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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 23:22

 

Les textes de ce dimanche nous parlent de vocations, celles du jeune Samuel et des trois premiers disciples de Jésus. Leurs points communs sont un dialogue entre Dieu et l’appelé ainsi que la présence d’un médiateur, Eli pour Samuel, Jean-Baptiste pour les disciples. Des médiateurs qui permettent aux hommes appelés de reconnaître Dieu.

 

Dans la suite des évangiles, Jésus ne va cesser de dialoguer avec les hommes et les femmes qu’il rencontre. La figure du médiateur ne sera plus présente et ce rôle ne sera pas pris par le Christ qui ne se présente généralement pas comme étant Dieu. Et pourtant, quand le Christ s’adresse aux hommes, une question, celle qu’il pose à ses disciples (Mc 8,27) « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? », devient centrale, toujours présente à l’intérieur du dialogue.

 

Cette question qui nous est posée personnellement fait de chacun d’entre nous notre propre médiateur. Notre conscience est la seule à pouvoir nous faire reconnaître celui qui nous parle comme étant le Dieu de Samuel, le Messie des disciples. Certes, les Ecritures, l’Eglise, nos frères et nos sœurs peuvent nous y aider, mais au final, c’est nous seuls, dans notre propre liberté, qui pouvons répondre : « Me voici » et adresser cette réponse à Celui que nous reconnaissons comme Dieu.

 

C’est pourquoi vocation et conversion sont intimement liées. Finalement nous ne pouvons reconnaître que nous sommes appelés par Dieu (vocation) si nous n’acceptons pas que la voix qui nous appelle est celle de Dieu (conversion). La véritable conversion n’est pas un ensemble de changements d’attitudes, faire le bien plutôt que faire le mal, mais un changement radical de vision de ce qu’est notre propre vie : une vie à l’écoute de notre vie (qui n’est pas forcément mauvaise) ou une vie en dialogue avec celui que nous reconnaissons comme Dieu. Sans faire de mauvais jeu de mots, une vie qui ne soit pas solitaire mais une vie à deux ou à Dieu.

 

La fraternité que nous sommes appelés à vivre, n’est pas une fraternité que nous devons apprendre à vivre dans un effort de conversion mais une fraternité qui nous fait vivre dans l’unique conversion qu’est l’acceptation de vivre avec cet autre qui nous appelle, Dieu qui s’est fait frère en Jésus-Christ. Accepter comme Samuel que Dieu soit avec nous et accepter comme les disciples de rester auprès de Jésus, c’est entrer dans une fraternité qui fait vivre.

 

Ni la vocation, ni la conversion ne nous entrainent dans une sortie de nous-mêmes qui nous mènerait vers une vie éthérée proche de Dieu. Au contraire, comme le dit Paul, elles nous resituent justement dans notre corps, temple de l’Esprit. Un corps qui trouve sa plénitude non pas dans le retrait du monde mais bien dans l’accueil de l’autre.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 13:18

 

Quelque soit le statut de ce texte de Matthieu, mythe ou récit, ce qui le rend fascinant ce sont ses acteurs de nature si diverse. Par ordre d’entrée en scène : Jésus, les mages, le peuple de Jérusalem, Hérode, tous les chefs des prêtres et tous les scribes, l’Ecriture, l’étoile, le songe. A cette longue liste, il faut également ajouter trois couples qui structurent le texte : la certitude et l’inquiétude ainsi que la manifestation publique et le secret et enfin le don et la peur de perdre ses possessions.

 

Profusion d’acteurs et pourtant une certaine simplicité, une trop grande simplicité même, manichéenne, opposant les bons mages au méchant Hérode. Récit ou mythe, comment un lecteur sérieux (et comme lecteur également acteur de ce récit) peut-il recevoir intelligemment cet événement inaugural qui ouvre en quelques lignes à l’ensemble du drame de l’Evangile, celui du choix.

 

Car l’épiphanie que nous fêtons est contenue dans la première phrase du récit. Ce que nous fêtons, mais avant tout ce que nous recevons dans ce récit c’est Jésus apparaissant à la surface de la terre, et donc comme l’a longtemps considérée la tradition un déploiement en quelque sorte de la fête de Noël. Manifestation à la surface de la terre, inscription dans la géographie et le temps de l’homme, nous pourrions même aller jusqu’à dire intrusion provoquante de Dieu dans notre univers. En fait, à mon sens, nous fêtons à Noël au sens strict l’épiphanie du Seigneur et nous fêtons avec le récit des mages et d’Hérode l’épiphanie du Seigneur comme interpellation de l’homme qui devient être (homme ou femme) devant Jésus.

 

C’est bien le surgissement de l’événement Jésus qui provoque la joie de la certitude des mages et l’inquiétude d’Hérode et du peuple de Jérusalem. L’inquiétude d’un événement qui dépasse ceux qui en reçoivent l’annonce. Une inquiétude qui n’est pas négative en soi suivant qu’elle se nourrit de la crainte joyeuse de Dieu ou de la crainte peureuse de Dieu. Une inquiétude qui, pour les hommes qui vivent dans une histoire sainte, vient naturellement questionner les Ecritures qui résonnent avec l’événement annoncé.

 

Face à l’interpellation de l’homme qu’est cette manifestation, c’est donc pour le lecteur comme pour les contemporains de Jésus la question du choix qui se pose. Un choix radical que sous-tend le manichéisme apparent du récit même si nos choix ne sont jamais radicalement des paradigmes purs. Nous ne sommes ni Hérode, ni les mages et notre vie ne sera en permanence ni l’enchainement inquiétude, secret, repli sur soi et mort ni celui certitude, témoignage public, don et vie. Mais les réalités de nos vies, y compris nos errements et nos parts d’ombre, peuvent être éclairées de notre choix radical, celui de répondre à l’interpellation de Jésus qui se manifeste à nous en lui donnant notre foi en le reconnaissant comme l’événement qui oriente nos vies.

 


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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 16:44

 

Dans le désert une voix résonne. Celle d’Isaïe, celle de Jean-Baptiste. Dans le désert une voix crie l’Espérance et l’amour de Dieu pour son peuple. Et pourtant combien aujourd’hui sont ceux qui entendent réellement cette voix. Combien sont aujourd’hui ceux qui, quand ils pensent à Noël, tressaillent de joie car leurs espérances y rencontrent la Bonne Nouvelle tant espérée.

Au désert, comme Elie, nos contemporains vont déposer leurs découragements : ces ravins, ces montagnes et ces collines, ces passages tortueux et ces escarpements qui rendent leur vie si difficile et parfois impossible. Mais au désert quel ange rencontrent-ils pour les guider vers la montagne où derrière les bruits et la fureur de leur vie ils pourront discerner cette voix de fin silence qui leur permettrait de découvrir un chemin sans embuches pour le véritable bonheur ?

En cette période de l’Avent, j’aimerais que les chrétiens soient dans les déserts où leurs contemporains vivent pour les remettre en marche vers la montagne sainte ou la voix de Dieu se fait entendre. Qu’ils y soient pour accueillir, pour dialoguer, pour réconforter, pour redonner force, pour remettre en marche leurs frères et leurs sœurs. Que leurs voix portent mais que leurs voix soient celles du réconfort et de la fraternité : une voix qui ne charge pas les hommes et les femmes mais au contraire les console, une voix qui refait vivre l’espoir, qui donne sens à chaque vie.

Car comment faire résonner l’évangile dans des cœurs qui n’espèrent rien, comment laisser la voix silencieuse de Dieu dialoguer avec des hommes et des femmes assourdis par le tumulte de leur vie extérieure ?

Le temps de l’Avent est un beau temps pour témoigner de notre espérance et de la vie intérieure où Dieu nous nourrit chaque jour.  Il faut de la patience pour témoigner, vaincre le désespoir de ce que nous percevons comme des échecs. Il faut souvent se retirer au désert pour que Dieu lui même nous donne la force de nous remettre en marche. Mais si nous croyons vraiment que celui qui vient comble notre espérance et nous fait participer à la vraie vie, nous saurons puiser dans notre foi la force de l’Esprit qui rend présent Dieu aux hommes et les hommes à Dieu.

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 17:08

 

Nous ne pourrons pas dire que nous n’avons pas été prévenu. Si ce passage de l’Evangile représente un jugement c’est bien celui de notre vie et de notre conscience.

 

Nous célébrons un Dieu d’amour, un Dieu qui, comme l’écrit Ezéchiel, va lui-même à la recherche des ses brebis et veille sur elles. Ne prenons pas le jugement qu’il pourrait porter sur nous comme l’acte d’un tyran assis sur son trône et rendant une justice sans aucun lien avec nos vies. Nous ne nous retrouverons pas à sa droite et à sa gauche selon son bon vouloir mais véritablement selon notre bon vouloir. Nous avons toujours du mal à nous sentir juger par les autres alors laissons-nous juger par nous-mêmes ?

 

Le critère de ce jugement est simple et Jésus nous le formule de manière très directe : « aller jusqu’à lui ».  Et aller jusqu’à Lui, c’est comme il le fait lui aller à la recherche de nos frères et veiller sur eux. « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »

 

Nous ne pouvons pas nous dire enfant de Dieu dans le Christ et oublier que tous les hommes et toutes les femmes sont appelés à cette même dignité. La pauvreté, pour les chrétiens, n’est pas l’absence d’argent (la misère), la pauvreté c’est l’accueil de la seule richesse qui nous est offerte par Dieu, la fraternité dans le Christ. La charité chrétienne, ce n’est pas partager des richesses, c’est partager cette pauvreté pour que chaque homme et chaque femme puissent accéder à cette vraie richesse.

 

Cette fraternité passe par des gestes simples ; des gestes de partage, d’écoute, de visite. Elle passe par des actes qui nous relient aux autres et qui dessinent le visage et le corps du Christ, des actes qui font advenir le Royaume de Dieu. Les évangiles nous montrent Jésus dans des moments d’intimités avec des hommes et des femmes et ses paroles et ses gestes nous apprennent plus sur le Royaume et sur Dieu que de grands discours théologiques. La fraternité se vit dans le secret de rencontres singulières mais témoigne d’une vérité universelle qui nous dépasse et dont nous n’arrivons pas à prendre conscience.

 

Sommes-nous fraternels avec tous les hommes et toutes les femmes comme Dieu qui se met lui-même à leur recherche pour leur donner la Vie ? Ou choisissons-nous nos frères et nos sœurs parce qu’ils nous permettent de vivre confortablement dans un bonheur que nous ne souhaitons pas remettre en question ou mettre en danger ? Nous laissons-nous bousculer par l’amour de Dieu au risque de choisir une pauvreté qui nous enrichit ou préférons-nous nous mentir à nous-même au risque de laisser nos frère dans une pauvreté mortifère que nous faisons semblant de combler par des dons mais qui n’engage pas pleinement notre vie ?

 

Le Christ n’attend pas de nous des chèques que nous nommerions aumône, il attend de nous que nous prenions le chemin que Dieu a pris, celui du don de soi par amour des hommes et des femmes, nos frères. Il attend de nous que nous allions véritablement à la rencontre d’une humanité qu’il souhaite transfigurer en fraternité. Il ne nous demande ni la misère, ni l’héroïsme, il nous demande de vivre pleinement de son amour fraternel. A nous de juger si cela en vaut la peine et si nous le souhaitons vraiment et, en conscience, de répondre à son appel ou de nous en détourner. Le Royaume est à ce simple prix.


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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 13:14

 

Le troisième employé du maître parti en voyage a eu peur de la réaction de son maître et au lieu de faire fructifier le bien qu’il avait reçu, il l’a enfoui afin de pouvoir être certain de le restituer au maître le jour de son retour. Malheureusement pour lui, en agissant ainsi, il n’échappe pas à la colère du maître et perd tout.

 

Dans cette parabole, il manque un quatrième serviteur qui aurait voulu faire fructifier le trésor confié et aurait finalement tout perdu. Quelle aurait été la réaction du maître ? Aurait-il partagé le sort du peureux ou au contraire aurait-il été gratifié de son talent sauvé ? Mais la parabole spécifie qu’il est donné à chacun selon ses capacités. L’échec n’est donc pas envisageable.

 

Cette parabole vise donc deux choses : l’image que nous avons de nous et la confiance que nous faisons au Seigneur. Que nous ne nous sentions pas digne de la confiance qui nous est faite, que nous ne nous en croyons pas à la hauteur, que nous ne pensions pas avoir la force pour faire avancer le Royaume dans le monde… je crois que c’est plutôt une marque de bon sens. Mais voilà, que nous choisissions la peur plutôt que la confiance en Celui qui veut nous mettre en marche révèle non seulement une prise de conscience compréhensible sur nos capacités propres, mais également un refus d’accorder à Celui qui fait alliance avec nous le pouvoir qui est le sien. En nous repliant dans la peur, nous refusons de croire que nous sommes un néant capable de Dieu, selon les mots du Cardinal de Berulle.

 

Face à cette peur naturelle, il nous est demandé de choisir Dieu, de choisir la confiance en Dieu. Et pour cela, les récits bibliques ne cessent de nous montrer que Dieu tient sa Parole. Les talents qui nous sont donnés pour que nous les fassions fructifier sont à la mesure de nos capacités. Dieu ne nous charge pas de fardeaux trop lourds à condition que nous acceptions qu’il les porte avec nous. A condition que nous acceptions de cheminer, avec lui, dans la confiance et non, seuls, dans la peur d’un Dieu distant.

 

Elle est là la véritable conversion. Si nous vivons notre rapport à Dieu comme une somme de choses à faire ou à ne pas faire qui nous permettrait de passer le dernier examen avec au moins la moyenne pour ne pas être exclu du Royaume, nous faisons deux erreurs. La première est de croire que le Royaume ne nous est proposé qu’aux jours derniers. Or le Royaume nous est déjà confié. La seconde, et la principale, est de se méprendre sur le temps de la rencontre personnelle de Dieu. Si nous agissons en vue de la rencontre finale, au jour de notre mort ou à celui de la Parousie, nous risquons d’oublier que Dieu frappe déjà à notre porte pour que nous vivions avec lui dès aujourd’hui.

 

Contre la peur, Dieu nous propose de nous laisser saisir par son amour et d’y répondre dans la confiance, il nous propose de laisser le Christ, par l’Esprit, naître en nous afin qu’avec lui, notre frère, nous soyons capable de rendre grâce, sans peur, à notre Père et de faire advenir dès à présent son Royaume. Car c’est en le laissant naître en nous que nous pourrons, par notre témoignage, faire en sorte qu’il naisse chez nos frères.

 

« Nous sommes présentement dans le second avènement: pourvu toutefois que nous soyons tels qu'il puisse ainsi venir à nous;  car il a dit que si nous l'aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second avènement est donc pour nous une chose mêlée d'incertitude ; car quel autre que l'Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d'eux-mêmes, savent bien quand il vient ; cependant, ils ne savent pas d'où il vient ni où il va» Pierre de Blois 

 

« Il y a trois naissances du Christ : l’éternelle, la temporelle et la spirituelle. La première exige l’admiration ; la deuxième, l’adoration ; la troisième l’imitation. La naissance temporelle rend gloire à l’éternelle : c’est pourquoi, lorsqu’elle s’accomplit, les Anges chantent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux. » Mais cette acclamation, ils la chantent moins à propos de la naissance temporelle que de l’éternelle, car c’est à elle que le Fils qui aime doit sa génération, l’honore et lui rend gloire. Et quant à nous, nous devons aussi rendre gloire à sa génération spirituelle, en même temps qu’à sa génération temporelle et à l’éternelle. De fait, de même que [le Verbe] a été en lui-même engendré afin de naître encore également en nous, de même il doit naître aussi en nous pour naître également chez les autres grâce à nous. Véritablement il doit naître en nous avant de pouvoir naître chez les autres, de même qu’il a pris naissance en la Vierge Marie avant de naître, grâce à elle, pour le monde entier. Les paroles que voici en sont, en effet, la preuve : « Ce qui est né en elle vient de l’Esprit saint. » Voilà que déjà il est né en elle avant d’apparaître au jour. Il est dit d’autre part : « L’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » pour que sa naissance soit révélé dans le monde. » Pierre de Berulle

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 23:00

 

 

Nous fêtons aujourd’hui tous les saints, les saints connus comme les saints anonymes. Cette foule immense, vêtue de blanc, debout devant le Trône et devant l’Agneau, cette foule que nul ne peut dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues comme la décrit l’Apocalypse. Une foule de vivants et non une foule de morts.

 

En nous invitant à fêter la Toussaint, l’Eglise nous invite à nous poser la question de la sainteté, non comme un état réservé à quelques grands noms qui ont fait l’histoire de l’Eglise, mais comme le nom donné à une multitude d’anonymes aux parcours et aux engagements certainement très divers, pour certains peut-être publics, pour d’autres sûrement secrets. Cette diversité des parcours et des engagements nous rappelle dans un premier temps qu’il n’y a pas un parcours de sainteté type, une voie tracée qui mènerait du baptême au certificat de sainteté. Car le baptême comme la sainteté ne sont qu’une même chose, l’irruption de Dieu dans nos vies, l’accueil du don de Dieu dans nos vies. « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l'Agneau ! »

 

Vouloir être saint est à l’honneur de tous les chrétiens. Se donner les moyens de l’être par des actions positives est peut-être le meilleur moyen de ne jamais y arriver. La sainteté est avant tout un abandon. Celui qui veut laver ses vêtements dans le sang de l’agneau ne se badigeonne pas lui-même, il se laisse emporter par l’Esprit de Jésus pour être mené où Dieu veut l’envoyer. Nous sommes une religion de l’Incarnation, la sainteté ne peut en aucune manière être une idée désincarnée, un programme de bonnes mœurs et de bonnes actions, un parcours initiatique de l’Esprit, elle ne peut être qu’une rencontre entre un homme ou une femme et son Dieu, entre une personne qui accueille le don de Dieu se donnant tout entier en retour. C’est la force de cette rencontre qui nous met en chemin et nous rend saint de la sainteté de Dieu.

 

Car la sainteté n’est pas l’aboutissement post-mortem de la qualité de la vie que nous aurons vécue sur terre. Les béatitudes que Jésus nous enseigne aujourd’hui sont un appel à la vie dans l’adhésion à l’Esprit de Dieu qui nous fait dire avec le Christ : Non pas ma volonté mais la tienne. Nous sommes saints quand nous nous mettons en marche pour faire la volonté de Dieu. La sainteté n’est pas un état acquis, c’est une mise en mouvement qui nous pousse à l’image de Dieu à nous dépasser pour rejoindre nos frères et nos sœurs afin qu’à leur tour ils puissent le découvrir et trouver le vrai bonheur. Ce dépassement nous le vivons aujourd’hui dans nos vies transfigurées par l’accueil de l’Esprit Saint, un Esprit qui nous pousse à reconnaître en Jésus le Fils de Dieu, qui nous pousse à nous reconnaître en Jésus, fils et fille de Dieu. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

 

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 00:11

 

Les lectures de ce dimanche nous invitent à ne pas nous tromper de place et de rôle.

 

Hommes et femmes, nous sommes tous des pécheurs. Chrétiennes et chrétiens nous avons en plus à porter le péché du monde avec le Christ afin d’en délivrer nos frères et nos sœurs. Nous ne sommes pas des juges qui condamnons au nom d’une vérité ou d’un bien dont nous serions les propriétaires. Nous sommes des hommes et des femmes qui, à la suite de Jésus, porté par la force de l’Esprit, abandonnés dans la confiance en l’amour du Père, pouvons accueillir le péché du monde afin qu’il n’empêche pas nos contemporains d’en être délivrés.

 

Si nous cherchons la pureté par nos propres forces, nous n’accueillerons jamais ce qui rend pur, l’amour de Dieu. Si nous cherchons à délivrer nos frères et nos sœurs du péché en leur faisant porter le poids d’un péché dans lequel ils sont déjà empêtrés, nous ne ferons qu’ajouter du poids à leur détresse les empêchant d’accueillir la délivrance que seule la rencontre du Dieu aimant peut offrir.

 

Nous pouvons condamner le monde parce qu’il rejette l’Alliance à laquelle Dieu l’invite, mais le risque est grand qu’en nous comportant ainsi nous ne faisions que couper ce monde de son créateur, que nous précipitions ceux que nous sommes censés mener au salut au désespoir et à la mort.

 

Seul Dieu est saint, seul Dieu sanctifie. Rejeter l’homme loin de Dieu, c’est le priver de son action salvatrice. Comment pourrions-nous nous dire sauvés si nous étions la cause, par notre manque de charité, d’abandon à l’amour du Père, de l’éloignement de nos frères et de nos sœurs de celui qui donne la vie ? Quelles valeurs, quelle vérité, pourraient justifier que nous nous éloignions de la volonté unique de Dieu, celle que toutes et tous soient un dans le Christ Jésus, Lui qui a porté le péché du monde, condamné et crucifié, pour que nous soyons sauvés ?

 

Oui, le monde est pécheur, oui, comme nous nos frères et nos sœurs sont pécheurs. Mais si nous voulons être à notre juste place, sans renier les valeurs auxquelles nous croyons, mais surtout sans renier la Vérité, le Christ Jésus, à laquelle nous avons donné notre foi, il nous faut sans cesse délester nos frères et nos sœurs du fardeau qui les empêche de se sentir enfant de Dieu, aimé de Dieu, quitte à porter, nous qui sommes forts de l’Esprit de Dieu, une part de fardeau plus lourde.

 

Nul ne devient saint en condamnant son frère. Nul ne s’éloigne de Dieu en accueillant un frère pécheur.

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 17:24

 

27e dimanche du temps ordinaire

Lectures : Is 5, 1-7 ; Ps 79, 9-10, 13-14, 15-16a, 19-20 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43

 

Dieu donne. Mais ce que Dieu donne n’a pas de sens ni de valeur s’il n’est reçu comme un don de Dieu. Les ouvriers de la vigne de la parabole veulent garder la vigne et son fruit pour eux-mêmes et s’affranchir de celui qui les leur a donnés. Comme pour ceux d’Isaïe, le vin de leur vigne sera mauvais même si tout a été fait pour qu’il soit bon. Car ce qui qualifie le don de Dieu c’est la relation bienveillante qui le porte, c’est l’alliance, la communauté de programme entre celui qui donne et ceux qui reçoivent. C’est la vie, la vie divine qui ne se met pas en bouteilles mais jaillit et s’écoule librement pour irriguer et sanctifier le monde.

 

Si le texte d'Isaïe et la parabole de l'Evangile s'adressent au peuple élu, l'avertissement vaut tout autant pour l'Eglise actuelle et pour chaque chrétien. Ce don de Dieu, nous le recevons pleinement dans le baptême.  Mais ce don de la vie, reçu dans la mort et dans la résurrection du Christ deviendra mort si nous ne restons pas attachés à celui qui nous l'a donné et qui continue de nous le donner. De même l'Eglise deviendra une vigne qui produira du mauvais vin si elle ne reste pas accueillante à la volonté de Dieu, si elle ne reste pas dans une action de grâce, un retour vers Dieu, qui permet à la vie de Dieu de circuler dans le monde comme elle circule entre les trois personnes divines.

 

Dieu donne et Dieu se donne. Mais Dieu ne se laisse pas enfermer. Dieu sort de lui-même pour créer et sanctifier le monde. Dieu s’est fait homme pour qu’étant semblable à nous il nous permette de vivre pleinement dans sa communion. Mais cette communion vit de Dieu et nous pousse à nous ouvrir également au monde afin que ce don ne vienne pas s’échouer et mourir sur les barrières que nous dressons. Comme il est dit aux philippiens, tout ce que Dieu nous donne, et en premier lieu le don du Salut, nous avons à le prendre à notre compte, dans l’action de grâce. Quand nous avons la tentation de nous replier sur nous-mêmes, parfois pour des raisons honorables mais le plus souvent par peur des autres, nous sommes comme ces ouvriers de la vigne qui tuent les serviteurs et le fils de celui qui la leur a donnée. Quand, pour défendre nos valeurs, pour défendre ce que nous croyons, à juste titre, vrai et noble, juste et pur, nous arrêtons de mettre en pratique le cœur de ce qui nous est donné – l’amour de l’autre – nous rendons aux yeux de Dieu et aux yeux des hommes un contre-témoignage et pervertissons les vertus que nous souhaitons défendre.

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 19:55

Lectures : Is 56, 1.6-7 ; Rm 11, 13-15.29-32 ; Mt 15, 21-28

 

Le silence de Dieu… L’impression que le salut n’est pas pour elle mais réservé à d’autres plus purs, mieux installés dans la « religion », aux ayant droit de Dieu…

A travers l’attitude du Christ, c’est peut-être le parcours d’obstacles spirituels de la cananéenne qui nous est donné à voir. Même le double discours des disciples souhaitant que le Christ obtempère mais pour que cette femme disparaisse peut nous faire réfléchir sur l’attitude que les chrétiens peuvent avoir vers ceux qui ont un besoin vital du Salut de Dieu. Ces obstacles, la cananéenne les franchit grâce à sa foi, cette foi qui lui obtient les compliments du Christ et la guérison de sa fille. Cette foi qui déplace des montagnes et en premier lieu les montagnes de nos préjugés, de nos opinions, de nos égoïsmes.

 

Car la leçon donnée par Paul aux chrétiens d’origine païenne de Rome, comme celle que nous recevons de l’évangile de ce jour porte moins sur l’universalité du salut que sur notre manque d’humilité et d’émerveillement devant la miséricorde de Dieu. Les disciples sont prêts à jeter des miettes de salut à la cananéenne pour qu’elle soit contente et arrête de leur casser les oreilles. La cananéenne voit dans ces mêmes miettes la totalité de la miséricorde. Les chrétiens d’origine païenne de Rome sont prêts à rejeter le peuple élu puisqu’ils sont certains d’être le peuple sauvé oubliant que le salut qu’ils obtiennent tout comme l’élection du peuple juif est avant tout une alliance fondée sur le don permanent de Dieu.

 

Il est certainement plus facile de se conformer à une tradition qui emprisonne Dieu dans des coutumes humaines que de s’avouer que dans l’histoire du salut nous ne sommes qu’une réponse suspendue à un don qui nous dépasse. L’universalité promue par Isaïe est encore une universalité par assimilation culturelle (et cultuelle) ne concernant que les étrangers qui se plient aux rites de la religion juive. Celle qu’offre le Christ est une fraternité reposant sur son propre don. Une fraternité qui ne peut exister que si elle est vécue dans un don similaire, la mission.

 

C’est cette fraternité missionnaire qui doit changer le regard que nous portons sur les hommes et les femmes de notre temps et particulièrement ceux dont les difficultés les mettent en situation d’exclusion. C’est cette fraternité missionnaire qui doit nous pousser à déceler dans leurs cris de détresse des cris de foi ou à convertir ces cris de détresses en cri de foi. Une fraternité qui témoigne de la miséricorde de Dieu, une fraternité qui accueille l’autre comme un don.

 

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 19:14

19e dimanche du temps ordinaire

1R 19, 9a.11-13a / Rm 9, 1-5 / Mt 14, 22-33

 

Il est bien difficile de trouver des liens directs entre les différents textes de ce dimanche. Evidemment, nous connaissons le lien entre Elie à l’Horeb et la partie dédiée à Israël de l’Epitre de Paul aux Romains, l’espérance du petit reste d’Israël qui sera sauvé par la grâce de Dieu malgré l’endurcissement du peuple (Rm 11,2-4 cite 1R19, 14.18). Mais ce lien n’est pas présent dans les textes que nous lisons aujourd’hui. Et quelle résonance pourrait alors apparaître avec cet épisode de l’Evangile que nous résumons habituellement à Pierre tentant de marcher sur les eaux à la suite de Jésus ?

 

Je crois que la lecture simultanée de ces trois textes est pourtant extrêmement enrichissante car elle nous amène au cœur du questionnement de trois hommes face à leur Dieu, un questionnement douloureux issu tout à la fois d’une sublime volonté et d’un échec.

 

Elie, tout d’abord, le prophète modèle, le héraut de Dieu, le vainqueur des prêtres de Baal et de Jézabel, Elie qui parlait en direct avec son Dieu et qui tout d’un coup désespère, s’enfuit au désert, prêt à mourir. Elie qui nourrit par Dieu est mené jusqu’à l’Horeb pour rencontrer le Seigneur à la manière de Moïse. Elie pense être le dernier, avoir totalement raté sa mission, et pourtant après la tempête intérieure, le murmure d’une brise légère, la voix d’un fin silence dans laquelle il reconnaît la voix de Dieu, va venir le remettre en route sur le chemin des hommes pour continuer de servir l’alliance entre Dieu et son peuple.

 

Paul, le pourfendeur de chrétiens, le juif refusant d’accueillir la parole de Dieu, le converti du chemin de Damas (coïncidence sans incidence, c’est le même chemin que prend Elie en quittant l’Horeb) par la voix du ressuscité. La douleur incessante de Paul n’est pas une douleur théorique, c’est une douleur mélangée à une grande joie inscrite dans sa chair. Le petit reste sauvé par la grâce dont il fait partie n’est pas une simple image du salut des temps dernier. Il ressent certainement avec la même douleur que le prophète Elie la rupture de l’alliance entre le peuple élu et son Dieu. Paul veut empêcher les chrétiens de Rome, majoritairement issus du paganisme, de rompre avec Israël et de devenir la cause des divisions entre chrétiens issus ou non du judaïsme. Il leur rappelle l'importance de l'histoire du salut et son actualité et témoigne par sa propre vie de l'économie même du Salut qu'il développe dans sa lettre, dépassant ce qui paraît être un échec de l'Alliance.  Et il ne peut le faire que « dans le Christ ».

 

Pierre enfin, le disciple appelé à prendre la première place, dans un moment tout à la fois de grande frayeur et de grande intimité avec le Seigneur (qui n’est pas sans rappeler l’état intérieur d’Elie à l’Horeb) doute alors que la parole de Jésus qu’il a lui-même sollicitée le porte. La volonté de se dépasser à l’appel du Seigneur est annihilée par la peur que ce dépassement de soi engendre. Et la demande de surpassement devient une demande de salut. Pierre revivra un épisode quasi identique avec son reniement, préjugeant de la force de sa volonté et accueillant suite à son échec le salut de Jésus.

 

C’est la grâce de Dieu qui permet à Elie, Paul et Pierre de dépasser leurs peurs, leurs questionnements et ce qu’ils ressentent comme des échecs personnels ou collectifs. Et cette grâce s’incarne dans une rencontre et une voix. Une rencontre personnelle et une voix, parfois d’un fin silence, qui nous amène nous aussi à ne pas désespérer de nous-mêmes et de nos frères. Une rencontre personnelle qui nous donne la folie de nous dépasser pour celui que nous reconnaissons comme notre Seigneur et la force d’appeler sa miséricorde à la rescousse quand nous nous sentons couler sous le poids de nos échecs et de nos faiblesses. Une voix qui, tant qu’elle sera entendue par quelques-uns et annoncée au plus grand nombre, continuera de faire briller au cœur du monde l’offre se salut de Dieu.

 

 

couvElie BibliaSur Elie à l’Horeb, et sans vouloir m’auto-promouvoir, voir le dernier numéro de Biblia (juillet 2011) dont j’ai rédigé le dossier.

 


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