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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 13:10

 Bon, ne tournons pas autour du pot, nous sommes face à ce mot devant une évidente contradiction : selon la plus commune observation, le catholicisme serait une affaire « de curés », autant dire de prêtres, or, il est parfaitement clair qu’à aucun moment, ni le Jésus tel que les Évangiles nous le montre, ni les pratiques des premières communautés chrétiennes, ne mentionnent la moindre nécessité de désigner des prêtres. Comment expliquer cela ?

D’abord, en regardant ce qu’est un prêtre selon l’acceptation religieuse commune. C’est l’homme (la femme – il y a des prêtresses dans nombre de religions archaïques) qui est le pont, le méditeur, entre le ou les dieux et les humains. Il manipule un matériaux dangereux, le sacré, matériaux qui ne s’approche qu’avec moult précautions et diverses purifications. Le prêtre demeure comme imprégné par cette contiguïté avec le sacré. En conséquence, il est lui-même comme contaminé, et il vit d’une façon particulière et à quelques distances du commun. Le prêtre s’impose des exercices de purification afin de se préparer au contact avec le sacré et en particulier à la pratique des sacrifices. Il offre au dieu des parts de récolte, du lait, et parfois des sacrifices sanglants d’animaux, exceptionnellement des sacrifices humains.

La pratique du judaïsme au temple de Jérusalem avait farouchement repoussé toute idée de sacrifice humain. Cependant, on y maintenait celle des sacrifices sanglants de bestiaux et bestioles. Cette « industrie religieuse » était confiée à une sorte une caste spécialisée, les prêtres, Cohen, qui étaient réputés être issus de l’une des tribus d’Israël, celle de Lévi. Et parmi eux était chaque année désigné le Grand Prêtre, le Cohen Gadol, qui faisait le grand Sacrifice pour le pardon des fautes de tous le jour du Grand Pardon, Yom Kippour.

Or, le christianisme naissant reconnaît Jésus comme l’unique Grand Prêtre, et sa mort consentie sur la croix comme le sacrifice ultime, celui qui rachète définitivement les péchés de tous. Dès, lors, fin des sacrifices et de la petite industrie qui les pratiquent, et tendanciellement, chômage technique puis disparition des prêtres.

D’ailleurs, l’affaire est toute simple : Jésus-Christ est « l’unique médiateur » et il n’est nul besoin de personne d'autre que lui pour faire le pont entre le ciel et le terre. Ce que Jésus a fait dans son propre corps, s’accomplit dans le peuple lui-même, habité par l’Esprit de Dieu qui enseigne gouverne et célèbre. Ce peuple rassemblé, convoqué, est l’Église, le Corps du Christ. Il est prêtre, prophète et roi et nul ne parle en son nom que lui même.

Alors, d’où sortent les prêtres ? En tous cas, pas du Nouveau Testament, où les seules occurrences du mot concernent le Grand Prêtre juif qui concoure à la condamnation de Jésus, Jésus lui-même, qualifié d’unique et d’ultime Grand-Prêtre dans la Lettre aux Hébreux, et les prêtres des dieux grecs qui reçoivent Paul à coup de pierre.

Force est cependant de constater que les prêtres réapparaissent très vite. Au début, il n’y a que des anciens (presbytres), des apôtres et successeurs des apôtres, qui portent le témoignage de ce qu’ils ont vu et reçu, et des serviteurs de la communauté des croyants, les diacres. On voit aussi surgir ceux qui prennent soin de la communauté et de la foi, ceux qui « ont l’œil sur », les épiscopes.

Dans les commencements, tout cela n’est pas très ordonné, et puis quand on s’organise, sans doute pense-t-on qu’il ne faut pas confier à n’importe qui et n’importe comment ce qui a été reçu du Seigneur. Comment ne pas approuver cette sagesse ? De cette sagesse renaît un ordre, l’ordre des prêtres. En théorie, ils ne sont pas comme les prêtres archaïques, mais en pratique…

En pratique, on en vient à les sacraliser, eux, leur mains, ce qu’ils touchent… Il ne faut pas deux siècles pour que tout rentre dans l’ordre, l'ordre sacré.

Dix-huit siècles plus tard, le Concile de Vatican II hésite encore: le prêtre est-il le serviteur du culte et du sacré ? ou l’homme de la communion et le serviteur de la communauté ?

La réponse, le temps qui passe la fournit, et elle est ambiguë: les prêtres, on a décidé de les recruter de nouveau sur le modèle ancien d’hommes mis à part, en charge du culte et du sacré. Mais le recrutement reste extrêmement difficile, quasi précaire.

 Comme disait Le bienheureux pape Jean XXIII, laissons l’histoire « maîtresse de vie » faire l’arbitrage.

      Difficile de choisir parmi les citation du Catéchisme catholique dont on voit bien qu’il est la caisse de résonnance de la complexité de la question et des différents réponses qui ont été historiquement apportées.

Le paragraphe qui reprend Lumen Gentium, la Constitution dogmatique sur l’Église, et l’explicite montre bien cette difficulté.

CEC 1547 : Le sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des prêtres, et le sacerdoce commun de tous les fidèles, bien que " l’un et l’autre, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ " (LG 10), diffèrent cependant essentiellement, tout en étant " ordonnés l’un à l’autre " (LG 10). En quel sens ? Alors que le sacerdoce commun des fidèles se réalise dans le déploiement de la grâce baptismale, vie de foi, d’espérance et de charité, vie selon l’Esprit, le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun, il est relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens. Il est un des moyens par lesquels le Christ ne cesse de construire et de conduire son Église. C’est pour cela qu’il est transmis par un sacrement propre, le sacrement de l’Ordre.

 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 21:21

 

Encore un mot que devrait par excellence nous tenir dans la paix et l’unité qui nous sépare et nous déchire. Faut-il, comme disaient les mamans à leurs enfants indociles, « que nous ayons le diable » !

Mais de quoi s’agit-il quand nous parlons de présence réelle ? De la certitude que nous avons que Jésus le Christ, mort et ressuscité est vraiment, (pour de vrai) présent dans la célébration eucharistique, mais aussi des mots dont nous usons pour le dire. Les définitions de l’Église catholique insistent en disant que le Christ est réellement présent SOUS la forme du pain et du vin Si je souligne le mot « sous », c’est pour insister sur la forme choisie par l’Église. sous n’est pas dans. Pourquoi ? Tout simplement parce que le pain et le vin, d’une certaine façon, « voilent » la réalité. La réalité, c’est le Corps et le Sang du Seigneur, la forme, c’est le pain et le vin. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter Jésus lui-même le soir le la Cène. Il prend le pain, le partage et dit : « Prenez, ceci est mon corps », puis il bénit la coupe et la leur donne en disant « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude ». (Mc 14 22-24) Évidemment, ce que dit Jésus est totalement vrai. Or, à cet instant, il est présent physiquement en chair, en os, en sang. Le pain et le vin sont bien cependant sa vie livrée, sa chair donnée, son sang versé. Ils le sont vraiment par anticipation, comme ils le sont vraiment dans nos messes célébrées 20 siècles plus tard. Car la réalité dont parle Jésus transcende le temps, elle appartient à l’éternité, au présent éternel de Dieu. Voilà le véritable miracle de la présence qu’accomplit la célébration eucharistique. Le temps est comme transpercé afin que l’événement qui sauve le monde, le don que Jésus Christ fait de sa vie, sa mort par amour, et sa résurrection soit toujours et à jamais présent et efficace pour nous. L’apôtre Paul dans une fulgurance, le dit magnifiquement : « quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». (1 Cor 11, 26). Cette présence du Christ dans l’eucharistie n’est pas une chose dont nous pourrions nous saisir, mais un événement qui nous saisit. Saint Paul, toujours lui, écrit ; « la coupe que nous bénissons, n'est-elle pas communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ » et immédiatement il ajoute, et on l’oublie trop souvent : « Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique ». (1 Cor 11, 16-17)

Le mystique médiéval Jean Tauler méditant sur l’eucharistie nous invite à nous laisser « mâcher par Dieu ». Ce faisant, lui aussi renverse notre vison, il ne s’agit pas de « posséder » le Christ mais de nous laisser posséder par lui, et de devenir tous ensemble, le pain de Dieu. Car si en effet, l’eucharistie est la forme la plus accomplie de la présence du Christ, ce n’est pas seulement dans les saintes espèces, mais aussi dans la communauté des hommes et des femmes qui sont par la communion eucharistique unis au Corps du Christ et en qui se révèle aussi la présence réelle du Seigneur.

Devant une si grande merveille, dont nous n’épuiserons jamais le sens, seule l’humilité convient. Les tentatives produites pas l’intelligence humaine, fut-elle celle de l’Église, n’enfermeront pas la présence eucharistique dans l’étreinte des mots. L’eucharistie a une dimension qui nous dépasse et qui nous échappe. Que Dieu nous garde de la tentation idolâtrique, celle qui nous fait rêver de pouvoir tenir entre nos mains, saisir avec nos mots la grandeur de Dieu.

 

« Adoro te devote », hymne eucharistique rédigé par Saint Thomas d’Aquin.

Adoro te devote, latens Deitas,

Quæ sub his figuris vere latitas :

Tibi se cor meum totum subjicit,

Quia te contemplans totum deficit.

Je T’adore profondément, divinité cachée,

vraiment présente sous ces apparences ;

à Toi mon cœur se soumet tout entier

parce qu’à Te contempler, tout entier il défaille

Visus, gustus, tactus in te fallitur,

Sed auditu solo tuto creditur :

Credo quidquid dixit Dei Filius :

Nil hoc Veritatis verbo verius.

La vue, le goût, le toucher ne T’atteignent pas :

à ce qu’on entend dire seulement il faut se fier ;

je crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu ;

rien de plus vrai que cette parole de la Vérité.

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 18:43

Peuple

 

Voilà un mot bien malmené ! Réinventé il y a cinquante ans par le concile de Vatican II qui définit l’Église comme peuple de Dieu, il devient un élément de langage marqueur d’une génération. À ce titre, il est aujourd’hui honni par ceux qui voudraient sinon oublier le concile, du moins l’étouffer sous le lourd édredon de la «continuité ».

Pourtant, ce mot a d’abondantes lettres d’anciennetés puisque le peuple est dans le Premier Testament (cessons de le nommer ancien comme s’il n’avait plus cours !) l’entité à qui Dieu s’adresse. Dieu se constitue un peuple en s’adressant à lui, en s’unissant à lui par une alliance, en le sauvant des « méchants » : « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». Le peuple est au centre, s’est à lui que s’adressent promesses et reproches, il est le signe de la présence de Dieu parmi les nations.

Jésus, né dans ce peuple, va plus loin. Le peuple a vocation à s’étendre. Les signes que nous donnent les Écritures sont limpides, Jésus choisit douze hommes, figures des douze tribus d’Israël, pour être, comme les fils de Jacob le furent, la souche de ce peuple renouvelé qui va jusqu’aux extrémités de la terre.

C’est sur ce peuple, encore embryonnaire, que souffle l’Esprit le jour de la Pentecôte.

Mais les choses n’en restent pas à ce bel élan. Lorsque le christianisme se frotte à l’empire romain, il lui emprunte son organisation hiérarchique et centralisée. Au long des siècles, petit à petit, la notion de peuple s’efface lentement, ou plus exactement, l’Église va se penser non plus comme « peuple » mais comme l’autorité qui gouverne le peuple. Les clercs qui gouvernent vont se distinguer du vulgaire, des laïcs, (du grec laos, le peuple), autrement dit, le vulgum pecus, le troupeau ordinaire.

Le Concile de Vatican II, fait un véritable retour aux origines et la tradition en ce qu’elle a de plus antique et de plus sûr et ramène tout le monde au bercail, c’est-à-dire dans le peuple. Clercs et laïcs, tous ensemble forment le peuple de Dieu, chacun étant revêtu d’une égale dignité.

Certes, on pourra objecter, comme certains Pères du Concile, que le choix du mot, tout fondé soit-il, était malheureux à une époque où la référence au peuple était le maître mot des  idéologies communistes. Des esprits chagrins n’hésitèrent pas à voir une victoire du marxisme rampant dans le choix que fit le Concile de définir l’Église comme peuple,

Au dossier à charge, on peut ajouter que la réintroduction du peuple fleurait bon la complicité objective avec les aspirations démocratiques que les papes avaient fini par accepter du bout des lèvres parmi les nations, à condition qu’il soit bien clair qu’il n’en serait nullement question dans l’Église.

On serait incomplet si l’on n’observait pas que cette irruption du peuple, synonyme d’intrusion populacière, avait tout pour faire froncer le nez à ceux qui ne s’étonnaient pas qu’on les nomment « princes  de l’Église ».

Et pourtant… et pourtant, l’Église est bel et bien un peuple, et n’en déplaise à tous les « princes », c’est en ce qu’elle est un peuple que l’Église reçoit les promesses divines, en ce qu’elle est un peuple qu’elle vit sous l’Esprit, en ce qu’elle est un peuple, le peuple de Dieu que « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ».

 

CEC§ 751 : Le mot " Église " [ekklèsia, du grec ek-kalein, " appeler hors "] signifie " convocation ". Il désigne des assemblées du peuple (cf. Ac 19, 39), en général de caractère religieux. C’est le terme fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament grec pour l’assemblée du peuple élu devant Dieu, surtout pour l’assemblée du Sinaï où Israël reçut la Loi et fut constitué par Dieu comme son peuple saint (cf. Ex 19). En s’appelant " Église ", la première communauté de ceux qui croyaient au Christ se reconnaît héritière de cette assemblée. En elle, Dieu " convoque " son Peuple de tous les confins de la terre. Le terme Kyriakè dont sont dérivés churchKirche, signifie " celle qui appartient au Seigneur ».

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 11:50

 

Dieu-Père, l’image est jolie et de surcroît au-dessus de tout soupçon, puisque Jésus lui-même donne ce sésame à ses disciples qui lui demandent comment prier : «  quand vous prier, dites “Notre Père…” »

Pourtant, force est de constater que dire Dieu « Père », est lui donner une figure puissamment anthropomorphique, c’est à dire, lui attribuer des caractéristiques humaines.

On peut tenter de contourner le problème en prétendant que toute paternité vient de Dieu et est image de la paternité divine. Pour autant, la question est très loin d’être réglée : il est possible que les siècles qui nous ont précédés aient eu l’illusion que la paternité était une donnée intangible et universelle. Les sciences humaines, l’anthropologie, la sociologie, psychologie, l’histoire, tout simplement, nous montrent à loisir que la figure de paternité varie si puissamment suivant les époques, les sociétés et les cultures qu’il est rigoureusement impossible d’en tirer quelques constantes.

Dieu est-il le père noble à la romaine qui avait droit de vie et de mort sur toute sa domesticité, femmes, enfants et esclaves ? ou bien est-il ce jeune papa croisé récemment dans un jardin parisien, qui avait posé un lange sur son épaule et tapotait le dos de son nourrisson dans l’attente du rot libérateur ?

On voit cependant que la vision du père noble a profondément contaminé la vison chrétienne, surtout du côté latin et romain, au point qu’il a fallu la compenser avec une figure miséricordieuse et féminine, celle de la mère qui supplie afin d’arrêter le courroux et le bras du tout puissant pater familias. Elle est celle dont on implore la protection : « Souvenez-vous ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à vous, imploré votre protection ou réclamé votre secours, aient été abandonné. » Cette prière montre par contraste la sainte terreur qu’inspire le Père, et même le Fils car, « tel Père, tel Fils ».

À quoi s’ajoute, que cette mâle et virile figure de Dieu n’a pas peu contribué à donner à la masculinité la meilleure part. Car  au fond, ne faudrait-il pas avoir l’esprit tourneboulé (par d’agressives hormones féminines) pour ne pas voir comme une évidence que « Dieu est un homme ».

Quelques courageuses féministes, qui pour l’essentiel vivent outre-Atlantique ont tenté de questionner cette « paternité divine » et ont suggéré que Dieu était peut-être « père et mère », voire « parent ». Elles ont récolté sarcasmes, huées. On les a traité de ridicules même pas précieuses puisqu’on a tout fait pour s’en débarrasser.

Bon alors, que fait-on ? Doit-on réécrire le Notre Père ? Non, bien sûr, il appartient à notre Tradition au sens le plus fort du terme, à notre héritage. Mais cet héritage est vivant, il ne peut pas être mis au coffre ou exposé derrière des vitres pare-balle.

Devant cette image de paternité divine, nous ne sommes tenus à aucun fondamentalisme. C’est une image choisie par Jésus lui-même. Il est donc utile de savoir ce que cette image signifiait dans sa culture et dans son expérience humaines. Les savants chercheurs nous apprennent que le mot que Jésus choisit, Abba, ne désigne pas une figure paternelle autoritaire, mais bien un lien  de complicité et de tendresse : petit père, tendre père, papa… Dès certaines pages de l’ancien Testament, nous découvrons que Dieu est « bouleversé au fond de ses entrailles », ce qui en fait plus un Père-Mère qu’un Père-noble.

En tout cas, n’oublions pas que les images peuvent nous laisser entrevoir le Mystère de Dieu mais ne l’enferment ni ne le contiennent jamais.

 

CEC § 239 : En désignant Dieu du nom de " Père ", le langage de la foi indique principalement deux aspects : que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66, 13 ; Ps 131, 2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ; Is 49, 15) : Personne n’est père comme l’est Dieu. 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 23:02

Alors qu’elle devrait être l’une des plus belles fêtes chrétiennes, la Pentecôte apparaît un peu dans notre calendrier liturgique comme la fin des réjouissances, une veille de rentrée. On a vécu les jours du Carême et de la Passion avec plus ou moins de constance, on a éclaté en bruyants Alléluias pendant les cinquante jours qui suivent Pâques, et là, le jour qui devrait allumer un feu sur la terre est celui où l’on éteint les lampions de la fête : c’est parti pour 6 mornes mois d’un temps qu’on a longtemps nommé « ordinaire » et qui maintenant s’appellerait, paraît-il « temps de l’Église ». Changement de nom ou pas, rien n’y fait, ce temps qui métaphoriquement est celui de notre vie chrétienne, a le goût de l’ennui.

C’est dire combien notre « vie dans l’Esprit » est misérable…

Pourtant, il a peu de récits aussi jubilatoires que celui de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres. Offrons-nous le plaisir de la relecture du texte. « Ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu ». Qui sont-ils ? Dans la « chambre haute », quelques versets plus tôt, on nous a dit qu’il y avait les Onze, Marie, mère de Jésus et quelques femmes, celles qui sont restées au pied de la croix et sont allées au tombeau au matin de Pâques, les Marie, celle qui est de Magdala, et la mère de Jacques, Jeanne, Salomé et « d’autres ». Peut-être faut-il aussi ajouter Matthias, le douzième qui vient d’être désigné par un groupe des « frères » c’est-à-dire 120 personnes.

Ils sont donc au moins une vingtaine - les Douze et les femmes – quelques-uns des « frère » ? Difficile à dire. C’est le matin, ils sont réunis, sans doute pour prier. Ont-ils peur ? Rien ne le dit dans le texte des Actes, mais sans doute ne tiennent-il pas à se faire remarquer par les autorités, on les comprend. Ils prient, se soutiennent, se souviennent. Et là, quelque chose leur tombe dessus, comme le tonnerre, comme la foudre, du vent, des flammes, les voilà, échevelés, ébouriffés, illuminés. Ils se précipitent à l’extérieur, et amusons-nous du jeu de mot, voilà qu’il semblent ne plus avoir tous leurs esprits. Et c’est vrai, puisque désormais c’est l’Esprit qui parle en eux. Le texte nous offre une notation d’un incroyable et merveilleuse trivialité : « Non, nous ne sommes pas ivres, il n’est que neuf heures du matin », car on les croit plein de vin doux. Une « cuite » à l’Esprit Saint… comme la si la promesse du prophète Isaïe se réalisait, qui promettait du vin et du lait à ceux qui ont soif.

Et eux qui se terraient et se taisaient, les voilà qui débordent de mots, leur parole inonde Jérusalem, comme les torrents d’eau dont Ézéchiel avait eu la vision. Et leur parole tient en un nom, celui de Jésus, ce Jésus crucifié, mort, ressuscité et vivant.

Alors, demandent, les foules, que devons-nous faire ? Et la réponse vient, toute simple : « Faites-vous baptiser… ».

Le voilà le baptême dans l’Esprit annoncé par Jean au bord du Jourdain : « Moi, je vous baptise dans l’eau, Lui vous baptisera dans l’Esprit. » C’est dans cet Esprit que naît l’Église et c’est ce baptême que nous avons recevons. Mais où est la sainte ivresse ! Honte à nous qui vivons comme de sinistres buveurs d’eau, qui nous claquemurons derrière nos murs, qui verrouillons les portes de nos certitudes et enfermons la Parole dans d’étroite définitions.

Allez, laissons souffler l’Esprit tempétueux qui balaie les peurs, nous sommes le peuple de la Pentecôte… rallumons les feux de la joie.

 

Du livre des Actes de Apôtres, au chapitre 2, versets 14 à 18.

Pierre alors, debout avec les Onze, éleva la voix et leur adressa ces mots : «Hommes de Judée et vous tous qui résidez à Jérusalem, apprenez ceci, prêtez l'oreille à mes paroles. Non, ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez ; ce n'est d'ailleurs que la troisième heure du jour. Mais c'est bien ce qu'a dit le prophète :

Il se fera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards des songes. Et moi, sur mes serviteurs et sur mes servantes je répandrai de mon Esprit.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 08:07

 

Le mot peut évoquer quelques belles images d’Épinal : mamies à cheveux bleus bramant des Ave, jeunes gens à cheveux et idées courtes, brandissant des bannières, ou chemineau médiéval appuyé sur son bâton, arborant une belle coquille saint-Jacques à son revers. C’est dire que même si le goût des pèlerinages revient, il a quand même un petit côté « vintage ».

Si on y regarde de plus près, tout cierges, oriflammes et coquillages balayés, reste l’idée de la marche. Et ça, n’en déplaise à ceux qui en ont assez de devoir « cheminer » à longueur de sermon, c’est une idée si profondément chrétienne qu’elle précède le Christ. En effet, le peuple d’Israël, d’Abraham à Moïse découvre Dieu qui le met en route et marche devant lui. Dès sa venue sur cette terre, Jésus met tout le monde sur la route, Marie part chez sa cousine Élisabeth, Joseph emmène son épouse à Béthléem, puis conduit sa famille en Égypte, les mages d’Orient suivent l’étoile. Fort logiquement, Jésus appelle ses disciples, en leur disant « Viens et suis-moi », et l’Évangile se conclut par un vigoureux « Allez » qui a bel et bien mis les disciples sur les routes et les mers jusqu’au-delà des limites du monde connu au long des siècles.

Toutes ces observations fort sérieuses font sonner juste la jolie blague suivante : « Jésus dit à ses disciples ; “Allez voir la-bas si j’y suis”, ils y allèrent, et en effet, il y était. »

En effet, la marche est le destin du chrétien, sa « feuille de route », son ordre de mission.

À quoi s’ajoute qu’en un temps qui est celui de la vitesse, des déplacements, des voyages, la la nostalgie d’un catholicisme villageois, centré sur l’église paroissiale, et dont on ne s’éloignait guère qu’à portée de cloche paraît assez peu opératoire.

Aussi, plutôt que de regarder avec soupçon cette modernité agitée et mouvante, acceptons de nous remettre en route. Au lien de nous croire « arrivés », forts de nos certitudes, de nos dogmes, de nos cathédrales, regardons avec bienveillance et reconnaissance ce monde en mouvement qui nous oblige à retrouver la légéreté du nomadisme… et nos origines, celles de nos ancêtres dans la foi qui furent « des araméens errant ».

Il y a fort à parier que nous découvrirons que la blague dit vrai : « En effet, il y est ». Jésus n’est pas enfermé dans nos certitudes, il ne nous attend pas à l’abri du tabernacle. Il est celui qui marche avec nous comme il a marché au côté des pélerins d’Emmaüs, celui que nous reconnaissons difficilement, de façon fugace, mais qui nous laisse le cœur brûlant.

Où demeure le maître qui n’a pas une pierre où reposer la tête ? Écoutons sa réponse : « Venez et vous verrez »

Alors, certes, nous pouvons aller à Lourdes, à Saint-Jacques, à Rome ou à Jérusalem, mais ces périples ne sont que les métaphores d’une vie chrétienne authentique, vie d’aventuriers et de chercheurs, vie de quête et de désir, en un mot, vie de pèlerin.

 

Finale de la Prière eucharistique pour les circonstances particulières :

Et lorsque prendra fin notre pèlerinage sur la terre, accueille-nous dans la demeure où nous vivrons près de toi pour toujours. En union avec la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, avec les Apôtres, les martyrs et tous les saints du ciel, nous pourrons alors te louer sans fin et magnifier ton nom par Jésus, le Christ, ton Fils bien-aimé. 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 12:15

Je dois avouer que j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment - sauf à faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils signifient - on peut sauver le concept.

En effet, de quoi s’agit-il ? À l’origine de l’histoire humaine, nos « premiers parents », un homme et une femme, auraient commis une faute de désobéissance (usage abusif de leur liberté) qui aurait causé leur « chute ». Depuis lors, la belle et bonne Création du Bon Dieu en aurait pris un coup, elle se serait corrompue par une sorte de contagion, et par l’effet de cette contagion, tous les humains naitraient marqués par une faute qu’ils n’ont pas commise.

Qu’est-ce qu’on peut comprendre à cette histoire ? S’il s’agit de rendre compte de la présence du mal dans le monde, et de la capacité, et même de la tendance de tout être humain à se laisser aller au mal, il suffit de parler de « péché du monde ». Pourquoi en imputer la responsabilité à d’hypothétiques premiers humains dont on est en droit de se demander si leur toute jeune conscience était réellement éclairée ? Et qui est ce Dieu qui ressemble à Barbe-Bleue : « tu ne mangeras pas de ce fruit », « tu n’ouvriras pas cette porte… »?

Non, résolument cette histoire n’a pas de sens…

Enfin, elle n’a pas de sens si, ainsi que la doctrine catholique le prétend, il faut poser ce « péché » de façon « historique ».

En revanche, si cette histoire est métaphorique de celle de chaque humain, alors, elle commence à fonctionner. En effet, qui pourrait nier que chaque enfant qui naît est hélas, mille fois hélas, contaminé par le péché qui le précède. Nul n’en est indemne. Aucun parent, si saint soit-il ne peut espérer, par ses propres forces, préserver son enfant du péché et du mal.

Si le péché « originel » est celui que nous n’avons pas commis nous-même mais qui nous contamine dès nos premières bouffées d’air aspirées, alors, cela prend sens. Oui, mon histoire dès l’origine est marquée par le mal et le péché, à « l’insu de mon plein gré », d’abord, puis très vite avec ma connivence.

Il reste que si nous voulons être compréhensibles dans le monde tel qu’il est, et auprès de générations qui sont familières des dinosaures, des Pithécanthropes, des Homo Erectus, Néandertaliens et autres, nous devrions éviter d’employer des mots et des concepts qui leur semblent aussi ridicules qu’incompréhensibles.

Il y a un mystère du mal que chaque être humain doit affronter en ce qu’il en est à la fois victime, complice, voire, trop souvent acteur. La Bonne Nouvelle chrétienne c’est que nous ne sommes pas sans recours, que nous croyons que le Dieu bon et miséricordieux pour qui chaque humain compte nous donne la force de ne pas succomber au mal, nous relève sans relâche, et nous promet que son acte créateur s’accomplit ultimement dans la victoire définitive sur le mal. Si Dieu regardant sa Création voit que cela est bon, c’est parce qu’il voit loin.

Et il me semble que cette Bonne Nouvelle se passe très bien des fables originelles qui déjà font hausser les épaules aux gosses de huit ans.

 

Cette fois, la citation du Catéchisme de l’Église catholique illustre l’impasse que je décris ci-dessus.

CEC §390 : Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l’histoire de l’homme (cf. GS 13, § 1). La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents (cf. Cc. Trente : DS 1513 ; Pie XII : DS 3897 ; Paul VI, discours 11 juillet 1966). 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 15:09

Le péché a longtemps été la matière première de base du système religieux. Le christianisme, et plus spécifiquement le catholicisme, était passé maître dans l’art d’extraire et de retraiter les péchés, au point que c’était devenu sa principale raison d’être. Résumons les principales étapes de cette industrie autrefois florissante.

Tout d’abord, il fallait repérer les gisements de péchés. Pour ce faire, les puissantes prédications donnant à voir les maux infernaux auxquels seraient soumis ceux et celles qui ne se seraient pas débarrassés à temps de tous leurs péchés étaient extrêmement efficaces. Chacun et chacune s’empressait de retourner ses poches, de vider ses sacs, de tout secouer, ce qui pouvait donner lieu à une confession générale. Ensuite, il était conseillé de faire un entretien régulier et scrupuleux de la conscience, selon une fréquence hebdomadaire ou bi-mensuelle, pour les plus négligents, annuelle. La petite industrie religieuse, appuyés sur ces gisements, pouvait déployer de nombreuses méthodes de recyclage et retraitements, confession, indulgences, pèlerinages, neuvaines. Même la mort des pécheurs n’arrêtait pas l’exploitation puisqu’on disait abondance de messes pour libérer les âmes du Purgatoire. Il va de soi que toute cette activité nécessitait un personnel nombreux.

Et puis, brusquement, l’activité s’est mise à péricliter. Manquait-on de matière première ? Avait-on perdu les secrets de son extraction ?

En fait, la matière première initiale se trouve exploitée par de nouvelles filières. Le sentiment de culpabilité n’a pas disparu, mais il est « laïcisé ». On le traite chez les psy ou on le recycle dans des analyses socio-culturelles.

Question : le sentiment de culpabilité est-il équivalent au sens du péché ? On doit bien convenir que ce n’est pas le cas. En effet, le péché n’est pas une production de notre inconscient, tourmenté par on ne sait quels traumatismes, mais une action ou une omission posées en conscience et qui ne sont pas conformes à ce que Dieu espère de nous.

Le sens du péché suppose d’abord de croire à la haute idée que Dieu a de nous. Dieu nous croit capable du bien. Ensuite, si nous accordons foi à Dieu, nous faisons le constat que nous sommes bien en deçà de ce que nous pourrions être. Nous paressons, nous nous laissons aller, nous ménageons nos petits intérêts, nos privilèges, nos tranquillités. Ce n’est pas tant que nous fassions des choses horribles (même si ça peut arriver), c’est bien plutôt que sommes très loin de faire tout le bien que nous pourrions faire.

La confiance de Dieu pour nous, sa sollicitude, son attention pour ce que nous sommes, en un mot, son amour, précèdent notre péché. Nous sommes pécheurs parce que n’osons pas ou ne voulons pas croire ce que Dieu espère de nous.

Pour tenter de réanimer un système religieux exsangue, et refaire tourner la boutique certains veulent « redonner le sens du péché » et pour cela, sont près à ressortir la menace des lacs de feu et des satans grimaçants. Il me semblerait plus judicieux de redonner le sens du Dieu, d’amour et de pardon révélé ultimement en Jéus-Christ.

 

CEC §386 : Le péché est présent dans l’histoire de l’homme : il serait vain de tenter de l’ignorer ou de donner à cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre ce qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître le lien profond de l’homme avec Dieu, car en dehors de ce rapport, le mal du péché n’est pas démasqué dans sa véritable identité de refus et d’opposition face à Dieu, tout en continuant à peser sur la vie de l’homme et sur l’histoire. 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 10:41

« La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres », telle est la réponse que Jésus donne aux disciples de Jean le Baptiste qui au nom de leur maître veulent savoir si Jésus est bien le « bon », le « vrai » Messie. Voilà le sceau qui atteste ce qu’il est. Mais ces pauvres, qui sont-ils ? Eh bien, c’est nous, tout simplement, sauf que nous ne le savons pas, pas vraiment. Nous pensons toujours que les pauvres, ce sont les autres, mais sérieusement, qui pourrait oser croire qu’il est riche devant Dieu ? Il faudrait qu’il soit fou. Jésus l’affirme clairement : « Malheur aux riches » - à ceux qui devant Dieu se croient riches - ceux-là seront renvoyés les mains vides parce qu’en fait, ils n’avaient rien (rien qui compte vraiment) et ce qu’ils n’avaient pas, leur illusion de richesse, leur sera retirée. « Car à tout homme qui a, l'on donnera et il aura du surplus ; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera ce qu'il a » dit l’évangile selon saint Matthieu au chapitre 25.

Oh, me direz-vous, ça ce sont des jeux de mots. Il y a les vrais pauvres, ceux qui manquent de pain, de toit, de chauffage, d’éducation, de santé, d’avenir pour eux et leurs enfants. Bien sûr ! Il n’y a pas de doute : ces pauvres-là sont le signe terrible de notre iniquité, de notre complicité avec des systèmes qui spolient certains êtres humains du nécessaire pour le superflu de quelques-uns. « Des pauvres, vous en aurez toujours » dit Jésus. Voilà qui est hélas ! vrai. Alors que les biens de ce monde appartiennent légitimement à tous, certains – beaucoup - les détournent et les accumulent à leur profit. Si l’on doit identifier l’un des péchés de ce monde, sans doute celui-là est-il très gros, et aussi très répandu. Voilà sans doute pourquoi la pauvreté volontaire est l’une des voies de la sainteté.

Il reste que le rapport à la pauvreté est l’une des singularités du christianisme : tandis que dans bien des religions, la prospérité est considérée comme une bénédiction de Dieu et la pauvreté comme une malédiction, le christianisme considère que la misère est un fléau que nul ne mérite et qu’il faut le combattre à toute force ; il n’est pas anodin que les systèmes d’assistance, et même l’État provident et redistributif soient nés dans des pays de culture chrétienne.

La proposition chrétienne tient-là, une fois encore, une étrange ligne de crête. Elle nous conduit à combattre la misère sans relâche parce qu’elle est l’une des plus grandes injustices de ce monde, une injustice dont la société humaine se rend collectivement coupable, et elle nous rend la pauvreté choisie désirable car ce sont les pauvres que Dieu comble.

 

CEC : §2444 " L’amour de l’Église pour les pauvres fait partie de sa tradition constante " (CA 57). Il s’inspire de l’Evangile des béatitudes (cf. Lc 6, 20-22), de la pauvreté de Jésus (cf. Mt 8, 20) et de son attention aux pauvres (cf. Mc 12, 41-44). L’amour des pauvres est même un des motifs du devoir de travailler, afin de " pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux " (Ep 4, 28). Il ne s’étend pas seulement à la pauvreté matérielle, mais aussi aux nombreuses formes de pauvreté culturelle et religieuse (cf. CA 57)

 

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 13:52

 

Dans le langage commun, une passion est un déploiement de sentiments intenses et violents, et tout bien considéré, le mot convient sans doute mieux qu’il n’y paraît au premier abord pour désigner les heures qui précèdent la mort de Jésus.

Ce qu’on nomme « cycle de la Passion » commence lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem, sous les ovations, les cris de joie et l’émotion populaire.

Les évangiles rapportent ensuite diverses prédications de Jésus et des polémiques avec les juifs religieux autour du Temple. Combien de temps cela a-t-il duré ? Quelques jours, quelques semaines, difficile de le dire, mais on voit bien l’atmosphère se tendre et le péril approcher.

La Passion proprement dite, c’est-à-dire les dernières heures de la vie de Jésus ont donné lieu à des récits assez précis dont les quatre évangiles présentent des variantes mais qui proposent cependant une vision très concordante de la poignée d’heures (dix-huit tout au plus) qui sépare le dernier repas du dernier soupir. Voilà des heures qui depuis deux mille ans ont irrésistiblement attiré ceux et celles qui ont voulu connaître Jésus. Pour cet homme, plus que pour tout autre, ces derniers instants sont la clé de compréhension de sa vie tout entière et de sa postérité.

Osons en quelques lignes en tracer les contours. Le dernier soir, Jésus partage un repas avec ses amis. Il sait que ses ennemis sont déterminés, que les heures maintenant lui sont comptées. De chaque attitude, de chaque parole, il fait un testament. Les gestes les plus ordinaires prennent un sens nouveau. Le lavement de pied, simple rite d’accueil devient un manifeste : le service de l’autre est mis au dessus de tout. L’imitation du maître, ce ne sera pas de savoir parler comme lui, mais de savoir se pencher comme lui. Avec le pain et le vin, il arrête le temps pour le rendre éternel. Ce pain dans ses mains, c’est son corps, sa vie donnée. Dans quelques heures, les soldats vont se saisir de lui, mais par avance, il proclame qu’il n’est pas la victime, il est le don et le donateur. On croira venir le prendre, mais lui affirme puissamment par avance qu’il se donne : « ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». Radicale proclamation de la liberté. Et pourtant, plus tard, dans la nuit, il faudra que la volonté s’offre à la liberté et que la liberté s’offre à la volonté. Mystérieuse nuit qui captiva tant de mystiques. Nuit où Dieu se donne à l’Homme et où l’Homme se donne à Dieu. Don unique, parfait, définitif et éternel. Nul ne se donne dorénavant sans passer par ce don, par Lui, avec Lui et en Lui.

Et quand les torches approchent dans la nuit, commence l’atroce comédie. Les masques abominables et grimaçants de la trahison, de la peur, de la lâcheté et du reniement ricanent autour de l’innocence exposée. Mensonges, faux-témoignages, insultes, injures, appât du gain, veulerie des puissants, vulgarité des foules abjectes et manipulée. Il y a dans cette matinée à Jérusalem une sorte d’effroyable montée en puissance du mal et de l’injustice.

Et puis la croix se dresse, supplice effroyable qui devrait laisser sans voix mais non, les sarcasmes continuent. Il est presque trois heures : « Père pardonne-leur… ». Comment le condamné trouve-t-il ce dernier souffle ? C’est fini, il ne reste plus que cette onde de pardon qui déjà se répand par tout la Terre.

La passion de Jésus-Christ : les quelques heures tragiquement ordinaires d’un supplice comme hélas il s’en déroule quotidiennement, ou victoire définitive de l’amour et de la liberté ? La question est ouverte, la réponse est dans la foi.

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