâssent la promesse éternelle de Dieu qu’est le Salut pour tous les hommes et toutes le femmes. Les conditions émises ne sont pas en effet d’appartenir à tel ou tel peuple, à telle ou telle religion… mais la parole (l’affirmation par la bouche) et l’intelligence vécue (la croyance dans le cœur, c'est-à-dire la croyance par tout l’être que nous sommes). Evidemment, il ne s’agit pas de n’importe quelle parole et de n’importe quelle intelligence vécue, il s’agit d’une parole et d’une intelligence centrée sur le cœur et sur le tout de notre foi : Jésus est le Seigneur, ressuscité par Dieu d’entre les morts.

 

Ce que souligne Paul c’est que les deux conditions sont nécessaires. Il ne s’agit pas uniquement de convertir son cœur mais également de proclamer sa foi. Cette affirmation de notre foi n’est pas destinée à Dieu. Dieu sait bien ce qui est au fond de notre cœur. Et encore une fois dans ce temps de Carême, nous pouvons relire le dialogue de Jésus et de Pierre où l’apôtre affirme « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». S’il nous est demandé d’affirmer notre foi, c’est pour être témoin de la promesse de Dieu, pour entrer à notre tour dans la dynamique du Salut que Dieu impulse.  Et notre parole ne peut avoir un sens que si tout notre être est convaincu que Dieu sauve et qu’il accomplit cette promesse dans le signe éclatant qu’est la Résurrection du Christ.

 

En mettant notre foi en Dieu, nous devenons juste à ses yeux. En affirmant notre foi et en témoignant de la promesse qu’il fait à chaque homme et à chaque femme, nous parvenons au salut en nous intégrant à l’amour même de Dieu pour les hommes.

 

Le tentateur de Jésus a bien compris cette dynamique qui anime l’homme vivant uni à Dieu dans son amour.

La première question qu’il lui pose est sur la parole. « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. ». Jésus replace la parole dans sa véritable dimension, une parole de salut ancrée sur la source du salut, une parole qui n’a pas à être dévoyée pour des raisons personnelles : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre. »

La seconde est sur l’intelligence vécue, c'est-à-dire sur le socle de notre foi et de notre vie, ce en quoi nous croyons et qui nous fait vivre. « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. ». Jésus lui répond en confessant sa foi en Dieu en qui il a mis sa confiance : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras. »

Enfin, la troisième est sur le don même de Dieu : le Salut. « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Il s’agit dans cette dernière tentation, la plus perverse puisqu’elle s’appuie sur ce qui est au cœur de notre foi, de nous désunir à Dieu, de nous faire sortir du plan de salut que Dieu a conçu pour nous, de prendre les rênes et d’instrumentaliser Dieu. Jésus décline cette dernière invitation, acceptant par avance d’aller jusqu’à la mort pour offrir le Salut de son père : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »

 

En ce temps de Carême, prenons le temps de nous questionner sur la parole et le témoignage que nous professons, sur la stabilité de notre confiance en Dieu. Prenons également le temps d’enrichir ces réflexions en nous souvenant à l’image de la très belle profession de foi de Moïse (Dt 26, 4-10) que notre histoire personnelle avec Dieu et avec nos frères et sœurs s’inscrit dans une longue histoire entre Dieu et les hommes, une histoire que le Christ par sa vie, sa mort et sa résurrection éclaire à jamais de l’amour de Dieu.  

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 23:39

 

Une croix de cendres sur le front. Vieux rite de purification et signe de la croix douloureuse et glorieuse vers laquelle ce temps du Carême nous mène.

Le temps du Carême : quarante jour pour se retrouver au pied de la Croix, quarante jours pour accueillir le Christ ressuscité, quarante jours pour que le voile qui obstrue mon cœur et mes yeux se déchire et me laisse contempler à travers le ciel ouvert la gloire de Dieu qui m’ouvre ses bras et m’appelle mon enfant.

 

C’est parce que je sais que tu m’aimes, Seigneur, que ce temps de Carême m’importe. C’est parce que je sais que tu m’appelles, Seigneur, que ce temps de Carême me porte à te laisser travailler en moi. Quand tu étais homme au milieu des hommes et des femmes de ton temps, tu n’as cessé de les questionner : « Et pour toi qui suis-je ? ». Cette question retentit au cœur de tout Carême ! Seigneur, qui es-tu pour moi ?

 

Mon cœur pécheur souhaiterait répondre immédiatement, comme Pierre, « Seigneur tu sais bien que je t’aime ». Formule admirable de foi mais si précipitée ! Car oui, Seigneur, je suis certain de t’aimer mais suis-je certain de t’écouter et de te connaître ? Tout serait dit et pourtant tout serait-il vécu ?

 

Ce temps de Carême, je le sais Seigneur, tu me le donnes pour que je prenne le temps de te connaître, de te reconnaître et par là même de me connaître. Ces quarante jours, si longs et si courts, tu me les donnes pour que je chemine à tes côtés, pour que j’écoute ta parole, pour que je découvre au fond de moi que la Bonne-Nouvelle que tu accomplis n’est pas qu’une parole mais une véritable promesse qui donne sens à ma vie.

Seigneur, questionne-moi chaque jours de ce Carême.

 

Mon jeûne sera de chercher à entendre tes questions. Mes privations seront de retenir mes réponses et de laisser le silence s’emplir de ta parole. Mes actes de charité seront de permettre à mes frères et à mes sœurs de me faire discerner ta présence.

Retiens le temps que tu me donnes, Seigneur, que je puisse durant ces quarante jours m’imprégner de ta présence.

 

Alors, quand je serai au pied de la Croix et que je te dirai « Je t’aime, Seigneur », mes paroles auront peut-être un sens.

Alors, quand je serai devant le tombeau vide et que je te dirai « En toi, je mets ma confiance », mes paroles auront peut-être un sens.

Alors, quand avec toi j’annoncerai à mes frères et à mes sœurs que Dieu les appelle à vivre pleinement de son amour, ils pourront peut-être découvrir dans mes paroles et dans mes actes ton cri d’amour : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ».

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