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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 00:00

Voilà un véritable faux-ami. Tout d’abord, parce que cette période bien que précédant Noël ne l’indique pas par son nom. L’Avent n’est pas l’avant. Son « e » nous invite à regarder l’av-e-nir. Car l’Avent n’est pas ce qui précède mais ce qui va arriver. Dans la même famille, on trouve ainsi les mots événement et avènement. Là encore, surprise. Noël, l’une des choses les plus prévisibles de l’année, est prétendument un événement. Bon, soit pendant presque quatre semaines (eh oui, quatre dimanches, ça ne fait pas nécessairement quatre semaines, révisez les règles de l’intervalle !), nous allons nous préparer à un événement.

En théorie, cette période est un « petit carême ». J’en veux pour preuve la couleur liturgique, le violet. Mais finalement, la seule chose dont nous jeûnerons, ce sera du Gloria de la messe dominicale, afin d’être impatients de mêler nos voix à celles des anges, dans la nuit de Noël, pour acclamer Dieu qui vient. Car le voilà, l’événement : Dieu vient. Oh, il vient en toute simplicité, sans tambour ni trompettes, juste avec quelques hautbois et une poignée de musettes (des sortes de cornemuses).

Quelques prédicateurs, sans doute fatigués de prêcher chaque année sur la naissance d’un enfant, (l’innocence, la faiblesse, le « miracle de la vie » et autres…), rappellent que nous attendons aussi le retour du Christ, ce que les savants appellent la Parousie. Son retour dans la gloire, cette fois, pas dans l’humble intimité d’une famille humaine, mais avec les trompettes du Jugement, le tonnerre et les effets spéciaux. Ah, ça vous a tout de suite une autre gueule ! Le seul détail un peu dérangeant, c’est que c’est ce qu’on a célébré le dimanche qui précède le début de l’Avent en fêtant le Christ-Roi. Certes, on peut prétendre que tout est dans tout et célébrer le messie humilié à la fin de l’année liturgique et son retour dans la gloire à Noël, mais on doit bien admettre que ça ne facilite pas la compréhension.

Je sais aussi qu’il est toujours difficile de reconnaître Dieu dans cet « abaissement », comme dit le vieux cantique. Il y a deux mille ans, nos ancêtres qui espéraient un messie pour Israël ne s’attendaient pas à l’humble naissance du fils de Marie et Joseph. Pas plus qu’ils ne s’attendaient à ce que ce messie soit Dieu lui-même. Quand aux disciples, il est clair que d’un bout à l’autre de leur aventure, ils découvrent que Jésus est toujours « ce qu’ils n’attendaient pas ». Jusqu’à la « divine » surprise de Pâques : « ce Jésus crucifié, Dieu l’a ressuscité il est vivant ». Ça, bien sûr, personne ne s’y attendait !

Tout ça vous paraît un peu compliqué ? Vous avez raison, revenons à des choses simples. Vous souvenez-vous, ce sentiment merveilleux que vous avez éprouvé enfant, de trouver au pied de l’arbre le cadeau que vous n’espériez même pas ? Et bien le temps de l’Avent ça devrait être cela, tout simplement, l’attente de l’inattendu.

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique.

CEC 524 - En célébrant chaque année la liturgie de l’Avent l’Église actualise cette attente du Messie : en communiant à la longue préparation de la première venue du Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second Avènement.

 

100 mots pour la foi

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 23:36

 

Jean-Baptiste a entendu la Parole de Dieu et il ne l’a pas gardée pour lui. Il a parcouru toute la région du Jourdain pour la proclamer et pour appeler ses frères à se convertir, à prendre la route du Seigneur. Il l’a proclamée jusqu’à la mort. Nous ne sommes pas appelés à accueillir Dieu dans le secret de nos cœurs, nous sommes appelés à nous mettre en marche et à annoncer la Bonne Nouvelle pour que chaque homme et chaque femme se mettent en marche avec nous sur cette route que Dieu lui-même nous rend praticable. « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu » (Luc 3, 6).

 

Pour nous qui croyons à cette promesse, aplanir la route du Seigneur, c’est participer à ce travail de Dieu. C’est veiller à ce que tous les ravins, toutes les montagnes, tous les chemins tortueux et déformés qui empêchent nos frères et nos sœurs d’entendre cette promesse et d’y croire soient aplanis. Certes, ce n’est pas facile et, souvent, nous sommes tentés d’abandonner tant il nous semble que nos efforts sont vains par rapport au travail à accomplir. Une goutte d’eau dans l’océan ? Une voix dans le désert ? Et à l’échelle de nos forces, nous avons raisons de désespérer et de pleurer sur la faiblesse de nos moyens. Mais quelle joie quand il nous semble que la peine que nous nous donnons porte des fruits, mêmes ténus. « Qui sème dans les larmes, moissonne dans la joie » (Ps 125).

 

Ayons la foi, croyons que les petites choses que nous faisons pour l’Evangile sont portées par une force qui nous dépasse ! « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Eternel. » (Ba 5, 1). Ne nous lamentons pas, ne cherchons pas à être des purs au fond de nos maisons comme au fond de notre cœur, mais mettons nous en marche pour que la promesse qui nous est faite soit accueillie par le plus grand nombre. Nous ne serons jamais digne de l’offre qu’Il nous fait. Et alors ? Chaque dimanche à la messe nous disons « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri ». Nous le disons et nous allons communier. Car même indigne, nous savons que nous avons reçu cette parole et qu’Il nous appelle à le revêtir.

 

A quoi nous servira-t-il d’être pur au jugement dernier si nous avons oublié l’essentiel : aplanir la route du Seigneur pour permettre à tout homme de voir le salut de Dieu. Ce jour là ,il ne nous sera pas demandé « Etes vous pur ? » mais « Avez-vous donné à manger à celui qui avait faim ? Avez-vous donné à boire à celui qui avait soif ? Avez-vous accueilli l’étranger ? Avez-vous visité le prisonnier ? » (Mt 25).

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 01:28

 

En ce temps d’Avent, je vous livre cette conférence de Pierre de Berulle sur les trois naissances du Christ où il nous est demandé de ne pas dissocier note vie spirituelle de notre devoir missionnaire. On cite abondamment la phrase du Discours de l’état et des grandeurs de Jésus, «Abandonnez la contemplation de Dieu dès qu'un pauvre vous le demande.», mais il s’agit également de garder à l’esprit que même quand aucun pauvre ne vient troubler notre méditation, c’est vers l’autre que nous devons être tourné. Accueillir le Christ, se préparer à le recevoir, c’est au final se préparer à annoncer le Christ, offrir le Christ.

 

« Il y a trois naissances du Christ : l’éternelle, la temporelle et la spirituelle. La première exige l’admiration ; la deuxième, l’adoration ; la troisième l’imitation. La naissance temporelle rend gloire à l’éternelle : c’est pourquoi, lorsqu’elle s’accomplit, les Anges chantent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux. » Mais cette acclamation, ils la chantent moins à propos de la naissance temporelle que de l’éternelle, car c’est à elle que le Fils qui aime doit sa génération, l’honore et lui rend gloire.

Et quant à nous, nous devons aussi rendre gloire à sa génération spirituelle, en même temps qu’à sa génération temporelle et à l’éternelle. De fait, de même que [le Verbe] a été en lui-même engendré afin de naître encore également en nous, de même il doit naître aussi en nous pour naître également chez les autres grâce à nous. Véritablement il doit naître en nous avant de pouvoir naître chez les autres, de même qu’il a pris naissance en la Vierge Marie avant de naître, grâce à elle, pour le monde entier. Les paroles que voici en sont, en effet, la preuve : « Ce qui est né en elle vient de l’Esprit saint. » Voilà que déjà il est né en elle avant d’apparaître au jour. Il est dit d’autre part : « L’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » pour que sa naissance soit révélé dans le monde. »

 

Conférence sur les trois naissances, décembre 1611.

Pierre de Berulle, Œuvres complètes 1, pp.3-4. Edition Cerf Oratoire de France, 1995.

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 00:05

La chose pourrait être simple : entre Dieu et l’argent, il faut choisir. « Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’argent ».

Pourtant, il suffit de lire l’Évangile pour se convaincre qu’il n’est guère possible de balayer, comme cela, la question de l’argent. Jésus semble prendre un étonnant plaisir à se servir de l’image de l’argent. Il est question d’un fils qui dilapide l’héritage, d’une femme qui retourne toute sa maison pour retrouver une pièce d’argent, d’un gérant qui détourne les biens de son maître pour se faire des amis, d’ouvriers dont le salaire n’est pas proportionnel à la peine ; citer tous les passages où il est question d’argent dans l’Évangile est impossible tant ils sont nombreux. Il en est d’ailleurs question hors des paraboles, il y a l’argent réel, la bourse de Jésus et des disciples, qui sert à acheter du pain, à faire l’aumône, payer l’impôt.

Point d’intégrisme, ni d’extrémisme dans l’attitude de Jésus. L’argent a une valeur d’usage qui n’est pas contestée. En un mot, l’argent, on peut s’en servir à condition de ne pas s’y asservir et de n’asservir personne.

Il faut dire que l’argent partage avec Dieu ce fait paradoxal qu’il faut y croire. L’argent, c’est de la confiance que je partage avec mon boulanger-pâtissier et le reste de la société, et qui garantit, la valeur de la pièce, du chèque ou de l’écriture comptable, et me permet d’acheter pains et gâteaux.

Entre Dieu et l’argent, la question est donc de savoir où je place ma confiance (encore une question de placement). Est-ce que je compte sur mes amis ou sur mes économies ? Est-ce que j’espère une bonne retraite ou la vie éternelle ?

En général, les chrétiens sont assez mal à l’aise avec l’argent, ils ont un peu honte de s’y intéresser. L’Église déteste parler d’argent, n’ose pas dire franchement et clairement combien coûtent (frais de fonctionnement, salaires et autres) la célébration d’un mariage, d’un baptême, des obsèques ou le catéchisme des enfants. En France, les prêtres catholiques, quand ils ne sont pas aidés par leur famille, sont laissés dans une situation de pauvreté scandaleuse.

Les choses pourraient pourtant être simples. Il suffit de « profaner » l’argent, afin qu’il ne soit ni tabou ni sacré. Et afin que son usage soit moral, je recommande de se poser les questions suivantes : cet argent est-il été gagné honnêtement ? En respectant le droit du travail, en payant les charges et les taxes, en rémunérant de façon juste les travailleurs ou les prêteurs. Cet argent est-il dépensé honnêtement. Sert-il à faire des pressions, du chantage, à exercer du pouvoir ? Les dépenses ne font-elles pas scandale pour les plus pauvres ?

Une chose est certaine, plus l’argent est secret, plus il est puissant. La transparence, la franchise et la sincérité des comptes sont l’une des conditions pour désarmer la puissance de l’argent.

 

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique.

CEC 2424. Une théorie qui fait du profit la règle exclusive et la fin ultime de l’activité économique est moralement inacceptable. L’appétit désordonné de l’argent ne manque pas de produire ses effets pervers. Il est une des causes des nombreux conflits qui perturbent l’ordre social (cf. GS 63, § 3 ; LE 7 ; CA 35). Un système qui " sacrifie les droits fondamentaux des personnes et des groupes à l’organisation collective de la production " est contraire à la dignité de l’homme (GS 65). Toute pratique qui réduit les personnes à n’être que de purs moyens en vue du profit, asservit l’homme, conduit à l’idolâtrie de l’argent et contribue à répandre l’athéisme. « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et Mammon »

100 mots pour la foi

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 22:52

Les textes de la messe de ce premier dimanche, nous permettent immédiatement d’éviter de voir en ce temps de l’Avent une simple attente de Noël, un avant la fête. L’Alliance nouvelle que Jérémie annonce à travers la promesse de  la naissance du « Germe de justice » et le discours apocalyptique de Saint-Luc nous projettent dans un avenir tout à la fois plus lointain et plus immédiat que le 25 décembre : le retour de Jésus-Christ dans sa gloire et l’actualité, l’aujourd’hui, de l’Alliance nouvelle par laquelle Dieu a mis sa Loi dans nos entrailles, l’a écrite dans nos cœurs (Jérémie 31, 33).

Avec l’Avent nous entrons ainsi dans le temps de l’attente, mais dans le temps d’une attente active, le temps de  la mission « jusqu’à ce que soit accompli le temps des nations » (Lc 21,24). Ce temps, c’est  notre histoire, une histoire qui se vit dans le monde et non contre le monde, mais avant tout une histoire qui se vit avec Dieu. Si l’Avent nous mène à Noël, il nous replace d’abord au cœur de cette tension de la vie chrétienne qui, pour reprendre les termes de Paul, nous fait vivre « en Christ » en attendant  que le retour du Messie ou notre mort ne nous permettent de vivre « avec Christ ».

L’Evangile de Luc que nous lirons durant cette année liturgique est celui de l’aujourd’hui de Dieu. La Loi d’amour et de justice inscrite dans nos cœurs et les sacrements nous permettent de continuer de vivre en Christ et d’affirmer à sa suite que le Royaume de Dieu est au milieu de nous (Lc 17, 20). C’est le cœur de notre mission de baptisé, une mission qui nous pousse, comme les apôtres, à aller dans le monde, à sortir de nous-mêmes, pour que tous, ou au moins le plus grand nombre, puissent, dans quelques semaines, fêter Noël et entendre la nouvelle extraordinaire que nous annonce Jérémie :  « Un homme n’instruira plus  son prochain ni son frère de la manière suivante : « Il faut connaître le Seigneur ! » car tous me connaîtront, petits et grands – oracle du Seigneur -, car je pardonnerai leurs fautes ; et de leurs péchés, je ne me souviendrais plus. » (Jr 31, 34). Oui, à Noël, Dieu se révèlera lui-même à toutes et à tous et dès aujourd’hui il nous faut l’annoncer.

Bonne année liturgique ! Nous sommes dans le temps de l’Avent ! Ayons « entre nous et à l’égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense et débordant »  et que le Seigneur nous « établisse fermement dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père » (1 Th 3,13).

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 02:24

 


A la Biennale de Lyon, une œuvre de Pedro Cabrita Reis, intitulée les dormeurs, occupe tout un hangar. Elle est composée de dizaines de tubes de néon qui, assemblés, forment une architecture et transforment l’architecture qui les abrite. Ils jouent avec l’environnement : le béton, la végétation qui a poussé dans cet ensemble désaffecté, l’eau qui y stagne, la lumière qui au cours de la journée change. Les dormeurs ne bougent pas, ne font rien d’extraordinaire. Ils habitent le quotidien, le façonne, lui donne vie. Les dormeurs veillent, la lampe toujours allumée. Ils nous parlent, nous poussent à considérer autrement le monde qu’ils animent, nous proposent de participer à leur calme et déterminée subversion de cette création détournée.

Cette architecture qui transforme l’architecture ne vous fait-elle pas penser à l’Eglise qui devrait sanctifier le monde ? Les néons ne sont ni repliés sur eux-mêmes ni en ordre de bataille, ils habitent le hangar. On peut circuler autour d’eux, entre eux, sans y prêter attention, parfois en se prenant les pieds dans un fil.  On peut également se laisser toucher par l’architecture et l’éclairage qu’ils donnent à ce hangar. On peut enfin se laisser aller à être bouleversé par cette transformation et souhaiter y participer. Les néons ne sont que des néons, ne font que leur travail de néon, mais si nous prenons le temps de nous y arrêter ils deviennent un signe évident que la lumière qu’ils dégagent transfigure le monde dans lequel ils vivent.

Ce néon qui participe à un ensemble capable de transfigurer le monde ne vous fait-il pas penser au baptisé qui participe à l’œuvre créatrice de Dieu quand il reste branché à son créateur comme le sarment à son cep ? Etre un baptisé tout simplement, faire le travail d’un baptisé tous simplement, pour que l’Eglise entière resplendisse et transfigure un monde qui seul ne présenterait que peu d’intérêt et peut-être de la défiance. Une église composée de néons identiques, sans différence de sexe ou de hiérarchie, tous égaux car tous issus d’un même baptême.

Ces derniers jours, je repensais au texte de présentation de la Conférence des baptisé-e-s de France. J’y repensais en me disant que finalement ce qu’il nous proposait c’était uniquement d’être chrétien, d’être l’Eglise. Qu’il n’y avait rien d’extraordinaire, ni même de particulier dans la démarche à laquelle il nous conviait. Et c’est la réalité, la Conférence des baptisé-e-s ne nous propose que d’être nous-mêmes, des baptisé-e-s, des veilleurs du Christ qui éclairent le monde par l’Esprit lumineux reçu dans le baptême.

Mais finalement, être des veilleurs du quotidien, n’est-ce pas plus difficile que de poser des actes héroïques, plus subversif que de se lancer dans des révolutions ? Etre un veilleur du quotidien, c’est ne pas tomber dans la facilité d’accuser le monde mais accepter de mettre sa foi dans le Christ pour participer à la sanctification de notre monde, sereinement, au quotidien. Etre un veilleur du quotidien c’est accepter que la vie spirituelle ne soit pas un repli en soi ou sur soi mais une sortie de soi. Etre veilleur du quotidien c’est finalement croire et accepter que « Jésus nous transforme en ses qualités par sa puissance et nous rend célestes, resplendissants, lumineux et éternels comme lui, et même [qu’]il établit son trône et son tabernacle en nous, par un divin mystère, et [que] nous sommes portant ce soleil au monde » (Pierre de Berulle, Grandeurs VIII, 2).

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 00:01

Il y a des apparitions qui ne posent de problème à personne, ce sont les apparitions du Christ ressuscité à ses apôtres et disciples, après sa crucifixion et sa mort. Elles ne posent pas de problème puisqu’elles sont le critère de la foi chrétienne. Soit on croit le témoignage des apôtres : oui, ils ont vu le Christ ressuscité… et on est chrétien. Soit on ne le croit pas et on n’est pas chrétien. Bien sûr, cela n’empêche pas les spécialistes de discuter de la nature de ces apparitions ; plus ou moins spirituelles, plus ou moins matérielles, mais pour le croyant, ce qui est important, c’est que quelque chose s’est produit, qui a totalement bouleversé ceux qui en furent témoins, et qu’ils furent prêts à mourir pour en témoigner.

D’autres apparitions posent davantage de problème, et tout particulièrement, les apparitions mariales, La Salette, Lourdes, Fatima… et quelques autres. Le schéma est toujours à peu près le même, des enfants, simples et pauvres, voient une dame. Elle leur parle, leur fait même des confidences plus ou moins secrètes. Finalement, la dame révèle aux jeunes voyants qu’elle est la Vierge Marie, demande qu’on prie son Fils, qu’on se convertisse et qu’on construise un sanctuaire. Cet événement fait accourir de grandes foules, on constate des guérisons miraculeuses. L’Église officielle qui a d’abord été réticente, voire hostile, finit par engager sa responsabilité en reconnaissant les apparitions et organisant les pèlerinages et les dévotions.

Que penser de tout cela ? Bizarrement, la Vierge apparaît plus fréquemment au cours du XIX° et XX° siècle qu’auparavant. Plus exactement, avant, elle apparaissait plutôt à des religieux et des religieuses et c’était des visites « personnelles », des sortes « d’ornements », de grâces particulières, reçues dans le cadre d’une intense vie spirituelle.

Au cours des deux derniers siècles, parallèlement au développement du rationalisme et de l’athéisme se déploient les grands sanctuaires mariaux qui affirment haut et fort leur caractère surnaturel.

Certains pensent que la Vierge s’étant émue des progrès de l’incroyance et du matérialisme, a jugé bon de soutenir l’expression de la piété populaire et du sentiment religieux de masse. Bref dans le combat de la Sainte Vierge contre Auguste Comte et Ernest Renan avantage à la Sainte Vierge par K.-O.

En la matière, l’Église est d’une prudence qui l’honore. Les apparitions mariales, même reconnues, même ayant reçu des visites papales ne sont pas article de foi. En d’autres termes, on a le droit de ne pas croire que la Vierge est apparue à Lourdes et être cependant un bon chrétien et même un bon catholique. De la même façon, nul n’est tenu de voir l’intervention divine dans les miracles qui s’y produisent.

Reste la puissante expression d’une piété populaire, une piété d’humbles et de pauvres qui mérite d’être respectée. Reste qu’il faut demeurer attentif aux dérives idolâtriques. L’Église a validé les apparitions mariales chaque fois que Marie tournait les croyants vers Jésus.

Prier aux pieds de Marie, ce n’est pas vénérer une sorte de déesse mère, c’est regarder avec elle Jésus-Christ.

 

Ce que dit le Magistère catholique :

 

« L’autorité des révélations privées est substantiellement différente de l’unique révélation publique : cette dernière exige notre foi ; en effet, en elle, par l’intermédiaire de paroles humaines et de la médiation de la communauté vivante de l’Église, Dieu lui-même nous parle… La révélation privée est une aide pour la foi, et elle se manifeste comme crédible précisément parce qu’elle renvoie à l’unique révélation publique ».

« Le Message de Fatima », commentaire théologique du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. (2000)

 

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 15:46

 

C’est à Prizren, ville du Kosovo, dans le quartier serbe déserté de Polkaljaja, sur le flan de la colline de l’ancienne forteresse médiévale de Kaljaja. Sous la protection des militaires allemands de la KFOR (Kosovo Force), l’église Saint-Sauveur, construite au XIVe siècle et agrandie au XIXe, attend le printemps 2010 pour voir ses fresques du XIVe siècle restaurées et sa structure consolidée.

 

 

Elle est un témoignage de l’architecture et de la peinture murale serbe de la période byzantine, de l’importance d’une ville qui fut sous les règnes des empereurs Duran (1331-1355) et Uros (1355-1371) un véritable centre religieux et politique. Dès cette époque, Prizen, centre diplomatique culture et économique depuis l’époque romaine, a connu des changements de domination. Siège d’un évêché byzantin, elle est passée sous occupation bulgare (1204) avant de devenir serbe (1282).

 

Peu importe que l’on soit Serbe ou Albanais, chrétien ou musulman, cette église n’est pas simplement le témoignage de la présence d’un peuple ou d’une religion, elle est également celui d’un discours créatif de l’homme, d’une histoire, d’un patrimoine commun sans lequel la compréhension de ce territoire ne serait plus possible, sans lequel l’avenir de ce territoire s’écrirait sur du vide. Sauvegarder cette église n’est donc pas seulement restaurer et conserver un patrimoine matériel, aussi beau soit-il, c’est préserver et léguer un patrimoine immatériel, dont tous les hommes sont dépositaires, un patrimoine essentiel qui ne peut que nourrir positivement le développement économique et social de ce territoire.

 

Tel est l’enjeu de l’association Patrimoine Sans Frontières, fondée en 1992, qui lutte pour la sauvegarde des patrimoines matériels (architectures, productions artistiques, etc.) et immatériels (traditions orales, savoir-faire ancestraux) dans les zones touchées par la guerre, la pauvreté, les catastrophes. Dans ces territoires en urgence, elle fait de la sauvegarde du patrimoine un tremplin pour l’avenir selon sa devise : « La survie des hommes c’est aussi leur culture, leur mémoire et leur patrimoine ».

 

Pour l’église de Saint-Sauveur, Patrimoine Sans Frontières est l’opérateur et l’institution coordinatrice d’un projet conjoint du Ministère des Affaires Etrangères de la République Fédérale d’Allemagne et du Ministère des Affaires Etrangères de la République française, à la suite de la décision prise lors de la Conférence des donateurs organisée par l’UNESCO en 2005. Suite aux analyses techniques de ses experts, des travaux de restauration devraient débuter au printemps 2010 et donner lieu à une restitution en partenariat avec l’Institut pour les monuments de Prizren et le Ministère de la culture, de la jeunesse et des sports du Kosovo, sous le patronage de l’UNESCO.

 

Avec 14 projets réalisés, 7 projets en cours, Patrimoine Sans Frontières intervient dans 11 pays. Vous pouvez soutenir ses projets en adhérant à l’association ou en lui faisant un don.

Le 20 mai dernier un comité de parrainage a été créé sous la présidence de Renaud Donnedieu de Vabres pour trouver des partenaires financiers afin de soutenir les projets et aider au financement des frais de fonctionnement de l’association qui compte trois salariés. N’hésitez pas à mettre en contact vos relations pour les aider à poursuivre leurs actions.

 

Patrimoine Sans Frontières : 61, rue François Truffaut – 75012 Paris

01.40.02.05.90 - info@patrimsf.org


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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 18:11

Laisser libre la Parole sans avoir à se poser la question de qui parle est visiblement un choix en vogue sur Facebook et sur le web en général. Desiderius est né le 12 novembre sur le réseau social et sa parole y est quotidienne. Ce matin il poursuivait mon interrogation par ce commentaire qu'il m'a permis de reproduire sur ce blog pour ceux qui ne seraient pas sur FB. Je l'en remercie et souhaite vivement que le dialogue entammé perdure.


Dans La Croix, Mgr Gianfranco Ravasi commente la prochaine rencontre du pape avec près de trois cents artistes contemporains à la Chapelle sixtine (http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2401361&rubId=4079). L'entretien qu'il a accordé à Frédéric Mounier commence par un propos inquiétant, même si par la suite, le prélat se montre plus ouvert.
Il dit ceci: "On peut vraiment parler de divorce avec l'Eglise. Car l'art contemporain semble pour une grande part avoir exploré toutes les voies de la déconstruction, du nihilisme, pour nous amener à l'inconsistance de l'être, démontrant que plus rien ne vaut rien, jouant de la provocation sur l'absence de sens de notre réalité. Mais affronté à cet itinéraire, ce même art se trouve automatiquement en passe de se détruire, car l'objectif ultime ne peut-être que le silence de la mort du suicide."
Une telle déclaration appelle plusieurs remarques. Je commencerai par renvoyer à ce que viens d'écrire Pierre de Berulle sur son blog (http://berulle.over-blog.com/article-l-eglise-et-l-art-contemporain-un-pavillon-a-la-biennale-de-venise-2011--39505417.html).
J'ajouterais qu'il est sans doute dommage que Mgr Ravasi n'ait pas lu le philosophe français Jean-Luc Nancy et notamment son remarquable livre intitulé La Déclosion, dans lequel celui ci montre que, si déconstruction il y a, c'est sans doute d'abord dans le christianisme qu'il faut la chercher, puisque la foi chrétienne fait éclater les systèmes de sens dans lequel l'homme tend à s'enfermer. Il s'agit précisément d'ouvrir sur un espace non clos, un espace de l'absence au sens du retrait de ce qui clos le sens, de l'absence comme Dieu se fait absent pour laisser place à l'homme, il s'agit de se tenir au bord de l'indicible, de l'imprononçable, de l'indéterminé... Ce qui rappelle ou renvoie à l'expérience de Moïse au désert, d'Elie à l'Horeb...

Ce qu'explorent les artistes contemporains, c'est sans doute ce point singulier de la foi, laissé comme en déshérance par le discours "officiel" de l'Eglise - pas par les mystiques, évidemment, ni par les chrétiens qui s'efforcent d'être dans le monde sans être du monde, sans sécuriser leur rapport au monde par des jugements préalables...
Je renverrais également au petit livre publié par Pierre et Arnaud Cornette de Saint Cyr "Profitez-en l'Art est encore en vente libre", où il est expliqué simplement ce qui est en jeu dans l'art contemporain. On y verra à quel point les questions metaphysiques, et en arrière fond la Bible, consciemment ou non, sont présente dans des oeuvres souvent dénoncées comme provocatrices et débouchant sur le néant.
Si décrié, l'art contemporain se fraie cependant un chemin étonnant. Les manifestations qui l'accueillent se multiplient, la fréquentation des expositions ou de foire comme la Fiac montre que le public est beaucoup moins réticent qu'on ne le dit et qu'il accepte d'être surpris. Ne disons pas tout de suite que c'est une mode. Cela me semble bien plus que cela: puisque les religions "classiques" ne se risquent plus à faire face à l'indicible, puisqu'elles se replient sur le rite, et d'une manière passéiste, nos contemporains cherchent des lieux qui leur permettent de se tenir au point qui est celui de l'ouverture, de l'interrogation, de la mise en route d'un sens qui n'est pas déterminé d'avance. C'est en fait un formidable désir de vivre qui se manifeste, comme si le monde avait plus que jamais envie d'entendre l'appel qui retenti en Abraham : "lève toi et pars vers..." On peut le constater en visitant l'admirable et bouleversante exposition Deadline au Musée d'art moderne de la ville de Paris, où sont montrées les dernières oeuvres d'artistes qui faisaient face à leur mort prochaine (Hartung, Chen Zhen, De Kooning, Mapplethorpe, Joan Mitchell...)
Sera-t-il question de ceci lors de la rencontre du pape avec les artistes. Commencera-t-il pas les écouter?

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Published by Desiderius Erasme - dans Chroniques
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 00:10


En choisissant de s’offrir un pavillon à la Biennale de Venise, le Vatican fait un geste explicite pour renouer un dialogue avec « l’art contemporain » dans l’une de ses structures les plus emblématiques.

 

Bien évidemment, les liens n’ont jamais totalement été rompus entre l’Eglise et la création contemporaine mais on sent bien que la première continue de regarder la seconde avec le même oeil suspicieux que celui qu’elle jette sur le monde contemporain en général. Le successeur du cardinal Poupard à la présidence du Conseil Pontifical pour la Culture ne s’en cache pas. Dans un entretien accordé au journal La Croix, Mgr Gianfranco Ravasi déclare « L’art contemporain semble pour une grande part avoir exploré toutes les voies de la déconstruction, du nihilisme, pour nous amener à constater l’inconsistance de l’être, démontrant que plus rien ne vaut rien, jouant de la provocation sur l’absence de sens de notre réalité. Mais, affronté à cet itinéraire, ce même art se trouve automatiquement en passe de se détruire, car l’objectif ultime ne peut être que le silence de la mort, du suicide. »

 

Cette courte analyse de l’art contemporain joue sur une tendance réelle de certains critiques à transformer l’art en discours mais occulte le fait que toute œuvre est avant tout le dialogue d’un artiste avec une culture et donc un lieu de questionnement. Il n’y a jamais eu d’autre finalité dans l’art que celle de dépasser l’œuvre et par là d’obliger celui qui la regarde à dépasser ou déplacer ses propres limites et questions. De plus, la complexité du sens travaillée tout autant par les artistes que par les chercheurs en sciences sociales n’a rien à voir avec une « absence de sens de notre réalité ». Bien au contraire. L’Eglise dans son raidissement actuel semble avoir de plus en plus de mal à percevoir dans les questionnements, les critiques, les errements ou les malaises, ces étincelles de révélation qui ont fait autrefois les joies de nombre de penseurs, philosophes, théologiens et spirituels catholiques.

 

Dans le même interview, Mgr Ravasi explique qu’il croit « à la possibilité d’une rencontre entre la foi et l’art, pourvu que l’art sorte de son impuissance provocatrice ». Mais l’impuissance provocatrice de l’homme est au cœur de sa relation avec Dieu. Entendons le cri de Job, les hurlements des justes d’Israël, et même le cri d’impuissance de Jésus face à la coupe qui lui est tendue. Qui, si ce n’est l’artiste, est le plus à même aujourd’hui de faire retentir ce cri. Il faudrait que l’injustice et la souffrance aient disparu de la surface de la terre pour que l’art ne hurle pas.

 

Les artistes pressentis pour la Biennale de Venise par le Vatican ne sont pas des chuchoteurs de mièvreries, qu’il s’agisse d’Anish Kapoor, Jannis Kounellis, Bill Viola, Mark Wallinger ou le français Yannig Guillevic. Espérons que, dans le dialogue qu’ils ouvriront le 21 novembre prochain avec Benoît XVI, ces artistes sauront crier assez fort le désarroi de l’homme afin que, comme dans les plus belles pages de la Bible, l’Eglise puisse annoncer avec plus de force encore le don et l’amour de Dieu.

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Published by Berulle - dans Chroniques
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