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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 00:05

L’un des paradoxes de la notion de conscience, c’est qu’au moment où le mot prend une importance jamais atteinte et que résonnent quotidiennement les appels à la conscience de chacun, s’insinue un doute radical sur sa réalité. Les nouvelles questions morales soulevées dans nos sociétés par les progrès techniques et biologiques ou la globalisation des échanges, obligent chacun d’entre nous à arbitrer « en conscience ». Dans le même temps, la philosophie et les sciences humaines ont des arguments sérieux pour nous faire douter de la possibilité d’exercer librement et en conscience notre jugement, prisonnier que nous sommes d’un réseau de présupposés et de préjugés qui nous précèdent.

Disons-le simplement, pour juger en conscience, il faut pouvoir dire « je », et toute la question est bien de savoir s’il y a un espace libre pour ce « je ». La réflexion religieuse  classique le pointe bien quand elle souligne le poids de ce qu’elle appelle le péché. Selon elle, je peux juger en conscience, mais ma conscience étant altérée par le péché et je dois l’éclairer afin de discerner le bien.

Aujourd’hui, les sciences humaines soulignent à quel point notre jugement est lié à notre histoire sociale, familiale et personnelle, sans compter les structures qui nous façonnent, modes de gouvernement, de production des biens, de circulation du savoir et de la culture.

La conclusion semble claire, contrairement à ce que dit mon poète préféré, Arthur Rimbaud, « Je » n’est pas un autre, « Je » est personne.

Et pourtant, aucun d’entre nous ne se résigne à la dissolution du « Je ». Notre « conscience » se rebiffe, et nous sommes capables de citer cent, mille exemples où des hommes, des femmes, se sont dressés « en conscience », alors, que toute leur éducation aurait dû les conformer à l’obéissance et à la conformité au modèle dominant.

La conscience fait lever des résistants, qui parfois, prennent les armes et impriment des tracts ou qui simplement tiennent d’incroyables et lumineux cahiers au fond d’un Carmel gris.

Cette simple observation nous garantit et nous oblige. À cause de cela, nous sommes rendus à notre conscience, ce lieu intime, à la fois fort et fragile de notre être.

On notera d’ailleurs que le siège de la conscience n’est sans doute pas très éloigné de l’âme, puisqu’il est ordinaire de dire que nous jugeons ou décidons « en notre âme et conscience ».

Les anthropologues traquent l’apparition de la conscience dans les traces humaines préhistoriques, tant il est vrai que conscience est synonyme d’humanité. Et nous, chrétien, affirmons, comme en écho, que la conscience est par excellence la marque de Dieu sur chaque humain, croyant ou pas, trace du « doigt » de Dieu sur nous, lieu de l’appel et lieu de la réponse au destin que Dieu nous offre.

D’évidence, nous ne pouvons céder à quiconque le droit d’en disposer. Prenons-y garde, il ne manque pas de gourous de tout poil, spécialiste du viol de conscience, prêts à nous soulager du poids de ladite conscience, et pour faire bonne mesure, de quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Mais le viol de conscience n’est pas toujours motivé par l’intérêt financier, il  peut aussi viser à assouvir le désir de puissance.

La conscience est le lieu où s’exerce notre liberté, elle est aussi le lieu ou s’insinue notre opposition au dessein de Dieu, notre péché. Pour mieux combattre, donnons-nous de la lumière. Il est toujours à l’ordre du jour d’éclairer notre conscience, sans pour autant en confier la gestion à autrui.



100 mots pour la foi

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commentaires

hourcade 30/03/2010 14:00


merci de ce rappel en conscience.; qu'il me soit permis simplement de renvoyer à la trés belle citation du concile vatican II sur la conscience dans Gaudium et Spes 16 avec son corrolaire sur
la liberté religieuse dans Dignitatis humanae 2... voili voila...


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