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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 13:03

 

 

Lectures :

Isaïe 66, 18-21 ; Psaume 116, 1-2 ; Lettre aux Hébreux 12, 5-7.11-13 ; Evangile selon Saint-Luc 13, 22-30

 

 

Quelle tension entre la prophétie d’Isaïe « Parole du Seigneur : Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire : je mettrai un signe au milieu d'eux ! » et l’avertissement du Christ « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. »

 

Cette longue marche que prédit le prophète – « Ils les conduiront jusqu'à ma montagne sainte, à Jérusalem, comme les fils d'Israël apportent l'offrande, dans des vases purs, au temple du Seigneur. » - Jésus est entrain de la préfigurer, lui qui « marche vers Jérusalem ». Il la préfigure et nous en donne une vision plus réelle. Cette marche n’est pas la marche glorieuse et triomphale du Messie conquérant venu récupérer son royaume comme pouvaient l’espérer les juifs de son époque. Et si, le jour des Rameaux, son entrée à Jérusalem se fait sous les acclamations, sa marche vers son Père prendra vite une allure plus tragique qui le mènera aux portes de la mort.

 

La porte étroite que nous propose le Christ, c’est celle de l’amour, un amour qui conduit forcément au service. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13). Voilà l’offrande qui plait à Dieu. Voilà le chemin que le Christ a lui-même tracé pour nous, lui qui s’est fait offrande pour nous. Et la bonne nouvelle c’est que par son offrande parfaite, il nous en donne la force en nous assurant que jusqu’à la fin des temps il sera présent auprès de nous par son Esprit.

 

Cette marche n’est pas une marche personnelle, c’est la marche du peuple Dieu, une marche qui est en même temps une mission. « J'enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n'ont pas entendu parler de moi et qui n'ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou dans des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires. » Le Christ ne s’est pas fait offrande pour un petit nombre de justes, il s’est fait offrande pour toute l’humanité. Il n’est pas venu uniquement pour un peuple de purs mais bien pour appeler les pécheurs à la conversion. Et cette prophétie d’Isaïe, c’est bien la mission de l’Eglise : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ;  et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Finale de Matthieu).

 

L’Eglise ne peut pas se contenter de dire ce qui est bien et ce qui est mal. Elle doit porter cette bonne nouvelle qu’il existe un chemin vers Dieu, un chemin où le Christ lui-même vient au devant de chacun. Un chemin qui est tracé pour tous et peut-être particulièrement pour les pécheurs. L’Eglise doit toujours s’appliquer à elle-même ce souci de conversion permanente, de réforme permanente, afin d’être fidèle à la mission que le Seigneur lui a confiée. Elle doit accepter d’être reprise par le Christ et d’entendre cette mission fondamentale que Saint-Paul nous rappelle : « C'est pourquoi il est écrit : Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent, et : Nivelez la piste pour y marcher. Ainsi, celui qui boite ne se tordra pas le pied ; bien plus, il sera guéri. ». L’Eglise ne peut pas être une forteresse dans laquelle seraient conservés à l’abri les vases purs car l’offrande qu’ils contiennent, comme le prophétise Isaïe, ce sont justement tous nos frères et nos sœurs.

 

Et nous, pauvres pécheurs, nous ne pouvons considérer que nous serons sauvés parce que nous allons à la messe tous les dimanches (ou plus) car l’avertissement de Jésus est très clair : « Alors vous vous mettrez à dire : 'Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.' Il vous répondra : 'Je ne sais pas d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.' ». Car ce n’est pas parce que nous sommes catholiques que nous serons sauvés. L’appartenance à une religion n’est pas la conversion du cœur. Et ce que nous demande Jésus, c’est bien cette conversion, seule offrande qui plait à Dieu. Une conversion qui passe obligatoirement par l’accueil, l’écoute et l’amour de nos frères et de nos sœurs. Pour plagier la première lettre aux Corinthiens, nous pourrions suivre tous les enseignements de l’Eglise, s’il nous manque l’amour, cela ne nous sert à rien.

 

Alors oui nous sommes les héritiers de cette longue histoire d’amour entre Dieu et son peuple, mais ce n’est pas sur l’héritage que nous serons jugés dignes de nous asseoir au banquet de la noce éternelle mais sur ce que nous en aurons fait. « Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. » Ne soyons pas emplis de gloire parce que nous avons "la Vérité" ! Notre vérité c’est le Christ, c’est la Vie de Dieu, et cette Vie n’est pas un bien que nous possédons, prisonnière, pour nous assurer l’entrée dans la Jérusalem céleste. C’est un chemin, un chemin que la Parole de Dieu nous rappelle être un chemin d’humilité et de service, un chemin que le Christ a tracé pour nous en allant jusqu’à donner sa vie. « Son amour envers nous s'est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur ! » C’est sur ce chemin qu’il nous attend, présent dans chacun de nos frères et de nos sœurs.

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 22:03

 

Les textes de ce dimanche nous parlent de la foi. Une foi qui repose sur les promesses et le don de Dieu. En bon pédagogue, Jésus, avant même de nous donner des recommandations sur notre manière de vivre nous rappelle que ce qui nous permettra de le suivre et d’agir selon la volonté de Dieu c’est l’assurance que Dieu nous a donné le Royaume. « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » (Lc 12, 32)

 

La foi, c’est cette formidable assurance que Dieu tient ses promesses et qu’il est présent auprès de nous même si nous avons du mal à voir autour de nous le Royaume que nous sommes sensés déjà posséder. C’est cette même foi en la promesse de Dieu qui a permis au peuple hébreu d’attendre la Pâque avec confiance : « La nuit de la délivrance pascale avait été connue d'avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. » (Sg 18, 6). Ou à Abraham et Sarah d’agir selon la volonté de Dieu jusque dans le sacrifice de leur fils unique (He 11, 8-19).

 

« Frères, la foi est le moyen de posséder déjà ce qu'on espère, et de connaître des réalités qu'on ne voit pas. » nous dit l’auteur de la Lettre aux hébreux (He 11, 1). Et il est bien là notre malheur. C’est que nous ne voyons pas ! Pourtant, parmi les fruits du Royaume que Jésus énonce aux envoyés de Jean-Baptiste est mentionné que les aveugles voient. Alors quels aveugles sommes nous ?

 

La Lettre aux hébreux développe deux grands thèmes : celui du sacerdoce du Christ et celui de la foi. Arrêtons nous un instant sur le second. L’auteur le mentionne dès les premiers versets dans un admirable témoignage de la foi : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par un Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui il a fait aussi les éons. Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, lui qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs. » (He 1, 1-3). La Bible de Jérusalem nous explique ce que sont les éons : « Expression pour désigner le monde, mais aussi les deux époques ou dimensions de l’univers, celle caractérisée par le temps, éon présent, et celle caractérisée par l’éternité, éon futur pour nous, mais déjà existant dans l’ « espace » de Dieu ».

 

Cette introduction nous permet de mieux entrer dans la première recommandation de Jésus : « Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux où ni voleur n’approche, ni mite ne détruit. » (Lc 12, 33) Par le don du Royaume, le chrétien qui continue de vivre dans le temps est néanmoins déjà emporté avec le Christ ressuscité dans l’éternité. Une éternité où la justice de Dieu et la charité gouvernent. Faire l’aumône dans le temps, c’est donc à notre niveau faire advenir dans le temps ce qui est déjà pleinement manifesté dans l’Eternité. Œuvre de justice qui redistribue le superflu des uns pour combler la nécessité des autres selon le plan de Dieu, œuvre de charité qui voit dans chaque nécessiteux un frère ou une sœur, le Christ lui-même.

 

De cette même introduction découle tout naturellement la deuxième recommandation du Christ : « Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez semblables vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. » (Lc 12, 35). Car rester en tenue de service, c’est rester dans la tenue du Christ lui-même, c’est vivre à la manière du Christ, faire régner le Christ dans le temps. Et tenir les lampes allumées, c’est témoigner dans le temps de la Résurrection du Christ (lumière pascale), du triomphe de la vie de Dieu sur les finitudes du temps, et l’éclairer de sa Parole. Et cela dans l’attente du jour où la lumière de l’éternité rendra pleinement manifeste à tous le Royaume et le Christ Jésus, « apôtre et grand prêtre de notre profession de foi » (He 3, 1).

 

Mais comme le rappelle l’auteur de cette lettre, « nous devons nous attacher avec plus d’attention aux enseignements que nous avons entendus, de peur d’être entraînés à la dérive. Si déjà la parole promulguée par les anges s’est trouvée garantie et si toute transgression et désobéissance a reçu une juste rétribution, comment nous-mêmes échapperons-nous, si nous négligeons pareil salut ? Celui-ci inauguré par la prédication du Seigneur, nous a été garanti par ceux qui l’ont entendu, Dieu appuyant leur témoignage par des signes, des prodiges, des miracles de toutes sortes, ainsi que par des communications d’Esprit Saint qu’il distribue à son gré. » (He 2, 1-4).

 

Et c’est bien le sens de la réponse de Jésus à Pierre. La rétribution, négative comme positive, est d’autant plus importante que la promesse a été entendue et que le Seigneur compte sur nous pour garantir à notre tour le témoignage que nous avons reçu de nos pères depuis les apôtres jusqu’à nos jours. Nous n’avons pas à être serviteur de nous-mêmes mais serviteur de nos frères et de nos sœurs afin que tous puissent accueillir le salut, le don de Dieu. Ce que le Christ nous a donné lui-même, ce que nous avons reçu en héritage de nos aînés, nous avons à notre tour à le transmettre, sous peine d’être considéré comme de mauvais intendants des biens de Dieu. Car nos témoignages de foi, à la manière des témoignages des grandes figures de l’Ancien Testament récapitulés dans le chapitre 11 de la Lettre aux hébreux, sont nécessaires à l’action de Dieu. Et plus nous sommes conscients d’avoir reçu, plus nous sommes riches de ce don, plus nous sommes invités à le transmettre, à l’offrir à ceux qui sont pauvres de la connaissance du don de Dieu. Voilà la véritable aumône à laquelle le Christ nous appelle, celle pour laquelle il nous déclare : « Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ». Chez nos prochains, c’est-à-dire en Christ.

 

Alors évidemment, nous pouvons nous récrier que ce n’est pas parce que nous annonçons le salut qu’il sera entendu. Mais le Christ nous en demande-t-il plus ? Ayons la foi et croyons dans la force de cette Parole. « Vivante, en effet, est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur. Aussi n’y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte. » (He 4, 12-13).

 

Car, le véritable souci du Christ est bien que personne ne puisse le prendre pour un voleur, venant sans prévenir et donc sans être attendu. Ne nous replions donc pas dans des logiques religieuses de pureté, ce n’est pas ce qui nous est demandé. Allons annoncer Jésus-Christ à tous les hommes et toutes les femmes, portons les lumières de la Parole et de la Résurrection en témoignant, comme des serviteurs et non comme des maîtres. Nous sommes des aveugles qui voient. Comme Paul Klee qui disait « l’art ne reproduit pas le réel, il le rend visible », ne cherchons pas à reproduire les réalités d’un Royaume fantasmé dans nos liturgies et nos théories, mais tentons à tâtons, par toute notre vie communautaire et personnelle, de le rendre visible.

 

Lectures : Sg 18, 6-9 ; Ps 32 ; He 11, 1-2.8-19 ; Lc 12, 32-48
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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:27

 

« Ce que tu auras mis de côté qui l’aura ? »

 

Dans les textes de ce dimanche, c’est toute la tradition des Vanités qui est mise en lumière à travers ses deux expressions latines : Vanitas de vanitas omnia est vanitas et Memento mori.

On imaginerait assez bien, sortant des bas côtés obscurs de l’église, un franciscain à la bure sombre monter en chaire et, un crâne à la main, se lancer dans un long sermon sur l’inintérêt des possessions et des choses de la vie.

 

La tradition, depuis les Pères de l’Eglise, s’appuyant sur nombreux textes des livres de la Sagesse, des Proverbes, de Job ou de certains psaumes, n’a cessé d’exhorter les hommes à se détacher des biens de ce monde pou se préparer à la richesse des dons célestes. La formule la plus ramassée en est sans aucun doute celle de cette première lecture de L’Ecclésiaste : « Vanités des vanités, tout est vanité. » à entendre dans l’esprit de sa finale « avant que la poussière ne retourne à la terre comme elle en vint et que le souffle de la vie ne retourne à Dieu qui l’a donné. »

 

Mais n’irait-on pas trop vite en condamnant les biens de ce monde et en en faisant une des causes de notre possible perdition ? Dans les vanités des écoles du Nord, inspirées par la Réforme ou la Devotio Modernales artistes peignent des natures mortes où les détails, les modelés des matières, la brillance des orfèvreries rendent hommage aux possessions terrestres, parmi lesquelles viennent souvent se mêler la connaissance (livre) ou les arts (instruments de musique ou pinceaux). Il n’est pas pour eux question de les condamner mais d’amener le spectateur à faire de sa conscience le principal sujet du tableau, à écrire lui-même le chemin qu’il peut prendre à travers ces possessions pour que de vaines elles deviennent sens. Les artistes de la contre réforme, eux, croyant plus à l’exemplarité des saintes figures qu’à l’intelligence éclairée du disciple, ont exploités en particulier Marie-Madeleine et Jérôme comme figures de renoncement et véritables modèles de passage du monde terrestre au monde céleste. Mais si l’on y regarde de plus prêt, même eux, dans leurs représentations, sans parler de la présence du crâne, ne sont pas dénués d’attributs relevant de la possession. Jérôme possédait la connaissance des Ecritures, symbolisée par une Bible, et le cardinalat, symbolisé par le chapeau rouge. Marie-Madeleine possédait le vase de parfum de la pénitente du repas chez Simon et les longs cheveux ayant essuyés les pieds du Christ des saintes pénitentes de l’Evangile avec lesquelles elle était confondue. Des possessions que ces deux saints ont offertes à Dieu et à leurs prochains.

 

vanite_Claesz.jpg      st-jerome-georges-de-la-tour.jpg

Pieter Claesz, Vanité, 1630                                                                 Georges de La Tour, Saint Jérôme pénitent

 

Dans les deux cas finalement, à des degrés divers, ce ne sont pas les possessions qui sont en jeu mais bien la manière de les vivre et de les mettre au service de celui sans qui rien ne serait et qui donne tout, Dieu. Car la question de l’héritage, du partage, des fruits du labeur, est avant tout la question de l’héritage des dons et promesses de Dieu, de leur partage entre tous les hommes, du fruit inépuisable de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ qui fait de toute chose selon la réponse que l’homme donne à Dieu un objet de mort ou un objet de vie, comme le rappellent les memento mori sculptés représentant une tête janiforme composée pour chacune des faces d’un crâne et de la tête du Christ.

 

En d’autres termes, il ne s’agit pas de condamner l’avoir mais de répondre à la question de la parabole de l’Evangile de ce jour : « Ce que tu auras mis de côté qui l’aura ? ». Cet avoir est-il au service du dessein de Dieu, c’est-à-dire offert pour le bien de tous les hommes, ou reste-t-il un engrangement personnel et stérile : un avoir vain. Ce choix entre la vie et la mort est une question ou plutôt une décision de chaque instant qui n’est pas conditionné par notre future mort (qui peut arriver à chaque instant) mais qui, au contraire, suivant notre réponse, peut transformer cette mort à venir en vie éternelle. Mais le savoir n’est pas suffisant car pour reprendre les mots du mystique Thomas A Kempis : « Au dernier jour, on ne vous demandera pas ce que vous aurez su, mais ce que vous aurez fait. ». Les connaissances de Dieu et du Salut peuvent être elles aussi vanités.

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 23:04


Ce texte de Marthe et Marie m’a toujours intrigué et la lecture qui en est faite trop souvent sur la vie contemplative et la vie active ne me parle absolument pas. Je ne vois pas le rapport avec le texte.

 

Ce qui me frappe, en premier lieu, c’est l’étonnante proximité entre Marthe et Jésus. Comme si Jésus était un familier de la maison. C’est à lui que Marthe s’adresse et non à sa sœur et elle lui parle avec une franchise et une sincérité déconcertante. Elle n’interpelle pas Marie pour qu’elle vienne lui donner un coup de main, elle interpelle le Seigneur pour savoir si cela ne le dérange qu’elle fasse tout et que sa sœur reste à ses pieds à l’écouter. Cette proximité est également palpable dans la réponse de Jésus.

 

Ce qui paraît évident, c’est le sens de la deuxième partie de la réponse de Jésus « Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. ». La meilleure part c’est Jésus lui-même. Marie comme une femme amoureuse s’est assise à ses pieds et écoute sa parole. Le texte ne dit pas si elle le questionne, ni même de quoi il l’entretient. Simplement qu’elle est en sa présence, en présence de la parole de Dieu et que rien ne peut lui sembler plus important. Et c’est cet attachement, ce lien que Jésus refuse de briser même s’il a tout à fait conscience du travail d’organisation que Marthe porte toute seule.

 

La première partie de sa réponse est plus complexe : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. » Je ne crois pas qu’il donne tort à Marthe de faire en sorte que tout se passe pour le mieux dans la maison. Une Marthe qui visiblement s’agite comme Abraham s’était agité aux chênes de Mambré, afin que l’accueil soit à la hauteur de l’invité. Il ne lui dit pas « Marthe, Marthe, où es-tu ?» comme le Seigneur l’avait demandé à Abraham à propos de sa femme Sarah qui avait participé à l’accueil en pétrissant les galettes mais qui n’était pas venue à la rencontre du Seigneur. L’inquiétude de Marthe qu’il mentionne et même son agitation montrent, comme les courses et la hâte d’Abraham, que Marthe a parfaitement saisie l’importance de l’invité qu’elle reçoit et qu’elle appelle Seigneur. Elle en a saisie l’importance, elle est pleinement en figure d’accueil et comme Abraham elle les traduits avec les codes humains et culturels de son temps : en organisant une réception digne de son hôte, souhaitant, comme toute bonne maîtresse de maison que tout soit parfait et désirant comme toute maîtresse de maison que la maison entière participe à l’organisation.

 

Et c’est là que la réponse du Christ est étonnante. Lui qui vient de nous expliquer dans la parabole du bon samaritain que l’amour que nous portions à Dieu passait par des gestes humains d’attention à nos frères semble dire ici que ces mêmes gestes sont finalement non nécessaires quand il est présent. La seule nécessité étant de l’accueillir en vérité en s’asseyant à ses pieds.

 

Cette parole du Christ prend alors toute sa richesse quand nous l’entendons à la messe où nous célébrons sa présence réelle. Elle s’adresse à tous les liturges et apprentis liturges qui comme Marthe sont proches du Seigneur. Elle s’adresse à leurs inquiétudes et leurs agitations et leur dit qu’il n’y a qu’une chose qui importe à Dieu dans la célébration de ses sacrements : que les fidèles puissent, comme Marie, s’asseoir à ses pieds et entendre sa parole. Elle ne dit pas que le déploiement des actions liturgiques est mauvais, elle dit qu’il n’a un sens que si ce qui est recherché est bien la possibilité pour ceux qui y participent d’accueillir le Seigneur et sa parole, d’avoir un accès direct au Seigneur. Et pour ma part je crois que la messe telle que nous la célébrons, avec des paroles et des gestes que nos contemporains ne comprennent plus, est loin de répondre à cette parole de Jésus.

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 23:18


Curieux passage de l’Evangile où Luc croise les temps. Situé dans la montée de Jésus vers Jérusalem (9,51-19,44) et plus particulièrement dans un ensemble où le Christ explique ce qu’il attend de ses disciples (9,51-13,21), cet appel des soixante-douze semble être également une invitation à la mission destinée à l’Eglise, aux disciples de Jésus-Christ, mort et ressuscité. Temps de l’Evangile ou Eschatologie, montée vers la Passion ou attente du retour glorieux, une chose semble certaine, la mission n’est pas réservée aux douze.

 

Les soixante-douze désignés sont envoyés devant le Seigneur, comme Jean-Baptiste, le précurseur, celui qui a marché devant le Seigneur pour lui préparer le chemin, pour révéler à son peuple qu'il est sauvé, que ses péchés sont pardonnés (Lc 1,76). Soixante-douze, comme les nations païennes (ou peut-être soixante-dix comme les soixante-dix traducteurs de la Septante), un nombre qui nous fait penser que « toutes les villes et localités où lui-même devait aller » ne désigne pas simplement les villages se situant sur la route de Jérusalem mais toutes les villes et localités du monde dans lesquels vivent l’ensemble des hommes et des femmes auxquels la Bonne Nouvelle s’adresse, tous ceux et toutes celles qui sont appelés à recevoir la Paix.

 

Pourtant, si le texte est explicite sur la Bonne Nouvelle à annoncer, « Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : 'Le règne de Dieu est tout proche de vous.' », le « Mais » qui suit nous montre à quel point la question de la réception de cette nouvelle n’est pas évidente. Et ce problème n’est pas lié aux disciples !  

 

Ce qui est à annoncer, Jésus l’a proclamé en citant Isaïe (Lc 4, 16-20) : « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer aux prisonniers la délivrance, et aux aveugles qu'ils verront la lumière, renvoyer les opprimés dans la délivrance, proclamer une année d’accueil du Seigneur. » Relire ce texte nous permet d’éclairer la demande faite au soixante-douze, la demande qui est faite aux disciples. Comme les soixante-douze, Jésus est envoyé. Il est envoyé pour proclamer la Bonne-Nouvelle, c’est-à-dire l’accès à la délivrance et à la pleine lumière. Mais pas seulement pour la proclamer, il est également envoyer pour la réaliser, pour renvoyer les opprimés dans la délivrance. Ainsi pour reprendre les mêmes termes, Jésus envoie ses disciples pour renvoyer les malades à la Vie et proclamer : ‘Le règne de Dieu est tout proche’. A nous aussi, il est donc demander de ne pas seulement proclamer le Royaume mais bien aussi déjà de le réaliser. C’est même la première chose qui nous est demandé afin que la proclamation puisse être entendue de nos contemporains et qu’ils accueillent le Seigneur.

 

Car ce fameux « Mais » se situe bien au niveau de l’accueil du Seigneur ou plus exactement de sa demande pressente de se prononcer de manière personnelle – « Et pour vous qui suis-je ? » (Lc 9, 20). Jésus sait très bien que sa proclamation, pas plus que celle de ses disciples, ne fera l’unanimité. Un peu plus loin dans l’Evangile, Luc regroupe trois paroles où Jésus parle à la première personne (Lc 12, 49-53) : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ;  ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. » Trois paroles difficiles à interpréter mais où on peut lire dans le feu, l’Esprit-Saint de la Pentecôte, et dans le baptême prédit, sa Pâques. La Paix promise, la Paix que ses disciples doivent annoncer est une Paix qui demande l’engagement personnel de celui qui la reçoit. C’est une Paix qui, comme toute la promesse de Dieu, n’est pas un choix imposé à l’homme. C’est une Paix qui se reçoit dans une relation de confiance, dans une reconnaissance de celui qui l’annonce et l’offre.

 

Tout l’enjeu de la mission est donc de ne pas proclamer une vérité imposée mais bien de mettre en place un dialogue avec les hommes et les femmes de notre temps, de faire naître une confiance, de faire apparaître les signes du Royaume afin que chacun puisse librement choisir de reconnaître le Seigneur et de l’accueillir. Notre mission est de renvoyer l'homme à la délivrance et non à la captivité.


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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 23:32


Et si Jésus m’apparaissait aujourd’hui et me posait cette question « Et pour toi qui suis-je ?», quelle réponse lui ferais-je ?

 

A vrai dire je ne sais pas trop. Peut-être bredouillerais-je un « Tu es Jésus le Christ, Fils de Dieu » comme nous le récitons dans le Credo. Et finalement je ne serais pas loin de la réponse de Pierre : « Tu es le Messie ». Mais je sais bien que cette réponse n’aurait pas le poids de celle de Pierre. Elle aurait plutôt la légèreté d’une question réponse de catéchisme appris par cœur. Car finalement en répondant cela je ne répondrais pas à la question de Jésus : « Pour toi qui suis-je ? » mais à la question « Pour un Chrétien qui est Jésus ? ». Et cette question là, je crois que Jésus n’en a rien à faire.

 

Car pour répondre à cette question, il y a un présupposé de taille… c’est d’avoir une relation avec Jésus, d’avoir appris à le connaître, d’avoir décidé de le suivre et surtout d’avoir accepté de découvrir à sa suite que je suis en manque de lui, en manque de la vraie vie. Et cela, je le confesse humblement, ce n’est pas gagné.

 

Bien sûr, je me dis chrétien. Bien sûr, je peux dire que Jésus vient accomplir la promesse, qu’avec lui le Royaume est déjà là comme il l’annonce à Jean-Baptiste. Mais si au fond de mon cœur et dans ma vie, ce désir du Royaume ne crée pas un manque, dire que Jésus est le Messie n’a aucun sens. J’aimerais être assoiffé de justice, assoiffé de bonheur, assoiffé de Dieu car là je pourrais accueillir la question de Jésus et lui répondre « tu es les torrents d’eaux vives qui me désaltèrent et qui désaltèrent mes frères et mes sœurs », ce qui serait une autre manière de dire tu es le Christ ou le Messie. Mais je bois à tant de petites sources, y compris la sienne, que je ne sens pas toujours la soif et qu’il m’est parfois bien difficile d’accueillir sa parole : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. ».

 

Finalement, si Jésus m’apparaissait aujourd’hui et me posait cette question, je crois que j’emprunterais une autre réponse à Pierre, un peu « à côté de la plaque » mais qui serait peut-être beaucoup plus juste : « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ».

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 15:21


Et si nous écoutions un sermon remarquable aujourd’hui, un sermon silencieux. Philippe de Champaigne, comme Pierre de Bérulle, était convaincu que la meilleure manière de servir l’Evangile était de le laisser se déployer par une mise en scène humble. Ce Repas chez Simon, conservé au Musée de Nantes en est un exemple remarquable. A l’image du personnage qui pose un doigt sur ses lèvres pour nous inviter à l’écoute, l’ensemble du tableau frappe autant par son silence que par la finition réaliste de chaque détail.

 

champaigne-simon-nantes.jpg


Jésus et Simon sont couchés dans une presque parfaite symétrie, soulignée par l’architecture du triclinium. Seul le jeu de regard et l’attitude des mains rompent cette symétrie. Jésus regarde Simon, Simon regarde la femme qui elle ferme les yeux. Jésus désigne la femme de sa main droite, deux doigts tendus, trois repliés, du signe de la miséricorde et de la bénédiction. Simon repousse la scène d’une main ouverte. La femme enlace de ses mains les pieds de Jésus. Car, cette femme qui semble s’être imposée dans cette magnifique composition classique est finalement le réceptacle silencieux et certainement involontaire de tous les gestes des deux principaux protagonistes.

 

Dans ce double jeu de regards et de gestes tout est dit de ce passage de l’Evangile : l’accueil du Christ, le refus de Simon, l’amour de la femme. Tout est dit jusque dans les moindres détails et c’est là que le réalisme de Philippe de Champaigne est l’humble servant de ce texte. Des détails qui sont bien évidemment difficiles à voir sur cette reproduction ! Je n’en relèverais que deux.

 

Le premier c’est la  tenue de Simon finement brodée d’écritures. Sur son bonnet est inscrit le célèbre « Ecoute Israël » (Dt 6,4) adressé par Dieu à son peuple ; sur le bas du manteau, « Je suis le seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte » et sur le haut du manteau, « Tu ne feras pas d’Idole ». Simon est ainsi représenté comme un pharisien qui totalement enfermé dans la loi, est devenu sourd à la Parole et au pardon de Dieu, un pharisien qui a fait de la Loi une idole qui l’empêche d’entendre le Verbe de Dieu fait homme lui annoncer la Bonne Nouvelle.

 

Comment ne pas entendre alors dans ce dialogue visuel, les paroles de Saint-Paul : « Frères, nous le savons bien, ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c'est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste en pratiquant la Loi. » (Ga 2). D’autant que Philippe de Champaigne ajoute à la scène deux personnages : le chien, symbole du prophète préfigurant le sacrifice du Christ, et le chat, associé au cycle éternel de la lune, symbole de la résurrection du Christ et de sa vie éternelle. « Grâce à la Loi (qui a fait mourir le Christ) j'ai cessé de vivre pour la Loi afin de vivre pour Dieu. […] Il n'est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c'était par la Loi qu'on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien. » (Ga 2).

 

Le second détail, c’est la riche cassolette, le brasero à parfum, qui est disposé au premier plan. On ne pourrait la considérer que comme un élément décoratif qui avec l’architecture de colonnes et d’oculi, les deux banquettes et la perspective du dallage permettent au peintre d’unifier l’espace de sa scène. Mais elle a pour moi deux autres significations. La première est tirée directement de l’épisode évangélique. Elle représente l’opposition entre Simon et la femme ou entre les deux débiteurs de la parabole de Jésus. Comment en effet ne pas comparer la simplicité du pot de parfum de la femme et la somptuosité du brûle parfum de Simon avec l’amour de la femme et le rejet de Simon ? Et se souvenir de cet autre passage de l’Evangile où une pauvre veuve donne une obole prélevée de son nécessaire. « En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. Car tous ont mis en prenant sur leur superflu; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. » (Mc 12,44).

 

Mais cette cassolette est également le point de départ d’une ligne médiane dans le tableau sur laquelle est également située la table du repas et un rideau qui s’ouvre. La table du repas est recouverte d’une nappe blanche sur laquelle sont disposées deux pains et des fruits dont du raisin. Il serait difficile de ne pas y voir l’autel eucharistique. Cette table à la quelle, même si c’est lui qui est l’hôte, Simon est invité. Mais également cette table dont il se détourne comme le montre le pain intact de son côté et déjà rompu du côté de Jésus. Le rideau qui s’ouvre peut alors être lu comme une préfiguration du rideau du temple, qui se déchirera à la mort de Jésus. Et finalement ce brasero symbolise le temple ancien où l’on faisait monter des parfums vers un Dieu caché alors que le petit pot de parfum de la femme a été versé sur les pieds de Dieu présent parmi les hommes. Une présence que Jésus souligne lui-même dans ce tableau en se désignant de la main gauche et non en désignant le ciel pour désigner Dieu comme cela est si courrant.

 

Car finalement que nous disent les lectures de ce jour en nous parlant du pardon et que nous dit cet admirable tableau de Philippe de Champaigne ? Ils nous disent que nous ne croyons pas à un Dieu distant qui a l’image des dieux anciens et des mythologies païennes aurait édicté des règles de conduites pour les humains afin de les maintenir sous sa puissance. Mais que nous croyons à un Dieu qui s’est incarné par amour, qui est mort par amour, qui nous sauve et nous fait participer à sa vie éternelle par amour. Si le rideau s’ouvre sur nos fautes comme sur nos vies, c’est parce que Jésus, vrai Dieu, est au milieu de nous comme il est au centre du tableau. Et l’appel qu’il adresse à Simon comme à chacun d’entre nous ne tient pas dans une litanie de règles, de lois et d’interdits mais dans ces deux simples mots : « aime-moi » !


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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 23:53

 

Aujourd’hui l’Eglise fête le mystère de la Très Sainte Trinité. Contemplons la !

 

Pour moi une des plus belles représentations de la Trinité est sans aucun doute celle d’Enguerrand Quarton dans le Couronnement de la Vierge (1453 pour les chartreux de Villeneuve-lès Avignon). Le Père et le Fils ont le même visage et les ailes du Saint-Esprit semblent toucher leurs bouches comme si il était leur dialogue, leur relation.

 

lecouronnementN.jpg


Elle illustre tout à fait ce que dit Jésus de lui-même, de son Père et de l’Esprit dans l’Evangile de Jean et tout particulièrement le passage que nous entendons aujourd’hui : « En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. » (Jn 16, 13-15)

 

Alors nous pourrions rester béats devant ce tableau, rester émerveillés par cette construction parfaite que la tradition théologique a petit à petit dessinée avec une minutie remarquable et des termes et concepts bien complexes.

 

Pourtant, très vite, dès le XVe siècle, les peintres vont abandonner cette représentation identique du Père et du Fils pour représenter l’un plus vieux et barbu et l’autre sous son aspect humain. Et je crois que les textes de ce jour nous invitent à la même chose. Car ce qui importe dans la Trinité telle qu’elle nous est révélée ce n’est pas la perfection de sa représentation mais la formidable expression de la communication aimante de Dieu. Une communication entre les personnes divines comme nous le rappelle Jésus, mais également une communication avec les hommes et les femmes qu’il aime et qu’il appelle.

 

Une communication qui passe par l’Incarnation du Fils et son dialogue avec les hommes et les femmes de son temps. Une communication qui nous est donnée par l’Esprit qui vient éclairer les paroles que les témoins de cette rencontre du Fils et des hommes nous ont laissées mais également la rencontre entre Dieu et les hommes aujourd’hui toujours à l’œuvre.

 

La pédagogie divine, depuis le début de l’histoire qui unit Dieu et les hommes, nous montre que Dieu n’est pas souvent là où on l’attend, qu’il ne ressemble pas aux images (aux idoles) qu’on se fait de lui. Dieu ne se laisse pas enfermer dans des schémas car Dieu est toujours celui qui a l’initiative, celui qui transforme notre vision du monde, de l’autre, de Dieu lui-même.

 

La magnifique première lecture qui laisse la parole à la Sagesse en témoigne. Elle est virevoltante et espiègle la Sagesse ! « J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » (Pr 8, 30-31). Cette Sagesse que Dieu a faite pour lui, cette Sagesse engendrée, déjà présente au moment de la création, a suscité bien des commentaires. On a cherché à la mettre elle aussi dans une case. Pour les uns c’était le Christ, pour les autres l’Esprit… pour moi c’est justement ce qui nous empêche de nous prendre, nous, au sérieux en essayant de figer Dieu dans des mots et des schémas.

 

Elle joue devant Dieu, elle joue sur la terre et, chose admirable, elle trouve ses délices avec les hommes et les femmes que nous sommes. N’est-ce pas finalement la chose la plus remarquable ! La Sagesse issue ou engendrée de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même, car comment ce qui viendrait de Dieu pourrait être contraire au désir de Dieu, trouve ses délices à notre fréquentation. « Qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ? » (Ps 8, 5)

 

C’est cette amitié de Dieu, éprouvée, renouvelée, définitivement actée en Jésus-Christ qui est le cœur de la Bonne Nouvelle. C’est cette amitié insensée, que nous recevons en héritage dans la foi, particulièrement dans le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui nous permet de dire avec Paul « l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5, 5)


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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 13:01


Le récit de la Pentecôte se termine par ce très beau témoignage du monde : « Tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. » (Ac 2,11).

 

Aujourd’hui, nous sommes tous fatigués de lire ou d’entendre les critiques que le monde fait à l’Eglise, des critiques parfois bien justifiées. Les adolescents nous disent combien il est difficile pour eux d’être chrétiens face à leurs camarades, des chrétiens engagés baissent les bras, l’Eglise institutionnelle semble se raidir sur des positions dans lesquelles il est bien difficile de discerner les merveilles de Dieu.

 

Oui, il est bien difficile d’être chrétien aujourd’hui. Mais pas pour les raisons que nous invoquons. En fait il a toujours été difficile d’être chrétien ! C’est difficile parce que cela nous engage nous, dans notre propre vie. Et je dirais même que c’est impossible si nous prenons les choses à l’envers comme bien souvent nous le faisons. Car être chrétien ce n’est pas se plier à un certain nombre de règles, à un certain nombre de lois, à une pratique religieuse et à la défense désespérée d’une institution malmenée. Etre chrétien c’est accepter de suivre Jésus et de devenir, avec lui et en lui, fils et fille de Dieu.

 

C’est cela que nous apporte l’Esprit de Pentecôte.

« L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : ‘Abba !’ » (Rm 8)

« Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14,26)

 

L’Esprit de Pentecôte nous fait suivre Jésus en nous permettant de nous mettre à son écoute en découvrant à travers les Evangiles sa parole et son enseignement, en y découvrant d’abord pour nous-mêmes la merveilleuse promesse accomplie qui nous est faite : la vie de Dieu. Car nous sommes tous appelés personnellement par Jésus à entrer dans cette vie et nous ne pourrons jamais en témoigner si nous n’y entrons pas d’abord, si nous n’acceptons pas d’abord d’être configuré à Jésus-Christ, d’être adopté pleinement par le Père.

 

Tout le reste n’a pas de sens, tout le reste n’a pas de possibilité si nous ne choisissons pas d’abord d’être des baptisés dans le Christ, des fils et des filles de Dieu.

 

Ecoutons Jean ! Au lieu de partir en guerre contre des armées de moulins, répondons à l’appel de Dieu : aimer son Fils. Tout le reste suivra naturellement. « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l'Esprit de vérité. Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » (Jn 14)

 

Ce n’est pas parce qu’ils étaient des surhommes, parce qu’ils étaient diplômés en théologie catholique, que les apôtres ont reçu les flemmes de l’Esprit et ont su parler au monde (parfois avec difficulté !). C’est parce qu’ils avaient appris à aimer Jésus, qu’ils l’avaient suivi, qu’ils avaient péniblement été à l’écoute de son enseignement depuis son baptême jusqu’aux dernières apparitions et à l’Ascension. Et nous, nous voudrions avoir la même efficacité sans efforts, en rabachant des formules toutes faites, des passages de catéchismes et des bonnes intentions.

 

Ce qui nous manque vraiment c’est l’envie. Dieu nous offre la vie et, nous, nous daignons être chrétiens, parfois même nous nous autoglorifions de rester chrétien dans un monde hostile. Mais Dieu n’a que faire de nos petits états d’âme de chair ! Il veut des fils et des filles pour un monde que lui aime passionnément. Baptisés dans le Christ, toute notre force est là mais tout notre combat est là aussi. Nous avons reçu l’Esprit, c’est un don immense mais ce n’est pas une sinécure. « Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair. » (Rm 8)

 

On se demande souvent à quoi sert le sacrement de confirmation alors qu’on a reçu pleinement l’Esprit Saint au baptême. Et bien je crois que Dieu qui nous connaît mieux que nous-mêmes, a justement voulu nous suggérer qu’être baptisé n’était pas une fin mais le début d’un long parcours à la découverte de Jésus, un long parcours de vie à l’écoute de l’Esprit, et qu’avant d’être adulte dans la foi et espérer être des témoins crédibles de Jésus-Christ il fallait du temps. A la confirmation nous recevons une nouvelle fois l’Esprit, cet Esprit de Pentecôte, pour aller annoncer au monde les merveilles de Dieu. Nous le recevons une nouvelle fois après un temps d’enseignement (le catéchisme) et de vie ecclésiale nourrie des sacrements de l’eucharistie et de la réconciliation. Nous le recevons une nouvelle fois pour être des baptisés adultes, pour vivre pleinement de notre baptême en Jésus-Christ, pour être des fils et des filles de Dieu, rendus par lui participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ dans la mission que tout le peuple de Dieu accomplit dans l’Eglise et dans le monde.

 

Le monde a toujours besoin de Dieu. Dans cette année sacerdotale, nous avons tous, clercs et laïcs, à mettre en œuvre ce que nous prions en célébrant le sacrement de l’eucharistie : « Et maintenant, nous te supplions, Seigneur : par le sacrifice qui nous réconcilie avec toi, étends au monde entier le salut et la paix. » (prière eucharistique 3)

 

En ce jour de la Pentecôte, prions pour que l’Esprit Saint nous redynamise, qu’il fasse de nous des fils et des filles de Dieu et de son Eglise un peuple de baptisés.  Prions pour qu’il nous permette de toujours faire résonner aux oreilles du monde les merveilles de Dieu.


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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 13:06

 

« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » (Jn 17, 20-21). L’amour qui unit le Fils et le Père est trop fort pour rester en vase clos. Dans l’évangile de Jean quand Jésus parle de la relation qui l’unit au Père, il associe toujours les disciples, les hommes ou le monde. L’amour de Dieu est une force dynamique qui invite tous les hommes et toutes les femmes à participer à cette communion que Dieu propose.

 

Cette communion avec Dieu est tout à la fois le but ultime qui nous est proposé et dès aujourd’hui le témoignage de la promesse qui nous est faite. « Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » (Jn 17, 21-23)

 

Cette communion repose sur l’unique commandement : « Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi, vous serez pour moi des disciples. Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 8-13)

 

« Voici que je contemple les cieux ouverts : le Fils de l'homme est debout à la droite de Dieu. » (Ac 7, 56). C’est cette communion parfaite qu’a vécue Etienne à qui il a été donné de voir Jésus à la droite de son Père, tel que nous le verrons quand nous seront tous rassemblés dans la Jérusalem céleste, quand nous serons dans la communion parfaite et définitive avec notre Dieu, selon la parole de Jésus « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant même la création du monde. » (Jn 17,  24).

 

Cette communion du Peuple et de son Dieu, l’Eglise la préfigure et en témoigne. Mais ce qui nous unit à Dieu n’est pas notre participation à l’Eglise mais le fait que nous acceptions de vivre de l’amour de Dieu et de le transmettre, d’entrer dans cette dynamique qui vise à l’unité dans la parfaite communion avec Dieu.

 

Et le seul médiateur pour entrer dans cette dynamique, c’est Jésus-Christ. Lui qui ayant reçu tout de son Père, qui vivant la parfaite communion avec son Père, peut seul nous entraîner dans cette dynamique. Lui qui nous propose le bonheur du baptême afin d’entrer dans la vie : « Heureux ceux qui lavent leurs vêtements pour avoir droit aux fruits de l'arbre de vie, et pouvoir franchir les portes de la cité. » (Ap 22, 14)

 

C’est pourquoi l’Eglise animée par l’Esprit-Saint ne doit cesser d’appeler les hommes et les femmes à se tourner vers le Christ. C’est pourquoi, si nous participons à cette dynamique divine, nous sommes obligés, à notre tour, d’appeler les hommes et les femmes à se tourner vers le Christ. « L'Esprit et l'Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu'il dise aussi : « Viens ! » Celui qui a soif, qu'il approche. Celui qui le désire, qu'il boive l'eau de la vie, gratuitement. » (Ap 22, 17)

 

Viens !


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