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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 01:06


« L'an 600 de la vie de Noé, le dix-septième jour du deuxième mois, toutes les sources du grand abîme jaillirent et les écluses du ciel s'ouvrirent. La pluie tomba sur la terre pendant 40 jours et 40 nuits. » (Genèse 7, 11-12). Le temps de l’Avent touche à sa fin et l’avènement auquel il prépare point. Cette naissance a changé et continue de changer la face de la terre. Elle est un déluge qui sera manifesté dans les torrents d’eau vive qui sortiront de la plaie du Christ pour ne cesser, jusqu’à son avènement dans la gloire, de régénérer la création pour la gloire de Dieu et le Salut du monde. Ce déluge qui a plongé le monde dans la mort, Noé, choisi par Dieu, l’a traversé pour que soient renouvelées la promesse et l’alliance entre Dieu et les hommes. Ce déluge, nous l’avons traversé également le jour de notre baptême pour, qu’en nous, soit renouvelée la promesse du salut.

 

ArcheNoe.jpg


A la chapelle de l’Ecole des Beaux-Arts (Paris) était exposée une œuvre de Huang Yong Ping, un artiste chinois installé en France, intitulée Arche. Sur trois étages, dans un vaisseau de papier, les animaux destinés à repeupler la terre sont là. Ce sont des animaux empaillés, certains sont défigurés par le feu tout comme le mât du navire partiellement calciné (Cette œuvre a été en partie inspirée à l’artiste par l’incendie de la maison Deyrolle à Paris). Le monde et les effets de sa violence voguent dans cette chapelle, entourés des copies de ce que l’art nous a offert de plus beau depuis le Moyen-Âge jusqu’à la Renaissance. Au milieu de ce qui pourrait représenter le plus haut degré de notre civilisation, sur un frêle esquif de papier qui symbolise le livre de la Parole de Dieu, l’artiste nous fait méditer sur son obsession : la capacité des sociétés à se détruire elles-mêmes.

 

Car telle est bien la cause du déluge, la violence des hommes qui corrompent le monde, en faisant un lieu où toute loi est absente. Si la première conséquence du déluge est de faire retourner la terre à son état originel celui de tohu-bohu, un lieu de confusion, sans ordre et justice, où l’homme n’a plus sa place, la première leçon qu’il nous donne est celle de la solidarité des hommes. Le déluge recouvre toute la terre parce que les hommes ne sont pas fidèles à la promesse. Dans notre préparation à Noël, cette solidarité du peuple de Dieu, de l’espèce humaine, doit être au cœur de notre attente et conduire notre vie : nous ne devons pas être des justes pour nous-mêmes, ni même pour nos communautés catholiques et chrétiennes, mais pour le salut du monde avec lequel nous sommes intimement liés. Il n’y a pas de monde viable pour l’homme qui ne repose sur la loi et la justice. Cette loi et cette justice c’est Jésus-Christ.

 

Alors certes, Noé le juste est sauvé du déluge. Mais il n’est pas sauvé pour ses propres mérites et compétences mais parce qu’il « a trouvé grâce aux yeux de Dieu ». Certes le choix de Dieu s’est porté sur un homme juste, mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une élection libre de Dieu, nullement obligée par les mérites de l’homme. La conclusion du déluge est explicite, c’est le respect de la vie dans un monde ordonné. Un respect qui n’est pas dû à un droit naturel mais au fait que Dieu est seul propriétaire de la vie. Dans le peuple solidaire que nous formons, Dieu nous choisit, un à un, pour être des miraculés qui porteront témoignage de la vie et de son alliance. Cette vie et cette alliance nous sont aujourd’hui proposées en  Jésus-Christ.

 

Noé est sauvé parce que Dieu nous aime et veut persévérer dans son alliance avec les hommes. En dehors de la foi et au regard d’une humanité qui ne cesse de se détruire, cette promesse et cette alliance peuvent paraître aussi fragile que la feuille de papier qui sert de coque à l’Arche de Huang Yong Ping, aussi fragile qu’un nourrisson dans une étable. Pourtant l’eau vive répandu sur le monde est également la source de miracles quotidiens, actions justes ou chefs d’œuvres de l’art, autant de signes qui nous permettent de croire qu’à Dieu tout est possible. Et parce qu’en amour, les pauvres êtres que nous sommes avons toujours besoin de preuves, Dieu vient à nous pour nous redire, à Noël, que non, vraiment, Il ne nous a pas oublié. A quelques heures de cet avènement, peut-être nous faut-il encore nous rappeler que celui que nous attendons est la justice et la vie, qu’il est venu pour tout récapituler en Lui et que si nous sommes appelés chacun personnellement, c’est pour que la création entière participe à sa gloire. « C’est lui encore qui viendra dans ta gloire, pour récapituler l’univers et ressusciter toute la chair du genre humain. »

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 02:24

 


A la Biennale de Lyon, une œuvre de Pedro Cabrita Reis, intitulée les dormeurs, occupe tout un hangar. Elle est composée de dizaines de tubes de néon qui, assemblés, forment une architecture et transforment l’architecture qui les abrite. Ils jouent avec l’environnement : le béton, la végétation qui a poussé dans cet ensemble désaffecté, l’eau qui y stagne, la lumière qui au cours de la journée change. Les dormeurs ne bougent pas, ne font rien d’extraordinaire. Ils habitent le quotidien, le façonne, lui donne vie. Les dormeurs veillent, la lampe toujours allumée. Ils nous parlent, nous poussent à considérer autrement le monde qu’ils animent, nous proposent de participer à leur calme et déterminée subversion de cette création détournée.

Cette architecture qui transforme l’architecture ne vous fait-elle pas penser à l’Eglise qui devrait sanctifier le monde ? Les néons ne sont ni repliés sur eux-mêmes ni en ordre de bataille, ils habitent le hangar. On peut circuler autour d’eux, entre eux, sans y prêter attention, parfois en se prenant les pieds dans un fil.  On peut également se laisser toucher par l’architecture et l’éclairage qu’ils donnent à ce hangar. On peut enfin se laisser aller à être bouleversé par cette transformation et souhaiter y participer. Les néons ne sont que des néons, ne font que leur travail de néon, mais si nous prenons le temps de nous y arrêter ils deviennent un signe évident que la lumière qu’ils dégagent transfigure le monde dans lequel ils vivent.

Ce néon qui participe à un ensemble capable de transfigurer le monde ne vous fait-il pas penser au baptisé qui participe à l’œuvre créatrice de Dieu quand il reste branché à son créateur comme le sarment à son cep ? Etre un baptisé tout simplement, faire le travail d’un baptisé tous simplement, pour que l’Eglise entière resplendisse et transfigure un monde qui seul ne présenterait que peu d’intérêt et peut-être de la défiance. Une église composée de néons identiques, sans différence de sexe ou de hiérarchie, tous égaux car tous issus d’un même baptême.

Ces derniers jours, je repensais au texte de présentation de la Conférence des baptisé-e-s de France. J’y repensais en me disant que finalement ce qu’il nous proposait c’était uniquement d’être chrétien, d’être l’Eglise. Qu’il n’y avait rien d’extraordinaire, ni même de particulier dans la démarche à laquelle il nous conviait. Et c’est la réalité, la Conférence des baptisé-e-s ne nous propose que d’être nous-mêmes, des baptisé-e-s, des veilleurs du Christ qui éclairent le monde par l’Esprit lumineux reçu dans le baptême.

Mais finalement, être des veilleurs du quotidien, n’est-ce pas plus difficile que de poser des actes héroïques, plus subversif que de se lancer dans des révolutions ? Etre un veilleur du quotidien, c’est ne pas tomber dans la facilité d’accuser le monde mais accepter de mettre sa foi dans le Christ pour participer à la sanctification de notre monde, sereinement, au quotidien. Etre un veilleur du quotidien c’est accepter que la vie spirituelle ne soit pas un repli en soi ou sur soi mais une sortie de soi. Etre veilleur du quotidien c’est finalement croire et accepter que « Jésus nous transforme en ses qualités par sa puissance et nous rend célestes, resplendissants, lumineux et éternels comme lui, et même [qu’]il établit son trône et son tabernacle en nous, par un divin mystère, et [que] nous sommes portant ce soleil au monde » (Pierre de Berulle, Grandeurs VIII, 2).

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 17:07

Dans le choeur de l’Eglise Saint Eustache à Paris, pour la Nuit Blanche 2009, l’œuvre de Mark Wallinger, « Threshold to the Kingdom » (Le Seuil du Royaume, 2000), éclairait l’obscurité, projetant le Miserere d’Allegri jusqu’aux premières marches du seuil de l’Eglise.

 

Cette vidéo de 11 minutes et 20 secondes est un film au ralenti montrant l’arrivée dans un aéroport de passagers en provenance de l’international. La porte à deux battants s’ouvre vers les spectateurs laissant apparaître et entrer dans leur monde des hommes et des femmes seuls ou en grappes. Le ralenti, procédé bien connu dans le cinéma pour intensifier l’effet dramatique ou sentimental, donne ici un côté atemporel et solennel à la scène, une distance sacrée. La place de l’œuvre, élevée dans le chœur, entre l’autel et le tabernacle, au cœur du sacré, là où dans la célébrations du sacrement eucharistique une porte s’ouvre entre Dieu et le monde, confère au titre de l’œuvre tout son sens – le Seuil du Royaume – tout en retournant la vision commune qui voudrait que le Royaume soit dans l’au-delà puisque les passagers entrent finalement dans notre champ de vision, dans notre monde. Le Royaume est parmi nous.

 

L’ouverture/fermeture au ralenti de cette porte ressemble à un cœur qui bat, à une métaphore aussi de l’être chez Heidegger qui vient au monde en se dévoilant tout en restant caché. Il y a quelque chose de clinique dans cette œuvre, peut-être un rappel de la mort, du passage de la vie à la mort, en tous les cas une altération ou une libération qui, dans le passage de chaque homme et de chaque femme par cette porte qui s’ouvre pour que ce qui était caché ou ailleurs devienne visible ou présent, rappelle le baptême. On se doute que toutes ces personnes sont physiquement les mêmes avant et après la porte et pourtant un changement s’est opéré. La vie bat lentement, peut-être la vie de Dieu, cette qui vie qui nous maintient dans l’être. « Si Dieu cessait de penser à nous, d'opérer en nous et de nous produire, au même moment nous cesserions d'être. » Un dialogue existentiel entre la créature et le créateur s’instaure, renforcé par l’audition du Miserere d’Allegri : « Ne me chasse pas loin de Ta face, ne me reprends pas ton Esprit Saint. » La pureté de la voie d’enfant et le ralenti expriment ce lien si ténu.

 

Mark Wallinger avait proposé pendant plusieurs mois une sculpture placée sur une colonne de Trafalgar Square et baptisée Ecce Homo. Un homme d’un mètre quatre-vingt imberbe les mains liées dans le dos. Un simple moulage, au plus près de la réalité, comme l’œuvre qui l’a rendu célèbre, State Britain (la réplique exacte du campement de Brian Haw, un militant pacifiste qui s’était installé devant le Parlement pour dénoncer les effets des sanctions économiques de l’ONU sur les enfant d’Irak - prix Turner 2007).

Ici comme dans Ecce Homo, l’homme est traité dans sa juste réalité. Seuls la taille monumentale de l’écran, le fait qu’il soit placé dans une architecture exceptionnelle et la projection au ralenti transforment cette réalité pour lui adjoindre du sens et une lecture critique. (Dans Ecce Homo, c’est la colonne qui joue ce rôle.). Aucun travail esthétique (plan fixe sans effets) ne vient faire jouer les personnages.

 

Dans ses œuvres, faisant référence à la religion (Angel, 1997 ; Threshold to the Kingdom, 2000 ; The Underworld, 2004) ou au mythe (Landscape with Fall of Icarus, 2007), Mark Wallinger fait apparaître dans des scènes de la vie quotidienne la réalité d’un monde qui a perdu ses croyances en des idéaux qui le dépassent et lui donnent vie et la place fragile que l’homme essaie d’y trouver.  

Ici, tout ce qui constitue notre être-au-monde est présent : la fatigue du passager qui baille, la joie du groupe de mamies qui se retrouve ou de la femme qui fait un signe d’amitié ou d’amour à la personne venue l’attendre, le travail représenté par l’équipage en uniforme, l’urgence de l’hôtesse qui coure au ralenti, l’attente enfin avec la dernière image de l’homme au chariot qui pivote pour se stabiliser et espérer une arrivée.

Toute la vie des hommes est transfigurée dans les sentiments les plus simples si on accepte d’y percevoir une vie supérieure et porteuse de sens. Elle reste sinon ce qui est présenté une vie au ralenti, au premier degré.


sur l'artiste

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 00:01

 

L’exposition à la Cathédrale de Gap de la Pieta de l’artiste Paul Fryer pendant la Semaine sainte a été une source de questionnements et de prises de positions plus ou moins tranchées.

 


   

 

 

Le Christ, couronné d’épines et marqué des signes de la Crucifixion, laisse reposer ses bras de chaque côté des accoudoirs de la chaise électrique, la tête penchée, mort. L’image est saisissante dans l’écrasement des deux techniques de mise à mort tout autant que dans l’aplatissement du temps. Est-elle scandaleuse ? 

 

Cet artiste reconnu, travaillant à Londres, présenté à Paris chez Jean-Gabriel Mitterand dans l’exposition Young and British en 2006, n’en est pas à sa première mise en scène macabre. On se souvient de l’exposition In Loving Memory, à la Guido Costa Projects Galerie à Turin, il y a un an, représentant le Martyre de John Feeks, employé de la fin du XIXe siècle pour tirer les fils électriques à New York, dont le corps, accidentellement électrocuté, était resté suspendu aux lignes, livré aux regards horrifiés des passants pendant plusieurs heures. Présenté de la même manière aux visiteurs de l’exposition, l’œuvre permettait de faire mémoire de ce drame emblématique de la « révolution électrique » devenue pour eux naturelle, en les replaçant dans l’événement même.

 

Exposer le Christ en Croix de la même manière, aurait-il eu le même effet ? L’image de la Crucifixion est devenue pour nous occidentaux une banalité. Nous en avons vues tellement, de tous les siècles et de tous les styles, que notre regard n’aurait sûrement pas été interpellé et gêné de la même manière que pour le corps électrocuté de John Feeks. Je me souviens même avoir été étonné, lors d’une exposition au MAC’s du Grand Hornu (Belgique), de la réaction d’un groupe de chinois devant un simple bras tendu de Mapplethorpe (qui rappelait les bras du Christ crucifié). Pour eux, étrangers à notre iconographie, cette image était éminemment violente.

 

Cette violence est bien présente dans la Pieta de Paul Fryer. Non pas à cause de la chaise électrique que les séries d’Andy Warhol ont également dédramatisée, mais justement par l’association de la figure d’un Christ déposé de la Croix et d’une chaise électrique « au naturel » (et pas vraiment high-tech) sans esthétisme distanciateur ; par l’accolement du symbole du juste qui a souffert et a été mis à mort et de celui de la peine de mort contemporaine. L’actualisation de la scène est alors d’autant plus violente qu’elle nous oblige à nous poser de manière simultanée la question du Fils de Dieu mort pour notre Salut et celle de la peine de mort, elle-même.

 

Jésus comme John ont l’air paisible dans leur tenue d’Adam. Pourtant, victimes innocentes de notre Salut ou de notre bien être technologique, ils nous crient avec violence non pas notre culpabilité mais notre devoir de mémoire, de réflexion et d’appropriation. Ils ne nous crient pas, comme le visage de l’Autre chez Emmanuel Levinas, « Ne me tues pas » ; ils sont déjà morts. Mais, ils nous forcent à choisir entre détourner le regard ou affronter l’image de la mort, l’affronter pour qu’elle ne soit pas vaine et que notre conscience et notre vie la transfigurent.

 

La Résurrection du Christ nous permet d’être sûre que cela est possible, les œuvres d’art, comme celles de Paul Fryer, peuvent nous y donner accès. Merci à Mgr Jean-Michel di Falco de nous avoir donner l’occasion de méditer sur ce sujet. Si scandale il y a, il ne réside pas dans l’œuvre qui relaie le cri du Christ à notre égard, mais bien dans la réponse que nous pourrions donner.

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