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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 00:54

 

Ouh, le vilain mot, presque une insulte. Écoutez celui ou celle qui revendique sa dignité par ces mots : « je ne demande pas la charité ». Et en effet, quoi de plus condescendant, que de « faire la charité ». On frémit, le mouchoir sur le nez, on laisse tomber quelques sous en détournant le regard. Et cette présence-absence furtive se drape dans la bonne conscience. « Ma main droite n’a pas eu le temps de voir ce qu’a fait ma main gauche », et mon regard ne s’est pas arrêté sur le visage de l’autre.

Bon, heureusement, quand le mot redevient latin, il prend des couleurs et la Caritas crée les organisations caritatives, qui se penchent sur le sort de ceux qui ont besoin d’aide et d’attention. Nous faisons confiance aux organisations caritatives pour restaurer la dignité des personnes et les tourner vers l’avenir. Voilà qui est plus honorable. Cette fois, plutôt que de laisser de la menue monnaie, je fais des chèques ou des virements.

Si je pousse le mot dans ses derniers retranchements, jusqu’en grec, il devient Agapê. Et là, enfin, il s’illumine Il n’est plus question de monnaie, ni de programme d’aide, il est question de relation. L’Agapê est le lien qui nous unit les uns aux autres et qui vient de Dieu.

Je m’explique : la charité est une vertu « théologale ». Comme ses deux sœurs, Espérance et Foi, Charité (Agapê) vient de Dieu. Agapê (Charité), me tourne vers mes frères et sœurs humains parce qu’elle me rend capable de regarder l’autre dans la bienveillance même de Dieu. Ici, on pourrait retourner en français sans passer par la case latine et traduire charité par amour, mais le sens du mot est trop élargi.

Car Charité-Agapê n’a ni la fragilité, ni la volatilité des affections humaines. Elle n’est pas soumise aux variations de nos humeurs et de nos sentiments.

Charité-Agapê est une traite tirée sur le compte de Dieu. Dans Charité-Agapê, nous n’aimons pas de nos propres forces mais dans la force de l’amour de Dieu. C’est donc bien de l’amour, mais pas n’importe lequel..

C’est en ce sens que l’hymne magnifique de saint Paul, dans la première lettre aux Corinthiens, au chapitre 13 n’est pas une vision idéale mais un dévoilement :

1Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. 2Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. 3Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

4La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; 5elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; 6elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. 7Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

La charité, est cet élan qui me porte vers l’autre humain, mon frère ou ma sœur. Elle est un sceau que Dieu a imprimé dans le cœur de tout humain, une empreinte en creux qui nous porte vers l’autre et nous rend capable de le regarder, de l’envisager. Reste à notre liberté de laisser se déployer cette capacité. Quant à savoir jusqu’où mène cet élan quand rien ne retient son accomplissement ; Regardons le Christ, en lui s’exprime la puissance infinie de la charité divine et l’hymne de Paul est d’abord un portrait du Christ, expression parfaite de la charité.

100 mots pour la foi


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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 23:45

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. »

 

Jésus nous l’annonce : cette parole de l’Ecriture, c’est en lui qu’elle s’accomplit. Mais la question n’est pas seulement de savoir que Jésus accomplit les Ecritures mais quelle est cette promesse que Dieu nous fait et que Jésus accomplit, quelle est cette Bonne Nouvelle qui aujourd’hui ne résonne plus à nos oreilles comme une simple espérance mais comme une réalité.

 

Cette Bonne Nouvelle elle concerne les pauvres, les prisonniers, les aveugles, les opprimés… les exclus de la richesse, de la liberté, de la lumière, de la justice. On pourrait multiplier les références bibliques qui font de Dieu celui qui comble, libère ou délivre son bien aimé, celui qui fait briller la vie dans les ténèbres de la mort, celui qui fait triompher la justice face à l’iniquité. En cette semaine de l’unité je préfère voir dans cette citation le Dieu qui fait revenir au cœur de la Vie ceux que la vie en a exclus.

 

Nous savons que Jésus a prié pour que nous soyons un en lui afin que le monde croie que c’est le Père qui l’a envoyé. Mais envoyé pour quoi ? Envoyé pour que nul ne soit laissé au bord du Chemin qu’est Dieu, pour que nul ne soit exclu de la Vérité qu’est Dieu, pour que nul ne soit privé de la Vie qu’est Dieu.

 

Mais ce témoignage que l’unité des chrétiens doit proclamer n’est pas uniquement le témoignage de tout le corps pour reprendre l’image de Paul, il est également le témoignage de chacun de ses membres. « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie ». Quelle pourrait être une plus grande joie que celle d’accomplir la promesse de Dieu ? Quelle pourrait être une plus grande souffrance que de garder pour nous seul cette promesse en laissant d’autres hommes et d’autres femmes en dehors de la Vie de Dieu ?

 

Si nous, chrétiens, devons être les témoins de l’unité parfaite des trois personnes divines, c’est pour qu’à leur tour les hommes et les femmes qui ne connaissent pas le Christ ou qui ne l’ont pas reconnu pour ce qu’Il est puissent découvrir l’amour de Dieu qui seul donne la vie en plénitude.

Cette parole de l’Ecriture, que nous venons d’entendre, c’est nous, aujourd’hui, qui devons l’accomplir parce que oui, chacun d’entre nous, consacré par l’onction du Seigneur, même si nous ne pensons être qu’un membre sans importance, nous formons le corps du Christ.

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 22:54

En ce sixième jour de prière pour l’Unité des chrétiens et en écho à l’expérience œcuménique développée hier, je vous propose de reprendre la proposition de réflexion intitulée « Témoigner par la fidélité aux Ecritures ». Celle-ci a été conjointement préparée et publiée dans un livre tde préparation à cette semaine par le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et la Commission Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises.

 

6e Jour Thème : Témoigner par la fidélité aux Ecritures

 

Texte : Notre coeur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en

chemin et nous ouvrait les Ecritures ? (Lc 24, 32)

 

Lectures

Es 55, 10-11 La parole qui sort de ma bouche ne retourne pas vers moi sans résultat

Ps 119 (118), 17-40 Dessille mes yeux, et je verrai les merveilles de ta Loi

2 Tm 3, 14-17 Toute Ecriture est inspirée de Dieu

Lc 24, 28-35 Jésus ouvre les Ecritures à ses disciples

 

Commentaire

Les chrétiens ont le privilège de découvrir la Parole de Dieu à travers la lecture des Saintes

Ecritures et la célébration des sacrements. Par une écoute fidèle de la proclamation des Ecritures et la lecture fervente des différents livres de la Bible, ils ouvrent leur coeur et leur esprit afin d’accueillir la Parole même de Dieu. Jésus a promis à ses disciples qu’il enverrait l’Esprit-Saint pour qu’ils comprennent la Parole de Dieu et pour les guider vers la vérité tout entière.

D’un point de vue historique, les chrétiens se sont divisés aussi bien au sujet de la lecture que de la compréhension de la Parole de Dieu. Ils ont plus souvent utilisé la Bible pour souligner leur désaccord que pour chercher à se réconcilier. Heureusement, grâce aux Saintes Ecritures les chrétiens se sont récemment rapprochés les uns des autres dans leur quête de l’unité. L’étude commune de la Bible est devenue pour eux un des principaux moyens de grandir ensemble dans la foi. En tant que chrétiens, le cheminement que nous célébrons durant cette Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est fermement ancré dans notre écoute commune de la Parole de Dieu, dans notre effort pour la comprendre et la vivre ensemble.

Le prophète Esaïe nous rappelle que lorsqu’elle est proclamée avec puissance, la Parole de Dieu est vraiment efficace. Elle ne revient pas vers Dieu sans résultat mais rend effectif le but pour lequel Dieu l’a envoyée. Nous retrouvons ce même message dans les paroles adressées à Timothée, quand il est invité à croire à l’efficacité des Ecritures qui sont, pour les fidèles, un instrument pour faire le bien.

Le psaume loue les paroles et les prescriptions du Seigneur et l’implore de nous aider dans notre discernement afin que nous chérissions la Loi sacrée.

Pendant cette Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous prions pour que tous les chrétiens puissent pénétrer plus profondément le mystère de la merveilleuse révélation divine telle qu’elle nous apparaît dans les Saintes Ecritures. Nous supplions l’Esprit-Saint de nous aider à mieux comprendre la Parole de Dieu et à nous orienter dans notre marche commune dans la foi, jusqu’à ce que nous soyons tous à nouveau rassemblés autour de l’unique table du Seigneur.

 

Prière

Dieu, nous te louons et te remercions pour ta Parole qui nous sauve et que les Saintes Ecritures nous offrent. Nous te remercions aussi pour les frères et les soeurs avec lesquels nous partageons ta Parole et découvrons l’abondance de ton amour. Nous prions pour que nous soit donnée la lumière de l’Esprit-Saint afin que ta Parole nous guide et oriente nos pas dans notre quête d’une plus grande unité.

 

Questions pour la réflexion

1. Quels sont les passages de l’Ecriture qui, pour vous, sont les plus significatifs ?

2. Qui ou quelle chose dans votre vie fait naître en vous une ardente passion pour l’Evangile et le désir de rendre témoignage au Christ ?

3. Quels passages des Ecritures vous ont aidés à mieux comprendre le témoignage des autres chrétiens ?

4. Selon vous, comment les Eglises pourraient-elles utiliser les Ecritures de manière plus efficace dans leur vie et leur prière quotidienne ?

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 23:50

Par Hervé Giraud, prêtre de l’Oratoire, vicaire à Saint-Eustache, Paris 1er.

 

Mercredi soir au Temple de l’Oratoire du Louvre se sont retrouvés des chrétiens catholiques, protestants et orthodoxes de Paris dans une très belle célébration, au cours de laquelle le Cardinal Vingt-Trois a prononcé une homélie sur Luc 24 fort écoutée. Dans l’assistance nombreuse, beaucoup de paroissiens de l’Oratoire du Louvre … et de Saint-Eustache.

En effet, c’est à l’occasion de l’Année Saint Paul, anniversaire des 2 000 ans de la naissance de l’Apôtre, que, comme de nombreuses paroisses,  la paroisse catholique de Saint-Eustache et la paroisse protestante de l’Oratoire du Louvre ont eu la volonté de se réunir chaque mois, occasion d’un véritable partage autour des textes de Paul. Y ont participé ainsi près d’une centaine de personnes, réunies à tour de rôle chez l’un et chez l’autre, autour de leur pasteur et de leur prêtre, pour un beau dialogue à deux voix.

L’œcuménisme en acte est d’abord apparu comme cette amitié à laquelle nous poussent si ardemment les écrits de l’apôtre. C’est aussi ce déplacement de paroissiens, du temple vers l’église ou de l’église vers le temple. Ce sont ces relations d’amitié et de partage constitutives de notre chemin d’unité.

Il se trouve que la recherche de l’unité en Christ est pour Paul le combat de toute une vie. Entre sa ville natale de Tarse et sa ville d’études de Jérusalem, il aura consacré sa vie, éclatante synthèse de la recherche de l’unité grecque et de la filiation juive, dans un monde devenu romain. Unité et diversité des premières communautés nous ont été magistralement  rapportées par leur promoteur. La diversité n’est donc pas un problème pour l’unité à laquelle Christ nous fait tendre, et l’origine plurielle de l’Eglise est clairement attestée par ses grands témoins, Paul au premier plan. A condition, nous le rappelle instamment l’apôtre, que l’amour et  la charité fraternelle demeurent au cœur de nos relations.

Alors lorsque l’année s’est achevée, il est apparu comme une évidence pour tous de poursuivre la rencontre. Un nouveau thème a été choisi, « Guerre et paix dans la Bible » occasion de lire ensemble des textes fondamentaux autour de ce thème. Et chaque mois, nous poursuivons cette lecture commune, dans une toujours plus grande connaissance mutuelle.

 

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Published by Hervé Giraud - dans Unité des chrétiens
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 00:00

Par-dessus l'horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l'heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d'un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l'avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l'éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et, moi, j'ai des rayons aussi !» lui disait-elle.
 

Victor HUGO, Unité, Les contemplations  


Et si la première chose à faire, comme cette petite marguerite, c’était de nous persuader qu’entre Dieu et nous il y a quelque chose de commun. Dieu n’est pas le tout Autre, s’il l’était, il ne nous importerait pas. Penché sur la terre, il nous illumine de sa Grâce attendant que nous prenions conscience que nous aussi, comme la marguerite, nous avons des rayons et qu’ils peuvent illuminer le monde. Malgré notre faiblesse, la blancheur dont Dieu nous a revêtu au baptême est une lumière pour nos frères et pour nos soeurs.

 

L’unité commence peut-être là. Car sans cette conviction, sans cette reconnaissance que quelque chose de Dieu, si imparfait que nous soyons, habite en nous, nous unit à lui, nous ne trouverons jamais ni la force, ni les mots, ni les actes qui nous permettront d’être témoin de son amour.

 

Fort de cette conviction, le regard fixé sur lui, nous pourrons nous aussi regarder par-dessus les vieux murs des divisions passées et présentes.

Fort de cette conviction, le regard fixé sur lui, nous pourrons nous aussi nous tenir droit parmi l’avoine folle et témoigner dans l’éternel azur de son amour qu’Il ne cesse de se pencher sur le monde pour l’inonder de sa lumière.

 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 23:50

 

Si Paul venait nous visiter aujourd’hui, viendrait-il avec des verges ou bien avec charité et en esprit de douceur ? Cette semaine, nous prions pour l’unité des chrétiens. Avec sincérité, nous prions, conscients que nos divisions sont un scandale qui nuit à la venue du Christ. Pourtant, de là où il est, Paul entend une cacophonie qui lui rappelle sa belle colère léguée dans la première épître aux corinthiens. « Je suis à Benoit XVI, entend-il, je suis au cardinal Danneels ou à monseigneur Léonard, je suis à l’abbé Michel ou à monseigneur Nourrichard, je suis à ma conscience, je suis à la tradition… je suis, je suis, je suis… »

Seigneur, pardonne-moi, je suis le premier à dire je suis !

 

Le scandale de l’unité est un véritable jeu de poupées russes. Cette unique Eglise que le Christ a instituée nous l’avons divisée, comme nous continuons de diviser nos propres églises (catholiques, orthodoxes, luthériennes…), nos églises particulières (celle qui est à Evreux, à Bruxelles ou pour moi à Paris), nos communautés, nos paroisses, nos familles religieuses… Depuis les premières communautés jusqu’à aujourd’hui, nous ne cessons pour des convictions religieuses, spirituelles, intellectueles, politiques, identitaires… de nous éloigner de celui auquel nous nous disons appartenir.

Seigneur, pardonne-moi, je suis le premier à m’éloigner de toi !

 

Depuis les premiers temps de l’Eglise, Paul nous met en garde et nous ne l’écoutons pas. Nous savons et notre science nous fait oublier l’amour. Nous voulons et notre volonté nous fait oublier la charité. Nous combattons et notre combat nous fait oublier celui même pour qui nous combattons. Que de mots brandis, que d’anathèmes jetés, que de petites certitudes défendues… quel manque de foi, d'espérance et de charité. En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, c’est aussi pour nous que nous devons prier afin que nous acceptions de remettre le Christ au centre de notre vie, nos frères et nos sœurs au centre de nos préoccupations. Alors, nous serons unis. Alors, nous serons témoins.

Seigneur, prends pitié de moi,  fais que je ne sois pas dupe de moi-même !


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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 18:00
Par Pietro De Paoli

Écoutez, c’est une histoire, un roman :

Nous sommes en 2035, dans Jérusalem réconciliée, après de longs et sanglants affrontements. Au cours de la messe de Pentecôte qui célèbre la paix regagnée, un pape raconte le songe qui l’a bouleversé la nuit précédente : « Je marche sur la route avec quelques compagnons, silencieux et attristés quand nous sommes rejoints par un voyageur aux mots de feu, et tandis que nous l’écoutons nos cœurs deviennent brûlants de joie. Au bout de la route, nous retenons l’inconnu ‘Reste avec nous, le soir tombe’. Il accepte, reste pour le repas, prend le pain et le bénit. Nos yeux s’ouvrent, nous le reconnaissons, c’est le Seigneur ! Mais tandis que je me tourne vers mes compagnons, je découvre la table vide et j’entends la voix douloureuse du Seigneur : ‘Qu’as-tu fait de tes frères’, et je pleure. »
Alors, dans ce midi ruisselant de lumière, devant les télévisions du monde entier, le pape invite tous les responsables religieux chrétiens qui assistent à la célébration à le rejoindre et à communier avec lui au Corps et au Sang du Christ.
Et tous catholiques, orthodoxes et protestants, célèbrent l’unité et la paix, et reçoivent la Grâce répandue par le Christ, dans sa mort et sa résurrection. En recevant le Corps du Christ, ils deviennent uns dans le Christ.

 

J’ai imaginé cette scène, ce geste, pour partager mon rêve et mon espérance avec mes lecteurs. Pour qu’on se dise : « Et pourquoi pas ? ».

Pourtant, cette scène, ici résumée, qui donne le titre au roman ; Vatican 2035, malgré son « énormité », n’a quasiment pas été commentée, comme si ce n’était qu’une anecdote sans importance, un ornement du récit.

Aujourd’hui, je m’interroge encore sur cet étrange silence. Souffrons-nous si peu de la division, y sommes-nous tant « habitués » que nous n’acquiesçons ni n’objectons à cette histoire ?

Alors, je repose ici la question : et si c’était possible ?

Je sais, on m’objectera qu’il ne faut pas « tricher », et faire semblant d’être d’accord alors que l’unité n’est pas réalisée.

Fous que nous sommes, croyons-nous vraiment que nous allons la réaliser nous-même, cette unité, avec la force de nos petits bras, avec nos petits cerveaux et nos cœurs étriqués. Ce n’est pas avec notre intelligence et la précision des mots et des concepts que nous ferons l’unité, mais avec l’humilité de nos cœurs.

Je crois que si nous désirons cette unité, si nous la demandons à Dieu, si nous le supplions sans relâche, si nous avons le cœur brisé de chagrin, alors, il nous sera donné de célébrer en vérité notre unité dans la communion au Corps du Christ.

Je veux continuer à rêver et vous faire rêver avec moi. Si nous sommes catholiques, si nous croyons que l’Eucharistie fait l’Église, si nous croyons que l’Église vit de l’Eucharistie, osons ouvrir notre table à nos frères et sœurs chrétiens séparés, osons croire que nous pouvons demander à Dieu de réaliser lui-même notre unité.

Peut-être est-il raisonnable de le faire d’abord dans quelques occasions choisies, comme un signe, en implorant Dieu de répandre sa Grâce sur nous tous en abondance, d’affermir notre foi, d’éclairer notre intelligence, et de nous donner un esprit de fraternité et de concorde.

 

 
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Published by Pietro de Paoli - dans Unité des chrétiens
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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 23:19

Le 25 janvier 1959, le pape Jean XXIII annonçait la convocation du concile. Dans son discours, il lui fixait deux buts : être “une lumière pour l’édification et la joie de tout le peuple chrétien” et être “une invitation aimable et renouvelée aux fidèles des Églises séparées à participer avec nous à ce banquet de grâce et de fraternité auquel tant d’âmes aspirent de tous les points de la terre.”

 

Au lendemain d’une méditation sur les noces de Cana et pour ouvrir cette semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, j’aime à réentendre cette « invitation aimable » que chaque chrétien ne devrait cesser d’adresser à ses frères dans l’unique baptême qu’est le triomphe de Dieu sur la Croix. Là où nous est donnée à voir la gloire du Christ d’où coulent le sang et l’eau qui nous font vivre. Jésus, le Christ en qui nous sommes baptisés, est l’unique maître de ce banquet, l’unique maître de la noce, l’époux qui nous appelle dans ce même évangile à l’unité afin que le signe donné à Cana soit reconnu de tous, que tous comme les disciples croient en Lui. « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. »

 

En cette semaine de l’unité des chrétiens il ne nous est pas demandé de gommer nos différences, d’oublier nos traditions, il nous est demandé d’unir notre prière à celle de Jésus lui-même. Il ne nous est demandé rien d’autre que de faire la volonté du Père, révélée par le Fils, de laisser agir en nous l’Esprit qui nous fait entrer dans cette communion divine, qui nous fait participer à ce « banquet de grâce et de fraternité » qui nous est offert.

 

Si nous souhaitons que le monde croie, si nous souhaitons être « une lumière pour l’édification et la joie de tout le peuple », alors prions et témoignons de cette unité.

Si nous croyons vraiment que Jésus nous a été envoyé par le Père, alors soyons en les témoins.

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 02:22

Il en va de la chair comme de la langue d’Ésope, c’est la meilleure et la pire des choses, le lieu du Salut et de la perdition.

Mais c’est quoi exactement, « la chair ». Dans son étymologie, c’est « la viande », la part de la biologie, le misérable petit tas de cellule, soumis au cycle naturel de la vie et de la mort, au vieillissement et à la corruption.

Cette chair, il nous est facile de la haïr. N’est-elle pas le rappel à l’ordre permanent de notre situation mortelle et contingente. À cause de ma chair, je suis assis ici et non pas là, je sens la faim me tenailler, le froid m’envahir, le sommeil me prendre. Ma chair réclame son dû, soin, repos, reproduction. Car la chair ne veut pas mourir, elle veut se reproduire. Elle me tourne vers la femelle ou le mâle qui permettront à la vie biologique, aux gènes de se prolonger. La chair veut fabriquer de la chair.

Ici commence le conflit. Je ne peux accepter d’être ce morceau de viande indocile et promis à la corruption. Je rêve de dompter la chair, de la soumettre. Ici, c’est moi qui commande, moi, pas mon sexe ou mon estomac !

Voilà la chair, la pire des chose. Et le pessimisme mâtiné de stoïcisme qui est l’une des voies les mieux représentées dans le christianisme ne chipote pas et assimile, pour l’essentiel,  la chair au péché, dans la mesure où la chair, faible, conduit au péché.

Dans ce contexte, le péché de la chair devient le péché par excellence, le péché des péchés. On réussit même à en accuser Adam et Ève et à nous faire croire que le désir de connaissance du bien et du mal désigne symboliquement une séance de « jambe en l’air ».

Avouons que dans cette perspective, il serait bienvenu que Dieu, dans sa bonté nous en libère et fasse de nous de purs et beaux esprits !

Et bien non, ce n’est pas du tout au programme, au contraire ! Au point que Dieu prend chair, oui, notre chair, corruptible. Cette chair qui s’impose à Marie et Joseph et qui les conduit à l’étable parce que le temps est venu, le temps de la chair ! Cette chair qui fait gémir le nouveau-né affamé. Cette chair qui fait chanter les invités de la noce à Cana. Cette chair qui fait pleurer Jésus devant le tombeau de Lazare. Cette chair qui s’épouvante en sueur de sang au jardin de Gethsémani. Cette chair qui succombe dans l’horreur du supplice de la croix. Cette chair qui est portée au tombeau.

C’est cette chair, la chair du Fils de Dieu, qui est relevée, re-suscitée au matin de Pâques. C’est la chair transpercée et tranfigurée du Fils de l’homme que les apôtres reconnaissent et adorent. Thomas tombe à genou : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Eh, oui, c’est bien la chair qui est promise à la résurrection, et nous le proclamons dans le Credo, « je crois à la résurrection de la chair ». La chair transfigurée certes, mais la chair !

Alors, il va falloir « faire avec » notre chair. Il va falloir aller jusqu’à aimer sa faiblesse, parce qu’elle nous rend attentif et compatissant à l’autre qui est de la même chair que nous.

Méditons un instant, saurions-nous aimer si nous n’éprouvions ce tressaillement intime, si nous n’entendions cette voix des entrailles, si nous ne pouvions nous réjouir d’être ensemble, corps à corps, dans les rires des ripailles ou dans l’exultation de l’étreinte amoureuse.

Dieu nous donne chair, et dit que cela est bon. C’est dans la chair que vient le Fils de l’homme, et c’est le Salut de la chair qui nous est promis. Quand même, drôle de religion !

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique.

1015 " La chair est le pivot du salut " (Tertullien, res. 8, 2). Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la chair ; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair ; nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et de la rédemption de la chair.

 

100 mots pour la foi

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 20:00

Aussi célèbre que ce passage de l’Evangile, il y a le tableau de Véronèse. Cette immense toile, aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, avait été commandée à l’artiste par les bénédictins de l’île de San Giorgio Maggiore pour leur réfectoire, dans une architecture de Palladio que les colonnes de l’œuvre rappellent.

 

Cana


J’aime ce tableau car nous avons à son égard le même regard que celui que nous portons à ce passage de l'Evangile, un regard où se mêlent, tout à la fois, l’évidence du propos et le questionnement des multiples détails. L’évidence du propos, Véronèse la place dans la verticale centrale du tableau, celle qui mène au Ciel. Au centre de cette verticale, il y a Jésus dans une position qui nous rappelle les représentations de la Cène. Juste en dessous, le sablier qui représente son heure à venir et juste au dessus l’agneau abattu par les serviteurs. Comme la première phrase de ce passage de l’Evangile - « Le troisième jour » - nous y invite, c’est vers la Pâques de Jésus que nous oriente cette œuvre. C’est sans peine alors que nous faisons le parallèle entre l’eau et le vin qui emplissent les jarres et l’eau et le vin qui sur la Croix couleront du côté du Christ pour irriguer le monde. Les Noces de Cana préfigurent la nouvelle alliance qui sera à jamais scellée sur la Croix dans la mort et la résurrection du Christ. L’eau du baptême de Jean-Baptiste, l’eau de la conversion, Jésus la transforme en vie éternelle.

 

Si la deuxième partie de la réponse de Jésus à sa mère ne nous pose pas de problème – « Mon heure n’est pas encore venue » -, la première est plus étrange : « Femme, que me veux-tu ? », littéralement « Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? ». Dans son tableau, Véronèse semble répondre à cette interrogation. Trois femmes sortent de ce somptueux décor humain composé de plus de 130 personnages. Marie, tout d’abord, assise à la droite de Jésus. Elle est en tenue de deuil, un voile noir sur la tête. Entre elle et Jésus, il y a l’itinéraire d’une disciple qui se terminera au pied de la Croix, l’itinéraire d’une mère également qui, ce jour là, entendra cette parole de son fils « Femme, voici ton fils ». Ce fils qu’est le disciple auquel il dira également en parlant de Marie « Voici ta mère. » La deuxième femme, que l’évangile ne mentionne pas, c’est l’épouse, vêtue de blanc à l’extrême gauche, la seule personne qui, avec le Christ nous regarde de face. Entre elle et le Christ, il y a un lien qui nous regarde. Cette femme c’est l’humanité auquel le Christ se lie dans ces noces, l’épouse dont nous parle Isaïe dans la première lecture de ce dimanche. Mais entre les deux, entre Marie, disciple et mère des disciples, et l’épouse, il y a une autre femme qui se penche pour regarder ce qui se passe à l’extrême gauche du tableau, là où le marié reçoit la coupe de vin nouveau apporté par un serviteur. Cette femme est la seule à regarder cette scène, à y découvrir un intérêt visiblement caché au reste des convives. Cette femme, dont les yeux sont ouverts à la révélation, c’est le disciple qui a la foi qui permet de voir l’œuvre de Dieu s’accomplir. Alors certes, Marie en tant que femme n’est pas tout à la fois, mère, disciple et épouse. Mais Marie en tant que personnification de l’Humanité qui a cru à la parole de Dieu est bien celle qui élève les hommes et les femmes dans la promesse de Dieu (mère), celle qui accepte de suivre le Christ dans son chemin vers la gloire (disciple) et celle qui reçoit l’alliance que lui offre son Dieu (épouse).

 

Au premier plan du tableau, dans une quasi indifférence générale un serviteur remplit un vase de service avec une grande jarre. Une deuxième est posée non loin. Il a déjà servi au moins deux coupes. La première, c’est celle du maître de cérémonie, juste à côté de lui, qui la contemple avec étonnement et satisfaction. Peut-être également avec soulagement puisque le vin manquait et qu’il en était responsable. Ce maître qui ne maîtrise pas les besoins de ses convives n’est-il pas cette humanité qui cherche à se suffire à elle-même et qui pourtant est toujours  à la recherche de ce qui la comblera ?  La seconde coupe est celle du marié qu’un petit page lui tend à l’extrême gauche du tableau. Ce faisant, Véronèse va plus loin que l’évangéliste. Le vin est porté au marié, à celui pour qui la fête est donnée. Ce marié, comme sa femme, représente alors cette humanité à laquelle Dieu se lie. Mais un marié qui serait bien en peine de répondre à l’exclamation du maître du banquet dans l’évangile : « Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. »


Car ce qui est absent du tableau, c’est bien le miracle lui-même. Seul le serviteur qui a apporté les jarres est au courrant. Le reste de l’assemblée en ignore tout. Le miracle ne s’est pas fait au milieu du banquet devant les yeux ébahis des convives mais en secret. Peut-être parce que, en ce début de la vie publique de Jésus, l’heure n’est pas encore venue que tout soit dévoilé. En fait tous ne l’ignorent pas et Véronèse nous le montre très subtilement, peignant ainsi la dernière phrase de ce passage de l’Evangile. Au centre du tableau, Jésus est auréolé et seuls les disciples assis autour de lui le regardent. Car eux savent. « Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. ».




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