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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 13:08

 

Voilà un mot dont il faut se méfier car il est à double sens. Aussi, si vous l’affichez sur le GPS de votre vie, afin d’être certain de ne pas vous perdre en chemin, prenez garde de donner la bonne adresse. En effet, il suffit d’ouvrir une Bible, qui en la matière devrait faire foi, pour se rendre compte qu’il y a bien un paradis originel, terrestre, et un paradis ultime, céleste. Le premier est un jardin, qui d’ailleurs sous ses dehors paisibles, ne s’est pas révélé sans danger - il s’y traînait des bestioles malfaisantes - , tandis que le second est une ville, la Jérusem céleste.

C’est en deux images indiquer à chaque être humain comme à l’humanité le sens de son itinérance : de la nature à la culture.

On devra en conclure sans hésiter que la nature est certes notre origine mais certainement pas notre destin.

Cette observation est tout sauf anecdotique. La « nature » de l’homme n’est pas d’être le plus naturel possible. Son idéal n’est pas de redevenir un « bon sauvage » mais de devenir un citoyen, un habitant de la cité céleste. Si notre pérégrination sur la terre est une sorte d’apprentissage de la vie céleste, ce n’est pas en nous gardant de la vie ordinaire des hommes et des femmes de notre temps, en pratiquant une sorte de réserve teintée de  misanthropie à l’égard de nos contemporains que nous nous préparons à la vie paradisiaque.

En effet, je ne sais si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle, mais il semblerait que le paradis ne soit pas une sorte de tête-à-tête (enfin) entre moi et mon Dieu, mais une grande célébration fraternelle, un banquet jubilatoire. Il se pourrait même que la chose ait davantage les accents du banquet de fin des aventures d’Astérix que les belles harmonie d’un concert des Chœurs de la Sixtine. Tant mieux, pour ma part, je ne chante pas très juste, et j’aurais craint de me retrouver baillonné comme Assurancetourix.

La conclusion à tirer de cette observation, c’est que le paradis (le bon) ne se trouve pas derrière nous, dans notre passé, mais devant. La Bible n’omet d’ailleurs, pas de préciser que par précaution, Dieu a posté des « Cherubim » armés de lances de feu afin d’interdire l’accès du jardin initial. En conséquence nos rêves de paradis perdu et d’âge d’or sont des espérance mal orientées, « nul ne retourne dans le ventre de sa mère ». Le paradis est une promesse qui nous appelle depuis l’avenir et c’est dans le vivre ensemble que nous l’expérimentons. C’est pourquoi le chistianisme ne peut pas être seulement une ascèse, un entraînement stoïque où nous apprendrions à nous passer de tout et de tous, où nous renoncerions à tout, à tous, et à nous-même pour n’être qu’à Dieu, n’en déplaise à certaines dérives sprituelles.

Rien de ce qui nous rapproche de Dieu ne peut nous séparer de nos frères et sœurs humains. Il n’est certes pas inutile de nous libérer des esclavages que génère le désir de possession. Mais si nous nous détachon des choses, c’est pour mieux nous attacher à ceux et celles qui nous entourent et avec qui nous avons promesse de vie commune.

 

CEC, §1027 : Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : " Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment " (1 Co 2, 9). 

 

Et pour les fans de saint Thomas d’Aquin, une citation d’Aristote, véritable confession de fois pré-chrétienne 

 L’homme est un animal politique.

« Aussi l'homme est-il un animal politique, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble. Et la nature, qui ne fait rien en vain, n'a départi qu'à lui seul le don de la parole, qu'il ne faut pas confondre avec les sons de la voix. Ceux-ci ne sont que l'expression de sensations agréables ou désagréables dont les autres animaux sont, comme nous, susceptibles. La nature leur a donné un organe borné à ce seul effet ; mais nous avons de plus, sinon la connaissance développée, au moins tout le sentiment obscur du bien et du mal, de l'utile et du nuisible, du juste et de l'injuste, objets pour la manifestation desquels nous a été principalement accordé l'organe de la parole. C'est ce commerce de la parole qui est le lien de toute société domestique et civile.

 

100 mots pour la foi

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 01:06

 

S’il est un mot chrétien entre tous, c’est bien celui-là. Rien n’est plus spécifiquement chrétien que le pardon. Rien n’est plus difficile à croire, rien n’est plus difficile à vivre. Et l’expérience montre qu’il est aussi difficile de pardonner que d’être pardonné.

Évidemment, l’on me dira que ce qui est la particularité du Dieu des chrétiens, c’est qu’il est Amour, et c’est vrai mais le pardon est l’expression la plus parfaite et la plus concrète de l’amour. Le pardon est l’amour en acte.

Jésus dans l’épisode bien connu du paralytique demande à la foule qui s’étonne qu’il puisse pardonner les péchés du malade : « Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à cet homme “tes péchés sont pardonnés ou lève-toi et marche ?” » Et joignant la preuve à la parole, Jésus donne l’ordre à l’homme paralysé de prendre son brancard et de rentrer chez lui, et l’homme se lève et marche.

Bizarrement, dans l’Évangile, il n’y a pas de réponse à la question que pose Jésus. Elle est toujours posée : « Qu’est-ce qui est le plus facile ? »

Et le paradoxe, c’est que nous croyons beaucoup plus aisément que les paralysés marchent et que les aveugles voient plutôt que de croire que nos péchés sont remis. Et comme nous ne croyons pas que nos péchés sont vraiment remis, vraiment effacés, nous ne croyons pas non plus que nous pouvons pardonner, nous aussi.

Le véritable cœur du christianisme est le pardon et nous l’avons grimé en religion du péché. Nous avons fait de Dieu un juge, un comptable, un soupeseur d’âme. Nous avons imaginé des additions sordides de péchés véniels se transformant en péchés mortels. Nous avons même inventé des tables de change pour racheter les péchés à grand renfort d’indulgences.

La classification des péchés, et leur tarification ont occupé et occupent encore de nombreux théologiens.

Et dans tout ça, ou est passé le pardon ? Oh, il est au coffre, sous clé, sous bonne garde et sous condition ! Parce qu’on ne sait jamais, si on le laissait en libre-service, sans doute, beaucoup en abuseraient-ils !

Mais c’est justement cela le pardon, c’est un don qui surpasse tout. Ce n’est pas un troc: un repentir contre un pardon. Regardez le paralytique, il n’a rien demandé, il ne s’est repenti de rien. Il est pardonné, tout simplement, gratuitement. Et Jésus sur la croix, a-t-il attendu un geste, un regret de la part de ses bourreaux, de ceux qui l’insultaient, des amis qui avaient fui ? « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Est-ce que nous entendons cette phrase ? Est-ce que nous la croyons ? Est-ce que nous en vivons ? Si nous avions le bonheur de croire vraiment en notre pardon, absolu, total, inconditionnel, sans doute serions-nous nous aussi capable de pardonner.

Pardonner et accepter d’être pardonné, c’est tout l’enjeu de notre foi.

« Qu’est-ce qui est le plus facile ? »

 

En lisant le Catéchisme de l’Église catholique :

Puisque j’ai parlé de comptabilité je vais en faire un peu. Dans le Catéchisme de l’Église catholique on trouve 77 occurrences du mot "pardon", avouez, que le hasard fait bien les choses, presque une perfection, comme les 70 fois 7 fois qui est le nombre de fois où il faut pardonner selon Jésus. Mais par curiosité, j’ai noté le nombre d’occurrences du mot "péché", est là, on trouve 230 occurrences. Les chiffres sont terribles, ne trouvez-vous pas ?

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 00:36

 

 

À partir de ce simple mot, on pourrait réécrire toute la théologie chrétienne. On est là au centre de la foi, dans le cœur du réacteur. On pourrait d’ailleurs filer la métaphore et dire qu’en effet de Pâques émane une énergie inépuisable qui transfigure tout ce qu’elle touche. Mais que dire de Pâques en quelques mots ? Prenons les choses par leur petit angle. Pourquoi le mot passe-t-il du pluriel au singulier quand la fête juive de Pessah devient les Pâques chrétiennes ? Les linguistes pensent que la fête juive est la mémoire d’un fait, la libération de Hébreux de l’esclavage d’Égypte et leur passage à la liberté, tandis que les Pâques chrétiennes font mémoire du dernier repas de Jésus partagé avec ses disciples, de sa Passion, de sa mort, de sa résurrection, de son entrée dans la vie définitive, et de la promesse de notre propre salut…

Je ne suis pas certain que la démonstration soit bien convaincante. Dans les deux cas, il y a une richesse et une pluralité des significations. Pourtant, entre les deux épisodes, celui où les Hébreux réussissent à échapper à la servitude d’Égypte et traversent le mer à pieds secs devant les armées de Pharaon et l’épisode la Passion du Christ, il y a une immense différence. Dans le premier cas, pour sauver ce peuple que Dieu, selon les Écritures nomme « Israël, mon fils premier-né », le bras du Seigneur s’abat sur Pharaon et ses armées : tout va bien qui finit bien, les méchants sont punis.

Dans la Passion du Christ, c’est tout l’inverse, l’innocent, le Fils Unique, est condamné, et les « méchants », au lieu d’être punis sont pardonnés et sauvés.

Dieu n’a pas balayé l’humanité qui ne l’a pas reconnu, ni les responsables religieux obtus, tatillons et jaloux, ni la foule versatile et irresponsable, ni les amis couards, renégats, traitres, ni la soldatesque cruelle, ni Pilate, le païen ignoble et injuste qui condamne l’innocent en toute connaissance de cause.

Dans cette affaire, nul n’est condamné, tous sont coupables et tous pardonnés, tous sont innocentés. Depuis Pâques, ce que nous avons à reconnaître devant Dieu n’est pas d’être coupables mais d’être innocentés. Ce qui resplendit à Pâques et irradie le monde, c’est la miséricorde de Dieu, son amour absolu, inconditionnel.

Accepterons-nous de croire cela, pour nous-même pour nos frères et nos sœurs humains ? Tel est le véritable enjeu de notre foi.

 

CEC §655 : Enfin, la Résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de notre résurrection future : " Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (...), de même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ " (1 Co 15, 20-22). Dans l’attente de cet accomplissement, le Christ ressuscité vit dans le cœur de ses fidèles. En Lui les chrétiens " goûtent aux forces du monde à venir " (He 6, 5) et leur vie est entraînée par le Christ au sein de la vie divine (cf. Col 3, 1-3) " afin qu’ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux " (2 Co 5, 15).

 

100 mots pour la foi

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 10:42

 

Le pape, tout le monde sait ça, est le chef des catholiques, un patron de droit divin, maître de tous et de tout, et en particulier de la vérité puisqu’il est infaillible. Bref, Dieu sur terre ! D’ailleurs, avec beaucoup de mépris, les chrétiens protestants ont longtemps appelé les catholiques les « papistes » pointant sans aménité leur tendance à confondre le Saint-Père et le bon Dieu. Pourtant, l’évêque de Rome, puisque c’est de lui dont il s’agit, est réputé être le successeur de l’apôtre Pierre et avoir reçu du Christ lui-même la mission de nourrir ses brebis et d’en prendre grand soin.

C’est à ce titre que vers le IV° siècle, on commence à lui donner le doux nom de pape, c’est-à-dire « petit père », ou « papa ». À l’époque, il n’est pas le seul, d’autres évêques seront ordinairement appelés papes. Ce n’est qu’après l’an 1000 qu’en Occident il ne reste plus qu’un seul pape, celui de Rome. En Orient, tous les prêtres sont toujours des pappas (popes), et aujourd’hui, le chef des Coptes est le pape Chenouda III.

En Occident, le « papa » est devenu monarque (mot qui étymologiquement désigne le pouvoir d’un seul). Les papes ont beau protester qu’ils sont les « serviteurs des serviteurs de Dieu », leur pouvoir illimité – le Concile de Vatican I affirme l’infaillibilité et aussi la juridiction universelle du pontife romain – efface toute trace de fraternité comme de paternité entre eux et le reste du monde. Jusqu’il y a peu (Paul VI), les cardinaux, qu’il appelait « mes frères » lui baisaient encore le soulier. Autant dire que la douce figure paternelle est devenue une figure impériale et impérative.

On objectera que ce « pouvoir » n’est que spirituel, mais le pouvoir sur les esprits n’est-il pas le seul véritable pouvoir ? Et notre monde hyper médiatisé, et peopolisé, en excerbant tous les cultes de la personnalité ne donne-t-il pas aux récents papes des moyens dont nul avant eux n’avaient disposé ?

Faut-il pour autant supprimer le pape, du moins la fonction ? Il me semble que ce serait une erreur, peut-être même une faute. La tradition catholique tente d’allier l’universalité et l’unité, et pour le faire, elle confie à un parmi les siens la charge de la communion. Elle s’appuie sur les mots de Jésus lui-même confiant les siens aux bons soins de Pierre.

Cette mission particulière du successeur de Pierre est l’un des signes et des ferments de l’unité. La vraie question pour les papes à venir sera de se dépouiller des oripeaux impériaux pour être des pasteurs à l’image de l’unique Bon Pasteur, de ceux dont les brebis reconnaissent la voix. Ils devront êtres des frères au services des frères et des sœurs, et s’ils conservent le nom de pape, que se soit pour exprimer la tendresse du père de la parabole qui court à la rencontre du fils qu’il croyait perdu.

 

 

Jean 21, 15-17

Jésus dit à Simon-Pierre : «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?» Il lui répondit : «Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime.» Jésus lui dit : «Fais paître mes agneaux.» 16Il lui dit à nouveau, une deuxième fois : «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?»  «Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t'aime.» Jésus lui dit : «Sois le pasteur de mes brebis.» 17Il lui dit pour la troisième fois : «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?» Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût dit pour la troisième fois : «M'aimes-tu ?», et il lui dit : «Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime.» Jésus lui dit : «Fais paître mes brebis.

 

Extrait du discours du pape Thomas 1er au balcon de Saint-Pierre le jour de son élection, le 12 mars 2030.

Moi, Thomas, serviteur des serviteurs de Dieu, et frère jumeau d’une humanité qui doute et qui balbutie, je tombe à genoux devant mon Seigneur et mon Dieu, Jésus Christ, Dieu fait homme, et je lui demande la force de son Esprit pour aimer et servir l’humanité, pour vous aimer et vous servir comme lui-même l’a fait, jusqu’au bout de l’amour, jusqu’au bout de la vie, jusqu’à la croix.

Pietro De Paoli,   Vatican 2035, Plon 2005.

 

100 mots pour la foi

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 00:10

 

Chers amis, ce mot, qui tombe à pic dans l’ordre alphabétique n’était pas prévu dans la liste initiale. Il me sert seulement de prétexte pour vous indiquer une interruption de mon activité de production et de publication de petits mots hebdomadaires. Je suis à la fois occupé et préoccupé par un lourd chantier qui retient toute mon attention et toute ma concentration. Pour combien de temps cette interruption ? Quelques mois sans doute. Mais j’ai promis à l’ami Bérulle que je reviendrais et vous en fait aussi la promesse.

À très bientôt.

Pietro

 

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 07:56

 

On a le grand tort de confondre l’obéissance et la soumission. Or la différence est grande puisque l’obéissance se choisit tandis que la soumission s’impose. Elle s’impose dans un cadre hiérarchique. Dans les sociétés anciennes, patriarcales et inégalitaires, les esclaves sont soumis aux maîtres, les femmes aux hommes, le peuple aux seigneurs. Dans la « société chrétienne », qui est une communion, il n’est plus question de soumission mais d’obéissance, une obéissance qui n’est plus imposée par l’ordre hiérarchique mais choisie librement et par amour.

L’obéissant par excellence est Jésus qui choisit la voie de l’amour au prix de sa vie, obéissance qui culmine dans la Passion et que la scène du jardin de Gethsémani éclaire d’une lumière poignante, ; ultime prière de la libre obéissance : « non pas ma volonté, mais ta volonté ». Saint Paul le comprendra d’une manière fulgurante dans le célèbre hymne aux Philippiens : « il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort ». C’est dans l’union de sa volonté à celle de son Père que Jésus accomplit la perfection de l’obéissance. Et il le fait librement.

À l’image de Jésus-Christ, nous sommes aussi appelés à l’obéissance, c’est-à-dire à l’union de plus en plus étroite de notre volonté à la volonté du Père. Nous sommes appelés à l’obéissance des fils et des filles, non à celles des serviteurs et des esclaves.

Comprenons vraiment ce que cela veut dire ! Aucune contrainte ne pèse sur nous et nul ne prendra la responsabilité de notre vie à notre place. Nous ne nous débarrasserons pas de notre encombrante liberté au nom de l’obéissance ; nous ne nous en débarrasserons entre les mains de personne, ni pape ni maître spirituel d’aucune sorte.

Nous ne deviendrons pas obéissants en annihilant notre volonté, ni en en cédant la conduite à autrui mais en l’ajustant à celle de Dieu.

Osons le dire, le christianisme est une bien étrange religion, qui ne prescrit rien, n’ordonne rien, ni rite, ni œuvres, seulement l’offrande du cœur dont Dieu seul est juge. Oui, étrange religion que celles de ces hommes et de ces femmes debout devant leur Dieu, avançant d’un pas disant « me voici ». Hommes et femmes relevés, s’offrant librement eux-mêmes à la tendresse de Dieu dans la confiance des enfants aimés.

Et en merveilleux poète inspiré, Péguy ose mettre en scène l’émerveillement de Dieu lui-même :

 

Le Mystères des Saints Innocents (extrait).

Tel est le secret, tel est le mystère de la liberté de l’homme.

Tel est le prix que nous mettons à la liberté de l’homme.

Parce que moi-même je suis libre, dit Dieu, et que j’ai créé l’homme à mon image et à ma ressemblance.

[...]

Quand une fois on a connu d’être aimé par des hommes librement,

les soumissions n’ont plus aucun goût.

Quand on a connu d’être aimé par des hommes libres,

les prosternements d’esclaves ne vous disent plus rien.

[...]

Être aimé librement.

Rien ne pèse ce poids, rien ne pèse ce prix.

C’est certainement ma plus grande invention.

Quand on a une fois goûté

D’être aimé librement

Tout le reste n’est plus que soumissions.

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 08:02

 

Sauvés par quoi ? La foi ou les œuvres ? On peut le jouer à pile ou face ou se lancer dans de subtils débats théologiques. Une certitude demeure : nous sommes d’abord sauvés par les œuvres… Les œuvres de Dieu, bien sûr !

Qui oserait imaginer que nous puissions être sauvés à la seule force de nos petits bras, de notre petite âme ? Nos œuvres aussi vastes, belles, généreuses, ambitieuses soient-elles, sont des œuvres humaines et à ce titre, marquée par nos limites, notre finitude. Or nous aspirons à plus grand que ce que nous sommes, à imaginer plus vaste, à espérer plus loin que ce que notre regard englobe et atteint. Ce désir plus grand que nous peut nous conduire au péché, c’est-à-dire à la frustration, au désespoir, à l’illusion de toute puissance, à l’égoïsme… La liste est longue des ersatz avec lesquels nous trompons notre désir. Oui, en trompant notre désir, nous nous trompons. Nous trompons Dieu et nous nous trompons de Dieu en sacrifiant à d’illusoires idoles. Or l’œuvre de Dieu vient au secours de notre désir, non pour le ratatiner mais pour l’exalter. Le salut qui nous est donné ne nous sauve pas du désir mais du désespoir. Il n’est pas question d’humiliation mais de l’humilité qui nous fait reconnaître Dieu comme source, moyen et but ultime de notre désir.

Nous recevons tout de l’œuvre de Dieu, par pure grâce, sans mérite de notre part. Dieu seul sauve nos œuvres du néant, de l’effacement, de l’insignifiance. Nous avons raison de voir grand dès lors que nos œuvres sont liées et ordonnées à l’œuvre de Dieu. C’est ce que Jésus dit lui-même dans l’évangile de Jean, au verset 12 et 13 du chapitre 14 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. »

Les œuvres, nos œuvres sont bien le fruit et le témoignage de notre foi.

C’est ce que dit l’apôtre Jacques lorsqu’il demande : « Montre-moi ta foi » 

Pendant des siècles, cette question de la foi et des œuvres a déchiré les chrétiens, en particulier, les catholiques et les protestants. L’accord luthéro-catholique de 1999 a conclu à une totale convergence de la doctrine exprimée en des termes différents.

Par-delà ou bien en deçà des savants édifices des théologiens, le bon sens nous fait dire que l’œuvre de Dieu se manifeste dans le don de la foi que nous manifestons par les œuvres.

 

Lettre de saint Jacques, chapitre 2, verset 14 à 18.

« À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : «J'ai la foi», s'il n'a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise : «Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous», sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les œuvres, elle est tout à fait morte.

Au contraire, on dira : “Toi, tu as la foi, et moi, j'ai les œuvres ? Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi, c'est par les œuvres que je te montrerai ma foi.” »

 

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 19:39

 

Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? Comment ne pas entendre dans l’exclamation de saint Paul, non seulement la jubilation de la victoire, mais même, l’arrogance du vainqueur qui nargue son ennemi à terre. Faut-il qu’il soit bien sûr de lui ! Qu’est-ce qui lui donne cette assurance ? La cinquantaine de versets du chapitre qu’il consacre à la question de la résurrection dans sa lettre aux Corinthiens et qu’il résume dans la finale : grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ !

Sommes-nous dans la même assurance ? En y regardant d’un peu près, il est apparaît qu’au moment où il écrit ces lignes, saint Paul est encore convaincu que la fin des temps est pour demain, après-demain au plus tard. Nous sommes presque 2000 années plus tard, les morts se sont comptés par milliard, vieux, jeunes, innocents et coupables, repus d’âge ou fauchés en plein élan. La mort n’épargne rien ni personne, ni pauvres, ni puissants. Nous le savons, même si une grande part de nos activités tente de nous en distraire. Nous le savons, et pourtant, nous éprouvons comme une atroce injustice, une effroyable violence la mort de nos proches et comme tout bonnement impensable notre propre trépas.

Voilà qui est un grand mystère. Pourquoi considérons-nous la mort, si naturelle, comme inacceptable ?

Oui, inacceptable, et pourtant, bien des philosophie veulent nous apprendre à apprivoiser la mort, à nous y habituer, à nous y résigner. Est-ce que ça marche ? Pas si sûr. On a vu des ascètes confirmés trembler à l’annonce de leur propre mort, de celle d’un ami.

Si nous revenons à l’assurance de Paul, nous n’y trouvons aucune acceptation aucune résignation, ce n’est pas son propos. Pour lui, la mort demeure ce qu’elle est pour nous, un scandale. S’il est si sûr de lui, c’est parce qu’il regarde « à travers » la mort. Il le peut puisqu’il sait que quelqu’un est passé et que désormais le passage est ouvert, à jamais et pour toujours. Comme le peuple hébreux qui traversa la mer à pied sec, nous aussi, à la suite du Christ, nous traversons la mort. Cette traversée nous l’avons déjà faite de façon symbolique au jour de notre baptême, nous la refaisons lors des fêtes de Pâques, et à chaque messe qui redéploie le mystère de Pâques.

Nous ne habituons pas à la mort, nous apprenons à regarder le Christ, à le suivre, à lui donner et redonner notre confiance pour qu’au jour de notre mort il soit notre passage et notre passeur. Ça ne nous protège ni contre le chagrin de la perte de ceux qu’on aime ni contre l’angoisse de notre propre passage. Nul n’a prétendu que le voyage serait de tout repos. Ce qui est garantit c’est la destination… Nous n’allons pas nulle part, ni à « rien », nous allons à Dieu et lui seul sait où c’est.

 

CEC 628 : Le Baptême, dont le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle : " Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle " (Rm 6, 4 ; cf. Col 2, 12 ; Ep 5, 26).

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 09:52

 

Dans ce malheureux mot, ce qui fait toute la différence, finalement, c’est le « e » qui transforme le qualificatif en substantif. On veut bien avoir un comportement moral, mais, surtout, qu’on ne vienne pas nous faire la morale. Parce que la morale… Rien que d’entendre le mot, les plus paisibles s’endorment d’ennui, les autres tirent à vue. Moralo, moraline, tout cela sent la petitesse hypocrite et la naphtaline.

Il est vrai que le mot hérite de son origine latine un pesant soupçon de juridisme romain et une subtilité de légionnaire, alors, que sa jumelle grecque, l’élégante éthique aurait des légèretés de nymphe.

Mais la pauvre morale, peut encore aggraver son cas et devenir « de la morale de curé », laquelle prend des couleurs de tartufferie quand la morale des instituteurs fleure bon l’honneur, les vertus viriles et républicaines.

Alors, comment sauver la morale ? Certainement pas par son étymologie qui la rapporte aux mœurs, aux bonnes mœurs, c’est-à-dire, finalement aux usages du temps.

Ainsi, voilà un siècle, il était impératif que les filles se marient vierges et était admis que les maris trompent leurs femmes. Aujourd’hui, le cours de la virginité est en chute libre et l’adultère une cause quasi obligée de rupture. Autres temps, autres mœurs. Quel rapport avec la morale ? Aucun.

J’en reviens à mon premier propos, j’oublie le substantif et revient au qualificatif dans l’espoir de redonner au mot quelque qualité. Qu’est-ce qu’une action morale, qu’une vie morale ? Enfin, vient le mot utile : le bien. Est moral ce « qui cherche ce qui est bien », « qui est en vue du bien ». Le qualificatif a l’avantage de donner du dynamisme et de l’élan à l’affaire.

Alors est-ce que l’Évangile est moral ? Oui, au sens ou Jésus entraîne ceux qui le suivent et qui l’écoutent à chercher ce qui est bien. Le récit le plus exemplaire est sans doute celui du bon Samaritain que Jésus raconte en réponse à la question « qui est mon prochain ». Pour répondre, nulle règle écrite, mais une situation, devant laquelle il faut prendre une décision.

Telle est la rigueur terrible de l’enseignement évangélique. Chaque homme, chaque femme est mis devant ses responsabilités. Point de réponse préfabriquée, pas de fiche pré-écrite. Le bien se cherche et appelle à d’autres biens. Il n’est qu’à lire le Discours sur la montagne. Quand j’aurai tendu l’autre joue et donné mon manteau il ne me « restera plus » qu’à « être parfait comme votre Père des cieux est parfait ».

La morale évangélique n’est ni celle de la norme ni celle de la règle. Elle est celle du toujours plus. Saint Paul l’a bien compris :

 

Hymne à la charité, Première lettre aux Corinthiens, 13, 1-7

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis plus qu'airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n'est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

Hymne à la charité, Première lettre aux Corinthiens, 13, 1-7

 

100 mots pour la foi

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 10:19

Avant toute chose, soyons bien clairs, je crois aux miracles. Comment ne pourrais-je ne pas y croire ? J’ai vécu assez d’années pour en voir, et beaucoup, se réaliser sous mes propres yeux. Certes, je n’ai vu personne quitter son fauteuil roulant et se mettre à courir, mais j’ai vu des paralysés du cœur se mettre à aimer et des âmes dévorées par la haine pardonner. Mais ça, me direz-vous, ce ne sont pas de « vrais » miracles. Pas des miracles démontrés, des miracles « contre » la science !

Faut-il que notre foi et notre intelligence soient dévoyées pour que nous souscrivions, sans même nous en rendre compte aux arguments du plus primaire du positivisme.

Et c’est bien en cela que la question du ou des miracles est complètement dévoyée. Oui, dévoyée, car les miracles qui, si j’en crois Jésus lui-même, sont des signes donnés pour notre foi – des signes c’est-à-dire quelque chose à comprendre et à interpréter – sont devenus des preuves. Des preuves ! Et pour être des preuves, il faut qu’ils soient « inexplicables ». Ils seraient des preuves qu’il y a un Dieu ! Un Dieu cantonné dans l’inexplicable !

La belle affaire, s’est-on avisé qu’il y a des miracles dans toutes les religions, et ceci depuis des temps immémoriaux ! Il y en avait en Épidaure au temple d’Esculape, il y en a dans les grands sanctuaires de toutes les religions. Des « vrais » miracles direz-vous ? Oui, au sens où les gens sont guéris, ils marchent ils recouvrent la vue ou l’ouïe, leurs plaies s’assèchent et leurs tumeurs disparaissent. Il y a pourtant une différence, comme ça ne se produit pas dans l’Occident positiviste, on n’en demande pas de « preuve » à la médecine. Les gens ne sont pas allés chez le médecin avant, et après, ils se contentent de louer leurs dieux de les avoir secourus, et ils rentrent chez eux, réjouis et sauvés. Pas d’analyses, pas de scanner, pas de preuve, juste la foi et la joie. Comme c’était le cas en Occident avant que le terrorisme de la pensée positiviste nous contamine si bien qu’on a ouvert à Lourdes un « bureau des miracles » – rien que l’expression en est risible, la grâce rentrant dans les cases des formulaires ! La gratuité de Dieu doit se plier à nos logiques fonctionnaires. Désormais donc, les miracles sont soupesés non au poids de la foi, mais à celui de l’échec de la science. Récemment, on a ergoté sur le miracle qui « prouve » la sainteté de Jean-Paul II. Outre le grand doute que j’ai sur l’urgence qu’il y a d’entreprendre une telle procédure, il me semble qu’en matière de miracles, il y avait mieux à trouver… de murs qui tombent, des ennemis qui se tendent la main… on avait l’embarras du choix !

Notre vision étroitement prosaïque est l’un des symptômes des plus grave de la maladie du catholicisme : il est matérialiste, gravement, tragiquement matérialiste. Grave contresens, contre sa source même et contre l’esprit. Je n’ose pas l’écrire avec un « E » capital, mais c’est quand même ce péché-là qui nous guette.

 

Il n’y a pas grand-chose sur les miracles dans le Catéchisme de l’Église catholique alors j’ai été en chercher un sur dailymotion :


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