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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 23:28

 

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Imaginez un instant qu’un païen facétieux – un païen, j’entends un vrai, un ancien Romain par exemple – achète une double page dans Le Monde ou/et dans Le Figaro qu’il titrerait : « Sol invictus : rendez à Noël son véritable sens ! ».

Eh oui, à l’origine de notre Noël, il y a une fête païenne, qui autour du solstice d’hiver célébrait de retour du soleil et la reprise de l’allongement des jours. Sous nos latitudes, Noël, plein de frimas et de frissons annonce le retour du beau temps. Mais si les païens sont parfois facétieux, nos ancêtres chrétiens étaient avisés. Puisque personne n’a la moindre idée de la date de naissance de Jésus, autant en choisir une qui ait du sens. À cet excellent choix répond, au cours de la célébration de la messe de la nuit de Noël, la grande prophétie d’Isaïe : « Le Peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». L’Évangile lui fait écho, et cette fois, c’est la gloire du Seigneur qui enveloppe les bergers de lumière.

On pourrait donc, à juste titre répondre à notre ami le païen : nous n’avons rien retiré au sens de Noël, au contraire, nous en avons plutôt ajouté. En particulier, nous avons ajouté la joie et la paix ; c’est ce qu’annoncent les anges, la joie, et ce qu’ils chantent, la paix.

Et le sujet de cette joie ? Une naissance tout simplement, un enfant nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire. Ah, j’oubliais, le principal cet enfant est un sauveur !

Un enfant sauveur couché dans la mangeoire des animaux ? Elle commence bizarrement, cette histoire. Quand on naît déjà sur la paille, on a de fortes chances de mourir va-nu-pieds… C’est bien d’ailleurs ce qu’annonce par avance l’évangéliste Luc qui truffe son récit d’allusions transparentes. Cette affaire de recensement, ne vous rappelle-t-elle pas la prophétie qui dit « il sera compté parmi les pécheurs ». Et l’enfant ne serait-il pas dans la mangeoire parce que devenu grand, il dira : « Mon corps est une vraie nourriture… » Les anges avaient bien raison de faire un signe de cette mangeoire. Et nombreux sont les Pères de l’Église qui ont vu dans l’enfant entravé dans les langes, l’annonce du corps enroulé de bandelettes de la mise au tombeau.

Oui, cher ami païen, Noël annonce le printemps, oui, cher frère chrétien, Noël annonce Pâques. Ne nous laissons pas trop aller à l’impression de merveilleux voulue par Luc. Certes, il entre dans un certain nombre des conventions du temps pour nous raconter une naissance extraordinaire, mais il n’oublie pas l’essentiel ; Dieu Sauve, (nous sauve) non avec des légions d’anges, musiciens ou pas, mais en y jouant sa peau.

 

Nativité, Zillis. L’âne et le boeuf ont le museau sur l’enfant emmailloté.

 

100 mots pour la foi

 

 

 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 13:46

 

 

Femmes soyez soumises... Les lectures de ce dimanche de la Sainte Famille sont pour moi l'occasion de revenir sur ce texte de Saint-Paul qui fait grincer, à juste titre, tant de dents féminines. Je le ferai en vous proposant la contemplation de quelques chefs d'œuvres de Philippe de Champaigne.

 

Si nous devons, hommes et femmes, être sous la mise de quelqu'un, c'est bien de Dieu, lui dont nous sommes certains, dans la foi, qu'il nous aime et veut notre bonheur. Et la soumission de Marie est la même que celle de Joseph : une soumission positive qui répond par les actes à la proposition que Dieu leur fait d'être des acteurs de son Incarnation. Le Songe de Saint-Joseph montre bien ce parallélisme entre les deux époux. Alors que Joseph reçoit la visite de l'ange, les sandales ôtées, Marie, le regarde dans la position classique des annonciations de la Renaissance, faisant ainsi référence à sa propre soumission à la Parole de Dieu. Son regard vers Joseph n'est pas un regard de soumission de la femme vers son mari, mais bien le regard d'espérance que dans la foi, l'un et l'autre, soumis à la Parole de Dieu, accepteront de porter au monde le fruit de la promesse.

 

SongedeJoseph_Champaigne.jpg

 

Car elle est là la grandeur de la Sainte Famille, elle réside toute entière dans l'acceptation de donner au monde l'Incarnation de Dieu en Jésus-Christ. Et Philippe de Champaigne montre bien une nouvelle fois ce parallélisme en représentant les deux époux de chaque côté de l'Enfant Jésus, les yeux fixés sur lui et les mains jointes ou croisées sur le cœur afin de signifier l'acceptation dans la foi du mystère qu'ils ont accueilli et qu'ils présentent au monde sous le regard bienveillant du Ciel. Dans l'adoration des mages de Rouen, Philippe de Champaigne peindra la Vierge ouvrant son manteau pour dévoiler aux bergers le nouveau né.

 

Nativite_Champaigne.jpg

 

L'épisode de la fuite en Égypte que nous lisons aujourd'hui est construit sur trois songes de Joseph qui permettent deux citations d'accomplissement des écritures (« D'Égypte, j'ai appelé mon fils » et « Il sera appelé Nazaréen »). Mais l'épisode montre surtout que toute la vie familiale de Marie et de Joseph est centré sur l'enfant Jésus et sur la possibilité qu'il ait de vivre et de remplir sa mission. Une fois de plus, c'est le père et la mère qui sont soumis à la volonté de Dieu. Une fois de plus cette soumission est active et se traduit par des actes qui permettent que l'Incarnation de Dieu perdure. La Fuite en Égypte de Philippe de Champaigne est d'une grande douceur. Le regard de Joseph sur Marie et l'enfant est celui de la protection tout comme l'attitude de Marie enveloppant son fils. Cette douceur lumineuse est comme un écrin protecteur qui permet de passer des ténèbres de la forêt au paysage lumineux dans lequel ils arrivent. Cette douce lumière qui réunit la sainte famille aussi surement que les tableaux aux constructions pyramidales de la Renaissance est pour moi l'illustration parfaite de la phrase de Saint-Paul que nous lisons aujourd'hui : « Par-dessus tout cela, qu'il y ait l'amour : c'est lui qui fait l'unité dans la perfection. Et que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps. »

 

 FuiteenEgypte_Champaigne.jpg

 

Le reste de la citation de Paul, tout comme les théories sur la famille que nous livre Ben Sirac le Sage, ont, en comparaison avec ce que nous apprennent de la famille Marie et Joseph un intérêt de recettes de cuisine. La famille, comme l'Eglise, ne puisent leur mystère de vie que dans la soumission qu'elles ont au Seigneur. Il ne s'agit pas que la femme soit soumise au mari ou que l'Eglise enseignée soit soumise à l'Eglise enseignante. Il s'agit que tous soient soumis à Dieu afin que son Incarnation ne devienne pas un moment de l'histoire mais le centre de tous nos actes.

 

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 19:20

 

 

Cette nuit, aujourd'hui, nous avons fêté Noël. Et c'était une grande joie.

Des moments conviviaux, une belle célébration, le plaisir de se retrouver ensemble.

Mais pour certains, Noël a été un moment de solitude qui a pesé d'autant plus qu'ils avaient l'impression que tous étaient en fête. Une solitude qui les mettaient à l'écart.

 

Cette mise à l'écart, cette solitude, c'est ce qu'ont vécu Marie et Joseph. Eux pour qui il n'y avait pas de place dans la maison commune. Jésus est né dans une situation de mise à l'écart.

Heureusement que les anges sont allés chercher les bergers pour les prévenir de la naissance. Ils viennent autour de Jésus, autour de Marie et de Joseph. Ils donnent un esprit de fête à cette naissance solitaire qui aurait pu passer, sur terre, totalement inaperçue.

 

Avant d'être rejeté, Jésus aurait pu tout simplement être ignoré.

 

Alors évidemment, personne ne pouvait savoir à cet instant que ce nouveau-né n'était pas n'importe quel enfant, qu'il était le Fils de Dieu, le Messie envoyé.

 

Noël, pour moi, n'est pas simplement la fête de la Naissance du sauveur. Noël est le signe que dans un événement sans importance peut déjà naître une grande espérance à condition que nous soyons à l'écoute, attentifs à ce qui nous est proposé. A condition que nous ayons envie de laisser de la place à cette espérance, que nous ayons envie de l'accueillir et de la faire vivre.

 

Des Noëls nous devrions en vivre chaque jour de notre vie, des Christ nous devrions en voir naître chez tous nos frères et toutes nos sœurs. Mais laissons nous de la place dans nos vies à ces accueils et à cette joie de la rencontre d'un Dieu qui s'est fait homme et qui continue de se faire homme, par la force de l'Esprit Saint ? Ne sommes nous pas trop plein de sentiments, de doutes, de projets, de difficultés pour laisser de la place dans notre maison commune aux premiers signes de l'incarnation de Dieu ?

 

Noël est une grande joie. Une joie qui ne demande qu'à se démultiplier si nous restons attentifs aux signes que Dieu nous donne à travers nos frères et nos sœurs. En ce jour de fête, je souhaite à tous les hommes et à toutes les femmes de rester accueillant à ces signes et de vivre dans l'année à venir de nombreux jours de fêtes, de nombreux Noël.

Je vous souhaite d'accueillir ce Dieu incarné dans vos frères et dans vos sœurs, même quand il ne se manifeste que dans la discrétion et l'humilité.

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 23:43

 

 

Je crains que sur la question du mariage, ma position ne soit pas encore officiellement enregistrée par le corpus de la doctrine catholique. Mais parfois, il faut des défricheurs, donc, risquons-nous.

Une première précision : nous sommes face au mariage devant une double tradition. D’une part, il y a, fondée dans l’Écriture, d’Osée à saint Paul, une vision grandiose du mariage, comme image de l’alliance de Dieu avec son peuple, du Christ avec son Église, et d’autre part, une pratique qui n’instituera que très tardivement (vers le XII° siècle)  le caractère sacramentel du mariage, lequel appartenait jusque-là aux usages sociaux que l’Église s’était mise petit à petit (et avec beaucoup de réticence) à bénir. Le mariage est demeuré, bien longtemps une affaire sociale et mondaine, il n’est qu’à voir le théâtre de Molière ; quand on parle mariage, on appelle un notaire, pas un prêtre ! Et c’est encore le cas un siècle plus tard chez Beaumarchais.

Beaucoup plus récemment, pas même deux siècles, nous avons assisté à deux mouvements quasi simultanés. D’un côté, la société a « désocialisé » le mariage pour en faire un acte de plus en plus privé et intime, appuyé sur le sentiment amoureux, de l’autre côté, on voyait naître une sorte de mystique conjugale qui a conduit à développer, au cours du siècle dernier, ce qu’il faut bien nommer une nouvelle théologie du mariage et de la famille.

Simultanément, l’augmentation de l’espérance de vie allongeait d’autant plus la durée potentielle des unions de telle sorte que beaucoup de couples en vinrent à considérer qu’il était plus sage, pour se défaire d’un lien qui était devenu une chaîne, de recourir au divorce plutôt que d’espérer l’improbable mort de l’un des conjoints.

 

Mettez tous ces éléments dans un shaker, agitez, et vous vous retrouvez dans l’impasse que nous connaissons : aux yeux de l’Église catholique, tout couple, pour être légitime, doit être sacramentellement marié, et le sacrement étant, comme tous les dons de Dieu, irrémissible, sa rupture est un péché qui l’est tout autant.

 

Alors, que faut-il faire ?

Rompre les enchaînements « vicieux » du raisonnement !

D’abord, reconsidérer la valeur humaine du couple, prise pour elle-même, et en conséquence, bénir, (en grande cérémonie) les époux qui s’engagent à fonder une famille, les appeler à la fidélité, à la responsabilité, à la tendresse, à la générosité, à l’exemplarité de l’amour, les accompagner… Et leur pardonner quand ils n’y arrivent pas ! Leur pardonner et les aider à pardonner, à se pardonner, à pardonner à l’autre. Un immense travail que notre condamnation du divorce nous interdit !

Et réserver à quelques-uns qui en reçoivent l’appel particulier, et après discernement par l’Église, de faire de leur vie conjugale un témoignage vivant de l’amour de Dieu, ce qui signifie effectivement demeurer fidèle, pour toujours, même si l’autre est infidèle ! Ce qui signifie vraiment aimer à en mourir. Ce qui signifie réellement se livrer et donner sa vie pour celui ou celle qu’on aime.

C’est une vision folle et somptueuse que cet amour humain devenant image de l’amour divin. Pense-t-on réellement que c’est ce que Dieu demande à tous les honnêtes hommes et femmes qui s’unissent pour fonder une famille ? Il me semble que c’est un peu comme si l’on imposait à tous les célibataires d’être Chartreux ou Carmélites.

 

Évangile selon saint Matthieu, 18, 6-7

Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer. Malheur au monde à cause des scandales ! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive !

 

 
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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 23:39

 

S’il nous est souvent malaisé de dire ce qu’est le bien, surtout exemples à l’appui, en revanche, pour le mal, nous ne manquons pas d’exemples. Nous somme hélas devant une effroyable abondance, tant l’abjection, la cruauté, la perversion, le malheur, infligé ou subi, semblent être sans limite. S’il est une chose dont nous ne pouvons douter, c’est bien de l’existence du mal. Tous, nous l’avons rencontré, subi, commis, nous en avons été victimes, coupables ou complices. Tragique expérience que partagent tous les humains, ceux qui croient au Ciel comme ceux qui n’y croient pas.

Bon je sais, d’aucuns voudront subtilement distinguer entre le mal commis, qui a un auteur, et le mal sans auteur connu, qui fait tomber la foudre sur le promeneur, et les leucémies sur les petits enfants ; et peut-être entrer en procès contre un Dieu qui laisserait faire.

Et puis voilà, alors que je rédige ce difficile, article, un mail m’annonce la mort d’un homme jeune. Il s’est donné la mort. Et tout à coup, tout se mélange. En sa chair, il est victime et coupable… comme nous le sommes tous.

Et nous voilà, devant le mal et la mort, démunis, désolés et solidaires.

Non, il n’y a pas de réponse, il n’y a pas d’explication. Il n’y a que la fragile et chancelante espérance que ce n’est pas le fin mot de l’histoire. C’est ce fragile éclat de lumière qui éclaire la Croix de celui qui n’était que victime, elle vient d’un matin où le mal n’a pas eu le dernier mot, un matin auquel nous somme tous promis.

De tout mon cœur, de toute mon âme, à genoux, je lève les mains vers cette lumière vers cette promesse, pour l’enfant malade, pour l’homme désespéré, pour les torturés, les humiliés, Toi, Dieu, appelle-les, console-les, guéris-les, réjouis-les, eux et aussi leurs bourreaux. Et délivre-nous du mal.

 

Extrait du Testament de Christian de Chergé, prieur des moines de Tibhirine.

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais.

Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » en-visagé de toi.

Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen ! Inch’ Allah

 

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 14:43
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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 11:54

 

Jean-Baptiste doute. Lui qui semblait avoir reconnu immédiatement en Jésus le Messie quand il l’avait rencontré et baptisé au Jourdain ne semble plus très certain de son diagnostic. Pas de cognée, pas de pelle à vanner, pas de grand feu de paille. Les méchants continuent de triompher et lui est en prison. Le super héros, le grand justicier qu’il attendait ne semble pas avoir tous les pouvoirs de la panoplie du Messie. Il parait même un peu faible.

 

Je ne peux m’empêcher de penser à l’installation de Gilles Barbier de 2002, L’Hospice, présentée à la Margulies Collection de Miami. On y retrouve nos Super Héros de Comics dans ce qui paraît être une salle commune de maison de retraite. Ils y sont vieux, affaiblis et terriblement humains. Ces représentant d’une puissance juste et salvatrice sont faibles comme des vieillards en sursis. Leurs mains sont défaillantes et leurs genoux fléchissent.

 

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Comme Jean-Baptiste dans sa prison ou les disciples face à la Croix, on pourrait douter en les regardant qu’ils aient transformé le monde. Et pourtant, je suis certain qu’ils ont nourri les aspirations à la justice et au bien de plusieurs générations qui se sont identifiées à ces héros et qu’ainsi, de façon bien moins spectaculaire que dans les Comics où ils illustraient nos fantasmes de puissance et de régulation du monde, ils ont participé à notre construction et peut-être à notre affermissement. Qu’ils ont participé à notre mise en route d’adultes en nourrissant nos fantasmes d’enfants.

 

Et je crois que la réponse de Jésus à Jean-Baptiste dans la lecture de ce dimanche n’est pas très éloignée de cette idée (toute proportion gardée car loin de moi l’idée de prendre Jésus pour un héros de bande dessinée !). Jésus transforme le fantasme de Messie puissant et protecteur de Jean-Baptiste pour lui faire comprendre que la vraie puissance de Dieu c’est de relever l’homme, de le libérer, de le mettre en marche avec lui. Il n’est pas un Seigneur féodal offrant protection à ses cerfs contre la dureté de la vie, il est le Verbe d’un Père aimant qui souhaite vivre avec ses frères et ses sœurs. Il ne s’agit pas pour lui de protéger des faibles derrière les murailles de son Royaume, mais de les accueillir comme des hommes libres dans ce Royaume afin qu’eux-mêmes, nourris de sa force, de son esprit, fassent advenir ce Royaume.

 

N’oublions jamais que le Happy End de l’Evangile n’est pas simplement la Résurrection du Christ mais également l’envoi en mission de ses disciples fortifiés, relevés avec lui. Quelque part nous avons donc un certain point commun avec ces super héros de Comics. Notre panoplie n’a pas de couleurs éclatantes et nous n’avons pas des forces physiques spectaculaires. Notre panoplie est la blancheur de notre vêtement de baptisé lavé dans le sang de l’agneau et notre pouvoir est celui de la foi d’hommes et de femmes libres, relevés, déjà ressuscités que nous lui donnons chaque jour. Tous les saints ont fini dans un état à peu prêt équivalent à celui de ces super héros… mais ce qu’ils ont fait demeure et a transformé le monde. 

 

Alors oui, en ce troisième dimanche de l’Avent, il est bon d’accueillir et de se réjouir de cette liberté. Il est bon de s’en réjouir et d’en user pleinement pour la Gloire de Celui qui nous la donne.

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 16:10

 

 

Dans le mot liturgie, du point de vue des racines grecques, il y a le peuple et l’action. À partir de là, les avis sont partagés pour savoir s’il s’agit d’une action du peuple ou d’une action pour le peuple.

J’ai bien envie d’être un peu provoquant en disant que c’est par lui, avec lui, en lui, et pour lui. Lui, le Christ, me direz-vous ? Et non, lui, le peuple… Quoique… Le peuple rassemblé, convoqué, ne serait-il pas Corps du Christ ?

En tout cas, pour le peuple et pas pour Dieu. S’il est juste et bon de lui rendre grâce, c’est juste et bon pour nous ! Je l’ai déjà dit à de multiples reprises, Dieu ne recherche pas nos hymnes, louanges, sacrifices et encens. La Bible sur ce point est très claire : il arrive même qu’il se bouche le nez !

On peut discuter quant à la liturgie céleste que les anges déploieraient pour le Très Haut. Nous avons sur ce point peu d’information, si ce n’est au moment du Sanctus où nous sommes réputés joindre nos voix à celles des anges.

La liturgie n’étant pas pour Dieu, qui n’en a nul besoin, elle est bien pour nous. D’ailleurs, la liturgie ne fait que célébrer ce qui déjà nous est donné.

L’amour de Dieu ne dépend bien sûr pas de notre petit manège de mots et de gestes. Mais nous, nous avons besoin que cet amour nous soit manifesté.

Et c’est là que se déploie la liturgie, c’est-à-dire une ensemble de paroles et de gestes qui produisent un sens plus grand qu’eux.

Pour produire ce sens, la liturgie a le devoir d’être aussi transparente que possible afin que les moyens mis en œuvre s’effacent au profit du sens qui est produit.

Ainsi, dans la liturgie eucharistique, nous mangeons : un tout petit morceau de pain, et buvons, à peine une gorgée de vin. Le premier sens qui se dévoile, c’est que nous sommes nourris, désaltéré. Et puisque nous buvons du vin et pas de l’eau, c’est aussi notre soif de fête qui est comblée. De plus, en mangeant, nous faisons corps avec cette nourriture. Voici donc le premier sens, apparent.

Or cette nourriture n’est pas seulement ce dont elle a l’air, du pain et du vin. Elle est le corps livré de Jésus, son sang versé, et elle est aussi le corps relevé, exalté, ressuscité du Christ. Saint Paul peut donc s’écrier : « Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (1 Cor 11, 26)

En mangeant le pain et buvant à cette coupe, nous sommes donc incorporés au Christ, et rendus participants à sa mort et à sa résurrection. Voilà le sens réel.

Mais prenons garde, la liturgie n’est pas de la magie, c’est de la pédagogie, et de la meilleure, puisqu’elle vient de Dieu. Ce n’est pas de la magie au sens où la réussite de l’opération serait tributaire du bon geste, du bon mot, dit et fait au bon moment. Nous sommes sauvés dans la mort et la résurrection du Christ, non parce que le prêtre est un saint ou rigoureux célébrant, ni même parce que nous communions, mais parce que le Christ est mort et ressuscité. C’est de la pédagogie parce que nous l’entendons, nous le comprenons, nous l’éprouvons et nous l’annonçons. La liturgie nous est sensible (elle a à voir avec les sens). Elle œuvre à la fois en notre chair et en notre intelligence. Elle est pour nous l’occasion d’un dévoilement.

Évidemment, pour que tout notre être soit happé par la liturgie, il est nécessaire que la liturgie s’insère dans des signes culturellement compréhensibles.

Et pour prendre un exemple qui ne nous touche que de loin, je m’interroge sur le sens qu’il y a à célébrer des eucharisties en des lieux qui n’ont jamais vu pousser un épi de blé ni vu une grappe de raisin.

Reste, plus près de nous, que les surcharges redondantes, bavardages inutiles ou amoncellement de rites opaques, nuisent au dévoilement du sens. Il me semble que nous devrions nous référer à une unique règle simple : « que la liturgie dise ce qu’elle fait et fasse ce qu’elle dit » tout le reste est en trop.

 

CEC 1069 : Le mot " Liturgie " signifie originellement " œuvre publique ", " service de la part de/et en faveur du peuple ". Dans la tradition chrétienne il veut signifier que le Peuple de Dieu prend part à " l’œuvre de Dieu " (cf. Jn 17, 4). Par la Liturgie le Christ, notre Rédempteur et Grand Prêtre, continue dans son Église, avec elle et par elle, l’œuvre de notre rédemption.

 

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 07:09

 

 

Le temps de l'avent

 

Qu'on aime ou non les temps liturgiques qui peuvent sembler nous obliger à vivre notre relation à Dieu dans des sentiments ou des attitudes qui ne sont pas toujours les nôtres, le temps de l'avent, celui de la venue, devrait être le temps ordinaire des chrétiens. Non pas évidemment comme temps qui prépare à Noël mais comme temps qui nous prépare à la rencontre du Seigneur, à sa venue.

 

Nous avons une tendance évidente à oublier totalement que le Seigneur vient. Nous pensons plutôt que c'est nous qui irons à lui, le jour de notre mort. Et nous préparer à la venue du Seigneur se transforme le plus souvent à une préparation de notre mort, préparation que nous repoussons bien naturellement soigneusement à un temps autre, que nous espérons le moins proche possible.

 

Entre la venue passée du Seigneur que nous célébrons à Noël et la venue glorieuse du Seigneur dont ne nous connaissons ni le jour ni l'heure et dont nous avons une vague conscience, nous oublions que le temps de la venue du Seigneur s'est ouvert avec sa vie terrestre pour ne plus jamais se refermer. « Je serai avec vous tous les jours de votre vie ».

 

Pris dans un étau historique entre une crèche que nous réactualisons chaque année par quelques santons et la descente des cieux au milieu des anges que nous visualisons aussi bien qu'une scène de Cecil B. DeMille sur des écrans géants en 3D, nous oublions que la venue du Seigneur fait également partie de notre quotidien et que nous n'y sommes pas étrangers. Cette venue là n'a ni le charme désuet de la tradition ni le spectaculaire de nos fantasmes eschatologiques mais il a la réalité de la rencontre de celui à qui nous avons donné notre foi et à qui nous ne cessons de la redonner.

 

Entre l'attente de celui qui vient accomplir les promesses de Dieu et l'attente de celui qui a accompli les promesses de Dieu, nous avons la place d'attendre, dans ce temps de l'avent, celui qui vient aujourd'hui combler nos espérances et répondre positivement à notre foi, celui dont le Royaume advient quand ceux qui par lui se reconnaissent frères et soeurs, fils et filles de Dieu, se mettent en marche à sa suite.

 

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 01:11

 

En régime catholique, la liberté, c’est un peu comme de la nitroglycérine, un produit hautement dangereux, à manier avec pincettes et précaution : on ne sait jamais, un geste brusque, une parole imprudente, et ça peut vous sauter à la figure. Et d’ailleurs, il y a de tragiques exemples, comme ces pauvres Adam et Ève. On croirait un jeu de mauvaise télé-réalité. Ils peuvent tout manger, sauf un arbre… Allez, céderont-ils ? Si vous pensez qu’ils vont craquer, faites le 1… Aïe, voilà le serpent, le rusé. Il approche Ève, le maillon faible… D’ailleurs où était-elle quand la règle du jeu a été dévoilée ? Stop, arrêtez le jeu ! Elle n’était pas encore créée, elle n’a rien entendu. Ce n’est pas juste… Trop tard, le serpent, cauteleux comme le Kaa du Livre de la jungle, susurre et trompe sa confiance. Et patatras, voilà nos deux héros jetés sur les routes du monde avec une peau de bête sur le dos et la liberté en bandoulière.

Alors, depuis, il paraît qu’il faut se méfier de la liberté.

Évidemment, cette histoire à dormir debout est colportée par d’aimables individus qui sont prêts à nous délester de notre chère et dangereuse liberté : « Ne prenez pas de risques inutiles, déposez la chose dans nos coffres, ils sont à l’abri des secousses sismiques et des serpents ». Désormais, contentez-vous de faire ce que nous vous disons de faire, et vivez tranquille.

Celui ou celles qui décline l’offre est implacablement traité d’orgueilleux irresponsable.

Alors, faut-il se soulager de sa liberté de crainte d’en faire mauvais usage ?

Il y a un petit problème, c’est qu’il semble que la liberté, et le petit matériel livré avec, conscience et libre arbitre soient précisément ce qui fait de nous des êtres humains. Il semble bien que ce soit notre « propre », le propre de l’homme. Mon chien est bien brave, il est fidèle, aimant, dévoué, obéissant. Est-ce ainsi que Dieu nous veut ?

Sans hésitation, je réponds « non ». Et ce n’est pas un hasard si la Bible ne cesse de rapporter des exemples d’émancipation. Abraham quitte la terre de ses pères pour accéder à sa propre histoire. Dieu libère son peuple d’Égypte, de la maison de servitude. Sans cesse, Dieu libère, Jacob de sa place de cadet, David de son rang de petit dernier, ou Anne ou Élisabeth de leur stérilité. Jésus à son tour libérera, l’aveugle de la nuit, le sourd du silence, le paralytique de l’immobilité, Lazare du tombeau, et finalement, nous délivrera du mal et de la mort.

Alors, croyez-moi, la liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, et celui qui la dépose au coffre ou l’enterre comme un talent inutile encourt la colère de celui qui nous l’a confiée comme le plus précieux des trésors.

 

Aujourd’hui, notre catéchisme sera celui de Charles Péguy qui met dans la bouche de Dieu la phrase suivante :

« Quand on a connu d’être aimé par des hommes libres, les prosternements d’esclave ne vous disent plus rien ».

En une ligne et demi, l’essentiel est dit.

 

 

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