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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 00:10

 

 

Ah, une chose est sûre : le carême, c’est pas gai ! Pour preuve, celui qui a une face de carême ne respire pas la joie de vivre. Et en plus, c’est long ; quarante jours, du mercredi des Cendres à Pâques, sans compter les dimanches, soit six semaines et demi.

Alors, ce carême, il sert à quoi ? À nous préparer à Pâques. Pâques ! La victoire définitive sur le mal et la mort ! Et pour se « préparer », on fait une tête d’enterrement pendant quarante jours ?

N’y aurait-il pas là un quiproquo ?

Reprenons les choses du début. D’abord, les quarante jours. En lisant la bible, nous découvrons qu’ils sont le temps du changement, de la conversion au sens du grand chambardement. L’arche flotte quarante jours avant de s’échouer sur une terre renouvelée. Les Hébreux errent quarante ans au désert, le temps du renouvellement des générations, afin qu’un peuple nouveau entre dans la terre que Dieu a promise. Quant à Jésus, il passe quarante jours au désert avant de commencer son enseignement et parler de Dieu comme personne ne l’avait jamais fait avant lui.

Bon, soit, quarante jours de grand chambardement, qui nous font passer de l’ancien au nouveau. Mais pourquoi en faisant triste figure ? Peut-être parce qu’on se prive de chocolat, de cinéma ou de rosbif le vendredi. Vous aimez le chocolat, le ciné et la viande rouge à ce point-là ? Moi pas.

À moins que ce ne soit parce que Jésus va mourir sur la croix et être mis au tombeau ?

Peut-être… Peut-être devons-nous nous sentir coupables et nous infliger chaque année quarante jours de deuil et de macération en pleurant sur nos péchés.

Permettez que je nous propose une autre vision.

Au bout du carême, il n’y a pas Jésus crucifié, mort sur la croix. Il y a Jésus vivant, triomphant de la mort, relevé du tombeau… et nous attirant à sa suite. Le plus grand des chambardements, celui qui change la face du monde, tout simplement !

Et, si le carême (et je n’invente rien, les textes de la liturgie nous y invitent très clairement) était l’occasion de vivre le renouvellement et la régénération de notre baptême ? Par le baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Avec le Christ nous sommes morts. Avec lui, nous sommes relevés.

Alors le carême, pourrait être cela ; quarante jours pour renfiler l’habit de lumière des baptisés, quarante jours pour retrouver la joie des ressuscités, quarante jours pour nous réinstaller dans notre dignité de fils et de filles bien aimés, quarante jours pour redevenir un peuple de frères et de sœurs unis en un seul corps. Gageons qu’avec de pareils objectifs, le temps nous semblera bien court. Parions qu’avec une telle perspective, nous aurons plus souvent la tête de notre emploi, celle de ceux qui savent que la mort n’est pas la fin de l’histoire et qui ont la charge de l’annoncer. Une si bonne nouvelle à partager devrait suffire à effacer nos têtes de carême !

 


Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique :

CEC 1095
(…) l'Eglise, spécialement lors des temps de l'Avent, du Carême et surtout dans la nuit de Pâques, relit et revit tous ces grands événements de l'histoire du salut dans l'"aujourd'hui" de sa Liturgie. Mais cela exige aussi que la catéchèse aide les fidèles à s'ouvrir à cette intelligence "spirituelle" de l'Economie du salut, telle que la Liturgie de l'Eglise la manifeste et nous la fait vivre.

100 mots pour la foi

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 15:18

Ah la Sainte-Famille ! Il est si rare que nous nous rappelions que Jésus est né dans une famille et pas simplement de la Vierge Marie. Joseph est là aussi, saint Joseph. Un père pour Jésus, un père qui, avec sa femme, l’inscrit dans une lignée, lui donne un nom, l’élève, l’aime et le fait grandir. On ne sait pas grand chose de la vie de cette famille et on peut donc l’imaginer à l’égal de toutes les vies de famille, avec ses joies et ses peines, ses difficultés, ses engueulades et ses réconciliations. Trop souvent, les représentations de la Sainte-Famille oublient Joseph ou le relèguent à l’arrière plan, dans l’ombre. J’avoue que je préfère celles où Joseph est bien présent, tenant l’enfant Jésus par la main ou travaillant le bois. Là je me dis que Jésus est vraiment né dans une famille.

Une famille qui n’est pas non plus un modèle facile à imiter. Si toutes les mères étaient vierges et tous les pères, adoptifs et justes, si tous les enfants étaient fils de Dieu… cela serait un vrai bazar ! Et pourtant parmi ces trois affirmations l’une est vrai et est au cœur de la fête de ce jour. Oui, tous les enfants sont fils de Dieu (tous les parents aussi évidemment) ! Et hop cela nous permet de changer l’angle de notre lunette et de regarder non plus la sainte petite famille de Jésus mais la sainte famille de Dieu rassemblée en Jésus-Christ et qui n’a qu’un Père.

Car c’est bien ce que nous rappelle le jeune Jésus au Temple : certes il a une famille sur terre avec un père (Joseph) et une mère (Marie) auxquels il est soumis nous dit l’Evangile, mais il a également un Père, Dieu son véritable Père. C’est également ce que nous dit Anne qui reçoit sont fils Samuel comme un don de Dieu et qui, dès qu’il est sevré, l’offre à son tour au Seigneur en action de grâce. Toute vie humaine nait de Dieu et au-delà de la famille dans laquelle elle prend racine, sa véritable destinée est de retourner à celui qui est véritablement son Père. Jésus est l’exemple parfait de cette grâce faite et de cette action de grâce rendue. C’est pourquoi la liturgie de la Sainte-Famille nous adresse cette parole de Jean : « Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. »

Et quand nous regardons de près les Evangiles, nos petites familles ne sont pas au cœur des enseignements de Jésus et elles n’ont rien de sacré. Ce qui compte vraiment c’est l’appel de Dieu à vivre dans cette Sainte Famille qu’est le peuple de Dieu rassemblé en Jésus-Christ pour demeurer dans l’amour du Père. L’Eglise n’a d’ailleurs pas hésité à nous donner des exemples de sainteté bien étranges au regard de nos sensibilités modernes, comme la bienheureuse Marie Guyart de l’Incarnation qui, veuve, a abandonné  son enfant de douze ans pour vivre pleinement l’amour de Dieu !

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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 15:20

« Dans une crèche, sitôt après sa naissance, ce qu’il allait enseigner par la parole, il l’a d’abord enseigné par l’exemple : pourquoi, en effet, une humble localité, de vulgaires langes, etc. ? Il prêchait cette vertu durant sa vie, et en mourant sur une croix il nous l’a enseignée à fond. »  (Berulle, Conférences, mars 1612)

 

L’humilité est au cœur de l’enseignement de Jésus, elle est au cœur de Jésus lui-même. Pourquoi alors vouloir chercher Dieu dans des manifestations de grandeurs et de gloires alors que lui-même se révèle dans l’humble douceur de rencontres toutes humaines. Des noëls, si nous ouvrons les yeux, nous pouvons en fêter chaque jour ! Des noëls, si nous suivons Jésus, nous pouvons en provoquer chaque jour !

 

Certes les petits bonheurs de la vie n’ont pas la force du tressaillement d’allégresse de Jean-Baptiste, mais ils sont du même ordre. La joie de la rencontre, le plaisir de recevoir un sourire ou un cadeau, la gratitude de se sentir aimé ou même considéré, une parole d’amitié ou de réconfort, un geste de partage, un simple coup de téléphone ou un mail, un peu de temps donné gratuitement à l’autre, proche ou lointain… tous ces actes que le cynisme finit pas nous faire considérer comme mièvres ne sont-ils pas finalement à l’image de l’humble présence du Christ ?

 

En cette fête de Noël, je ne nous souhaite pas d’accomplir de grandes choses mais de savoir accueillir et donner la joie de la présence divine dans nos actions les plus simples. Je nous souhaite de vivre mille et un noëls dans notre vie quotidienne. Que la grâce de Dieu qui vient nous visiter en ce jour fasse de toute notre vie un tressaillement d’allégresse.

 

Joyeux Noël !

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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 01:06


« L'an 600 de la vie de Noé, le dix-septième jour du deuxième mois, toutes les sources du grand abîme jaillirent et les écluses du ciel s'ouvrirent. La pluie tomba sur la terre pendant 40 jours et 40 nuits. » (Genèse 7, 11-12). Le temps de l’Avent touche à sa fin et l’avènement auquel il prépare point. Cette naissance a changé et continue de changer la face de la terre. Elle est un déluge qui sera manifesté dans les torrents d’eau vive qui sortiront de la plaie du Christ pour ne cesser, jusqu’à son avènement dans la gloire, de régénérer la création pour la gloire de Dieu et le Salut du monde. Ce déluge qui a plongé le monde dans la mort, Noé, choisi par Dieu, l’a traversé pour que soient renouvelées la promesse et l’alliance entre Dieu et les hommes. Ce déluge, nous l’avons traversé également le jour de notre baptême pour, qu’en nous, soit renouvelée la promesse du salut.

 

ArcheNoe.jpg


A la chapelle de l’Ecole des Beaux-Arts (Paris) était exposée une œuvre de Huang Yong Ping, un artiste chinois installé en France, intitulée Arche. Sur trois étages, dans un vaisseau de papier, les animaux destinés à repeupler la terre sont là. Ce sont des animaux empaillés, certains sont défigurés par le feu tout comme le mât du navire partiellement calciné (Cette œuvre a été en partie inspirée à l’artiste par l’incendie de la maison Deyrolle à Paris). Le monde et les effets de sa violence voguent dans cette chapelle, entourés des copies de ce que l’art nous a offert de plus beau depuis le Moyen-Âge jusqu’à la Renaissance. Au milieu de ce qui pourrait représenter le plus haut degré de notre civilisation, sur un frêle esquif de papier qui symbolise le livre de la Parole de Dieu, l’artiste nous fait méditer sur son obsession : la capacité des sociétés à se détruire elles-mêmes.

 

Car telle est bien la cause du déluge, la violence des hommes qui corrompent le monde, en faisant un lieu où toute loi est absente. Si la première conséquence du déluge est de faire retourner la terre à son état originel celui de tohu-bohu, un lieu de confusion, sans ordre et justice, où l’homme n’a plus sa place, la première leçon qu’il nous donne est celle de la solidarité des hommes. Le déluge recouvre toute la terre parce que les hommes ne sont pas fidèles à la promesse. Dans notre préparation à Noël, cette solidarité du peuple de Dieu, de l’espèce humaine, doit être au cœur de notre attente et conduire notre vie : nous ne devons pas être des justes pour nous-mêmes, ni même pour nos communautés catholiques et chrétiennes, mais pour le salut du monde avec lequel nous sommes intimement liés. Il n’y a pas de monde viable pour l’homme qui ne repose sur la loi et la justice. Cette loi et cette justice c’est Jésus-Christ.

 

Alors certes, Noé le juste est sauvé du déluge. Mais il n’est pas sauvé pour ses propres mérites et compétences mais parce qu’il « a trouvé grâce aux yeux de Dieu ». Certes le choix de Dieu s’est porté sur un homme juste, mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une élection libre de Dieu, nullement obligée par les mérites de l’homme. La conclusion du déluge est explicite, c’est le respect de la vie dans un monde ordonné. Un respect qui n’est pas dû à un droit naturel mais au fait que Dieu est seul propriétaire de la vie. Dans le peuple solidaire que nous formons, Dieu nous choisit, un à un, pour être des miraculés qui porteront témoignage de la vie et de son alliance. Cette vie et cette alliance nous sont aujourd’hui proposées en  Jésus-Christ.

 

Noé est sauvé parce que Dieu nous aime et veut persévérer dans son alliance avec les hommes. En dehors de la foi et au regard d’une humanité qui ne cesse de se détruire, cette promesse et cette alliance peuvent paraître aussi fragile que la feuille de papier qui sert de coque à l’Arche de Huang Yong Ping, aussi fragile qu’un nourrisson dans une étable. Pourtant l’eau vive répandu sur le monde est également la source de miracles quotidiens, actions justes ou chefs d’œuvres de l’art, autant de signes qui nous permettent de croire qu’à Dieu tout est possible. Et parce qu’en amour, les pauvres êtres que nous sommes avons toujours besoin de preuves, Dieu vient à nous pour nous redire, à Noël, que non, vraiment, Il ne nous a pas oublié. A quelques heures de cet avènement, peut-être nous faut-il encore nous rappeler que celui que nous attendons est la justice et la vie, qu’il est venu pour tout récapituler en Lui et que si nous sommes appelés chacun personnellement, c’est pour que la création entière participe à sa gloire. « C’est lui encore qui viendra dans ta gloire, pour récapituler l’univers et ressusciter toute la chair du genre humain. »

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 00:10

 

« Il faut lire la Bible ! » Depuis une quarantaine d’années, c’est la grande incantation qui jaillit dans le catholicisme. Au point qu’on noircit parfois le tableau en prétendant qu’auparavant, la lecture de la Bible était interdite. Sur le passé, soyons exacts. La lecture n’a jamais été interdite, mais elle n’a pas été encouragée. Cette lecture était entourée de conseils prudentiels. On recommandait qu’elle se fasse plutôt dans la version latine officielle (la Vulgate) et qu’elle soit accompagnée de notes et de commentaires dûment approuvés. Bref, si la lecture n’en était pas interdite, elle était très encadrée. Il faut ajouter que la lecture de la Bible, surtout en langue vulgaire était l’affaire des Protestants et le Catholique qui lisait la Bible était aisément soupçonné de tendance à la désobéissance ou à l'hérésie.

Aujourd’hui, la lecture et l’étude de la Bible sont encouragées, ce qui ne veut pas dire que le succès soit au rendez-vous. En France, en particulier, moins de la moitié des foyers possèdent une Bible et ils sont 10 % à l’avoir ouverte au moins une fois au cours de l’année.

La paresse et l’ignorance se substituent donc à la prudence.

Il faut avouer que la Bible est une sorte d’Everest. Pas facile de s’y « attaquer » seul, sans sherpa, sans guide, sans oxygène.

D’abord, des chiffres. Ne serait-ce que le premier livre, la Genèse, a la taille d’un petit roman, 180 pages dans une collection littéraire (76 pages dans ma bible qui en compte 2380, soit 5,5%). Le reste est à l’avenant. Dans une bible catholique, on dénombre 73 livres, 46 dans le Premier Testament, qu’on nomme plus couramment Ancien Testament et 27 dans le Nouveau Testament. La constitution du texte s’échelonne sur quasiment mille ans. On y trouve à peu près tous les genres littéraires ; de la poésie aussi bien que des romans pieux ou des codes de loi.

Il y a de quoi se perdre et se décourager. Et pourtant, si peu que l’on trouve le courage de commencer à lire, ou un bon guide, un amoureux qui a envie de faire partager sa passion, le miracle s’opère.

Il y a quelque chose de particulier dans le texte de la Bible quelque chose qu’aucune autre œuvre littéraire ne produit à ce point. En un mot, son sens ne s’épuise pas. Chaque lecture remet le texte à neuf, chaque lecture le fait résonner autrement. Vous me trouvez lyrique, vous avez raison. Pour moi, la Bible est une passion qui s’aggrave avec le temps. Ce texte a quelque chose que les théories littéraires et historiques d’analyse du texte ne saisissent pas. Sans cesse, il s’échappe, il m’échappe. Y aurait-il là quelque diablerie ? Bien au contraire. C’est Dieu qui est embusqué derrière les mots, Dieu qui se rit de moi, de mes efforts pour le saisir. Lisez, lisez la Bible, laissez-vous saisir par une Parole qui se donne en s’échappant. Moi, je n’hésite pas, sur une île déserte, je pars avec la Bible, je ne serai pas seul !

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique :


Le mot « bible » n’apparaissant que deux fois et de manière purement incidente dans le Catéchisme de l’Église Catholique, je vous propose cette citation récente du pape Benoît XVI.

La Bible n’est pas un simple livre, mais un recueil de textes littéraires dont la rédaction s’étend sur plus d’un millénaire et dont les différents livres ne sont pas facilement repérables comme constituant un corpus unifié. […] La Parole de Dieu nous parvient seulement à travers la parole humaine, à travers des paroles humaines, c’est-à-dire que Dieu nous parle seulement dans l’humanité des hommes, et à travers leurs paroles et leur histoire.

Benoît XIV, discours au Collège des Bernardins, 12 septembre 2008.

100 mots pour la foi

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 15:00

 

L’Evangile ne nous dit rien de la parole de salutation que Marie a adressée à Elisabeth. Ce n’est pas la parole de Marie qui importe, ce n’est même pas ce qu’a entendu Elisabeth, c’est ce qu’a ressenti l’enfant qu’elle porte, Jean, le futur Jean-Baptiste. Il a tressailli d’allégresse. Certes Elisabeth répond à Marie et la déclare bénie mais elle déclare béni également l’enfant qu’elle porte, c’est la venue de la mère de son Seigneur qui l’emplit de bonheur, tout comme c’est l’acceptation du don de Dieu qui fait de Marie une bienheureuse. Les gestes et les paroles des deux femmes révèlent ce qu’elles portent et qui est encore caché : ce don extraordinaire de Dieu qui vient visiter les hommes, cette joie des hommes qui accueillent leur Dieu.

 

 Champaigne_visitation.jpg

 

La visitation de Philipe de Champaigne, conservée au Musée de Genève, exprime à merveille cette scène. Ce petit format reprend la grande œuvre qu’il avait peinte pour la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon et la simplifie encore. Les deux femmes s’embrassent dans un baiser de paix, la main de Marie venant désigner le geste central d’Elisabeth qui tend sa main vers le ventre de sa cousine. De son côté Zacharie, répondant au questionnement du jeune homme qui nous représente tend son doigt vers ce geste éclairé par le puissant rayon lumineux manifestant la grâce divine.

 

Il est là le cœur de l’allégresse des hommes, dans le ventre de Marie. Dieu qui se fait corps comme nous le rappelle la lettre aux Hébreux citant dans la bouche du Christ les paroles du psaume. Dans le triangle formé par les deux femmes, un vide silencieux se manifeste, un vide éclairé mais qui pourrait retomber dans l’obscurité si nous ne choisissions nous-mêmes d’y laisser briller la lumière joyeuse de la foi.

 

Ce tableau silencieux et retenu, emprunt de la spiritualité cartusienne des fils de Saint Bruno, s’intéresse moins à raconter la scène qu’à en exprimer le sens. Il s’agit moins ici de réfléchir, que d’accueillir, dans le silence et la solitude. Même si cette solitude nous est offerte dans la contemplation d’un paysage architecturé où les hommes et les femmes ne sont pas absents, dans une culture humaniste chère à Erasme où notre propre découverte passe par une lecture et une appropriation de l’image et du monde.

 

En ce dernier dimanche de l’Avent, c’est dans la solitude de notre conscience et de notre volonté que nous avons à décider si nous reconnaîtrons dans le frémissement silencieux de la naissance qui vient celui qui est la Paix et dont la puissance, souvent invisible, doit s’étendre jusqu’aux extrémités de la terre (Michée 5, 4). Irons-nous à sa rencontre et reprendrons-nous ses paroles « Me voici mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté. » ? Tressaillerons-nous d’allégresse ?

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 00:02

Ah, le baptême, voilà une chose simple, est-on tenté de dire. Si simple d’ailleurs, qu’autrefois, la sage-femme, ou le médecin, s’il y en avait un, « ondoyaient » le nouveau-né dès le premier cri poussé. Au cas où… À l’époque, les temps étaient rudes pour la jeune humanité vagissante, et nombre d’enfants rendaient à Dieu leur âme dans les premiers jours, ou les premiers mois. Mais justement, parce que baptisés, fils et filles de Dieu, ils pouvaient la rendre à leur Père céleste et prendre place parmi les innocents qui joignaient leur voix au chœur des anges. Pour les malheureux parents, la consolation n’était pas mince.

L’ondoiement, comme son nom l’indique, consiste à verser un peu d’eau sur la tête du nourrisson en disant « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ». Aujourd’hui encore, en cas d’urgence ou de péril mortel, chacun, chacune, et même un non-chrétien peut ainsi procéder à un baptême.

Jusque-là, tout va bien, il suffit donc d’un peu d’eau et de quelques mots pour être baptisé. Et ceci, sans l’ombre d’un doute depuis les premiers temps chrétiens. C’est ainsi que Philippe baptise l’Éthiopien, c’est aussi comme ça que Paul est baptisé à Damas. Facile !

Les affaires se gâtent et s’embrouillent quand… on écoute le Christ ! « Jean vous a baptisé dans l’eau, moi, je vous baptiserai dans l’Esprit ».

Allons bon, mais c’est bien le baptême du Christ que nous recevons, pas celui de Jean. Alors pourquoi de l’eau ? Certes, le vol de colombe ou les langues de feu, qui évoqueraient davantage l’Esprit Saint peuvent se révéler d’un maniement difficile voire dangereux. Mais quand même, pourquoi avoir conservé le signe de l’eau ? C’est là qu’il est utile d’avoir assisté à un baptême chez nos frères orthodoxes. Par parenthèse, c’est un baptême qui baptise aussi sûrement que celui des catholiques (un seul baptême !). Or donc, sous les yeux terrifiés de la jeune maman, le prêtre jette par trois fois le jeune enfant la tête la première dans l’eau. Et l’objectif est explicite ; pour lui donner un sentiment de mort ! Car c’est bien de cela dont il est question, de vie et de mort. L’eau du baptême n’est pas celle d’une petite ablution purificatrice. Le baptême nous plonge (c’est l’étymologie du mot) dans la mort avec le Christ et nous fait ressurgir, hors de l’eau, dans la vie nouvelle du Ressuscité. Par le baptême, nous mourrons avec le Christ, à la mort et au péché. Nous laissons au fond des abîmes le vieil homme, et nous renaissons homme (femme) nouveaux, relevés, ressuscités, revêtus de Grâce et de lumière. Nous renaissons, fils et filles du Père, frères et sœurs du Fils, temples de l’Esprit.

Finalement, ce mot est un peu traître. On pourrait lui préférer un néologisme ; être « christifié », qui signifierait revêtir le Christ, devenir dans le Christ, prêtre, prophète et roi et participer à la mission du Christ.

Car, j’allais oublier, être baptisé, ce n’est pas recevoir une carte d’identité de chrétien, c’est recevoir un ordre de mission !

 

 

Ce que dit le Magistère de l'Eglise catholique :

CEC 628 Le Baptême, dont le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle : "Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle" (Rm 6,4 Col 2,12 Ep 5,26)

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 21:48

Simone_Martini._St._Martin_and_the_Beggar.jpg

 

En écoutant l’Evangile de ce 3e dimanche de l’Avent, c’est la figure de saint Martin qui me vient à l’esprit. « Que celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas. » Un rapport ténu certes, mais je crois aux signes de la liturgie et la plus ancienne trace de l’institution de l’Avent que nous connaissons, par saint Perpétuus vers 480, faisait débuter ce temps de préparation à Noël à la Saint-Martin, lui donnant le nom de Carême de Saint-Martin.

 

A la question « Que devons-nous faire ? », Jean-Baptiste répond deux choses : partager et être juste. Partager pour que tous aient de quoi se vêtir et se nourrir et être juste au quotidien, dans les métiers que nous exerçons. Il n’est pas question de joie dans la bouche de Jean et pourtant comment ne pas penser au premier chapitre de l’Evangile où, nous parlant de ses parents, Zacharie et Elisabeth, Luc nous dit « Tous deux étaient justes devant Dieu et suivaient, irréprochables, tous les commandements et observances du Seigneur. ». Car dans ce chapitre là, il est bien question de joie et d’allégresse : la joie de la naissance de Jean-Bapiste, « Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance. » ; la joie de Jean-Baptiste à la visite de Marie enceinte de Jésus, « L’enfant à tressailli d’allégresse en mon sein. » ; la joie de Marie « Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur ».

 

La joie éclaire alors la deuxième partie de l’évangile de ce dimanche, car la joie c’est le sentiment qui nous anime quand Dieu lui-même vient à notre rencontre. Et Jean nous annonce les trois avènements du Seigneur : « Il vient », « Il vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu », « Il amassera le grain dans son grenier ». Ces trois avènements que Pierre de Blois définit si bien : « Il y a trois avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l'âme, le troisième par le jugement.» Alors avec Sophonie et le psalmiste nous pouvons dire « Pousse des cris des joie, […] le Seigneur est en toi » ou « Jubilez, criez de joie […] car il est grand au milieu de toi le Saint d’Israël » tout comme Marie a pu s’écrier « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur. »

 

Mais cette joie ne sera vraie que si nous laissons entrer Dieu pleinement en nous, si nous prenons notre baptême au sérieux, si nous faisons tout pour être, au jour du jugement, non de la paille mais du grain. Jean nous dit ce que nous devons faire, être juste et charitable. Que ce temps de l’Avent, ce carême de saint Martin dont la charité fut exemplaire, soit pour nous un temps de conversion afin que nous soyons toujours dans la joie du Seigneur, lui qui est proche. (Ph 4)

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 15:17

 

 « Cette messe que j’aime ». Tel était le titre de la conférence que Jean-Noël Bezançon a donnée hier, vendredi 11 décembre, à la paroisse Saint-Jacques du Haut Pas. Le ton est calme et absolument pas polémique. Pourtant le cœur du propos est clair : la messe telle qu’on l’a célèbre depuis le Concile Vatican II n’est pas une messe nouvelle mais bien la messe de toujours, une liturgie au plus proche de ce que devaient célébrer les premiers chrétiens. Une liturgie issue du partage de la Parole ou du Livre qui chez les juifs se faisait à la synagogue et du repas eucharistique, rappelant la Cène, et proche des fêtes juives qui se célébraient en famille autour de la table.

 

Pour expliquer l’évolution de la liturgie eucharistique au cours des siècles, Jean-Noël Bezançon fait l’hypothèse d’une réappropriation inconsciente d’une vision religieuse issue du Temple de Jérusalem, c’est-à-dire finalement à une re-sacralisation de Dieu et de la religion, pratiquée aussi par toutes les religions païennes. Celle-ci va à l’inverse de l’auto-révélation de Dieu en Jésus-Christ qui se dévoile à tous (il n’y a pas de secrets) et dont le sacrifice pascal se solde par le déchirement du voile du Temple, signe évident que Dieu n’est plus caché au fond d’une pièce où seul le Grand-Prêtre pénétrait une fois l’an.

 

Dans son évolution liturgique, l’Eglise avait renoué avec cette séparation entre un lieu du sacré, le chœur autour de l’autel où seul le clergé pénètre, et un lieu plus profane duquel les fidèles contemplent et adorent. De ce fait, l’Eglise se mutilait elle-même, dissociant ce qui en Christ ne fait qu’un. Car ce que nous célébrons c’est bien l’action de grâce de tout le peuple uni dans le Christ, lui qui est à la fois la Grâce donnée et la Grâce rendue. Et comme le dit la Tradition, de Saint-Augustin à Henri de Lubac : L’Eglise fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Eglise.

 

La « réforme » liturgique de Vatican II est donc le retour à la tradition la plus ancienne de l’Eglise, sa pratique première, celle du rassemblement de tout le corps, celle de l’action de grâce de tout le corps, où chaque membre du corps a une place active et non seulement contemplative. Il s’agit pour chaque baptisé d’avoir la possibilité de comprendre et de participer et non simplement de voir et d’adorer. Cette messe de toujours est donc la réappropriation par toute la communauté d’une parole qu’elle ne pouvait plus comprendre (à cause de la langue et de la distance) et d’une eucharistie qu’elle ne célébrait plus. Et si il y a à réformer cette liturgie, c’est dans ce sens, afin de permettre à chaque baptisé d’être dans la prière de l’Eglise un acteur libre et conscient de l’engagement qu’il prend quand au cours de la célébration et particulièrement en recevant le corps du Christ, il répond Amen.

 

 

messe

 

 

Jean-Noël Bezançon

La messe de tout le monde

Sans secret, ni sacré, ni ségrégation

Cerf, 2009

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 23:46

Comme la semaine dernière, et après les trois naissances du Christ de Pierre de Bérulle, je vous propose ce sermon de Pierre de Blois (De adventu, sermon III) qui reprend le thème des trois avènements de Jésus-Christ, déjà développé par saint Bernard. En ce temps d'Avent, il est agréable de se préparer à Noël en accueillant Jésus-Christ comme "un ami plein de tendresse".

« Il y a trois avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l'âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l'Evangile: Au milieu de la nuit un cri s'est fait entendre : Voici l'Epoux ! Et ce premier avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second avènement: pourvu toutefois que nous soyons tels qu'il puisse ainsi venir à nous;  car il a dit que si nous l'aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second avènement est donc pour nous une chose mêlée d'incertitude ; car quel autre que l'Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d'eux-mêmes, savent bien quand il vient ; cependant, ils ne savent pas d'où il vient ni où il va. Quand au troisième avènement, il est très certain qu'il aura lieu ; très incertain quand il aura lieu: puisqu'il n'est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité,c'est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l'enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier avènement lut donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d'amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice; dans le second, il nous rend justes par sa grâce; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité: Agneau dans le premier avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second. »

Mais cette relation d'amitié à laquelle nous appelle Jésus, cette relation mystèrieuse et pleine d'amour, n'est pas que de l'ordre de l'intime, elle est également politique. Elle passe par le dialogue et fait notre humanité. Hannah Arendt nous le rappelle avec force dans ce passage de Vies politiques.

« Nous avons coutume aujourd’hui de ne voir dans l’amitié qu’un phénomène de l’intimité, où les amis s’ouvrent leur âme sans tenir compte du monde et de ses exigences. Rousseau, et non Lessing, est le meilleur représentant de cette conception conforme à l’aliénation de l’individu moderne qui ne peut se révéler vraiment qu’à l’écart de toute vie publique, dans l’intimité et le face à face. Ainsi nous est-il difficile de comprendre l’importance politique de l’amitié. Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la philia, l’amitié entre citoyens, est l’une des conditions fondamentales du bien-être commun, nous avons tendance à croire qu’il parle seulement de l’absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les Grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un “parler-ensemble” constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d’elles-mêmes), si imprégné qu’il puisse être du plaisir pris à la présence de l’ami, se soucie du monde commun, qui reste “inhumain” en un sens très littéral, tant que des hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue. Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables. Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voix humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n’est pas vraiment humain. Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains.
Cette humanité qui se réalise dans les conversations de l’amitié, les Grecs l’appelaient philanthropia, “amour de l’homme”, parce qu’elle se manifeste en une disposition à partager le monde avec d’autres hommes. »


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Published by Berulle - dans Spiritualité
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