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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 14:06

 

De retour sur le blog, en ce lendemain de Pentecôte, après un temps de silence débuté au lendemain de Pâques. Une parole du Christ, entendue hier, me trotte encore dans la tête comme une clé pour vivre en réalité notre relation à celui qui est venu nous appeler à le suivre.

« Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité toute entière. » Il n’est pas question de nous donner la Vérité mais de nous y conduire. La vérité nous ne la possédons pas, nous sommes appelés à cheminer pour la rencontrer, peut-être pour la contempler. Nous qui combattons chaque jour contre les certitudes de ce monde qui nous paraissent contraire à l’Evangile, nous avons tendance à vouloir imposer nos propres certitudes, fruits de 2000 ans de réflexions. Substituer la Tradition aux certitudes du monde est-ce évangélique ? N’est-ce pas tout simplement corrompre la vérité que d’ériger comme un « tout » ce que nous n’entrevoyons que partiellement. Enfermer Dieu, Jésus, l’Esprit, l’amour, la vie dans une architecture aussi belle et subtile soit-elle, n’est-ce pas la priver de l’essentiel ? N’est-ce pas les transformer en une flamboyante cathédrale gothique privée de son élément primordial, la lumière qui donne vie à l’édifice ?

L’Eglise a combattu l’esprit positiviste d’une science qui pensait pouvoir tout dire sur tout et exclure la foi dont la rationalité ne pouvait être prouvée. Alors que les sciences d’aujourd’hui nous apprennent plutôt la relativité de nos connaissances, quelque soit le domaine de nos recherches, l’Eglise semble se conduire avec la même morgue que les positivistes, professant la vérité et excluant tout ce qui pourrait gripper ce qu’elle présente comme une  mécanique parfaite. Ne faudrait-il pas être fou pour croire, sous prétexte que l’Esprit nous accompagne, que notre intelligence humaine puisse cerner un domaine qui en grande partie échappe même à ce que nous pouvons imaginer ?

La vérité de l’Evangile c’est que nous sommes tous appelés à cheminer vers la pleine vérité. La Tradition, nos réflexions, nos constructions, nos institutions sont importantes car elles nous permettent de vivre ensemble notre foi. Elles doivent nous éclairer mais non murer les vitraux de notre cathédrale de crainte que la vie nous questionne ou nous blesse. La vie avec Dieu est un chemin. Si nous croyons en lui, il n’y a aucun risque à s’y engager. Faire du sur-place ne nous conduira nulle part.

A la Pentecôte, tous étaient stupéfaits d’entendre la proclamation des apôtres dans sa langue. Le monde et les chrétiens ont de plus en plus de mal à entendre dans leur langue les paroles de l’Eglise. Il serait temps que nous tirions les lourdes draperies qui obscurcissent notre intelligence afin que la vie et l’amour de Dieu viennent raviver nos paroles et toucher nos contemporains au plus profond d’eux-mêmes. Sur le chemin de la vérité toute entière, pour nous-mêmes comme pour l’Eglise, l’humilité dans le dialogue et la conversation fraternelle me semble un meilleur « bâton de pèlerin » que les certitudes.

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 18:45

Pâques.

 

« Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. »

En ce matin de Pâques, les chrétiens s’interpellent joyeusement avec cette formule et témoignent au monde que les ténèbres n’ont pas eu raison de la lumière. L’événement de la Résurrection vient bouleverser le sens de l’histoire. Mais dans la nuit de la Vigile Pascale, l’Eglise rappelle également que cet événement est dans la parfaite continuité de l’histoire du Salut que Dieu propose à l’homme depuis les origines. L’événement de la Résurrection est la conclusion logique de l’histoire que Dieu écrit. Pourtant, depuis près de 2000 ans, cet événement que nous fêtons chaque année ne semble rien changer au monde dans lequel nous vivons. L’histoire écrite par Dieu n’aliène en rien la liberté des hommes et des femmes de choisir entre les ténèbres et la lumière. Tout est dit, tout est joué et finalement, au jour le jour, tout reste à faire.

 

Le don de Dieu, dans la Bible, nous est souvent communiqué sous le vocable de la nourriture. C’est le cas dans les trois jours qui précèdent la Résurrection.

- Jeudi : un repas et le lavement des pieds. Comme au premier jour de la Genèse la nourriture est donnée à l’homme. Mais au jour de la Cêne, toute la nourriture lui est donnée, sans exception, puisque c’est Celui en qui tout est récapitulé qui s’offre. Toute la nourriture lui est donnée, mais accompagnée de ce signe du lavement des pieds, de ce signe éthique qui finalement, comme l’interdiction de l’arbre de la Genèse, rappelle à l’homme que la nourriture et la vie qu’elle procure ne s’accueillent pas sans discernement. Que, pour lui, la vie et la mort s’affrontent dans un choix de vie.

- Vendredi : la décision d’aller jusqu’au bout, de ne pas repousser la coupe tendue pour des mets plus alléchants. Jésus ne choisit pas la mort, il choisit la constance d’une vie. D’une vie confiante en la nourriture qui lui est donnée, d’une vie confiante en la vie qui lui est promise.  « J’ai soif » dira Jésus sur la Croix. Ultime désir des biens nourriciers possibles ou attente impatiente de la vie promise qu’il qualifiait d’eau vive qui étanche à jamais la soif ?

- Samedi : l’attente et la mort. Pas de nourriture ? Mais si, car tout a été préparé la veille pour la fête du Sabbat. La mort de Jésus ne remet pas en cause le don de la nourriture, elle l’ouvre bien au contraire à une dimension plus grande, la dimension qui nous permet de dépasser l’opposition entre la vie et la mort biologiques. Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu . Et finalement la Bonne Nouvelle est nichée là, événement radical et tout à la fois presque invisible. En Jésus-Christ s’accomplit l’ultime parole de Dieu.

 

Si nous accueillons ce don avec confiance et certitude, comme Jésus lui-même l’a fait, la mort ne sera pas au bout du chemin de notre vie. La Résurrection nous apporte la certitude que la promesse que Dieu nous fait n’est pas vaine. Cette certitude peut changer notre histoire et l’histoire. A nous d’y croire, à nous de la vivre.

« Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ».

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 14:00

 

« Dieu mon Seigneur m'a donné le langage d'un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n'en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j'écoute comme celui qui se laisse instruire. Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. »

 

La lecture d’Isaïe est peut-être la clé de lecture de la Passion que nous entendons ce dimanche et que nous allons vivre cette semaine. Nous connaissons ce texte mais l’écoutons nous encore ? Nous connaissons ce texte mais nous réveille-t-il encore ? Nous connaissons-ce texte mais nous envoie-t-il encore en mission, nous nourrit-il pour qu’à notre tour nous allions réconforter ceux qui n’en peuvent plus ?

 

Le dimanche des Rameaux nous entendons cette longue lecture de la Passion. Nous l’entendons comme on regarde pour la première fois un tableau, dans son ensemble, avant d’en contempler chaque partie. Les parties – la Cène, le jugement et la mort du Christ, l’attente – nous les contemplerons jeudi, vendredi et samedi. Mais nous les contemplerons dans la logique de ce tableau que l’évangéliste nous peint, avec sa construction, ses renvois de gestes et de couleurs, sa lumière.  Nous les écouterons avec en mémoire les annonces de l’avenir (la Résurrection et la mission) qui sont présents, tels des petits détails, tout au long du texte. Nous les écouterons avec en mémoire l’impossibilité de ses propres disciples de rester fidèles, éveillés et proches du Seigneur qui scande ce texte. Nous les écouterons avec cette succession de témoignages et de contre-témoignages de la femme au parfum jusqu’au Centurion et à Joseph, en passant par les disciples, Pierre, les chefs des juifs et Pilate, qui dialoguent pour exprimer la difficulté de diviser l’humanité entre ceux qui croient et qui seraient les bons et ceux qui ne croient pas et qui seraient les mauvais. Nous les écouterons enfin avec cette lumière qui poursuit Jésus de scène en scène faisant ressortir ses dernières paroles, ses silences et ses émotions qui résonnent comme autant de testaments spirituels.

 

Tous ces détails qui construisent ce texte, le colorent, l’éclairent, il nous faudra les écouter, ne pas rester à la surface d’une œuvre qui nous est si familière qu’elle ne nous réveille plus. Tous ces détails, il nous faudra les vivre, nous en nourrir afin que la finalité du geste que Jésus pose ne meure pas avec lui mais vive en nous dans la mission qu’il nous confie aujourd’hui. Car si nous ne nous laissons pas réveiller par sa Passion, nous entrerons nous aussi dans une attente de Dieu nourrie par nos espoirs et nos désespoirs, nos phantasmes et nos idoles. Nous jetterons nos manteaux sur le passage d’un Dieu à califourchon sur un ânon en croyant voir passer un chevalier blanc perché sur son fier destrier. Et nous condamnerons l’homme que nous croirons vénérer au lieu de lui apporter le réconfort dont il a besoin, car nous l’aurons confondu avec un autre.

 

« J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe. Je n'ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c'est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. »

Lectures : Mc 11, 1-10 ; Is 50, 4-7 ; Ps 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1-72; 15, 1-47

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 14:28

 

Les lectures de ce dimanche sont-elles une protestation véhémente de Dieu face à la liberté de l’homme ? Et même de l’homme Jésus ? Les lectures de ce dimanche sont-elles l’exaltation de la souffrance comme chemin le plus certain pour répondre à la volonté divine ? « Mon Alliance, c'est eux qui l'ont rompue, alors que moi, j'avais des droits sur eux. », « Parce qu'il s'est soumis en tout, il a été exaucé. », « Bien qu'il soit le Fils, il a pourtant appris l'obéissance par les souffrances de sa Passion ; et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.», « Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. »…

Je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase qui m’a toujours fait bondir : « c’est par l’humiliation qu’on apprend l’humilité. » Ne trouvez-vous pas qu’il y a dans cette logique une opposition irréductible avec ce que nous révèle Dieu lui-même de son alliance ?

Si Dieu a mis la Loi au plus profond de notre cœur, ce n’est certainement pas pour nous soumettre à des ordres extérieurs que notre cœur ne pourrait cautionner. Et si Dieu fait alliance avec nous pour avoir un peuple à sa botte, ce n’est certainement par amour.

Certes l’obéissance de Jésus passe par la Passion. Et certes, paradoxalement, le triomphe de la vie de Dieu passe par sa mise à mort. Mais le cri du cœur de Jésus montre à l’évidence que ce n’est pas normal, que ce n’est pas dans la logique de Dieu. C’est bien parce que Jésus ne se cantonne pas à une relation fermée avec Dieu mais entre dans la logique de Dieu, dans sa volonté de voir tous les hommes et toutes les femmes, des plus petits jusqu'aux plus grands, reconnaître l’amour qu’il leur porte, qu’il peut surmonter sa Passion et aller jusqu’au bout en accomplissant « l’offrande parfaite ».

Si Jésus est soumis à quelque chose c’est à son choix de vie, qui est le choix de la vie éternelle, c’est-à dire le choix de la pleine communion dans l’amour de Dieu. Ce n’est pas ses pulsions psychologiques qui éclairent son choix face à la situation dramatique qui se profile, mais ses convictions et sa pensée.

Ce n’est ni par l’humiliation qu’on apprend l’humilité, ni par l’acceptation des souffrances que l’on gagne la vie de Dieu… c’est par l’accueil et le partage de l’amour qui nous est offert, par l’entrée dans le dessein de Dieu. Cet accueil, ce partage, ce cheminement sont des actes de liberté qui ne reposent pas sur des obligations morales et juridiques mais sur la liberté que nous avons de nous tenir à nos propres choix, de ne pas être versatiles, de construire notre vie sur le roc de l’alliance parce que nous savons que notre bonheur s’y trouve.

Si nous devons être soumis, c’est  à notre liberté d’être des hommes et des femmes pour qui la foi n’est pas de l’ordre des errements psychologiques mais bien de la construction rationnelle. La foi ne peut se nourrir d’imitation, de culpabilisation, d’autopersuasion et d’ordres impératifs. Elle ne peut se nourrir que du triomphe de notre pensée sur les aléas de la vie, une pensée libre nourrie d’un dialogue salutaire avec Celui avec lequel nous avons fait alliance pour notre bonheur.


Lectures : Jr 31, 31-34 ; Ps 50, 3-4, 12-13, 14-15 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 09:34

 

 

« Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »

« Par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus, il voulait montrer, au long des âges futurs, la richesse infinie de sa grâce. »

 

Si se convertir c’est épouser le regard et la volonté de Dieu, les textes que nous entendons en ce dimanche sonnent comme un programme qu’il serait urgent de mettre en œuvre. Pour nous-mêmes mais également pour l’Eglise.

 

La question est simple : sommes-nous témoins de la richesse infinie de la grâce de Dieu ?

 

La prédication de l’Evangile à laquelle nous sommes tous appelés, par nos paroles et par nos actes, permet-elle aujourd’hui « que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. » L’image que nous donnons de nous-mêmes mais également de notre religion est-elle celle du Christ Jésus par qui Dieu a souhaité manifester qu’il ne venait pas juger mais sauver ? Mais, avant tout, sommes nous convaincus que celui qui agit c’est Dieu et que Dieu est libre ?

 

Evidemment, on m’objectera, à raison, que d’autres passages du Nouveau Testament font référence explicitement au jugement de Dieu. Mais ce jugement, même s’il se fonde sur nos actes, n’en demeure pas moins un jugement appuyé, en définitive, sur la seule liberté de Dieu.

On me dira aussi que, quand même, Jésus a confié à ses disciples (Mt 18,18) et de  manière éminente à Pierre (Mt 19,16) le pouvoir de lier et de délier. Mais peut-on raisonnablement penser que ce pouvoir contraigne Dieu s’il n’est pas utilisé dans la droite ligne de sa volonté de Salut ?

 

Alors reste la question de nos actes. Nos actes sont extrêmement importants car ils traduisent notre volonté et, dans notre relation à Dieu, manifestent notre attachement au don qu’il nous fait et témoignent de notre souhait de cheminer avec lui. Mais, si nous parlons de conversion, nos actes passés qui forment notre histoire, ne peuvent nous empêcher de poser des actes nouveaux plus conformes au don de Dieu. Nos actes passés ne peuvent nous contraindre à rester loin de Dieu, exclus de la communion au Christ Jésus. Car Dieu a la liberté de venir dans notre histoire bouleverser le cours de notre vie. Et nous avons la liberté d’accueillir Dieu dans notre histoire et de changer le cap de notre vie. Et si le don de Dieu est constant, nous savons bien que notre choix de l’accueillir, lui, est chaotique. Le chrétien comme l’Eglise est perpétuellement appelé à la conversion. 

Cette irruption de Dieu n’efface pas nos histoires,  elle n’efface pas davantage celle de l’Eglise.

L’enjeu du témoignage de la grâce infini de Dieu se situe, je crois, à ce point précis :

Dans le Christ ressuscité, l’homme converti ressuscite avec les plaies de son passé, avec son histoire et sa profondeur faite d’erreurs et de grandeurs. Convertir son regard pour qu’il soit acte de salut et non de jugement, c’est accepter l’autre tel qu’il est tout en croyant qu’à tout moment il peut se laisser saisir par Dieu. C’est attester qu’en aucun cas son passé n’épuise l’amour de Dieu.

 

Cette conversion radicale de notre regard sur le monde est essentielle pour entrer dans le chemin de Dieu, dans la vérité de Dieu, dans la vie de Dieu. Et cette conversion, l’Eglise entière y est appelée, car tant qu’elle ne saura pas accueillir vraiment le pécheur pour l’intégrer à la vie de Dieu sans lui demander de renier son histoire, elle se verra répondre que son témoignage n’a pas de valeur, elle dont l’histoire est marquée d’errements bien plus graves que ceux de la plupart de nos contemporains.

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 08:36

Lectures : Ex 20, 1-17 ; Ps 18, 8, 9, 10, 11 ; 1Co 1, 22-25 ; Jn 2, 13-25

« Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. »

 

Certes, nous n’élevons pas de statues d’oiseaux, de taureaux ou de cachalots devant lesquels nous nous prosternons. Mais ne faisons nous pas pire en élevant nos phantasmes, nos attentes et souvent nos peurs comme une statue invisible en laquelle nous croyons reconnaître l’image de Dieu et Dieu lui-même.

 

« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage. »

 

En ce troisième dimanche de Carême, à l’écoute des textes qui nous sont proposés, je me pose la question de savoir si, parfois, je n’inverse pas les rôles. Si je ne crée pas Dieu à mon image au lieu d’accueillir Celui qui vient à moi. Et malheureusement je connais la réponse.

 

« Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. »

 

Oui, ce dimanche, comme chaque jour, je proclamerai avec Paul, un Messie crucifié mais accueillerais-je vraiment Jésus, le ressuscité ? Jésus dont les paroles et la vie s’adresse aujourd’hui encore à moi, comme à nous tous, pour me faire découvrir qui est ce Dieu auquel je dis avoir donné ma foi.

 

« Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

 

Car, dans l’évangile de Jean, le cri de Jésus ne porte pas que sur l’argent, il porte également sur notre aptitude à faire de la contrefaçon. Et souvent de la contrefaçon grossière. A bâtir petit à petit une maison de Dieu, un Temple, une Eglise, avec ce que nous créons plutôt qu’avec ce que Dieu nous offre. A nous  laisser inconsciemment déporter jusqu’à ne plus entendre            Dieu tellement nous sommes devenus sourds, enfermés dans des habitudes et de la Tradition qui ne nous permettent même plus de voir que ce que nous affirmons n’a plus grand rapport avec ce que Jésus nous a enseigné, ou pire parfois lui est contraire.

 

En ce temps de Carême, je crois que nous pouvons nous poser ces deux questions : Est-ce que je laisse à Dieu la possibilité d’être lui-même ? Est-ce que j’accepte d’entendre ce qu’il me dit, ce qu’il nous dit ?

 

Ne créons pas Dieu à l’image de nos peurs et de nos faiblesses mais reconnaissons le dans la  vie qu’il nous donne en abondance. Là nous serons sauvés et la Résurrection que nous nous préparons à fêter durant ce Carême éclairera notre propre vie comme l’ensemble de la création restaurée dans Jésus, le Christ. 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 00:57


Faire des sacrifices, voilà un terme qui résonne bien en période de Carême. Sauf que dans les lectures de ce deuxième dimanche de Carême, il ne s’agit pas de sacrifier le bonheur que nous pouvons avoir à manger du chocolat, respirer de la nicotine ou regarder des feuilletons peu évolués à la télévision. Non, il s’agit pour Abraham comme pour Dieu de sacrifier ce qu’ils ont de plus cher, leur fils unique.

 

Mais, si l’on y regarde de près, le parallèle entre le texte de la Genèse et celui de la Lettre aux Romains est intenable. Pas de cause commune, sauf à penser que Dieu, dans le sacrifice de son Fils, se teste lui-même, ni de réalisation commune, sauf à dire que l’intervention de l’ange est une métaphore de la mort et de la résurrection d’Isaac. Même les effets des deux sacrifices, s’ils sont bénéfiques pour l’homme, ne sont pas strictement équivalents.

 

Y a-t-il cependant des leçons à tirer de ce parallèle ? Je crois que oui.

La première est que Dieu s’applique à lui-même sans s’autoriser aucun recours l’exigence de don auquel il nous appelle. Il ne lève pas la main, n’envoie pas ses cohortes d’ange, pour délivrer son Fils sur la Croix. Dieu en Jésus-Christ vit le don jusqu’à son plus haut degré.

La seconde leçon porte sur le sacrifice consenti ; un sacrifice qui va jusqu’à la Croix. Jésus s’avance dans une parfaite adéquation entre sa volonté et la volonté de Dieu (volonté de Salut et non de mort). Même si Gethsémani nous montre à l’évidence que cette union des deux volontés ne se fait pas dans l’allégresse. Certes, ce que Jésus fait par amour, Abraham le fait par crainte, mais dans les deux cas la conséquence ultime du geste est la vie.  La vie sauvée d’Isaac est promesse de descendance nombreuse pour Abraham. La Résurrection de Jésus est promesse de vie pour la multitude. Nous découvrons que le don auquel Dieu nous appelle n’est pas vain, il permet à la vie de triompher.

En Jésus, nous apprenons que ce don n’est pas la réponse à un ordre incompréhensible mais la participation à un amour qui nous dépasse et auquel nous sommes appelés à participer.

 

Passer de la crainte de Dieu à la participation à la promesse de Dieu, c’est pour nous tout l’enjeu de ce temps de Carême. Notre conversion, dans l’apprentissage d’une vie de communion avec Jésus, fait de nous non pas des adorateurs mais des fils et des filles de Dieu. Le texte de la Transfiguration vient opportunément convertir notre regard. Devant la manifestation qu’ils voient et qu’ils entendent, les trois disciples sont emplis de frayeurs. Tandis qu’ils redescendent de la montagne, ils s’interrogent sur la parole énigmatique de Jésus à propos de sa Résurrection d’entre les morts et nous orientent déjà vers le temps de Pâques. En effet c’est bien le dimanche de Pâques, face à la Résurrection de Jésus, que nos yeux s’ouvrent pour comprendre : le projet de Dieu est un projet de vie auquel nous ne sommes pas étrangers. Ce projet de vie nous transfigure dès aujourd’hui si nous acceptons, comme Jésus,  d’accorder notre volonté à celle de Dieu. À la suite de celui dont Dieu nous dit qu’il est son Fils bien-aimé, nous pouvons entrer pleinement dans cette logique du don absolu qui fait de la vie et du bonheur de nos frères et de nos sœurs le but et la conséquence de notre propre existence.

 

Ce temps de Carême est un temps où nous devons accepter de nous laisser transfigurer dans le Christ par Dieu. Un temps où nous devons accepter non pas de sacrifier notre volonté mais au contraire de choisir que notre volonté s’associe à la volonté de Dieu. Un temps où nous devons quitter la crainte de Dieu pour entrer pleinement dans son amour. Un temps où nous ne sommes plus dans le sacrifice de ce qui nous rend heureux pour plaire à Dieu mais dans un « sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Rm 12,1) de nous-mêmes, c’est à dire littéralement dans une métamorphose de nous-mêmes dans le Christ afin que nous participions, en lui, au projet et à la promesse de Dieu.

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 00:39

 

Mercredi nous nous sommes mis en route sur ce chemin de Carême. Nous nous y sommes mis joyeusement avec confiance, en recevant les cendres et en entendant cette parole que Jésus proclame aujourd’hui dans l’Evangile « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » Nous avons décidé d’ouvrir grand les portes de notre vie afin d’accueillir celui qui est notre vie : Jésus.

 

Jésus est notre vie. Voilà bien un prêche catholique me direz-vous ! Une de ces belles paroles qui n’a pas vraiment de sens. Et pourtant… c’est ce qui nous fait chrétien. Pas simplement croyant, déiste, religieux… mais chrétien. Quand nous parlons de l’Incarnation, nous avons tendance à dire qu’il s’agit d’une Révélation nouvelle, d’une manière inédite pour Dieu d’être présent dans le temps des hommes. Mais si nous en restons là, nous ratons ce qui fait à mon sens l’inouï de l’Incarnation, le fait, qu’en Jésus, Dieu vient en nous. Jésus n’est pas simplement venu pour que nous le connaissions et que nous le prions, il est venu pour que son Esprit vive en nous ; pour que, comme nous le célébrons dans l’eucharistie, il demeure en nous.

 

Oui, Jésus est notre vie et, comme le souligne la première lettre de Pierre, « être baptisé, ce n'est pas être purifié de souillures extérieures, mais s'engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ. » Le temps du Carême ne peut pas être dans ce cas celui du grand nettoyage, des grands rangements, de la purification de souillures extérieures. Il doit être celui de l’engagement à vivre de Jésus, à vivre en participant à sa résurrection que nous fêterons à Pâques. Et cette résurrection est le fruit du don total de Jésus, de sa vie offerte, certes jusque dans la mort, mais bien plus que dans la mort, dans l’ensemble de sa vie publique.

 

Les quarante jours du Carême sont un temps ou Jésus s’invite particulièrement en nous pour que nous apprenions à le connaître, pour que nous nous fortifiions à son contact, pour que nous décidions de l’accompagner dans son don. Le temps du carême est un temps pour laisser la vie de Jésus épouser notre propre vie afin que Pâques ne soit pas l’achèvement de notre marche mais au contraire le début de notre vie nouvelle, une vie offerte aux autres, une vie de don et de résurrection. Alors nous partirons avec lui dans nos Galilées  respectives proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu à ceux qui sont prisonniers de la mort.

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 15:13

 

Convertissons-nous, croyons à la bonne nouvelle.

Croire à la bonne nouvelle c’est l’accueillir, la recevoir comme les cendres dont notre front est marqué.

 

Aujourd’hui comme durant tout le Carême, si nous choisissons de nous priver, de jeûner, nous ne devons pas perdre de vue que tous ces dessaisissements ne sont destinés qu’à nous aider à accueillir la promesse de Dieu, Dieu lui-même. La Bonne Nouvelle n’est pas enfouie en nous, étouffée par un lot d’encombrants qu’il nous faudrait éliminer pour redécouvrir le trésor caché. La Bonne Nouvelle, c’est le Christ lui-même qui vient frapper, aujourd’hui comme chaque jour, à notre porte pour nous proposer de l’accueillir. Peut-être nous faut-il simplement ranger un peu l’entrée de notre maison ? Ranger, sans forcément jeter. Peut-être même nous suffit-il juste de déblayer un chemin jusqu’à la porte ? Je ne crois pas que le Christ souhaite entrer dans des villas témoins de magazines. Il veut rentrer dans nos vies, authentiques, des vies ni rêvées, ni faussement rangées pour l’occasion.

 

Réellement, je crois que ce mercredi, cette entrée en Carême, est une fête joyeuse ! Que le goût et le parfum des Cendres sont savoureux. Ils sont celui de l’abandon et de l’assurance. L’abandon à Dieu et l’assurance que la poussière que nous sommes et à laquelle nous retournerons n’est pas la finalité de nos vies. Les cendres témoignent de la joie des Rameaux plus que de la lâcheté des jours de la Passion, de la Résurrection de Pâques plus que de la Croix du Vendredi Saint. Les cendres témoignent d’un Dieu dont l’amour pour les hommes déborde, d’un Dieu qui croit en l’homme. Aujourd’hui, comme durant tout le Carême, nous devons apprendre à accueillir la Bonne Nouvelle, apprendre à convertir notre regard pour que la marche vers Pâques ne soit pas une marche de honte et de faute dans laquelle nous n’oserions regarder en face notre Dieu mais une marche de joie où, libérés par Dieu, nous pourrons témoigner du triomphe de la Vie.

 

Si les Cendres sur notre front ne sont que les restes inanimés de nos surplus passés, de quoi témoigneront-ils ? De nos fautes, de nos richesses ? Quel intérêt ?

Si les Cendres sur notre front sont le signe du feu vivant de Dieu, de son don incandescent qui nous libère de la mort, alors oui il vaut la peine de les porter comme un témoignage de notre foi en Jésus, le Christ, ressuscité.

Je nous souhaite à toutes et à tous un très joyeux Carême.

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 12:55

 

Jésus appelle et les deux couples de frères aussitôt le suivent. Sans dialogue, sans demande d’explication, sans même poser la question de qui est cet homme. Pourtant nous sommes au tout début de l’Evangile et il est loin d’être certain que Simon, André, Jacques et  Jean aient déjà entendu parler de Jésus. Encore moins qu’ils soient persuadés que cet homme est un lien quelconque avec leur Dieu. Il n’est même pas certain que sur les quatre, l’un d’entre eux soit un homme particulièrement pieux. Jésus ne va pas pêcher au Temple, mais au bord d’un lac. Il ne choisit pas des érudits de Dieu mais des pêcheurs.

 

Aussitôt, ils le suivirent, laissant là leurs filets, symboles de leur métier, de ce qui les fait vivre. Aussitôt, comme les gens de Ninive qui croient en entendant la parole de Dieu transmise par Jonas. Jonas parcourt Ninive, Jésus passe près du lac. La parole de Dieu circule, elle n’est pas statique, elle vient à l’homme. La parole de Dieu replace l’homme face au temps, sa principale limite. « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! », « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » La réponse des hommes se fait en acte et non en parole, elle s’accomplit dans un présent immédiat. La Parole de Dieu transforme directement l’homme qui l’entend. La Parole de Dieu arrache l’homme à la contingence du temps, à la contingence du raisonnement, de la discussion, de l’avoir, de tout ce qui nous permet d’avoir un semblant d’emprise sur nos vies d’êtres finis. Elle nous place directement dans la Vie de Dieu, dans la communion à la Vie éternelle de Dieu.

 

Se convertir n’est pas un long chemin de privations et d’efforts, se convertir c’est accepter de se dessaisir de nos peurs et de tout le vain travail de nos vies qui nous sert à les surmonter ou à les oublier pour accueillir la Bonne Nouvelle qui nous est annoncée. La conversion se vit non dans le présent que nous nous construisons pour conjurer le passé et l’avenir de nos vies mais dans l’immédiateté de Dieu qui fait de nous des êtres vivants. « Le monde tel que nous le voyons passe », le présent tel que nous nous le construisons passe. Mais la vie que Dieu nous donne, elle, est sans limite, le présent que Dieu nous offre est sans finitude, sans peur.

 

La Parole de Dieu nous libère en nous donnant la vie, elle nous installe dans une relation vivifiante avec Dieu, dans une communion que la mort même ne peut vaincre. Se convertir c’est nous abandonner à la vie qui vient à nous, aussitôt nous serons libérés du fardeau que nous nous construisions. Tout coule, tout passe, l’amour de Dieu et sa promesse demeurent.  

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Published by Berulle - dans Spiritualité
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