28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 23:07

 

J’aime le temps de l’avent car c’est pour moi le vrai temps de l’espérance.

 Et il est si difficile d’espérer pour les chrétiens. C’est étonnant mais je crois que nous sommes pervertis par cette phrase du Christ dans l’évangile de Jean : « tout est accompli ».

 A force d’être certain, à juste titre, que les promesses de Dieu sont accomplies en Jésus-Christ, nous finissons par oublier et les promesses que Dieu nous fait et les espérances qu’elles devraient susciter en nous.

 Ce temps où nous attendons la venue du Christ - et je devrais dire les venues du Christ, sa naissance à Noël et son retour glorieux - doit être pour nous un temps où nous redécouvrons nos espérances, un temps où nous réentendons les promesses de Dieu.

 Sans promesses, sans espérances, comment pourrons-nous entendre Jésus nous interpeller ? Comment sa parole pourra-t-elle nous rejoindre ?

 En ce premier dimanche de l’avent et pour toute cette période liturgique, je formule le souhait pour chacun d’entre nous de redécouvrir la joie des espérances nourries par les promesses de Dieu.

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 20:46

 

Face à la Royauté de Jésus, les soldats et le pouvoir opposent une dérision vulgaire et agressive.

Jésus avait expliqué à ses disciples qu’il était un roi serviteur, mais cette royauté du service est à l’origine de la haine soulevée.

Non seulement il est difficile d’être accepté comme serviteur quand on paraît être supérieur, quand on est celui qui possède les biens qui font vivre. Tous ceux qui se sont mis au service des plus démunis savent à quel point il faut faire preuve de pédagogie pour faire accepter la gratuité d’un don sans que la honte du besoin ou et la peur de la « redevabilité » ne fassent naître des réactions négatives chez les bénéficiaires.

Mais cette royauté du service fait également naître  de la peur chez ceux qui possèdent et qui voient dans la gratuité du don la possibilité d’un désordre dans un monde où les déséquilibres sont une forme d’équilibre.

Et pourtant même si tout semble rendre impossible ou risible cette royauté, la conversion du bon larron et la réponse du Christ « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » nous montre à quel point cette royauté est finalement d’une grande simplicité à condition de ne pas mettre le pouvoir et nos attentes du mauvais côté.

Car finalement la Royauté du Christ est une royauté où le pouvoir n’est pas dans les mains du monarque mais dans le cœur du sujet touché par l’amour infini du Père.

 

Le Christ, combien de divisions ? Autant que de cœurs convertis.

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 13:31

 

Cette fois, ce sont des tambours et des trompettes qu’il faut ! Vous pouvez même imaginer un garde champêtre à l’accent fleuri, proclamant « Avisss à la population ! »

Car ce mot grec désigne originellement la proclamation publique. Évidemment, nos ancêtres, même grecs et philosophes, avaient bien l’idée, de bon sens, que si une chose doit être proclamée, il faut qu’elle soit concise. Il faut aller à l’essentiel et vite. Aussi, nos prédécesseurs, apôtres et disciples, ayant à annoncer leur foi toute neuve, et à la proclamer dans les rues de Jérusalem, dans les synagogues, ou devant le tribunal où on les traîne, mirent-ils au point des formules brèves et percutantes. Avec des variantes, cela donne à peu près : « Jésus, cet homme mort crucifié, Dieu l’a ressuscité, il est vivant, nous en sommes témoin, convertissez-vous. ».

Rêvons, juste un instant, parce que nous avons l’esprit taquin, que ce serait cela, qui serait prêché dans nos églises le dimanche, proclamé par le pape à son balcon.

Ce serait lassant pensez-vous ? Il est vrai que c’est très précisément ce qui est célébré à chaque messe, et que nous n’entendons plus.

Pourtant, les premiers qui entendirent cela à Jérusalem au matin de la Pentecôte en furent bouleversés, et plus de 3000 se convertirent.

Quels mots faut-il dire aujourd’hui pour convertir ? Oh, ce n’est pas une question de slogan. Nous pouvons être maladroits, il faut seulement que sonne juste et vrai le « nous en sommes témoin ». De quoi sommes-nous témoin ? De quoi sommes-nous la caisse de résonance ? Saint Paul nous donne un conseil : s’il n’y a pas l’amour, nous sommes comme des tambours crevés, des trompettes bouchées.

Oui, c’est à la mesure de ce que nous croyons que nous serons crus, comme nous-mêmes avons cru dans la foi d’un autre, dans le cœur d’un autre, père, mère, ami, prêtre, religieuse…

Une seule solution, parler du cœur, parler au cœur ! Le kérygme est le cœur de la foi, il doit avoir la justesse du cœur à cœur et viser droit au cœur. Ce qui ne disqualifie pas le travail intellectuel mais l’ordonne à la relation vivante entre les personnes.

Rude enjeu. En la matière, la question n’est pas de trouver le mot juste mais de nous laisser ajuster par ce que nous disons et par ce que nous recevons. Et finalement, notre parole sera kérygmatique parce qu’elle nous exposera, parce que nous ne nous réfugierons pas derrière les mots, les dogmes et les définitions, mais que nous accepterons de mettre notre cœur à nu.

Le catéchisme de l’Église catholique est sans doute trop latin pour user du terme « kérygme ».

Je nous propose de l’entendre dans l’une de ses formules liturgiques, celle de l’anamnèse, qui est un dialogue entre le prêtre et l’assemblée immédiatement après la Consécration. Le caractère du témoignage se trouve dans l’acte même de la proclamation liturgique.

Le prêtre : Proclamons le mystère de la foi !

L’assemblée : Gloire à Toi qui étais mort. Gloire à Toi qui es vivant, notre sauveur et notre Dieu. Viens Seigneur Jésus !

 

100 mots pour la foi

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 11:13

 Pour un Dieu, quel abaissement ! On le chante au moins une fois par an, à Noël, eu milieu des hautbois et des musettes. On y revient au moment de célébrer la Passion, en méditant l’hymne aux Philippiens : « il s’est abaissé et a pris la condition de serviteur ».

Pourtant, même si dans les deux cas, c’est le mot abaissement qui est choisi, le terme kénose vise quelque chose de plus radical. Peut-être en langage moderne devrions-nous dire « dessaisissement ».

C’est cette réalité, quasi « inconcevable » que les premiers conciles ont tenté de cerner, non par goût de la joute intellectuelle, mais parce que petit à petit, la réalité de l’humanité du Christ se dissipait. Or voilà l’intenable qu’il faut tenir : vraiment homme, vraiment Dieu.

Un Dieu réputé « tout-puissant » peut-il se glisser dans la peau d’un homme ? Voilà qui déjà est difficile à envisager, mais il ne s’agit pas d’être « en figure d’homme », d’avoir l’apparence d’un homme, il faut être vraiment, totalement un homme. Il faut en prendre les limites, la finitude, éprouver la pesanteur de la chair, le poids du jour, la fatigue, la faim, mais aussi l’inquiétude devant l’avenir, le chagrin devant la mort de l’ami (Lazare), l’angoisse devant sa propre mort, et le doute. Oui, le doute ! Non pas le doute qui mène à la révolte, celui que le psalmiste identifie à plusieurs reprises « Où est-il ton Dieu » ou « il n’y a pas de Dieu », mais le doute qui fait crier vers Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ».

Le Dieu auquel les chrétiens donnent leur confiance s’est fait homme ! Il s’est dessaisi de lui-même pour entrer en humanité, non pas Dieu sous les traits d’un homme, mais homme, pleinement, totalement homme, minuscule être humain, vagissant dans ses linges, attendant tout de la tendresse de ses parents. Le Dieu qui, dans le livre d’Osée, dit à son peuple, « Je t’avais appris à marcher (…) j'étais pour toi comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue et je te tendais de quoi te nourrir » devient celui qu’il faut prendre dans ses bras et nourrir !

Voilà ce que recouvre, ce terme de Kénose. bien sûr, on peut dire Incarnation, mais le retour au mot grec indique que ce n’est pas seulement une descente avec « atterrissage », ni une aimable visite. C’est un « corps à Corps » de Dieu avec l’humanité.

Elle est grande la tentation de refaire bien vite de Jésus un dieu, de le remettre à bonne distance ; oh, certes, après quoi, nous nous abîmerons en adoration. Nous à genoux, et lui dans un ailleurs inaccessible. Ce que dit le poète Prévert à propos du Père : « Notre Père qui es aux cieux, restez-y et nous, nous resterons sur la Terre… », nous le disons et le pratiquons avec le Fils, nous sommes bien heureux de le « renvoyer » au ciel et de revenir aux affaires de la terre, aux affaires de César. Mais la radicalité chrétienne ne nous laisse pas à cette paix séparée. Entre la terre et le ciel, pour toujours, il y a le corps du Christ, la chair du Fils de Dieu.

Le christianisme n’est pas une religion « ordinaire » qui aménagerait un espace pour Dieu, tout simplement parce que Dieu, de sa propre initiative, a emménagé chez nous. Rien de ce qui est à nous ne lui est étranger. Osons croire que ce que dit le père prodigue à son fils est vrai pour nous ; « Mon enfant, tout ce qui est à moi est à toi. »

 

Comme je n’ose pas vous proposer pour la troisième fois de lire l’Hymne aux Philippiens, ce qui pourtant s’imposerait, je cite le Catéchisme de l’Église Catholique. Le style, hélas, manque et de souffle et de poésie.

 

CEC 472 : Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée : elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme " croître en sagesse, en taille et en grâce " (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38 ; Mc 8, 27 ; Jn 11, 34 ; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire dans " la condition d’esclave " (Ph 2,7).

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 13:24

 

Voilà un passage de l’Evangile qui devrait poser à l’Eglise une véritable question. Non sur la Résurrection (et 99 homélies sur 100 ne porteront que sur ce thème), mais sur le mariage ! Car c’est bien sur le mariage que Jésus répond quand des sadducéens souhaitaient le piéger sur la Résurrection.

 

« Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection. »

 

Si nous prenons ces paroles à la lettre, aucun baptisé ne devrait se marier puisque, par le baptême, il est déjà entré avec le Christ dans sa Résurrection. Tout au moins, s’il se marie, c’est donc uniquement pour faire perdurer la vie (et l’espèce), c’est-à-dire pour faire des enfants afin de vaincre « sa » mort et la disparition du groupe social auquel il appartient et par extension la disparition de l’humanité. Nous sommes loin ici d’une théologie du mariage qui donnerait à voir à travers les époux l’image même de l’amour divin. Il n’y aurait pas plus de sacralisation du mariage pour Jésus que de sacralisation de la famille, thème totalement absent de l’Evangile. Et finalement notre sacrement du mariage ressemblerait plus à une christianisation d’une coutume païenne, comme mettre une croix sur un menhir ou placer une fête chrétienne le jour d’une ancienne fête païenne. Le mariage ne serait pour Jésus qu’une réponse à l’instinct de survie.

 

Mais voilà que la liturgie met aujourd’hui en parallèle de ce passage de l’Evangile le très beau texte du second livre des Martyrs d’Israël, un texte qui nous raconte les réactions de sept frères condamnés à mort. Ces sept frères croient tellement à la Résurrection qu’ils accueillent la mort simplement.

 

« Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »

« C'est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de sa Loi je les méprise, et c'est par lui que j'espère les retrouver. »

« Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie éternelle. »

 

Pas d’instinct de survie ici, mais un véritable abandon à la vie éternelle. Ils n’ont pas peur de perdre cette vie biologique qui les fait vivre dans ce monde car ils sont certains que Dieu leur donnera la vie éternelle qu’Il leur a promise. Car ce qui est sacré ce n’est pas la vie biologique, mais c’est la promesse et le don de Dieu, la promesse sur laquelle nous appuyons notre foi et le don qu’aujourd’hui nous savons avoir déjà reçu en Jésus-Christ, l’héritage de la Résurrection qui fait de nous des Fils de Dieu.

 

Passer de l’instinct de survie à l’abandon à la vie, c’est passer d’une sacralisation de la vie biologique, à la sacralisation de la vie éternelle. Ce qui ne signifie absolument pas que la vie biologique ne vaille rien et que l’on puisse la faire cesser comme bon nous semble. Mais ce qui signifie que sa valeur n’est pas liée à elle-même mais à la place qu’elle a dans le dessein de Dieu. Ainsi si le mariage chrétien est un sacrement, c’est peut-être pour aider les hommes et les femmes mariés à se défaire de la peur de la mort, d’un instinct de survie finalement mortifère. Il ne s’agit plus alors de donner la vie pour survivre, mais d’accueillir pleinement la vie de Dieu et de la partager.  


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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 17:49

 

 

 « Bien vite il sut jurer et maugréer

mieux qu’un vieux diable au fond d’un bénitier. »

Jean-Baptiste Louis Gresset

 

 

Aujourd’hui, sort le livre de Christine Pedotti et Anne Soupa Les pieds dans le bénitier, aux Presses de la Renaissance. Leurs détracteurs en seront pour leurs frais, elles n’y jurent pas ni n’y maugréent.

 

Pour être honnête, on serait presque un peu décontenancé tant ce livre est catholique. Alors, rassurons tout de suite notre lecteur ! Nos deux diablesses égratignent le fonctionnement de l’Eglise et son cléricalisme. Comment une caste composée uniquement d’hommes célibataires pourrait être représentative de l’Eglise ou de l’humanité ? Mais également ses fixations, notamment en matière de morale sexuelle, qui tendent à instaurer des discours pouvant aller jusqu’à l’encontre de la Bonne Nouvelle proclamée par le Christ.

 

Mais, en effet, si on s’attend à lire un brûlot critique, on ne peut être que déçu. Car le cœur de l’ouvrage n’est certainement pas politique (ou polémique) mais bien spirituel. Elles ont les pieds dans le bénitier ou plutôt dans le baptistère. Elles les ont bien ancrés dans la tradition (si si) de l’Eglise, dans la Parole de Dieu, mais surtout dans la Mission. Cette mission qui est le fondement même de l’Eglise, cette mission qui oblige l’Eglise à se réformer toujours pour être porteuse de la parole qui libère, témoin de l’amour et de la miséricorde divine.  

 

Et si ce qu’elles disent peut déranger ou titiller, il serait impossible de ne pas déceler dans leurs propos une force formidable d’espérance, un amour de l’Eglise et de l’humanité,  un sentiment d’obligation de faire résonner le don de Dieu qu’elles ont reçu… et l’absolue nécessité de le partager.

 

Alors oui, les pieds dans le bénitier, elles nous proposent de nous baigner avec elles et de partager la tâche de la mission. A nous de voir si nous voulons être de timides pucelles ou si nous acceptons de plonger dans le bénitier avec tous les risques que cela peut comporter mais également tout le plaisir qui peut en naître !

 

 

« Je l’attendois au benoistier,

pour lui donner de l’eau beniste ;

mais elle s’enfuyoit plus viste. »

Clément Marot

 

 


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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 19:07

 

On rapporte qu’un pasteur mondain, au xx° siècle, soulignait que Jésus était d’excellente famille, et que ses parents eux-mêmes l’étaient. D’excellente famille juive ! Détail que notre pasteur mondain omettait sans doute dans une période où l’antisémitisme était bien porté.

Alors, oui, Jésus était juif, à 200 % au moins. Mère juive, père adoptif juif, Père juif aussi, archi-juif, car c’est bien du Très Haut, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu de Moïse, Dieu de David, qu’il est Fils. Il est donc juif, Fils d’un Dieu très juif.

Voilà pour les origines. Pour l’éducation, le doute n’est pas davantage permis. Il fut circoncis âgé de huit jours et ses parents le présentèrent au Temple quarante jours après sa naissance. À douze ans, sa « fugue » au Temple et sa discussion avec les docteurs de la Loi font figure d’entrée dans la majorité religieuse. Et au commencement de sa vie publique, il exerce le privilège des hommes juifs, qui est de lire la Torah à la synagogue et de la commenter.

Il suffit d’ailleurs d’entendre parler Jésus pour comprendre à quel point il est juif et pétri de la méditation de l’Écriture, normal, oserai-je dire, c’est sa langue paternelle.

Si on saute les étapes, c’est d’ailleurs avec un écriteau le désignant comme roi des Juifs qu’il meut sur la croix.

Au troisième jour, ses disciples, tous juifs, le reconnaissent comme vivant, relevé de la mort, « conformément aux écritures », écritures juives, bien entendu, entendez, la Bible.

Mais ça ne s’arrête pas là, puisque c’est un juif parmi les plus purs, un pharisien nommé Paul qui va « élargir le débat » en s’adressant d’abord aux juifs vivant hors de Palestine, puis aux non-juifs. Dès lors, tous les chrétiens ne sont plus juifs, et tous les juifs ne deviennent pas chrétiens, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent pas en Jésus le messie que Dieu leur a promis.

Pourquoi sommes-nous devenus frères ennemis ? Terrible mystère que ces longs siècles fratricides. Mystère dont nous, chrétiens, portons sans nul doute la très large responsabilité. Nous avons hélas fait le malheur de nos frères juifs infiniment plus qu’ils n’ont fait le nôtre. Nous avons osé dire ce peuple « déicide » alors que c’est lui qui nous donne le Christ. Nous l’avons accusé de crime alors que par lui, par sa foi et sa fidélité, Dieu vient au monde. Quant à retenir à son égard une culpabilité ! Quel homme, quelle femme peut oser prétendre qu’à Jérusalem en l’an 30, devant le palais de Pilate, le procurateur romain, il n’aurait pas crié : « Crucifie-le » ?

Dieu (et je pèse mes mots) merci, depuis le concile de Vatican II, nous avons renoncé à cette terrible vision accusatoire du peuple juif. Nous avons affirmé (ce que saint Paul avait fait dès l’origine) que les promesses de Dieu sont irrévocables et que l’Alliance que Dieu a conclue avec son peuple est éternelle. Les juifs, sont comme nous, fils et filles de la promesse de Dieu. Comme nous, ils sont dans l’attente. Ils attendent gardant la Loi et gardés par elle. Nous attendons et espérons avec le Christ présent à nos côtés, avec son Esprit dans nos cœurs, heureux somme-nous.

 

 

Déclaration du concile de Vatican II Nostra Aetate, paragraphe 4 

Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel. Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la Parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ.

 

100 mots pour la foi

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 16:58

 

 

« Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. » ». La question de ceux qui méritent le salut et de ceux qui ne le méritent pas traverse les évangiles. Dans l’histoire de Zachée, le chef des collecteurs d’impôts, elle est présente et fait scandale. Jésus y répond à sa manière en entrant avec joie dans la demeure de Zachée et en déclarant « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham.
En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
»

 

La célèbre fresque de l’entrée de Jésus dans Jérusalem par Giotto développe cette réponse d’une manière remarquable.

 

Giotto_EntreeJerusalem.JPG

 

Dès les premiers siècles, les sculpteurs télescopent la scène de l’entrée dans Jericho et celle de l’entrée dans Jérusalem. La similitude formelle, un arbre et les portes d’une ville, en est sûrement à l’origine. La présence, dans un récit apocryphe, de Zachée dans la foule montée dans les arbres pour accueillir Jésus dans Jérusalem, peut-être également. Il n’est donc pas rare de trouver dans les icônes ou les peintures un homme ou des hommes dans les palmiers de la scène de Jérusalem. Parfois la solitude de l’homme, comme pou cette icône, nous fait penser à Zachée, parfois au contraire, leur nombre, comme chez Duccio, à la cueillette des palmes qui serviront à acclamer le Seigneur.

 

icone-entree-du-christ-a-jerusalem 1 53 EntreeJerusalem Duccio

 

Mais Giotto va bien plus loin à mon sens. Il distingue deux arbres. Dans le premier sur la gauche, un homme est peint de dos. Dans le second sur la droite, il est peint de face et regarde Jésus. Dans cette scène aucun des deux personnages n’est lié à une quelconque cueillette des palmes. Au contraire, les deux sont dans un espace bien défini du tableau, l’arrière plan, comme séparés de la scène principale. Un espace entre terre et ciel, celui de l’intimité du choix. A droite et à gauche, ils encadrent le Christ qui va rentrer dans Jérusalem et bénit la foule.

 

   dedos_Giotto.JPG   deface_Giotto.JPG

 

S’il est évident que le personnage de droite fait référence à Zachée, il me paraît également  très vraisemblable que l’ensemble des deux personnages préfigure les deux larrons encadrant le Christ crucifié, l’homme de droite étant tout autant Zachée que le bon larron. Et l’image est d’autant plus savoureuse que le Golgotha est, comme les scènes de Jericho et de Jérusalem, l’entrée du Christ dans une ville, la Jérusalem céleste. Cette œuvre de Giotto fait alors résonner en nous le parallèle entre la phrase de Jésus à Zachée « Aujourd’hui, le Salut est arrivé pour cette maison » et celle de Jésus au bon larron « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

 

Elle nous permet de répondre à la question posée par les récriminations des détracteurs de Jésus. La division entre les hommes ne se fait pas entre purs et impurs, entre ceux qui méritent d’être visités par le Christ et ceux qui ne le méritent pas. Nous sommes tous pécheurs, à l’image de Zachée et des deux larrons crucifiés de chaque côté de Jésus. Et si division il doit y avoir, elle se fait entre ceux qui le regardent et l’accueillent et ceux qui lui tournent le dos.

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 19:14

 

Le 1er novembre 2010, à Nancy, l’Association Art dernier Nancy lancera son grand projet de valorisation de l’art funéraire contemporain.

Clin d’œil aux « arts premiers » dont la plupart des œuvres sont liées aux rites de passage et à la mémoire, « art dernier » est le nom que Pierre Aubert, initiateur de ce projet, a donné aux créations artistiques liées à la mort et aux funérailles. Depuis 1997 et la création de sa galerie d’art funéraire contemporain au Viaduc des arts à Paris en partenariat avec les services funéraires de la ville, le projet de Pierre Aubert s’est développé et rassemble aujourd’hui tout un collectif qui souhaite inviter créateurs, artistes et artisans (plasticiens, musiciens, paysagistes, carrossiers…) à remettre au cœur d’un des rites les plus importants de nos sociétés la création contemporaine.

Les liens entre la mort et les arts sont évidents. S’il n’est pas impossible que la mort soit même à l’origine des premières œuvres d’art, il est certain que les expressions artistiques qui nous sont parvenues des plus anciennes civilisations y sont liées. Dans le monde occidental, les exemples de sculptures funéraires d’exception mais également de pièces musicales et littéraires s’y rattachant sont nombreux. Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui tous nos morts, à de très rares exceptions, se voient couvrir des mêmes plaques de marbres noires ou grises. Une uniformisation de la mort qui rappellerait volontiers que face à cet événement nous sommes tous égaux mais qui vient en fait nier une des affirmations les plus puissantes des religions chrétiennes et de la culture humaniste, la singularité de chaque être humain.

On pourrait relier ce phénomène à la séparation définitive des vivants et des morts quand les cimetières ont quitté l’ombre des églises pour se retrouver le plus souvent à l’extérieur des villes et des villages dans des parcs plus ou moins paysagés et en déduire que le mort est définitivement sortie de la sphère de la vie. On pourrait également se poser la question de la muséification de certains cimetières, comme celui du Père Lachaise,  où fans et groupes de touristes visitent les tombes célèbres comme on se rend à Saint-Denis pour visiter les tombeaux des rois de France et finir par penser que l’art lui-même a perdu les liens qui l’unissaient à la vie contemporaine. Mais l’engouement pour l’art contemporain et la présence permanente de la mort dans les débats éthiques actuels balaient en partie ces objections.

Peut-être que si la création contemporaine n’investit plus nos rites funéraires c’est que nous ne savons plus enterrer nos morts ? Pour un enterrement émouvant, combien sont de longs moments pénibles ! Et en ces jours où nous allons nous recueillir sur les tombes, combien celles-ci vont nous apparaître une nouvelle fois communes ou sordides, et bien lointaines des personnalités de ceux et celles que nous viendrons visiter.

Pour l’association Art Dernier – Nancy, une des portes d’entrée de ce problème est ce que nous pouvons proposer à ceux qui souhaiteraient une offre personnalisée et artistique. Elle lance donc, par le biais de son site Internet, un appel à projet à destination de tous les créateurs pour recenser des projets de tombes, d’urnes et de cercueils, mais également de lieux architecturaux et paysagers (cimetières et jardins du souvenir), des compositions musicales, liturgiques et florales et de textes littéraires.

Une belle initiative qui nous l’espérons renouvellera le paysage funéraire, tant il est vrai comme le souligne Pierre Aubert qu’« il est incontestable qu’une sépulture « artistique » peut, pour certains, diminuer la peine générée par la disparition d’un être cher. Se recueillir devant un monument personnalisé doit faciliter le douloureux travail de deuil des familles, des proches ou des fans. Le monument artistique dépasse alors le simple fait esthétique et vient se loger dans la philosophie d’un rite funéraire revalorisé. »

 

L’association propose également un concours « grand public » d’épitaphes dont les plus belles ou les plus originales seront présentées lors du premier événement public auquel elle participera, le Salon de la mort au Carrousel du Louvre du 8 au 10 avril 2011 à Paris.


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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 15:38

 


Oui, c’est forcément un mot qui fait peur. On songe aux anges à la pesée, qui de vitraux en fronton de cathédrale soupèsent les âmes à leur poids de péché. Sauvé, damné. Ne se prononce pas. (Pas encore, on verra après le purgatoire). Jésus lui-même n’y va pas par quatre chemins. La grande scène du chapitre 25 dans l’évangile de Matthieu montre bien le partage entre ceux qui ont accordé un verre d’eau à un petit, visité un malade, et les ceux qui sont passés sans les voir.

Il semble pourtant que l’objectif de Dieu ne soit pas de juger mais de sauver. Alors comment concilier ces images de jugement qui abondent dans l’Évangile, et la promesse du Salut, promesse adressée tous azimuts, en particulier à l’égard de ceux qu’on nomme volontiers « réprouvés », filles de rien et hommes de peu.

D’abord, regardons du côté de la peur. L’évangile nous rapporte le cas du serviteur qui a enfoui son talent sans le faire fructifier. Que se passe-t-il. Et bien, c’est ce serviteur paresseux qui juge le maître : « Seigneur, dit-il, j’ai appris à te connaître pour un homme âpre au gain : tu moissonnes où tu n’as point semé, et tu ramasses où tu n’as rien répandu. Aussi, pris de peur, je suis allé enfouir ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien. »

Ce serviteur veut être « quitte ». Fin de ses relations avec ce maître !

Dans la parabole des ouvriers de la dernière heure, on voit de nouveau les ouvriers juger la générosité du maître. Et au jaloux, le maître répond : « faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon ? »

Alors, est-ce qu’il y aura un jugement ? Sans hésitation, je réponds oui, parce que Dieu ne nous prend pas pour des enfants irresponsables, et nous aurons à répondre de notre vie. La grande question, c’est quel droit de regard accorderons-nous à Dieu ? Craindrons-nous le regard de Dieu, ou serons-nous capables de nous y exposer, de dire comme le psalmiste :

Sonde-moi, ô Dieu, connais mon cœur,

scrute-moi, connais mon souci ;

vois que mon chemin ne soit pas fatal,

conduis-moi sur le chemin d’éternité (Ps 138, 23-24)

Car la vérité, c’est que la justice de Dieu ne nous juge pas, elle nous justifie, elle fait triompher le bien sur le mal, jusque dans notre propre cœur, mais pas sans notre consentement. Et si nous devons nous tenir à l’issue de notre chemin sur cette terre, sous le regard de Dieu, pour qu’en nous, le mal soit définitivement détruit et le bien exalté, je nous recommande d’y consentir chaque jour dès aujourd’hui. En cette matière, mieux vaut, me semble-t-il un peu d’entraînement.

 

CEC 681 Au Jour du Jugement, lors de la fin du monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi ensemble au cours de l’histoire.

100 mots pour la foi

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