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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 17:41

 

A la messe aujourd’hui, nous avons adressé à l’Esprit Saint, en conclusion de la séquence de la fête de Pentecôte, cette belle prière : « Donne nous la joie éternelle. »

C’est qu’elle nous manque cette joie éternelle. Elle nous manque et elle manque au monde. Oh, je ne dis pas que tous les chrétiens sont malheureux et qu’ils présentent à leurs frères et sœurs des faces de carême, mais quand même… je trouve que nous manquons de joie et que notre discours est trop souvent celui du péché plutôt que celui du salut, celui des obligations plutôt que celui des bonheurs.

Et pourtant Dieu nous appelle à la joie. Il nous envoie son Esprit pour que nous trouvions les chemins qui nous mènent à lui, aux noces éternelles qui, à l’en croire ne sont pas des funérailles éternelles mais la joie de la Résurrection, de la vie éternelle.

En deux mots, je trouve que nous manquons souvent de cet esprit de Pentecôte. De ce coup de vent incandescent qui chasse les peurs et les replis sur soi. De ce coup de vent incandescent qui fait disparaître les murs de la maison dans laquelle nous nous tenons pour que le peuple assemblé puisse découvrir les merveilles de Dieu.

Certainement pour être fidèle à son Seigneur, il me semble que l’Eglise ne cesse de dresser des murs de protection ou de vertus là où l’Esprit s’échine à les abattre pour rendre les chemins de Dieu  plus faciles à prendre. Alors, je sais bien que Jésus nous a dit « il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille que pour un riche d'entrer au royaume des cieux » (Mc 10,25) mais j’ai comme l’impression que notre témoignage décourage pauvres et riches plutôt que de leur offrir la vision d’un Dieu qui leur tend la main pour les aider à avancer.

Parce que c’est bien de cela dont il s’agit. Accueillir l’autre dans la joie du chemin déjà parcouru et non dans la détresse du chemin impossible qu’il faudrait encore parcourir. Accueillir l’autre dans la joie de l’annonce que le chemin de Dieu n’est pas un chemin impossible mais au contraire un chemin sur lequel Dieu lui-même l’attend pour le porter, pour le lui rendre possible.

Nous savons bien que sans l’Esprit qui nous fait reconnaître Jésus comme Seigneur, nous serions incapables d’avancer. Nous savons bien que sans Jésus qui nous pardonne et nous invite à reprendre la marche, nous aurions fait depuis longtemps demi-tour. Nous savons bien que sans l’amour du Père qui sans cesse nous donne la vie, nous donne l’Esprit, nous n’aurions d’autres espoirs que celui de vivre au mieux une vie dont le seul horizon serait notre mort.

La joie éternelle que nous souhaitons recevoir de l’Esprit Saint, c’est la joie de la Résurrection, la joie d’être aimé par un Dieu qui ne s’arrête pas à nos fautes mais nous assure que la vie vaut la peine d’être vécue parce qu’elle vient de lui et mène à lui. Si nous avons la chance d’avoir reçu l’Esprit Saint, nous savons qu’à Dieu rien n’est impossible puisque nous avons fait l’expérience de sa miséricorde, nous qui nous savons pécheur.

Alors pourquoi ne pas témoigner auprès de nos frères de ce bonheur là plutôt que des difficultés que nous rencontrons et dont ils ont parfaitement conscience dans leurs propres vies. Pourquoi ne pas témoigner qu’à Dieu tout est possible ! Que celui qui a été traité comme les plus indignes est ressuscité des morts pour que la paix soit sur nous. Que celui qui a vaincu la mort peut relever les vies les plus difficiles !

Ne manquons pas de foi en mésestimant la force de l’Esprit. Mais témoignons de sa force en témoignant de la joie qu’il nous donne.

Témoignons auprès de nos frères et de nos sœurs que la joie éternelle de Dieu leur est aussi offerte et que rien dans leur vie ne peut les en rendre indignes s’ils acceptent d’accueillir l’Esprit de vie, l’Esprit de Dieu.

 

 

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 23:59

 

Fin de l’happy end, début de la vraie vie.

Jésus nous quitte pour la deuxième fois. Le ressuscité qui était revenu affermir notre foi durant quarante jours va rejoindre son père pour un temps que nul ne connaît. Mais cette séparation est également, paradoxalement, le don de sa présence jusqu’à la fin du monde.

Encore faut-il accepter d’entrer avec lui dans la vraie vie. C’est-à-dire de cesser de scruter le ciel pour espérer le voir. Il reviendra de la même manière qu’il s’en est allé vers le ciel… mais entre son départ et son retour il ne nous est pas demandé de mettre le monde entre parenthèse.

Ce monde, il l’a marqué de sa présence. L’iconographie chrétienne, quand elle représente l’ascension, n’hésite pas à faire apparaître les marques de ses pieds sur le rocher, signe indélébile de sa présence. Ce monde, nous y sommes envoyé en mission, pas en retraite.

Cette séparation est un cadeau. Elle nous oblige à chercher Jésus là où il est vraiment. Non pas très loin par-dessus les cieux, mais tout proche, avec nous, comme il nous l’a promis. « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »  

Avec nous, sans que nous ayons besoin de nous façonner un Jésus présent qui nous rassure, une idole déposée dans un tabernacle que nous nommerions Eglise comme si l’Eglise était autre chose que l’humanité vivant avec, par et en Jésus.

Car Jésus nous l’a dit, nous l’a répété. S’il est présent auprès de nous, c’est dans nos frères et dans nos sœurs. La mission à laquelle nous sommes appelés n’est pas de baptiser les hommes et les femmes pour que l’Eglise croisse. La mission à laquelle nous sommes appelés c’est de faire découvrir aux hommes et aux femmes qu’ils sont fils et filles de Dieu en Jésus. Qu’ils sont frères et sœurs en Jésus. Qu’ils sont l’Eglise, qu’ils sont les enfants de Dieu, sauvés dans le Christ, aimés par leur Père. Et cette mission ne peut passer que par notre propre témoignage. Un témoignage d’humilité, de patience et de miséricorde à l’image de celui de Jésus. Une vie entièrement tournée vers notre Père dont nous recevons l’amour, la vie.

La séparation de l’Ascension n’est pas l’absence, la séparation de l’Ascension c’est la possibilité d’accueillir le don qui nous est fait à la Pentecôte, celui de l’Esprit, afin d’entrer pleinement dans le mystère de Dieu, dans la vie de Dieu, dans la présence de Dieu.

Notre vie, notre vraie vie, prend tout son sens dans cet happy end qu’est la résurrection de Jésus, le triomphe de l’amour de Dieu pour son fils, pour tous ses enfants. La présence de Jésus se manifeste pleinement quand nous participons à manifester dans son Esprit ce lien de filiation que rien ne peut entamer, pas même la mort. Nul ne sait quand il reviendra comme il s’en est allé, mais nous sommes certains que tant que nous verrons dans l’homme et la femme que nous croisons, un fils et une fille de Dieu, il sera avec nous.

Et le jour où il reviendra, c’est bien sur cette certitude qu’il nous questionnera. Si nous avons vécu de cette certitude, nul doute que nous vivrons un happy end.

 

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 12:46

Lectures : Ac 2, 14a.36-41 ; Ps 22, 1-6 ; 1P 2, 20b-25, Jn 10, 1-10

 

Devant les pharisiens, Jésus reprend le thème de la prophétie d’Ezéchiel « Fils d'homme, parle en prophète contre les bergers d'Israël, parle en prophète pour leur dire ceci : Parole du Seigneur Dieu : Malheur aux bergers d'Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N'est-ce pas pour les brebis qu'ils sont bergers ? »(Ez 34,2). Une prophétie où Dieu fustigeait les bergers qui n’avaient pas protégé le troupeau qui leur était confié et l’avait laissé être dispersé, une prophétie où il annonçait qu’il conduirait désormais lui-même ce troupeau : « Maintenant, j'irai moi-même à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles. […] C'est moi qui ferai paître mon troupeau, et c'est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu. » (Ez 34, 11.15). Qu’il lui donnerait un véritable pasteur : « Je susciterai pour le mettre à leur tête un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David : c’est lui qui les fera paître et sera pour eux un pasteur. Moi, Yahvé, je serai pour eux un Dieu et mon serviteur David sera prince au milieu d’eux. » (Ez 34, 23-24)

 

Mais en expliquant ses paroles, Jésus ne dit pas d’abord qu’il est le bon pasteur par opposition aux mauvais pasteurs (il ne le dira qu’au verset 11 que nous ne lisons pas aujourd’hui), il dit qu’il est la porte des brebis. Ce lieu de passage permettant d’entrer dans la bergerie et de sortir vers les verts pâturages promis dans la prophétie d’Ezéchiel. Jésus est la porte des brebis, il est le lieu de passage en qui nous nous retrouvons pleinement membres de l’alliance promise dans la prophétie d’Ezéchiel « Je conclurai avec eux une alliance de paix, je ferai disparaître du pays les bêtes féroces. Ils habiteront en sécurité dans le désert, ils dormiront dans les bois. D’eux et des alentours de ma colline, je ferai une bénédiction. » (Ez 34, 25-26).

 

Jésus est l’alliance nouvelle que nous avons célébrée à Pâques. « Si quelqu’un entre par moi, il entrera et sortira, et trouvera un pâturage. » C’est pourquoi Pierre exhorte le peuple rassemblé au jour de la pentecôte à être baptisé au nom de Jésus Christ, c’est-à-dire à passer la porte des brebis, à entrer dans la mort et la résurrection du bon pasteur qui a déposé et repris sa vie (Jn 10,17) pour qu’à leur tour ses brebis aient la vie surabondante. « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. C'est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. »

 

Jésus n’est pas que la porte par laquelle doivent passer les brebis pour entrer dans la nouvelle alliance. Il est également la porte par laquelle doivent passer les pasteurs qui souhaitent faire paître les brebis. Mais qui sont aujourd’hui ces pasteurs puisque le troupeau n’a qu’un unique berger, Jésus ? Une fois encore revenons à la prophétie d’Ezéchiel. Si Dieu souhaite retirer son troupeau des mains des mauvais pasteurs, il annonce également qu’il jugera entre brebis et brebis, entre béliers et boucs (Ez 34,17). « Parce que vous avez frappés des reins et de l’épaule et donné des coups de cornes à toutes les brebis souffreteuses jusqu’à les disperser au-dehors, je vais venir sauver mes brebis pour qu’elles ne soient plus au pilage, je vais juger entre brebis et brebis. » (Ez 34, 21-22). Toutes les brebis du troupeau ont un rôle de pasteur. Si les mauvais pasteurs sont condamnés pour n’avoir pas fait paître le troupeau tout en l’exploitant pour leur bien propre, les brebis le seront tout autant pour n’avoir pas partagé justement les dons de Dieu, s’arrogeant la meilleure part et refusant de partager équitablement avec le plus faible. Et si certains sont choisis dans le troupeau pour signifier particulièrement ce rôle, ce n’est pas pour être sorti du troupeau mais pour veiller à ce que chaque brebis reçoive sa juste part et se conduise comme l’unique pasteur vis-à-vis de l’ensemble du troupeau.

 

Ce qui importe à Dieu ce n’est pas la bergerie mais chaque brebis. La bergerie n’est qu’une porte par laquelle la brebis entre pour être sauvée, par la quelle la brebis sort pour accéder au pâturage promis, à la vie. Etre pasteur à la suite de Jésus ce n’est pas entasser des brebis dans la bergerie pour avoir le plus grand troupeau. Ce n’est pas construire des murs épais de vérités et de jugements à sa bergerie pour que les brebis soient protégées. Etre pasteur c’est faire résonner la voix de Jésus que le brebis reconnaîtront, c’est les appeler à la liberté de l’alliance, c’est manifester cette alliance en donnant la vie aux brebis au nom de celui qui a donné la sienne librement, par amour pour les brebis.

 

Il serait peut-être plus confortable, comme pasteur, d’avoir un troupeau de brebis merveilleuses parquées dans une bergerie idéale. D’en interdire l’entrée à celles qui ne sont pas pures ! Mais quel pasteur oserait condamner la porte des brebis quand la porte des brebis n’a pas condamné ceux qui le menaient à l’abattoir. « C'est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n'a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d'insultes, il n'insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice. Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c'est par ses blessures que vous avez été guéris. Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. »  

 

Etre pasteur pour nos frères, c’est témoigner de Dieu et de sa miséricorde, les mener à la porte des brebis, au salut et au pâturage promis. Etre pasteur, c’est avoir suffisamment confiance en Dieu pour lui laisser le soin de juger lui-même les brebis dont nous faisons partie. 

 

 

 

 

 

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 00:16


Combien de sermon de vendredi saint commencent par cette phrase : « Tournons-nous vers la croix et contemplons notre Dieu. » Pourtant, sur la Croix, c’est d’abord l’humanité assassine et assassinée qui nous est donnée à voir.

 

La Passion selon saint Jean nous affronte à l’effroyable réalité humaine. Iniquité, haine, trahison, reniement, peur… sont les immondes atours de cette humanité composée des chefs des juifs, des romains mais également des disciples du Christ, ramassis de traîtres, lâches et renégats. C’est cette humanité qui au fil des lignes dessine la croix sur laquelle Jésus sera cloué.

 

Contrairement aux évangiles synoptiques, l’évangile de Jean ne relate pratiquement pas le « procès » juif de Jésus. Il a largement traité dans les chapitres précédents, dans les différents dialogues entre Jésus et les différents responsables religieux juifs mais également dans la décision répétée des chefs juifs de le mettre à mort. Le procès relaté est un procès laïc, le procès d’un homme et non le procès de Dieu. Sur la croix, il s’agit d’abord d’un homme assassiné dans une parodie de justice qui livre l’innocent à la mort sous la pression de la haine populaire.

 

La question devant la croix n’est donc pas tant, dans un premier temps, « Qu’avons-nous fait à Dieu ? » mais « Qu’avons-nous fait à cet homme ? » et par extension immédiate « Qui sommes nous pour avoir fait une telle chose ? ».

 

Mais ne nous contentons pas de regarder Jésus sur la croix. Suivons-le dans tout le récit. Voyons-le lors de son arrestation, protégeant ses disciples quand l’un d’eux le livre. Voyons-le devant Caïphe : Jésus en appelle en confiance aux témoignages de ceux qui l’ont écouté dans le temple alors qu’au même instant Pierre trahit sa parole et le renie. Voyons-le devant Pilate : Jésus refuse comme Pilate le lui suggère de faire des reproches ou de faire porter la responsabilité de sa situation sur les disciples qui l’ont abandonné ou même sur ceux de son peuple qui l’ont livré. Cela leur a été permis par une force qui les dépasse. Voyons-le enfin sur la Croix, au moment de mourir, se préoccuper de sa famille humaine et spirituelle, les confiant l’un à l’autre comme un bon père de famille s’attachant à ce que les siens ne manquent de rien.

 

Quel contraste radical entre ce que l’humanité peut produire de pire et ce flot de miséricorde et de confiance que manifeste Jésus pour les siens, c’est-à-dire pour tous !

 

Face à la croix, nous ne pouvons pas faire l’économie de la question « Qui sommes-nous pour avoir fait une telle chose ? » Pourtant, la miséricorde surabondante que Jésus manifeste nous invite à éviter de nous tromper de cible. Il ne s’agit pas de nous lamenter sur une « misérable humanité » qui nous serait extérieure ou, pire, qui prendrait les visages de certains de nos frères et de nos sœurs. Il s’agit de nous lamenter sur notre propre humanité si souvent attirée par des attitudes mortifères qui chaque jour dressent des croix et « crucifient » le don de Dieu. Devant la Croix, c’est sur nous-mêmes qu’il faut porter un regard de vérité ! Sur les autres, sur les hommes et sur les femmes, nos frères et nos sœurs dans le Christ, Jésus nous invite à porter, à son exemple, un regard de miséricorde et de confiance, un regard de salut.

 

Le regard bienveillant de Jésus et sa parole transfigurent l’humanité, même quand elle se donne à voir sous son pire jour. Epousons ce regard, laissons-nous attirer vers celui qui, élevé sur la Croix, nous appelle à le rejoindre. Gardons nous de le lier et de l’enfermer dans un tombeau au risque de priver l’humanité qui en a tant besoin de sa lumière salvatrice. Nous savons qu’aucun tombeau ne peut le retenir. Alors, laissons nous convertir en témoignant de sa miséricorde !

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 18:09

 

Le dimanche des Rameaux et de la Passion, c’est le dimanche de la foule. Une foule qui acclame, une foule qui conspue. La foule en générale, mais aussi la petite foule des disciples qui abandonne Jésus et s’enfuit après l’avoir assuré, avec Pierre, que même s’il elle devait mourir avec lui, elle ne le renierait pas.

Le dimanche des Rameaux et de la Passion, c’est le dimanche où nous est reposé une dernière fois cette question qui traverse l’Evangile et à laquelle nous avons tant de mal à nous arrêter pour y répondre : « Qui est cet homme ? » Comme la foule, sans réfléchir, nous lançons « c’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée », « c’est le fils de David qui vient au nom du Seigneur », « c’est le Messie »… « c’est le fils de Dieu »… Mais si toutes ces réponses sont sûrement parfaitement justes répondent-elles à la question que Jésus lui-même n’a cessé de poser : « Et pour vous qui suis-je ? »

Finalement, pour les chefs des juifs qui le condamnent, la réponse est simple : « un perturbateur » qui les empêche de faire tourner correctement leur boutique religieuse. Pour Pilate, « un problème politique » qui lui impose d’être injuste pour éviter une crise dans le pays dont il est responsable. La foule, elle, n’a pas répondu à cette question en vérité et peut donc, sans problème, varier de l’ovation du Messie à la haine du blasphémateur.

Et pour les disciples de l’Evangile qui est-il ? Leur réaction nous montre à l’évidence que la réponse est moins simple qu’il n’y paraît et qu’elle ne peut en aucun cas se résumer à une réponse théorique. Pour les disciples de l’évangile, Jésus est certainement tout autant un ami qu’un rabbi. Des liens de proximité et des liens de déférence se mêlent à la compréhension de ce qu’il a essayé de leur enseigner sur qui il était. Comme pour la foule des rameaux, le souhait ardent de voir en Jésus un messie venu sauver le peuple d’Israël de ses oppresseurs devait rester ancré au fond d’eux. Et pourtant la passion va nous montrer la collusion des oppressés et des oppresseurs contre celui qui semblait incarner cette figure messianique. La figure de Jésus guérisseur, du Jésus des miracles, devait également être très importante pour eux et nourrir leur compréhension d’un lien direct entre Jésus et Dieu. Mais, comme nous l’avons entendu dimanche dernier dans la résurrection de Lazare, cette figure occulte finalement la compréhension de Jésus comme source de la vie. Or c’est bien là que se joue la compréhension de qui est Jésus.

Car évidemment, si nous ne croyons pas que Jésus est la vie, toutes les autres figures que nous lui attribuons sont mises à mal par son arrestation, son procès par les chefs des juifs et par Pilate et bien évidemment par sa mise à mort. Le messie humilié est un imposteur, le guérisseur mort ne sert plus à rien. Seule la tristesse d’avoir perdu un ami reste. Il est donc presque logique que les disciples de l’Evangile, en dehors du fait que leur faiblesse a laissé Jésus seul à Gethsémani et que leur « instinct de survie » ou leur peur les ont empêché de le défendre, se soient dispersés près son arrestation. C’est à la lumière de la Résurrection, une lumière qui sera loin d’être évidente, que les disciples pourront répondre réellement à la question en se remémorant les enseignements de leur maître.

Mais pour nous qui est-il ?

Contrairement aux disciples de l’Evangile nous ne vivons pas la passion de Jésus en direct. Nous la vivons à travers leurs témoignages illuminés de l’événement de la Résurrection, les évangiles, la tradition vivante d’une Eglise multiséculaire. Pourtant dans le flot de sens qui est mis à notre disposition, si nous ne voulons pas rester anonyme dans une foule versatile, nous devons à notre tour écouter Jésus nous poser sa question et y répondre. Et, pour moi, qui est cet homme ? Est-il la vie ? Est-ce que comme les disciples, je chemine avec lui ? Avec lui et non seulement avec la foule des chrétiens ? Est-ce que, comme baptisé, je me sens responsable de lui, responsable de sa Parole, responsable du Salut qu’il offre, responsable de sa vie ? De sa vie et non seulement des « valeurs » que défend mon Eglise ?

L’Eglise ne peut pas être une foule d’anonymes car Dieu appelle chaque homme et chaque femme par son nom. Elle doit être une somme d’individualités, appelées par Jésus et ayant répondu à Jésus. Une somme d’individualités responsables en leur propre nom, au nom de leur baptême, capables de témoigner devant les tribunaux, religieux comme civils, devant l’injustice et la mort, que Jésus est la vie donnée en abondance. En ce dimanche des rameaux et de la passion, la question « Qui est cet homme ? » est primordiale, elle est posée personnellement à chacun d’entre nous afin que nous constituions un peuple de témoins responsables et non une foule dont les membres se reposeraient sur la responsabilité du groupe. 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 22:35

 

Jésus s’est réfugié au-delà du Jourdain pour échapper aux juifs qui voulaient le lapider. C’est là qu’il reçoit la nouvelle de l’envoyer de Marthe et Marie. Leur frère, son ami Lazare, est malade. Ce message est un appel au secours comme le soulignera cette même phrase que les deux sœurs prononceront quand elle le verront : « Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Mais pour les disciples, présents avec lui, retourner en Judée c’est pour Jésus signer son arrêt de mort. Ils en sont tellement persuadés que Thomas, quand Jésus décidera de partir, dira : « Allons, nous aussi, pour mourir avec lui ». Lazare n’est donc pas le seul face à la mort, Jésus et ses disciples s’ils choisissent de revenir savent ce qui les attend. Et la décision des chefs juifs, immédiatement après cet épisode, de mettre Jésus à mort leur donnera raison.

 

Entre se précipiter pour soigner son ami Lazare ou rester au-delà du Jourdain en attendant que la situation soit moins périlleuse pour lui, Jésus choisit une troisième voie. Attendre deux jours, puis partir. La première réaction de Jésus en apprenant la maladie de Lazare, « cette maladie ne mène pas à la mort », pourrait laisser croire qu’il n’a pas pris conscience de l’imminence de la fin de son ami. Mais en partant, il sait que Lazare est mort et le dit très clairement à ses disciples qui semblaient avoir mal interprété sa parole « notre ami Lazare repose mais je vais aller le réveiller. » Jésus a choisi d’attendre deux jours pour laisser à Lazare le temps de mourir. Le signe qu’il doit poser n’est pas une guérison mais une résurrection afin que soit manifesté qu’il est la résurrection. Ce que Jésus veut montrer à ses disciples c’est qu’il n’est pas un guérisseur mais la vie.

 

La réaction des deux sœurs, « si tu avais été là », comme celle des disciples qui se sont mépris sur la parole de Jésus, « s’il repose, il sera sauvé », montrent bien la foi que ses disciples mettent dans ses pouvoirs mais également la limite de cette foi qui n’est pas encore une foi en la personne de Jésus qui dispense la vie. Marthe qui intellectualise la mort de son frère en confessant sa foi en la résurrection au derniers jours selon la tradition juive et Marie qui la vie dans la douleur en tombant aux pieds de Jésus n’ont pas même l’idée de lui demander de le ressusciter tellement cela leur est inconcevable. Devant le tombeau, quand Jésus demande d’enlever la pierre, la réaction de Marthe « Seigneur, il sent déjà, c’est le quatrième jour » prouve que pour elle tout est terminé. Que devant la mort, Jésus est comme tout le monde, démuni.

 

Et pourtant, comme Jésus le lui rappelle, elle a répondu « Oui, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ». Elle l’a confessé de toute bonne foi mais elle n’a pas pris conscience de ce que cela voulait dire alors qu’il venait de le lui annoncer : « Moi, je suis la résurrection, qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » Entre croire en l’idée de la résurrection et croire que Jésus est la vie, entre mettre sa foi en une espérance et la mettre en la personne de Jésus, Fils de Dieu, venu dans le monde, il y a une grande différence. Et le signe de la résurrection de Lazare est là pour permettre aux disciples d’effectuer cette conversion. « Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifiée par elle. »

 

La réaction des juifs « Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle faire aussi que celui-ci ne mourût pas ? », en faisant le lien entre l’aveugle-né que Jésus avait « guéri » en lui apposant de la glaise sur les yeux et Lazare, nous ouvre à la vraie nature de l’ensemble des signes de Jésus, qu’ils soient guérison ou résurrection : la puissance créatrice de Dieu qui dispense la vie. L’espérance en la résurrection n’est pas une idée vaine parce qu’elle repose sur la foi en un Dieu créateur, en un Dieu qui donne la vie. Nous ne mettons pas notre foi en un système philosophique qui, comme celui des grecs, inclurait une permanence de l’esprit. Nous la donnons à Dieu, créateur de nos corps et de nos vies, qui seul peut ressusciter nos corps et nous donner la vie éternelle, nous libérer et nous délier des liens de la mort. « Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rm 8,11)

 

Intégrer cet amour, mettre notre foi en Jésus ressuscité, source de la vie, c’est mettre en nous la lumière qui nous permettra de marcher dans la nuit sans buter. La résurrection de Jésus, comme celle de Lazare, ne viennent en rien anéantir l’horreur ou la peur que nous avons face à la mort devant laquelle Jésus lui-même a ressenti de l’effroi et de l’angoisse. Mais elle ouvre une voie nouvelle, l’assurance que Dieu ne nous laissera pas retomber dans le néant. La résurrection de Jésus, premier né d’entre les morts, événement passé que nous fêterons à Pâques, ouvre la voie de nos guérisons et de nos résurrections individuelles aujourd’hui et à l’heure de notre mort.

 

 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 23:41

 

Au cœur de l’évangile de l’aveugle né, Jean nous raconte un procès, nous renvoyant directement au cœur de l’évangile, le procès de Jésus, et au cœur de notre vie de foi, notre témoignage.

 

Nous pourrions être choqué de l’explication de Jésus quand ses disciples lui demandent pourquoi cet homme est aveugle de naissance. « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce  lui qui a péché, ou bien ses parents ? » … « Ni lui, ni ses parents. Mais l'action de Dieu devait se manifester en lui. ». L’action de Dieu c’est celle que Jésus va accomplir. Mais Dieu peut-il vraiment avoir fait naître un homme aveugle simplement pour pouvoir manifester sa grandeur et même son amour ? L’aveugle-né ne serait-il qu’un pion duquel dieu se jouerait ? Et pourtant si un homme est bien né pour que le salut de Dieu se manifeste n’est-ce pas justement Jésus lui-même ? La réponse de l’aveugle-né devant ses juges : « Je vous l'ai déjà dit, et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m'entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? » préfigure la réponse de Jésus à son propre procès : « J'ai parlé au monde ouvertement. J'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n'ai jamais parlé en cachette. Pourquoi me questionnes-tu ? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui sont venus m'entendre. Eux savent ce que j'ai dit. »

 

Pour l’aveugle né, comme pour nous, l’action de Dieu reste finalement inconnue, pour les autres et pour nous-même, tant que nous n’acceptons pas d’y reconnaître Dieu lui-même et que nous n’en témoignons pas. Le procès de Jésus que relatent les évangiles se résume finalement à cette seule question : « Croyons-nous qu’il est le Fils de l’homme ? ». Tous les signes qu’il peut nous donner, jusqu’au signe définitif de sa victoire sur la Croix, ne servent à rien si nous nous projetons nous-mêmes dans les ténèbres en refusant de reconnaître qu’il est le Fils de Dieu. L’aveugle n’est pas un pion dont Dieu se sert, il est un homme aimé par Dieu qui découvre pleinement son amour dans une relation personnelle. Une relation qui dépasse l’action salvatrice pour aller jusqu’à la connaissance de celui qui l’a sauvé et au témoignage.

 

Puissions-nous laisser Jésus dialoguer avec nous pour qu’il nous amène à notre rythme à lui répondre nous aussi : « Je crois, Seigneur ! ». Nous serons alors témoins du Salut.

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 00:28

 

Elle est étrangère et à une vie plus que dissolue. Elle vient chercher de l’eau au puit pour étancher sa soif humaine.

Il est le Messie et lui demande à boire. A-t-il soif  lui qui n’aura pas besoin de nourriture quand ses disciples lui proposeront de manger avec eux ?

 

« « Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? »
 »

 

Et si derrière cette phrase banale, peut-être même un peu stupide, les disciples avaient mis le doigt sur une des plus belles définitions théologiques de Dieu. Un Dieu qui se nourrit de notre reconnaissance. Un Dieu qui se nourrit de la croyance d’hommes et de femmes qu’il aime tels qu’ils sont.

 

Comme les disciples, nous pourrions être étonnés que Dieu s’intéresse à cette femme. Nous pourrions être étonnés également de ce qui a touché cette femme dans le dialogue qu’elle a eu avec Jésus. Ce n’est pas le don de l’eau vive, c’est le fait qu’il lui ait dit tout ce qu’elle avait fait.

 

C’est la proximité de Jésus, sa connaissance de celles et ceux dont il a partagé la condition humaine, qui convertit la samaritaine et ceux qui l’entendent témoigner.

 

C’est cette proximité qu’il nous faut retrouver, car c’est par elle que se déverse cette mystérieuse eau vive de Dieu. C’est grâce à elle que Jésus peut finir par dire à la samaritaine, au bout d’une conversation, qu’il est le Messie. Et qu’elle le croit.

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 23:58

 

« En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. » »

 

C’est à la lumière de la Résurrection que nous devons accueillir ce récit de la transfiguration. A la lumière du Christ ressuscité dont Paul nous dit : « Et maintenant elle [la grâce] est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté en détruisant la mort, et en faisant resplendir la vie et l'immortalité par l'annonce de l'Évangile. » Mais quelle est-elle donc cette Bonne Nouvelle ? Paul nous le dit : c’est le salut et notre vocation, c’est-à-dire l’appel que Dieu nous adresse personnellement pour que nous nous mettions en route selon sa Parole. « Car Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles. »

 

Cette vocation, cet appel, c’est déjà celui qu’avait reçu Abraham. « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai.
Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera. En toi seront bénies toutes les familles de la terre.
» Un appel à se mettre en route qui nous place personnellement dans une relation avec Dieu, mais qui nous place également dans une solidarité avec tous nos frères et sœurs appelés à être la grande nation de Dieu.

 

A la lumière de la Résurrection, le Fils de Dieu, celui en qui le Père à mis tout son amour, nous invite à relire toute l’histoire du peuple de Dieu, celle d’Abraham, celle de l’Alliance, celle des prophètes pour découvrir qu’en lui tout est accomplit. Tels les pèlerins d’Emmaüs, nous sommes invités à relire les Ecritures et à découvrir dans le mystère pascal que Dieu tient ses promesses.

 

Mais la vision que Jésus donne ici à voir aux trois disciples (qui l’accompagneront également dans les dernières heures qui précèderont sa Passion) n’est pas simplement un cours sur l’accomplissement final des promesses de Dieu. C’est également un rappel que l’histoire du salut passe par des relations intimes entre Dieu et des personnes qui ont accepté, non sans difficultés (Moïse et Elie ont été jusqu’à demander la mort à Dieu tellement leur fardeau leur semblait lourd), de se mettre en marche sur la Parole de Dieu, de devenir des intimes de Dieu.

 

Certes Jésus reste seul à la fin de la vision pour montrer qu’il récapitule à lui seul la loi (que représente Moïse) et les prophètes (que représente Elie), mais cette théophanie qui nous rappelle les théophanies de l’Exode met en lumière également l’étonnante proximité que Dieu accorde à ces deux hommes qui conversent avec lui dans l’intimité de sa gloire. Moïse, dans la faille de son rocher, et Elie, dans sa grotte, avaient eu une expérience intime de Dieu et de sa gloire.

 

Sur la montagne où Jésus les a emmené avec lui, les trois apôtres font à leur tour cette expérience « mystique » de Dieu. Hommes choisis par Dieu, hommes qui ont accepté de se mettre en route sur la Parole de Jésus, ils sont invités à découvrir que l’intimité de Dieu  est la source de la vie, la nourriture qui les fait vivre, la force qui leur permettra de prendre leur part de souffrance pour l'annonce de l'Évangile.

 

Cette intimité, le Christ la propose à chacun d’entre nous qui avons été baptisé dans sa gloire, dans sa mort et sa résurrection. Cette intimité, nous sommes appelés à l’offrir à tous les hommes et toutes les femmes selon la mission que le Christ a confié à ses disciples au lendemain de sa résurrection : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » (Mc 16, 15-16). C’est en Christ que nous devenons frères et sœurs et il n’y a pas d’intimité avec Dieu sans solidarité avec les hommes et les femmes pour qui le Fils bien aimé a donné sa vie.

 

En ce temps de Carême, je vous souhaite d’entrer dans cette intimité de Dieu et de la vivre pleinement dans l’annonce de l’Evangile.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 12:24

 

Il faut se garder d’aller trop vite en besogne et d’accuser la pauvre Eve de tous les maux. Le passage de la Genèse que nous entendons aujourd’hui est découpé (2, 7-9 et 3, 1-7a) et ne permet pas de saisir la subtilité du récit biblique. Il nous faut donc reprendre l’histoire telle qu’elle se développe car elle met en lumière des perspectives bien plus intéressantes que l’histoire d’une simple faute.

 

D’abord, il y a la création du ciel et de la terre (2, 4b), à cette époque, « il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’hommes pour cultiver le sol. (2, 5)». Puis vient la création de l’homme (2,7) et donc du jardin d’Eden (2, 8) dans lequel « l’homme est établit pour le cultiver et le garder » (2, 15) L’espèce humaine est première et la nature seconde. Dans ce jardin, Dieu dispose « toutes espèce d’arbres séduisant à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » Vient alors le commandement de Dieu auquel fait référence la faute : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin, mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas car le jour où tu en mangeras tu mourras. » (2, 17). Petite remarque, la femme n’est toujours pas créée ! Les versets 18 à 24 qui racontent la création de la femme auraient dû naturellement prendre place après le verset 7 qui raconte la création de l’homme. On ne peut pas simplement dire que c’est une erreur ou que le passage est placé ici pour faire transition avec le chapitre 3 qui raconte la faute.

 

Vient alors notre passage. La femme connaît l’interdit. Il faut donc supposer que l’homme ou Dieu le lui a répété. Si c’est l’homme nous sommes dans le cadre d’une transmission humaine de la parole de Dieu, si c’est Dieu lui-même, dans le cadre d’une répétition de la parole de Dieu. Dans les deux cas nous sommes en présence de la première manifestation d’une histoire du salut, c’est-à-dire d’un rapport entre Dieu et l’homme inscrit dans le temps. Et il me semble que c’est extrêmement important car le récit qui est fait là nous fait sortir d’une faute originelle au sens où elle serait le temps 0 de l’histoire pour nous placer devant une faute déjà inscrite dans une histoire des hommes, même s’ils ne sont que deux, même si celle-ci est mythique. Car finalement qu’est-ce que l’histoire du salut que nous raconte l’ensemble de la Bible, l’histoire du salut que nous continuons de vivre aujourd’hui, c’est l’histoire de la Parole de Dieu adressée et réadressée à l’homme, c’est l’histoire de la Parole de Dieu transmise par les hommes à leurs contemporains et aux générations futures. Le récit que nous lisons finalement ici n’a rien d’original pour nous, il est l’archétype de ce que nous vivons au quotidien et de ce que nos prédécesseurs ont vécu, notre difficulté à nous conformer à la parole de Dieu.

 

Mais l’interdit me direz-vous ? Cet interdit posé par Dieu dont la transgression va bouleverser notre nature, l’interdit de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. D’abord quel est-il ou plutôt qu’est-ce qu’il n’est pas ? Regardons nous et regardons le récit. Il n’est pas la possibilité de transgresser ou la liberté puisque la femme et l’homme du récit ont eu tout loisir de choisir de manger de ce fruit. Il n’est pas la connaissance absolue. Si l’homme et la femme du récit l’avaient eu, ils s’y seraient peut-être pris à deux fois avant de manger de ce fruit, quant à nous, je crains malheureusement que nous ne l’ayons toujours pas. Alors quel est-il ? Il est celui de renier notre nature d’être créé, de mettre ailleurs qu’en Dieu ce qui nous fait vivre. L’interdit n’est ni sur la liberté, ni sur la connaissance, ni même sur le bien et le mal, l’interdit est d’aller contre la Parole de Dieu, c’est-à-dire contre la vie que Dieu nous donne. L’interdit est de sortir de la reconnaissance du don gratuit de Dieu que le jardin d’Eden symbolise. En allant contre la Parole de Dieu, nous nous fermons les portes de la vie donnée gratuitement et en abondance.

Et c’est bien ce que vient nous rappeler Jésus dans ses trois tentations. Jésus qui au trois demandes de Satan qui l’invitent à aller contre la volonté de Dieu, répond par trois paroles de l’Ecriture, trois paroles de Dieu qui le replacent dans la position de l’homme recevant tout de Dieu, dans un amour parfait avec son Père. Plus que de répondre par le bien face au mal, Jésus se resitue dans l’intimité de Dieu. Les quarante jours et quarante nuits nous rappellent que si nous nous barrons les portes du paradis, l’alliance que Dieu nous propose est toujours d’actualité. Le péché n’est ni une origine ni une fin, seul Dieu est l’origine et la fin de notre existence. Et la main de Dieu nous est toujours tendue. Nous sommes tous l’homme et la femme de la Genèse, mais Jésus vient nous montrer qu’il ne tient qu’à nous de choisir de revenir dans l’intimité de Dieu, que sa parole nous est toujours adressée et que nous n’avons qu’à nous l’approprier. Sa parole, Dieu ne cesse de nous l’adresser, les hommes qui y croient ne cessent de nous la transmettre. A nous de l’entendre et d’en vivre.   

 

« En effet, si, à cause d'un seul homme, par la faute d'un seul homme, la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes. » (Rm, 5-18)

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